Bensouda contre Gbagbo : « risque de fuite » ou « Apologie de Socrate » ?

lundi 

14 octobre 2019 à 07:30

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9fde78097935da9e332a482afe90f920Cet article s’origine à partir du document N° : ICC-02/11-01/15, en date du 7 octobre 2019, dans sa version française de vingt-deux (22) pages, tel que rédigé par l’Équipe de Défense de Laurent Gbagbo et signé par Me Emmanuel Altit, Conseil principal de Laurent Gbagbo. Précisons qu’il est adressé à l’ensemble des parties, et tout spécialement à la Chambre d’Appel de la Cour pénale internationale composé de sept (7) Juges. Il forme un « recours » qui se donne pour objet la réfutation, en droit, de la justification équivoque selon laquelle l’acquittement total de Laurent Gbagbo devait être pondéré et limitée par une liberté restrictive (conditionnelle), en raison du « risque de fuite » qui le soustrairait à la Juridiction internationale.

Fatou Bensouda et « l’assolement » judiciaire de Laurent Gbagbo

mercredi 

2 octobre 2019 à 16:29

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9fde78097935da9e332a482afe90f920Le Droit, peut-on dire, n’est pas toujours et nécessairement droit ; car Il lui arrive aussi de se tordre ! Cela, parfois, peut se produire involontairement (vice de forme, perte de dossiers, inadvertance, etc.) ou alors, et les cas ne sont pas si rares, de façon volontaire (reports, appels, manœuvre dilatoire, etc.), calculée, préméditée. Et quelquefois cela se voit. Quoi donc ? Que le Droit porte en lui la possibilité d’être tordu et se torde ! Il est alors non-Droit. Toutefois, pour se tordre ainsi, tel un lombric (ver de terre), le non-Droit s’appuie sur le Droit. Et si le non-Droit est toujours astucieux, c’est-à-dire pratique l’art de la malice, c’est qu’il est placé dans l’obligation de se faire passer pour son propre contraire, le Droit. Le non-Droit revêt alors les oripeaux du Droit. Le non-Droit est un sosie du Droit !

Et, chacun le sait, le lombric est un infatigable travailleur sous la terre. Il est métamérisé pour répéter la même chose. La ‘’répétition’’ (du même geste) est le cœur de son activité. C’est sa raison d’être. Le conatus ! Un exemple probant : le lundi 16 septembre 2019, quelques heures avant que ne soit forclos son « droit » de faire appel de la décision d’acquittement de Laurent Gbagbo (et Charles Blé Goudé), la Procureure Fatou Bensouda a interjeté appel, en s’appuyant indument sur le droit procédural (processuel : règles de procédure).

Après une instruction bâclée où le comique, le vaudeville et l’ironie se sont substitué au Droit, après un si cuisant revers et si retentissant premier échec public, plus d’un s’attendaient à une réaction raisonnable ou raisonnée de Madame la Procureure. Que pensez-vous qu’elle fit ? Elle répéta l’accusation. Mais, démarche tout à fait inouïe et inattendue, elle « accusera », ou plus précisément, mettra en cause ses collègues de la première chambre en un jugement-communiqué pour le moins étrange, équivoque et sévère : incompétence professionnelle, verdict erroné et méconnaissance patente de la matière juridique. Comble de stupéfaction, dans la motivation de son appel, Madame la Procureure poussera l’outrecuidance jusqu’à leur indiquer la « bonne » décision qu’ils auraient dû prendre : « un non-lieu ».

Au fond, il est exceptionnel de voir un juge qui, en l’occurrence à rang et statut de Procureure, juger de la sorte d’autres juges d’une chambre indépendante ! Le fait est inhabituel. Résumons. Dans un communiqué, Madame la Procureure précise et affirme, ‘’sans sourciller’’ et sans égards pour ses collègues, que son « appel démontrera que la chambre de première instance a commis des erreurs de droit et de procédure qui ont abouti à l’acquittement de M. Gbagbo et de M. Blé Goudé pour tous les chefs d’accusation ». Cette chambre, ajoute-t-elle, aurait dû requérir un « non-lieu » et en aucun cas un « acquittement ». Et si, contre toute attente, tel avait été le cas, eût-elle fait appel ? La motivation, qui laisse sous-entendre cette éventualité, est tout à fait insolite, ahurissante même. Une telle incongruité s’apparente à un demi-aveu ? En tous les cas, ici pointe le soupçon d’une volonté de faire des présumés innocents des « coupables à tout prix ». Si Laurent Gbagbo était trotskyste, il eut aussitôt crié au ‘’procès stalinien’’. Mais pourquoi devrait-on condamner des « présumés innocents », quand une Procureure s’est jusqu’ici montrée incapable d’apporter publiquement les éléments confondants ?

Au vrai, n’est-ce pas sur pièces, ou plus exactement sur l‘absence de pièces, que les deux Juges (majoritaires) ont évalué le travail de la Procureure ? Autre question non moins essentielle : comment une Procureure peut-elle ainsi fouler aux pieds simultanément le droit objectif (abstrait, général et impersonnel) et le droit subjectif (prérogatives individuelles) et, de la sorte, s’entêter à méconnaître les droits élémentaires des accusés, présumés innocents jusqu’à la preuve de leur culpabilité ? Nous sommes au cœur d’une confusion générale du Droit ; le sosie est à l’œuvre. Mais d’où vient une telle intention, une telle pratique du Droit ? Sont-ce les restes vivaces de son passé politique, lorsqu’elle fut compromise avec l’odieux régime de Yaya Jammeh qui riait du Droit ? À moins que cela ne releva de son caractère, la « partie irrationnelle de l’âme » comme le dit si justement Aristote ? Sauf si, remontant plus haut dans le passé, on y trouve la source dans une formation scolaire défectueuse et un cursus universitaire approximatif ? Peut-être aussi est-ce un peu des trois. Pourquoi, lorsqu’il s’agit de l’Afrique s’autorise-ton à sélectionner les moins compétents ?

En tous les cas, l’idée même de ridiculiser ses deux collègues de la première chambre est presque incroyable. Et si jamais elle ne l’avait pas écrit, qui l’eût cru ? Elle écrit, en effet, que les deux juges (majoritaires) de la première chambre ont acquitté les deux prévenus « sans formuler correctement et sans appliquer de manière cohérente une norme de preuve clairement définie ». Qui plus est, ces deux juges ont, dit-elle, cumulé un grand retard pour motiver par écrit (six mois) leur (absurde) décision.

Bref, ils n’ont pas seulement « commis des erreurs de droit et de procédure », mais, plus surprenant, ils ne savent ni « formuler correctement » leur décision ni « appliquer de manière cohérente une norme de preuve ». Rien que ça ! Diantre, Madame la procureure amorcerait-elle le procès de la Cour pénale internationale ? Car cela ressemble fort à une personne qui est sur le départ et anticipe l’avenir. Elle met de côté Laurent Gbagbo, pour ‘’s’occuper’’ à présent des juges. Ceux-ci sont-ils des amateurs, des bricoleurs du Droit, des apprentis dans le monde judiciaire ? Où va donc Madame la Procureure ? Qui arrêtera cette confusion judiciaire et sa parodie de justice ?

Les arguments que Madame la Procureure objecte à ses pairs font d’abord sourire, puis arrachent une vive exclamation, un acronyme fort prisé des jeunes : « MDR » (Mourir de rire) ou LOL (Laughing out loud) ! Car est-elle vraiment la mieux placée pour prétendre que ses collègues ne connaissent pas leur « métier » ? De tous les Juges, n