Macron : ce n’est que du vent

samedi 

18 février 2017 à 08:02

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Les « médiocres » et les grands actionnaires ont choisi leur roitelet : Macron. Mais il n’est que du vent. Et ils veulent l’élire, en l’enflant bien plus que de raison. Bientôt, on s’en apercevra : ce n’était qu’une brise de mer, puis, le soir venu, une brise de terre. Un va-et-vient sans épaisseur ni envergure. Peu de volume. C’est pourquoi les médiocres ont échoué à tenter d’en faire une brise d’aval (qui souffle vers les sommets), parce qu’il n’est qu’une brise d’amont. Macron : un vent faible.

Un vent qui vend du vent. Avec lui, nous voilà donc ramenés au célèbre roman de Walter Scott, Le pilote, dans lequel Mertoun objecte du mauvais « bon sens » : « Tout l’univers se vend et s’achète ; hé ! pourquoi le vent ferait-il exception, si celui qui en a de bon à vendre trouve des chalands ? ».

Macron a trouvé des chalands, autrement dit des acheteurs. D’abord, les médias, chargés de la vente du produit, emballage compris. Ce n’est que du marketing politique. Mais le tambour médiatique, d’un battage inouï, assourdissant même, avec ses quotidiennes nuisances sonores, ne peut remplacer le vote des bulletins et l’universalité du suffrage. Puis, les égarés du hollando-vallsisme, ces sociaux-libéraux de « gôche », un genre hybride, sans lendemain politique.

Macron voudrait un centre gauche, alors même que, dans ce registre, François Hollande et Manuel Valls viennent d’échouer en faisant la démonstration politique que le centre gauche est impossible, quand la République est en crise profonde. Ernest Lavisse, qui ne croyait pas si bien dire, a averti : « le centre gauche n’a pas de sexe ».

Macron Président ? C’est possible, comme affichait, en 1988 (fin du premier mandat de Mitterrand), la fameuse publicité de la SCNF. Pour lors, Macron est le roi des sondeurs et de ceux que Brice Couturier a appelé les « intellectuels-journalistes » qui, chaque jour, font passer leurs lubies pour vérité d’opinion et leurs paralogismes pour raisonnements de l’opinion. Diantre ! Ils n’ont pas vu venir François Fillon ni Benoît Hamon, mais ils voient venir Emmanuel Macron.

Suspicion légitime : ce sont les mêmes instituts et les mêmes journalistes qui, hier, pour sûr, donnaient Hillary Clinton vainqueur, alors que depuis plus d’un an nous affirmions la victoire de Donald Trump. Ce sont les mêmes qui prédisaient le succès d’Alain Juppé à la Primaire de la Droite et celle de Manuel Valls à la Primaire de la gauche. Ce sont toujours les mêmes qui n’ont pas vu venir le Brexit.

Macron, ce n’est que du vent. Il n’a pas de projet de société, parce qu’il a une réelle difficulté à penser et à projeter ce qu’est la France. Un pro-jet, comme le mot l’indique, est un ensemble d’idées jeté au milieu de tous, pour être vu et discuté. Que Macron le sache, La France jamais ne fut un contrat entre personnes ou entre communautés coexistantes. Elle est, grand dieu, bien plus que cela.

Macron n’a pas de programme, parce que trop compliqué à élaborer pour lui. En effet, un programme (le grammage d’un projet) est toujours sexué politiquement. Certes, il ne suffit pas d’en avoir un. Mais en avoir est une condition nécessaire, quoique non suffisante. Il n’a pas de feuille de route. Aussi ne le suivront que ceux qui veulent engager la France sur des chemins d’aventure.

Macron a peu d’idées, parce qu’il ne sait pas en produire. Manifestement, un diplôme de philosophie ne suffit pas. Il est versatile et change d’opinion comme vont les circonstances et les humeurs. Il est en proie à une instabilité conceptuelle, qui le conduit à fortement nuancer ou à totalement infirmer ce qu’il a lui-même dit la vieille. Au reste, chacun, pour peu qu’il soit attentif, aura compris qu’il ne se prononce que sur les idées des autres candidats mais jamais n’expose les siennes. Pourquoi donc, si ce n’est parce qu’il n’en a pas.

Macron n’a pas de parti politique, mais anime un mouvement culturel fait de bric et de broc. Alors que, fait nouveau, tous les partis politiques (Les Républicains, Le Front National, le Parti Socialiste, le Front de Gauche) font des options claires et tranchées, lui, navigue en zigzag.

Prenons pari : au mieux, il devrait faire 14% des voix, au premier tour. Pour lors, sur nos tablettes (vieilles d’une trentaine d’années), il se situe à 12,75%. Il n’est donc même pas assuré qu’il soit devant Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon. Pourquoi les médias veulent-ils nous faire croire qu’il caracole en tête des sondages, au coude-à-coude avec Marine Le Pen ?

Qui plus est, si Nicolas Sarkozy entre en campagne, et dès qu’il le fera, François Fillon gagnera quatre à cinq points pour se situer entre 23% et 26%, au premier tour.

En somme, la seule possibilité pour Macron d’être au second tour viendrait d’une campagne calamiteuse de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, et de la neutralisation judiciaire de François Fillon. Encore que…

Macron, c’est une brise de mer. Rien de plus. Laissons donc les médias s’extasier des banalités politiques et des puérilités économiques de Macron.

Eduard Gans, collaborateur de Hegel et Professeur de Marx

mardi 

31 janvier 2017 à 08:02

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En souvenir de mon vieil ami décédé, Amady Ali Dieng, le penseur engagé

Une ascendance nègre

Eduard Gans (D.R)Eduard Gans a été à Hegel, ce que Théophraste fut pour Aristote. Et s’il peut se comprendre qu’il reste inconnu du public, cela s’admet moins quand il s’agit des cercles de l’hégélianisme. Seuls quelques spécialistes de Hegel se souviennent de lui et, parfois, au détour d’un commentaire, laisse apparaître son nom, mais sans plus. Même dans le corpus hégélien, il n’est mentionné que dans les notes. Pourtant, sa contribution doctrinale ne fut pas marginale.

De cet état de fait, on peut trouver une première explication dans le fait que, en son temps, Hegel a écrasé de son poids et de sa dimension tout son entourage, y compris Hölderlin et Schelling. Son fils, Karl Hegel, l’un des plus brillants historiens allemands, plus que tout autre n’a pas échappé à cette règle. Il en est allé de même pour Eduard Gans, l’un de ses meilleurs disciples, et sans la présence duquel bien des pans de la philosophie du droit et de la philosophie de l’histoire de Hegel ne se laisseraient appréhender que plus difficilement. Il a été le principal contributeur aux Principes de la philosophie du droit ou Science de l’État en abrégé de Hegel, ouvrage qui résume ce que Hegel lui-même a appelé L’esprit objectif.

Ce grand oubli d’Eduard Gans s’explique d’autant moins qu’il a été le professeur de Karl Marx, et l’on ne comprend pas la critique que Marx fera de l’État hégélien, sans Eduard Gans qui en est comme le repoussoir inavoué.

Ainsi, toute l’activité intellectuelle et scientifique d’Eduard Gans a-t-elle été encadrée par deux des plus grands noms de l’histoire de la Pensée moderne : Hegel et Marx. Et rien que cet « état de service » aurait dû lui épargner d’être pris dans les filets ingrats de l’oubli.

Eduard Gans est né le 22 mars 1798, à Berlin, et meurt le 5 mai 1839, dans la même ville, à 41 ans, quelques années après Hegel (1831). Il était juif d’origine. Son père, Abraham Isaak Gans, banquier, mourut également très jeune, à 47 ans (23 mars 1766 – 6 septembre 1813). Sa mère, Zipporah Marcus (2 janvier 1776 – 22 décembre 1839), était une berlinoise et vécut plus longtemps que son époux et son fils. Son unique sœur se prénommait Henriette (1800 – 1875).

Eduard Gans était donc un éminent intellectuel d’origine juive qui se convertira au christianisme, non sans que cela ne soulève émoi et protestation dans sa communauté. Il ne le fit pas seulement en raison de convictions philosophico-religieuses qui le poussèrent à renier son appartenance première, mais également pour avoir le droit d’enseigner dans les universités allemandes.

Juriste de solide formation, il était tout autant historien et philosophe. Ce qui explique sa proximité et la responsabilité doctrinale et théorique que lui confiera Hegel. Et, juste après la mort prématurée de ce dernier (choléra, 1831), Eduard Gans fera partie du cercle intime qui constituera l’association « Les amis du défunt » dans le but de procéder à la publication posthume de toute l’œuvre de Hegel.

Mais, ici, un autre aspect de sa personne nous intéresse : son phénotype, plus précisément son « phénotype macroscopique », c’est-à-dire ses caractéristiques physiques observables. Pour simplifier, disons que le phénotype est l’ensemble des caractères extérieurs d’un individu (couleur de peau, des yeux, morphologie, etc.), en lien avec son génome (ensemble des gènes).

Or, lorsqu’on observe les images d’Eduard Gans qui nous sont parvenues, on est immédiatement frappé par certains traits qui indiquent une parenté (lointaine ou proche) avec les populations négroïdes, et plus clairement une ascendance noire. En effet, la photo que nous montrons ici laisse apparaître des cheveux de type frisé, fortement frisé ou bouclé, et l’homme paraît avoir le teint quelque peu hâlé. Ces traits phénotypiques sont frappants.

Mais il est un autre indice, qui pourrait conforter cette parenté : le prénom de sa mère, Zipporah.
Rappelons ici que Zipporah est un prénom dont l’étymologie signifie « petit oiseau ». Et, bien évidemment, chacun l’aura reconnu, c’est le prénom de la célèbre Tsippora, Séphora ou Séfora (selon les orthographies), qui fut la première épouse et peut-être la seule de Moïse (Exode 2).

Tsippora, bergère comme ses six sœurs, était la fille de Jethro (ou Ragouël : « ami de Dieu »), un prêtre de Madian qui rendait un culte à El Elyon, son dieu. Moïse fit sa rencontre, lors de son exil (fuite) à Madian, étape qui constitue la troisième séquence de sa vie. Et contrairement au tableau célèbre de la chapelle Sixtine réalisée par Sandro Botticelli, La jeunesse de Moïse (1481 – 1482), qui la représente blanche de peau, la Bible la décrit exactement comme noire et originaire ou du Soudan (Nubie), ou d’Égypte ou d’Éthiopie, selon les traductions et les controverses.

Elle est parfois assimilée (monogamie) ou alors distinguée (polygamie) de la fameuse Kouchite, épouse de Moïse, qui est désignée comme une Éthiopienne (Nombre, 12 – 1).

En tous les cas, dans la continuité du tableau de Sandro Botticelli, notons que dans le film Les Dix commandements (Cecil B. DeMille, 1956), le rôle de Tsippora (Séphora) de Madian est tenu par la belle actrice canado-américaine Yvonne de Carlo, blanche, avec une assez forte ressemblance de l’héroïne de Botticelli. Ce type de « blanchisation » n’est pas un phénomène nouveau. On en trouve une trace avec le Héraclès des Grecs, qui avait maints traits négroïdes (corps trapu, cheveux crépus, fesses noires, etc.) en raison de son ascendance noire par sa mère Andromède originaire d’Éthiopie. Puis, Héraclès sera successivement blanchi par les Romains (Hercule) jusqu’à Walt Disney. Tsippora, à l’origine, était une femme noire et connaitra la même « blanchisation » historique. Ésope, lui-même d’origine égyptienne, si l’on en croit l’abbé Grégoire, se demandait et s’étonnait dans sa Onzième fable  qu’on puisse blanchir une nègre. Avec Héraclès et Tsippora, nous tenons deux exemples que l’on pourrait multiplier.

Mais Tsippora n’a pas seulement été l’épouse noire de Moïse, elle est également celle qui pratiquera la circoncision salvatrice de Guershom (Exode, 2, 21), leur premier fils, pour toucher du prépuce tranché et ensanglanté les pieds de Moïse, geste qui épargnera son époux de la mort que Dieu voulut lui infliger (Exode 4, 24 – 26). Elle est donc le personnage central de la troisième grande séquence de la vie de Moïse (sauvetage des eaux (Nil), puis face-à-face du Buisson ardent (Horeb).

Sur la base des éléments patronymiques et biographiques fournis, revenons au phénotype d’Eduard Gans. Force est alors de constater que sa composition allélique (génotype), qui détermine son phénotype, est assez éloquente ou parlante. En effet, d’où tient-il ses cheveux fortement frisés et son teint basané ? Fort probablement de sa mère Zipporah. Cette hypothèse repose sur quelques minces indices, notamment le prénom Zipporah qui, dans l’histoire juive, renvoie à une ascendance prestigieuse et nègre. Était-ce pour cette raison que sa mère reçut ce prénom ? Et puisque nous ne disposons pas de portrait de son père, Abraham Isaak Gans, nous devons affirmer que c’est très probablement de sa mère qu’Eduard Gans a hérité de plusieurs allèles (versions variables d’un même gène) par lesquels s’identifient les populations noires.

En conclusion, que l’un de ses principaux collaborateurs, d’origine juive, ait indubitablement une ascendance noire, Hegel ne pouvait que le remarquer. Et cette indication renforce l’idée selon laquelle il n’a pas jamais été un raciste, comme cela arrange maints médiocres de le prétendre. En effet, et nous l’avons maintes fois écrit, dans La Phénoménologie de l’Esprit, Hegel n’a pas hésité à ridiculiser laconiquement toutes les grandes théories et doctrines racistes de son époque, en particulier la Phrénologie de Frantz Joseph Gall et la Physiognomonie de Johann Kaspar Lavater alors très en vogue ; si, dès son adolescence (12 ans), il n’a pas atermoyé pour écrire audacieusement dans son « journal intime » que Ménès l’Égyptien (Mény, Menas ou Narmer), 1er pharaon, fondateur de la dynastie thinite vers – 3150 avant J.-C., qui a unifié la Haute-Égypte et la Basse-Égypte, est un descendant de Cham (ancêtre biblique des Noirs) ; s’il a affirmé l’origine égyptienne de la civilisation grecque (Leçons sur la philosophie de l’histoire et notre article Hegel et l’Égypte antique) ; s’il a affirmé que la Haute-Égypte (Nubie) et l’Éthiopie (Carl Ritter) sont la source historique et civilisatrice de la Basse-Égypte (Leçons sur la philosophie de l’histoire), ce qui, loin de satisfaire les disciples de Cheikh Anta Diop, les horripilent ; si jeune précepteur à Berne, après la lecture de l’Histoire des Deux Indes de l’abbé Raynal et Diderot, premier ouvrage anti-esclavagiste, il n’a pas tergiversé et a fermement condamné l’esclavage et la compromission de l’Église ; s’il a médité et décrit la première victoire de l’esclave sur son maître (dialectique) dans Domination et servitude (La Phénoménologie de l’Esprit) en 1804, au moment même où Haïti proclame son indépendance ; s’il a emphatiquement salué la révolution des esclaves noirs d’Haïti et applaudi à la fondation chrétienne du premier État noir post-esclavagiste, comme nous l’avons montré dans notre article sur Hegel et Saint-Domingue ; et s’il a été, contre toute l’histoire officielle de la médecine tropicale, pratiquement le seul a attribuer la découverte de la quinine à un médecin noir, le Dr Kingera (La raison dans l’histoire) ; s’il a été le seul à voir dans le royaume du Dahomey (Afrique de l’ouest), et excusez du peu, la « réalisation partielle de la République de Platon » (La raison dans l’histoire), alors comment le considérer comme un raciste et l’ennemi des peuple noirs ?

Sa fréquentation et son choix porté sur Eduard Gans se fit au-delà ou contre toutes les conceptions racistes. C’est encore lui qui militera et le cautionnera pour son intégration comme Privat-Dozent, avant que celui-ci ne devienne professeur d’université.

C’est pourquoi, « il est grand temps » (Zarathoustra, Nietzsche) de préparer la publication de ma thèse de doctorat : Hegel, critique de l’Afrique ou Introduction aux études critiques de Hegel sur l’Afrique, soutenue en Sorbonne (Paris – 1), en 1990, il y a près de vingt-six ans et qui a marqué un tournant décisif dans la compréhension de l’itinéraire africain de Hegel, comme l’avait souligné mon vieil ami, penseur et économiste sénégalais Amady Ali Dieng, aujourd’hui disparu, et auquel cet article de combat et de pensée est dédié.

Les dialectiques subliminales de Manuel Valls

vendredi 

27 janvier 2017 à 15:55

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Un parti politique se meurt : le Parti socialiste français. La mort vient, lente, comme inexorable. Pour lors, rien ne semble y remédier. En effet, les prescriptions médicales successives aggravent le mal. Un exemple : la crise continue du premier secrétariat. Le 15 avril 2014, en grande pompe, Jean-Christophe Cambadélis remplaçait Harlem Désir. Nous devions alors voir ce que nous allions voir. Pschitt ! Rien. Ou plutôt pire. Car le mal s’est accru. Le remplaçant est aussi médiocre que le remplacé. Il n’y a qu’à ouvrir les yeux, pour voir.

Avec la crise des adhésions (désertion des militants, 2013), la fin du « socialisme municipal » (mars 2014), les défaites successives aux élections départementales (2014) et régionales (2015) ; avec une Présidence de la République sans boussole, l’inouï matraquage fiscal du gouvernement Valls et un groupe parlementaire sans repère ni cohésion, le Parti Socialiste a été relégué au rang de quatrième parti de France. Il est à présent menacé d’extinction par ses dissensions internes voire son éclatement.

Au reste, le triomphe de François Fillon à la Primaire de la droite et du centre (20 et 27 novembre 2016) a amplifié cette crise à laquelle est venu s’agréger le renoncement prévisible et attendu de François Hollande (1er décembre 2016) aux présidentielles de 2017.

En fallait-il plus ? Ce fut la Primaire de « La Belle alliance populaire ». La sincérité de cette consultation est gravement entachée de soupçons de fraude sur le taux de participation, par les votes multiples et répétées d’un électeur, le score bricolé des candidats et la disparition des résultats de près de 400 bureaux de vote. Ces accusations sont lourdes. Et, outre celles de Jean-Luc Mélenchon évoquant une « fraude de masse », Rémi Lefebvre rappelle que la « culture de la fraude » est typique des socialistes français, ce dont nombre de militants peuvent témoigner. L’électorat socialiste n’en demandait pas tant.

Désormais, ce parti politique ne repose que sur le vice de ses cadres dirigeants, sur du « bois pourri » aurait dit Mably, après qu’ils aient renoncé à la vertu. Les militants de base, d’abord déconcertés par le mandat présidentiel, sont à présent désemparés. Il en va toujours ainsi lorsque menteries et coups fourrés deviennent la règle d’une organisation politique. L’extinction du Parti Radical, qui fut le premier parti constitué en France, et celle du Parti Communiste bolchévique, aujourd’hui réduit à sa portion congrue, l’attestent. Ainsi, les éléphanteaux, ces piètres épigones des Éléphants socialistes, ont-ils dilapidé le capital éthique et programmatique patiemment constitué par le Congrès d’Épinay appelé le Congrès d’unification des socialistes (11 – 13 juin 1971).

C’est que ce parti a été capturé par les médiocres – qui en contrôlent les instances dirigeantes -, et en tête desquels est Manuel Valls, dont l’un des objectifs affichés est de liquider les bases historiques du Congrès d’unification des socialistes. Sans le rappel de ces faits, nul ne peut comprendre l’action de sape conduite par François Hollande et surtout Manuel Valls et leurs sous-fifres. Or tel est le schéma que Benoît Hamon vient d’enrayer, avec son coup de maître réalisé lors du premier tour de la Primaire de « La Belle alliance populaire ».

Ce succès de Benoît Hamon a déclenché l’ire de Margitès, le surnom que nous avons donné à Manuel Valls. Il est sorti de ses gonds. Cependant, ni la métrique sarkozienne de son langage portée par une « incontinence médiatique », ni sa brutalité politique et ses froncements de sourcils, moins encore son prétendu bonapartisme de « gauche », pas même sa faible « jactance gallique » n’impressionnent.
L’équation de Margitès est si simpliste qu’elle étale tout son ridicule politique et son insoutenable manque de modestie : « ou moi, ou rien ». Il y a bien longtemps que, sous la Cinquième République et dans un parti de gauche, un homme politique n’avait osé affirmer un tel paradigme. Il « fait son personnage » eut dit Bossuet. Pauvre Manuel !

« Mourir de rire » disent les Jeunes. Alors, laissez-le donc gagner, parce que sans lui la France ne peut s’en sortir. C’est lui le sauveur de la République. Pauvre Manuel, les dieux lui sont tombés sur la tête. Margitès confond tout et veut tout faire. Cette pathologie politique est connue et porte un nom.

Mieux encore, il est devenu le « Joselito » de la vie nationale. Cette comparaison n’est pas anodine et ne renvoie pas à ses origines. Mais la ressemblance est frappante. Qui ne se souvient, en effet, de la saga du petit José Jiménez Fernandez, l’enfant à la voix d’or, ce rossignol des montagnes espagnoles, qui enflammait les salles de cinéma à la fin des années 50 ? Et voilà que, malgré ou en raison de ses déconvenues, notre Josélito national chante qu’il serait le seul à pouvoir battre François Fillon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, etc., aux présidentielles de mai 2017. Rien que ça. La chanson est belle. Pauvre Josélito ! Chante encore : promets le contraire de ton bilan ! Nous sommes tous disposés à te croire. Nous sommes tous des niais ou alors des débonnaires. Mais auparavant, qu’il ne peste pas contre Emmanuel Macron qui l’a débordé sur sa droite et qu’il range également sa colère contre Benoît Hamon qui l’a doublé par la gauche. La chanson de Josélito n’est même pas le chant du Cygne, comme l’est, par exemple, « le revenu universel » de Benoît Hamon.

C’est que Manuel Valls a oublié ce grand avertissement d’Ernest Lavisse : « Le centre gauche n’a pas de sexe ». Et son entourage lui eut rendu service, s’il lui avait également rappelé que les grands mythes orientent également l’histoire, comme l’enseignent le controversé Georges Sorel qui note sa fonction mobilisatrice (grève générale), tout comme Amilcar Cabral, esprit puissant, qui confère au mythe (grand mensonge) un rôle déterminant dans l’histoire universelle. « Le revenu universel » proposé par Benoît Hamon est de cet ordre-là. C’est un mythe politique : une utopie qui projette un nouveau monde, une chose irréelle mais possible qui peut lever les masses. C’est ce que ne saisit pas et ne veut admettre Manuel Valls, qui ne mesure pas le désarroi des pauvres et des masses populaires qui voient dans le « revenu universel » une espérance ou un mieux-vivre.

Pauvre Manuel Valls. Il ne comprend rien à la France, au point qu’il ne parvient même plus à opposer des objections raisonnées aux belles fadaises de Benoît Hamon sur la laïcité et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, d’un Benoît Hamon qui scinde « l’esprit » de « la lettre » de ces deux textes majeurs.

En tous les cas, en observant et en écoutant les complaintes de notre Josélito national, il me vient à l’esprit les pages instructives d’une de mes lectures de jeunesse, L’idéologie allemande, dans laquelle Friedrich Engels et Karl Marx, posant les bases définitives de leur « matérialisme historique », réglaient leur compte avec les prétendus « socialistes vrais » d’Allemagne : Feuerbach, Bruno Bauer et Max Stirner.

J’ai mis en bonne mémoire ce passage pimenté où nos deux penseurs matérialistes raillent ceux-là qui croyaient pouvoir changer le monde par la seule force de leur esprit : « Naguère, écrivent-ils, un brave homme s’imaginait que, si les hommes se noyaient, c’est uniquement parce qu’ils étaient possédés par l’idée de la pesanteur. Qu’ils ôtent de la tête cette représentation, par exemple, en déclarant que c’était une représentation religieuse, superstitieuse, et les voilà désormais à l’abri de tout risque de noyade. Sa vie durant, il lutta contre cette illusion de la pesanteur dont toutes les statistiques lui montraient, par des preuves nombreuses et répétées, les conséquences pernicieuses… » . Ce brave homme, c’est notre Manuel Valls !

En effet, il lui a suffi de se débarrasser de l’idée de défaite et de la remplacer par celle de victoire, pour que ses déboires politiques personnels se transforment sponte sue en victoire collective pour la gauche. L’autosuggestion est même si grande que les débâcles sont célébrées comme une victoire et une fête inattendues. Par exemple, quand il perdra les élections régionales (2015) dans lesquelles il s’était engagé et que son parti deviendra le troisième parti de France, sans gêne aucune, Manuel Valls s’attribuera le fait que, grâce à lui, le Front National n’a pas remporté cette élection. Quelle chanson !

Engels et Marx se moquaient de ces « socialistes vrais » qui descendaient du ciel sur terre, au lieu de s’élever de la terre vers le ciel. Qui donc, des montagnes espagnoles, ramènera Manuel Valls en terre française ? Parce qu’il semble bien que même le Président de la République ne soit plus en mesure de le faire. À moins que, rusé comme un renard épuisé, s’il n’a jamais lu les considérations de Théophraste (successeur d’Aristote), François Hollande attende le moment favorable ou propice pour lui porter le « coup de Jarnac » ? Est-ce cela qu’il espère avec la carte Emmanuel Macron ? À moins que sur les ruines du Parti socialiste d’après le second tour de cette Primaire, il ne change d’avis et décide de redevenir candidat. Tout est possible, avec les socialistes français de notre époque, les « socialistes vrais » fustigés par Marx.
Pour lors, c’est en chantant à tue-tête que Manuel Valls fonce à vive allure droit dans le mur, et en klaxonnant pour que le mur (les difficultés des Français) s’écarte de son chemin. Tout est possible ! Avec lui, la gauche peut même être de droite, désormais. Il n’y a rien de « populaire », pas « alliance » et pas une idée qui soit « belle ».

Un parti politique se meurt. Si tout est possible, n’est pas Phoenix qui veut pour renaître de ses cendres.

La Conspiration des médiocres – Premier coup d’État : renverser le savoir-vivre

jeudi 

19 janvier 2017 à 14:18

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Couverture - 1Je partage avec vous mon dernier manuscrit, La Conspiration des médiocres.

Il s’agit de dénoncer les agissements des médiocres. Ils ont bâillonné la nation. Quant à la République, ils l’ont usée jusqu’à la corde. Elle s’en trouve fort affaiblie et en ressort grandement éculée, semblable à une « dépouille ». Car ils ont dévissé la devise de la République que fixe le Titre I, article 2 de la Constitution. En effet, ils ont remplacé la Fraternité par les communautés ; converti l’Égalité entre inégaux en injustice populaire (sociale et économique) et, à la belle Liberté, substitué le libertinage et la maximisation du profit. Que de coups d’État !    

Mario Soares : un ami des peuples d’Afrique

mardi 

10 janvier 2017 à 12:38

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Mario Soares et Aristide Pereira (D.R)L’homme fut un sage, comme peu d’hommes savent l’être en politique. Aristote parlerait de sagacité ou de prudence, dans les affaires publiques. Et sans doute Bossuet eût-il vu en lui un modèle de vertu. Comme La Bruyère, Mario Soares aurait pu s’écrier : « Je suis peuple » !

Mario Soares est mort, après une longue vie de combats démocratiques, en vue de la République et pour une société plus juste. Il aura toujours été attentif au sort des plus pauvres et à la Liberté. Aussi prêchait-il un socialisme porté par l’État-providence et non pas une molle social-démocratie soumise au marché et au Capital, qui accable les plus faibles.

Le souvenir public gardera de lui l’image fixe d’un grand émancipateur du grand peuple portugais. Avec les audacieux officiers militaires qui mirent fin à la guerre coloniale, il restera dans l’histoire comme l’un des pères fondateurs de la Deuxième République portugaise.

« L’attention est la pointe de l’âme » dit une formule. Mario Soares aura toujours été attentif au sort des peuples africains. Et cet aspect de son âme le distingue radicalement de maints dirigeants européens et surtout français.

Et pour mettre en exergue cette qualité éthique de Mario Soares, qu’il me soit permis de rappeler sa critique morale de nombreux chefs d’État africains.

François Mitterrand et Mario Soares adulaient Amilcar Cabral, dont ils vanteront constamment les qualités morales, l’énergie politique, la culture personnelle et l’intelligence. C’est leur point de départ critique des dirigeants africains.

Mario Soares se sentira quelque peu comptable de l’héritage de Cabral. Aussi consacrera-t-il une partie de ses activités à recueillir et à faire numériser tous les écrits disponibles de Cabral, les préservant ainsi de la destruction et de la négligence. Dans la même veine d’idées, il n’est pas étonnant qu’il ait choisi le Symposium international Amilcar Cabral, pour fustiger le comportement irresponsable de certains chefs d’État africains qui enfoncent délibérément leur peuple dans la misère. Son propos vaut comme son testament politique et une attention marquée à l’endroit de l’Afrique des peuples.

Ainsi, en 2004, à Praia, capitale de Cabo Verde (Cap Vert), lors de sa communication intitulée Amilcar Cabral : une pensée actuelle, il déclarait sans fioritures :

« Quarante ans après le grand mouvement émancipateur des décolonisations, l’Afrique, libérée du colonialisme traditionnel et de l’apartheid, totalement indépendante, en termes formels, apparaît comme un Continent à la dérive. C’est une réalité que les dirigeants africains ne doivent ni ne peuvent ignorer et qui a plusieurs explications. »

Et sans ménagement ou hypocrisie politique, Mario Soares invitera les dirigeants africains à ouvrir grands leurs yeux sur les accablantes réalités africaines : un continent à la dérive et des dirigeants inconséquents dans une Afrique dont il dresse l’affligeant tableau.

S’inspirant ouvertement de l’exemple de Cabral, Mário Soares invite les dirigeants africains à une évaluation critique de leur activité. Et, après avoir rappelé le fameux mot d’ordre de Cabral sur l’autonomie de la pensée des combattants de la liberté, « penser par nos propres têtes et partir de ses propres expériences », il ajoute : « Quatre décades après le grand mouvement de décolonisation, les dirigeants africains doivent faire une réflexion critique sur le chemin parcouru depuis le point de départ, en trouvant des formes adéquates pour qu’ils résistent, avec succès, aux formes nouvelles d’exploitation coloniale, dont ils continuent à être victimes ».

Mieux encore, cet appel n’est pas allé sans le rappel des grands défis auxquels l’Afrique postcoloniale est confrontée :

« Le continent africain a été particulièrement atteint par la globalisation. Au-delà des conflits ethniques, de l’expansion des fondamentalismes religieux – spécialement islamique mais aussi le christianisme évangélique – des pandémies, comme le sida, et de la corruption des dirigeants qui ont perdu le sentiment du service public et la sensibilité [fibre] sociale, en relation à la misère des autres, la globalisation a contribué à l’augmentation de l’exploitation de l’Afrique – de ses richesses – par les grandes multinationales… »

Avec la mort de Mario Soares, les peuples d’Afrique perdent un de ses grands défenseurs. Puisse le Portugal ne pas l’oublier et l’Afrique garder mémoire fidèle, si elle ne peut tenir le Souvenir.

Boas Festas : Bonne et heureuse année 2017 !

dimanche 

1 janvier 2017 à 17:56

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En Cabo Verde (archipel du Cap Vert), en musiquant « Boas Festas », une vieille tradition célèbre la nouvelle Année avec les vœux de Bonheur et de joie, sans oublier la part et les droits du pauvre.

Je voudrais, reprenant cette coutume insulaire, souhaiter à chacun d’entre vous une Bonne et Heureuse Année 2017, en vous disant « Boas Festas » qui est à la fois un « acte de culture », une « manifestation culturelle » (qui remonte au Moyen Âge) et une chanson populaire !

Ainsi, une fois l’an, à l’aube du 1er janvier de l’Année nouvelle, un petit groupe de musiciens, entonnant une aubade (aube) quelque peu bruyante, frappe à la porte de personnes visitées, les réveillent et leur chantent le « Boas Festas».

Cette chanson occupe une place centrale dans le répertoire musical caboverdien, parmi les chansons les plus populaires. Elle soulève l’âme des Caboverdiens, aussi haut que « Sodade » si magnifiquement chantée par Bonga (1974) puis par Césaria Evora (1992). Mais son rayon culturel s’est limité à l’archipel et à la diaspora.

L’instrumentarium (effectif instrumental) de « Boas Festas » conserve celui du Moyen Âge : outre les vents (voix), il y a les cordes (guitares et cavaquigno) et les percussions (tambourins).

Mais s’il n’y a qu’un air musical, on compte deux textes (paroles) différents. Le premier texte est le plus connu, repris par maints ensembles musicaux. Les musiciens entonnent « Boas Festas », et dès les premières paroles se recommandent de « Monsieur Saint-Sylvestre » (saint Sylvestre 1er né en 270 à Rome, mort le 31 décembre 335 après J.-C. et 33ème Pape). C’est lui qui guide leurs pas jusqu’à la demeure choisie. En y arrivant, les musiciens demandent aux visités si elles sont des personnes « honorables » ? Si elles le sont, elles doivent alors prouver leur capacité au don, en brisant leur tirelire pour en remettre une part aux musiciens qui se la répartiront. Toutefois, une douce menace pèse : en cas de refus, « Georges », l’homme des « intentions mauvaises », viendra dans cette demeure et, en guise de punition, exigera bien plus et ne leur laissera que peu. Cette version est un appel au soutien de ces musiciens de circonstance.

Le second texte, lui, est musiqué par le groupe Cordas de Sol qui, conformément à ses convictions socialisantes, insiste sur le devoir de solidarité vis-à-vis du « frère Manel », exemple du mauvais sort, et implore Dieu pour que sa situation sociale s’améliore.

Une troisième version de « Boas Festas » s’est imposée. Elle est sans texte. C’est celle instrumentalisée par Luis Morais et qui reste inégalée.

En Europe, et plus particulièrement en France, l’aubade de « Boas Festas » a été marginalisée, modifiée et déconnectée de la Saint-Sylvestre. On en retrouve, en effet, la forme et des traces, quand des jeunes appelés du contingent se rendent, au matin, dans certaines demeures, y chantent pour collecter des fonds qui les aideront à faire leur service militaire.

Vous trouverez cinq interprétations. La première est Sao Silvestre. La seconde est celle du groupe Cordas do Sol : Irmon Ménel (Frère Manel). La troisième est celles instrumentale de Luis Morais. Et comme les jeunes de tout temps modifient tout ce qu’ils touchent modernisée, la quatrième, est mi-zouk, mi-rap.La dernière est la version « cubanisée ».

 

Souvenirs d’été : provisions de pro-visions pour l’hiver !

mercredi 

21 décembre 2016 à 13:25

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Tu le sais Olphy,

Seul le Souvenir garde la possibilité ontologique de fabriquer, puis de livrer au magasin de la Mémoire ses lots d’images. C’est lui qui, l’Été dernier, nous ouvrit l’occasion de faire nos parts d’images pour traverser intacts cet Automne et notre Hiver.

Éclaircissement : tel l’affirme si justement Paul Ricœur : pour Platon, l’image, l’imagination et la mémoire, qui produit la « représentation présente d’une chose absente » (eikōn et phantasma), sont le moteur de l’activité psychologique ; tandis que, selon Aristote, le souvenir, en tant que rappel essentiel de ce qui a été antérieurement perçu, vécu ou appris, est le déterminant.

Mais, nous nous plaisons à méditer autrement cette délicate relation entre Souvenir et Mémoire, ainsi que retentit continûment Le Livre des Sodades. Car, le Souvenir, qui n’a d’antériorité autre que lui-même, appelle au jour l’Image, au sens que nos deux poètes préférés, Hölderlin et Rilke, prêtent à cette notion. Saint Augustin est également un maître des Images.

Olphy, te souvient-il, c’est instruit de ces riches controverses que nous passâmes l’Été dernier, parcourant l’Europe dans une marche volontaire. Et que d’Images le Souvenir n’a-t-il pas construit en nous et qui, depuis, collectées dans nos mémoires comme des provisions (acomptes) pour l’Automne et notre Hiver, sont nos pro-visions. C’est cela le pro-voir, l’acte essentiel, auquel seul est accordé le secret du monde : voir le monde à partir du Souvenir.

L’Île de Ré :

Après Nantes, La Roche-sur-Yon dans le bocage vendéen qui porte l’empreinte de Napoléon 1er, puis les Sables d’Olonne, nous prîmes la gracieuse bande routière qui mène à L’Île de Ré, enjambant le pont aux Images, et qui, de loin, s’approche à grands pas. Qu’elle est belle, l’île, cette asymptote qui tient ensemble le proche et le lointain ! Et notre marche callistique, avec la vélocité de nos pas qui dévoraient les chemins vicinaux, et ce pour enfin pro-voir ou alors capturer du regard les apaisants recoins de cet archipel charentais.

Olphy, ô mon Olphy à vélo, rieuse, comme reviennent les souvenirs abidjanais de nos tendres années d’enfance ! Il m’en souvient, la folle course de Saint-Martin-de-Ré à La Flotte, parmi les pinèdes, les chaudes vignes gorgées de soleil et les marais de sel endormis. Tel l’île-de-Sel aux Hespérides. Et, en bouquet, les succulents coquillages au beurre d’ail cuit au four, dont l’odeur se mêlait à l’effluve des vagues du bord de mer, et que nous relevâmes d’un sec vin blanc. Comment ne pas y revenir ?
Le Souvenir commande tout et guide les pas des marcheurs.

Et Copenhague :

Ô København, « le port des commerçants », qui se dresse monumentale entre les statues de trois êtres remarquables : près de la mairie, assis mais de bronze, Hans Christian Andersen nous racontent encore ses histoires merveilleuses. Le Souvenir nous laisse entendre, ce qu’il dit. Et qui pose et se repose sur un rocher la nostalgique Petite sirène, jolie, dos à la mer et oubliant ses meurtrissures. Et, dans le centre-ville, Absalon, le moine-soldat qui bâtit Hafnia, la citadelle d’où sortit Copenhague.

La ville aux imposants édifices anciens est bâtie sur le calme des eaux du port et sur la paisible coulée des canaux de navigation où vont et viennent d’innombrables embarcations, quand elles ne sont pas amarrées. Maints ponts surmontent et joignent les rives. Les rues, aussi larges que les boulevards parisiens, sont bien mieux aménagées. Des voies ferrées nervurent le site. Mais une éducation anime la ville : les habitants sont discrets et la cité, belle et propre, est harmonieuse.

Nous t’avons cueillie, Copenhague, par les angles qui consolident le pro-voir. Ce fut, comme de premier, par nos pieds inépuisables que nous prîmes gratuitement ta mesure. Et nos jambes, qui sont des lieux de mémoire, gardent elles aussi de belles images : les apaisants parcs publics, tel le Jardin de Tivoli ou celui plus serein de Frederiksberg ou de Kastellet, la Citadelle aux cinq pointes et son vieux moulin. Et les fronts de mer que balaie l’odeur salée des vents frais. Sur l’un d’eux, en une place aménagée, des couples langoureux rivalisent de figures sur des airs de Tango. Mais aussi dîner sur les quais animés du port de Nyhavn aux lumières rouges, là où l’alignement des façades colorées rappelle les habitations portugaises qui accompagnent le fleuve Douro. Un Anglais, au hasard de notre proximité, affable, daigna moquer Paris que Zlatan venait de quitter pour Manchester. Mais les quartiers aussi aiment à vous donner leur paix et leurs couleurs chaudes, comme celui des Nyboder aux éclatants murs jaune d’or.
Comme de deuxième, sur une embarcation, nous glissâmes le long de tes canaux urbains, passant ou nous faufilant sous les ponts bas. Copenhague se découvre alors autrement : et je revois la superbe Église de Notre-Sauveur toute baroque avec son impressionnante flèche spirale et son escalier hélicoïdal, tandis que son carillon bat l’écoulement du Temps, mais fait silence de minuit au matin, et interpelle la piété des citadins.

Et, comme de troisième, nous empruntâmes un bus à impériale et décapoté, à arrêts multiples, pour la visite guidée des grandes places, des bâtiments célèbres et des quartiers. Parmi ces derniers, il faut avoir visité « Christiania » la bariolée, l’insolite, la résistante, l’originale, l’autogéré qui n’est peuplée que de hippies et d’Alternatifs, pour saisir la tolérance du comté de Copenhague.
L’humeur et les mœurs danoises développent ce puissant esprit public qui s’enracine et se consolide dans le fait que le Danemark soit, juste après la Suède dont il est frère et frontalier, le pays d’Europe où la classe moyenne est la plus importante (78%) mais aussi la plus égalitaire, car l’écart entre les hauts et les bas salaires y est le plus faible.

Heureux de tant de beauté, mais épuisés par tant de marche, nous regagnâmes la France. Et de retour,

Les Cévennes :

Nous arrivâmes à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, non loin de Marseille et d’Aix-en-Provence, où nous prîmes séjour dans un réconfortant hôtel.

Le lendemain vinrent à nous, tel un don, Marseille et sa Bonne-Mère qui, depuis sa hauteur, bénit du regard la ville, et protège ses nautoniers et toute l’étendue de la « Mer médiane », selon la jolie formule de Senghor quand il appelait à lui la Méditerranée. Y plonger, dans un bain qui régénère l’esprit, rien que d’éclat. Ce bleu plus bleu que tous les virginaux bleus du Ciel. Avignon, « ville d’esprit », s’étendit alors jusqu’à nous, avec son émouvant pont aux Demoiselles, le pont Saint-Bénézet de son vrai nom, et qui n’est présent que de moitié mais intact et entier par ce qui lui manque et que comble le coulant du majestueux Rhône. Nous revoyons, qui s’impose, le magnifique Palais des Papes avec la blancheur éclatante de ses vielles pierres. Nous attendaient, impatients, Toulon et son port aux calmes et accueillantes flots : une soupe de poissons, et en face et non loin, navires de plaisance et paquebots dormaient les paupières lourdes. Aix en Provence, l’amante du Ciel, superbe et au vêtement ensoleillé. Et de là, nous prîmes les asphaltes qui creusent les Cévennes, ce paradis sillonnant l’admirable chaîne montagneuse du sud-ouest du Massif central, et qui hurle une beauté mi-divine, mi-tellurique. Là-haut, les nuages inclinèrent leurs rubans cévenols jusqu’à nos visages. Et nous les cueillîmes, également gourmands d’air pur, pendant que nous étions sur les bornes et les routes des monts pour reprendre le vers de Hölderlin.

Nous ne visitons que des lieux et des sites dont nous nous souvenons.

Mon Olphy,

Mais c’est par les Images du Souvenir que nous aménageons également les saisons. Et il me semble bien, mon Olphy, que nous ayons raison contre Platon et Aristote. Car le Souvenir précède toute antériorité. Il se souvient d’abord de lui-même, avant tout autre souvenir et toute Mémoire. Tout lui est postérieur.

Laissons donc, de nouveau, entendre ce passage oublié du Livre sacré, qui retentit dans Le Livre des Sodades : « Dieu s’en est souvenu et tout lui est revenu en mémoire ». Le caché profond de ce mot ex-pli-que l’ultime parole du meilleur d’entre les hommes au larron, sur la promesse et la force du Souvenir, alors qu’ils sont suspendus à la Croix. Le Souvenir rend présent ce qui disparaît. Et cela, même le plus humble des hommes comme le plus haut d’entre eux le comprend. S’il a des oreilles pour pro-voir.

Et c’est ainsi que nous, toi et moi, pareils au « chêne et tremble d’argent » formons le « noble couple » qui médite, en marcheurs impénitents, le pro-voir et la pro-fondation du monde, sous la bienveillante joie des Ris et des Amours, mais aussi d’Abéona et d’Adéona, qui accordent et referment les chemins.

Mais voici déjà que le Souvenir appelle à lui le Printemps, l’enfance des saisons !

Sources historiques du coup d’État de M. Valls contre F. Hollande

jeudi 

8 décembre 2016 à 08:45

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La fait a été vaillamment oublié, mais la crise entre Manuel Valls et François Hollande a un célèbre précédent sous la 5ème République : la tension entre Charles de Gaulle, président de la République, et Georges Pompidou, son premier ministre, et qui aboutira au départ du premier. Sans le rappel rapide de cet arrière-plan historique, nul ne peut saisir la démarche « controversée » et décriée de Manuel Valls qui, sans doute s’en est inspiré, pour obliger F. Hollande à ne pas se représenter en mai 2017 pour un second mandat.

Rappel historique : Georges Pompidou est « découvert » par Charles de Gaulle en 1944, qui l’intègre à son cabinet et assure sa promotion, jusqu’à en faire son premier ministre du 14 avril 1962 au 10 juillet 1968.

Cependant, la gestion délicate de « Mai 68 » verra naître entre les deux hommes une tension qui ne cessera de grandir. En effet, si Charles de Gaulle était pour une résolution de la crise par voie référendaire (référendum sur l’université), Georges Pompidou sera partisan d’une solution négociée avec les syndicats (Accords de Grenelle) et, dans le même temps, pour une dissolution de l’Assemblée nationale.

Mais les derniers développements de « Mai 68 » verront la crise se complexifier. En effet la crise est à son paroxysme, quand survient la fameuse éclipse (disparition) de Charles de Gaulle qui, tout le 29 mai, se rend en hélicoptère à Baden-Baden (Allemagne) afin d’y rencontrer le général Jacques Massu, sans prendre cependant la précaution constitutionnelle d’en informer son Premier ministre. Ce faisant, par cette disparition soudaine et secrète, il rompait l’article 5 de la Constitution qui dispose que « Le Président de la République veille au respect de la Constitution [… et] assure la continuité de l’État ». Outre cette première violation, Charles de Gaulle en commettait une seconde, tout aussi grave, en foulant au pied les prérogatives de son Premier ministre en matière de Défense nationale. Sans doute, pour justifier ce déplacement inexpliqué et caché, Charles de Gaulle a-t-il pris appui (mais sans le dire) sur l’article 15 de la Constitution selon lequel « le Président est le chef des armées ». Mais, en cela même, il en oubliait l’article 21 disposant que « Le Premier ministre […] est le responsable des armées ».

Cette double violation conduira G. Pompidou à lui présenter sa démission, dès le retour de Charles de Gaulle à Paris le lendemain, soit le 30 mai 1968, au motif d’un désaveu de fait de ses prérogatives constitutionnelles. Elle sera refusée. Ce fut la première offre de démission.

Un mois plus tard, Georges Pompidou remportera les législatives anticipées des 23 et 30 juin 1968, à une très large majorité. En effet, son parti gaulliste, l’Union pour la défense de la République (UDR) obtiendra 294 (144 dès le premier tour) sur 485 sièges et, avec ses alliés (61 Républicains indépendants et 12 centristes) un total de 367 sièges. Le lendemain de ces résultats, comme de coutume, G. Pompidou présentera la démission de son gouvernement. Elle sera dans un premier temps rejetée par le président de la République Charles de Gaulle qui, quelques jours plus tard, l’acceptera. La primature de Georges Pompidou s’achèvera le 10 juillet 1968.

Ainsi, le 30 mai et le 1er juillet 1968, Georges Pompidou a-t-il engagé deux démissions. La seconde sera acceptée. Ce fut, pourrait-on dire, un « chantage » à la démission.

En tous les cas, six mois plus tard, en janvier 1969, à la faveur d’un voyage en Italie, répondant à une question sur son avenir politique, Georges Pompidou lancera ce qui vaudra comme son « Appel de Rome » dans lequel il affirmera sa candidature lors des prochaines présidentielles, se posant comme le grand rival de son ex-mentor Charles de Gaulle. Cette prise de position comptera pour beaucoup dans l’échec du référendum qui mettra un terme à la carrière politique de Charles de Gaulle. Coup de poignard !

Il est alors étonnant que les politologues et les journalistes politiques n’aient pas vu la similitude du lien ou l’homologie de structures entre l’action de Georges Pompidou contre Charles de Gaulle et celle Manuel Valls contre François Hollande. Manuel Valls, ex-premier ministre et désormais candidat déclaré à la présidentielle, s’est manifestement inspiré de Georges Pompidou, son illustre prédécesseur de droite.

Les propos effarouchés de certains « moralistes » sur la trahison de Manuel Valls ne sont pas justifiés. Car il y a bien une tradition française de premiers ministres qui poussent à la porte les Présidents de la République. Après Pompidou, nous eûmes Jacques Chirac contre Giscard d’Estaing et maintenant Valls contre Hollande. Et cette éviction ne tient pas à la « mollesse » de François Hollande mais bien à la tradition dont nous parlons et qui prend sa source au cœur même de la Constitution de la 5ème République, comme nous l’avons vu.

En vérité, nous sommes au cœur d’un coup d’État, au sens que Gabriel Naudé donne à cette notion dans ses Considérations politiques sur les coups d’état. Mais, à la différence de celui de Georges Pompidou, le « coup fourré » de Manuel Valls, son coup de force, est d’autant plus stupéfiant qu’il n’a pas de base constitutionnelle ni ne s’appuie sur un succès électoral, contrairement à celui de Georges Pompidou. Ce coup d’État, désormais soutenu par Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, pour « empêcher » un Président de la République de se représenter ou pour « congédier » le chef de l’État, repose sur un double ressort. D’une part, la certitude de la défaite de François Hollande lors des prochaines présidentielles (impopularité) ; ce qui n’est pas faux. D’autre part, sur la conviction intime de se croire le petit-Jésus, le sauveur, des Socialistes. Ce qui n’est pas vrai.

Cependant, comme l’a dit Hegel et que reprendra Marx dans son 18 Brumaire, « l’histoire ne se répète pas, ou alors comme une farce » après avoir été une tragédie. C’est ce à quoi Manuel Valls s’expose, en tentant de répéter l’exploit pompidolien. S’il est parvenu à écarter François Hollande, par le « chantage » de ses démissions, il n’est pas si sûr qu’il dépasse le stade de la Primaire socialiste. Et s’il le dépassait, alors il offrirait un boulevard à Marine Le Pen et à François Fillon.

La revanche des « sans dents » et de Sens commun

samedi 

3 décembre 2016 à 09:40

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Les « Sans dents » ! Peu s’en souviennent, on les appelait, à l’époque (1997 – 2002) et de façon pudique, les « Nouveaux pauvres ». Lionel Jospin les marginalisera, par sa recherche obstinée de bons résultats macro-économies (Traité de Maastricht), au détriment des grandes questions sociales.

Sans état d’âme, les « Nouveaux pauvres » de l’époque ont éliminé Lionel Jospin, dès le premier tour des élections présidentielles de mai 2002, en qualifiant Jean-Marie Le Pen. Un an plus tôt, nous affirmions que cette élimination était inéluctable.

Depuis la fin des années 90, les « Nouveaux pauvres » ont vu leur nombre considérablement augmenter, au point de former à présent un « groupe social » à part entière. Ce sont eux que François Hollande, toute pudeur rejetée et raillerie sans vergogne, rebaptisera les « Sans dents », après qu’ils aient fait l’objet du mépris doctrinal de Terra Nova .

Les anciens « Nouveaux pauvres » sont précisément les nouveaux « Sans dents ». Ce sont eux qui, par leur abstention ou leur vote Le Pen, ont retiré tout crédit politique à François Hollande, au point de le contraindre à ne pas représenter en mai 2017. C’est le début de leur grande revanche.

Au reste, la froide colère des « Sans dents » est aux Socialistes, ce que la révolte de « Sens commun » est aux Républicains. Ces deux forces sociales, les « Sans dents » et Sens commun, ont désormais engagé (par leur mobilisation) une profonde et « inattendue » mutation politique, à partir de la société civile… et non plus des partis politiques ou des syndicats.

Le centre et les centristes (UDI, Modem et En Marche) ne sont plus audibles. La Primaire de la droite l’a mis en évidence. Qui peut croire que l’UDI et le Modem préfèreront Emmanuel Macron à François Fillon ?

En tous les cas, Nicolas Sarkozy s’est trompé, en croyant que l’identité française était uniquement culturelle ou « gauloise », alors que François Fillon a pris le risque d’affirmer qu’elle est d’abord cultuelle, c’est-à-dire chrétienne en son fond. Et il a emporté la mise. François Hollande, de son côté, n’a rien compris à la problématique de l’identité française. Lorsqu’il s’en est aperçu, trop tard, sa seule proposition fut la « déchéance de nationalité » : une erreur magistrale parmi tant d’autres. Pauvre Hollande, dents pleines mais quelle humiliation : ne peut plus pouvoir montrer les siennes !

Les « Sans dents », eux, attendent encore leurs dentistes.

Jean-Pierre Mignard, le compère de François Hollande et de Ségolène Royal, vient de choisir Emmanuel Macron pour les prochaines présidentielles. Un choix absurde ! Car les « Sans dents » et « Sens commun » ont durci les choix politiques : à droite toute, pour la Droite et l’extrême-droite, et, à gauche toute, pour la gauche, mais avec un Parti socialiste qui, comme le disait Dominique Strauss-Kahn, est un « astre mort ». Et ce, pour quelque temps encore. La « Hollandie » n’a pas vu venir cette radicalité électorale, tant sa foi en Terra Nova est grande.

Elle en paye la facture.

La prochaine étape de la révolte des « Sans dents » : Manuel Valls, le grand escamoteur social, l’ami intime et fier des tyrans africains et le défenseur du Medef (patronat). Il est le grand diviseur de la gauche française. Si jamais il était le candidat des socialistes, il les emportera dans sa débâcle.

Merci encore Fidel, ami de l’Afrique !

lundi 

28 novembre 2016 à 08:30

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De Cuba la prostituée, la joueuse et la droguée, parce que livré tout entier à la Mafia (Lucky Luciano, Meyer Lansky), totalement abandonné à l’impitoyable dictature de Fulgencio Batista (23.000 assassinats) et complètement soumise aux intérêts et calculs des grandes firmes américaines (Morgan, groupe Rockefeller, etc.), Fidel Castro en fera une île idéaliste et rebelle, mais aussi et surtout l’ami de tous les peuples opprimés de la terre, en particulier ceux de l’Afrique colonisée et martyrisée. Merci donc au Lider maximo !

Au vrai, le Cuba de Batista impactait le monde par le vice, quand le Cuba de Fidel infléchira l’histoire universelle par la vertu, n’en déplaise à Frédéric Couderc, à Jacob Machover ou Michel Onfray et quelques autres auteurs chagrins qui, par une audace volontaire, oublient dans quel enfer Cuba était alors enfermé. Certes, ils aimeront toujours la démocratie, mais uniquement lorsqu’elle sert le Capital, les puissants et une minorité.

Il faut avoir lu Enrique Cerules, pour être choqué et dégouté par le « portrait social » (prostitution, casino, drogue, alcool, blanchiment, corruption, pauvreté, etc.) et horrifié par le « système de production » (canne à sucre, tabac, café à l’Est, chemin de fer de 5600 kms dont 4600 kms pour le transport agricole ; secteur tertiaire à la Havane) du Cuba de 1958. Qui oubliera, sinon les vaillants amnésiques, par exemple, que près de 10% des femmes cubaines majeures étaient des prostituées, gagnant leur pitance par le commerce dégradant de leurs corps ? La débauche à grande échelle était un métier lucratif et faisait partie intégrante du système productif cubain. La paysannerie pauvre grandissait, et Guillermo Portabales en chantera la complainte avec la formule poignante « sudando por un dinero » (suant pour si peu d’argent), ou dans son Lamento cubano (Lamentation cubaine) ou Tristeza guajiro (Triste paysan) voire même El carratero. Est-ce étonnant que dans Guantanamera , chanson universelle, hymne révolutionnaire, le Cubain révolté entonne une espérance : « avec les pauvres de la terre, je voudrais abandonner mon sort » !

Et Cuba était déjà la plaque-tournante de la drogue. En réalité, on l’oublie, la prise de pouvoir castriste advient au moment même où Cuba est sur le point de devenir le premier narco-État de l’histoire, parce que déjà le « siège social » mondial de la Mafia américano-sicilienne. Fidel, et c’est son immense mérite, en a empêché la formation. Au reste, nul ne sort son peuple d’un tel enfer, par la mollesse. Et qui maintient en souvenir l’horrible situation cubaine remerciera Fidel de n’avoir rien perdu de son énergie initiale de révolte. Il aura été le constant avocat du peuple, en réalisant du mieux possible ce qu’Aristote appelle « le gouvernement populaire » et qui, selon ce philosophe, naît toujours d’un gouvernement « oligarchique » (in Les Politiques). Ainsi, était-il prévisible que le régime de Fidel Castro naisse de celui de Fulgencio Batista. C’est à Aristote qu’il faut ici donner raison. .

Ainsi, depuis Santa Clara (Est de Cuba), le 28 décembre 1958, il fondit avec ses « camarades » et l’appui des Guajiros (paysans) sur la Havane, balayant Batista qui, abandonnant son régime, s’enfuira pour le Portugal et l’Espagne où régnaient en dictateurs António Salazar et Francisco Franco. Un tyran ou un dictateur ne se réfugie-t-il pas toujours chez les siens ou ses homologues ? Pauvre Michel Onfray, colporteur de rumeurs démagogiques de la propagande impérialiste sur le train de vie de Fidel.

Fidel ! Je me souviens de mes lectures passionnées de la fin de mon adolescence active. C’est dans ses écrits que j’ai découvert, pour la première fois, de véritables considérations écologiques à partir du matérialisme dialectique de Marx et d’Engels. C’est, il faut le reconnaître, l’un des grands apports de Fidel. Il enseignait aux enfants cubains, dans une exceptionnelle « pédie » (pédagogie) de la dialectique, comment jouir de la Nature sans la dévaster, par exemple lorsqu’ils nagent dans les flots de l’Atlantique : plaisir personnelle, connaissance scientifique et respect de la Nature. Cette maîtrise de la Nature se retrouvera dans l’organisation publique annulant tous les effets dévastateurs des ouragans qui, en effet, ne causent quasiment pas de dégâts matériels et aucune perte humaine à Cuba, là où à Haïti ou aux États-Unis, ils ont de désastreuses conséquences. Castro est, pourrait-on dire, « cartésien », au sens où il a rendu son État comme maître et possesseur de la Nature. Au fond, il a toujours plaidé pour la réconciliation de l’homme avec la Nature, même dans les colères de celle-ci. C’est également à mes premières lectures de Fidel Castro (du Che et d’Amilcar Cabral) que je dois la force de mes premières vives discussions avec les Combattants angolais qui, après leur formation militaire à Cuba ou en Chine, transitaient au domicile paternel à Abidjan, avant de rejoindre les maquis angolais, pour se battre et donner leur vie pour l’indépendance et la Liberté.

Et comment ne pas rester ébaubi par les performances de Castro en matière d’Éducation, Santé et de Sport ? Quelquefois, avec peu, on peut beaucoup. La culture du Cubain (musique, jeu d’échec, etc.) moyen est presque sans égale.

En tous les cas, le terrible blocus maritime, les six cent-trente tentatives d’assassinat en cinquante ans (soit en moyenne une tentative par mois), l’effondrement de la Russie soviétique, rien n’aura finalement empêché Fidel Castro d’apporter un soutien sans faille et décisif aux combattants de la Liberté en Afrique : en Algérie, en Guinée-Bissau et Cabo Verde, et surtout Angola et en Namibie, lors de la célèbre bataille de Cuito-Cuanavale (12 – 20 janvier 1988) dans le sud-ouest de l’Angola, qui verra l’affaiblissement militaire définitif du FNLA de Roberto Holden soutenu par Mobutu (Zaïre) et de l’UNITA de Jonas Savimbi appuyé par les USA et la France, ainsi que la fin de l’opération militaire de l’Afrique du sud (SADF) raciste et de laquelle résultera l’indépendance de la Namibie et la fin de l’Apartheid. Merci encore Fidel !

L’histoire médicale des endémies tropicales retiendra aussi la rapide implication et la contribution décisive du corps médical du Cuba de Fidel dans la lutte contre les grandes endémies en Afrique (ébola, sida), en Guinée-Conakry, Liberia, Sierra-Leone, etc., quand les grandes puissances s’interrogeaient. Merci encore Fidel !

Au fond, Fidel aura amélioré le sort des pauvres du monde. Et s’il n’est pas exempt de critiques, cela suffit à ce que nous saluions sa mémoire et son œuvre : jusqu’à la victoire, continuons !

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits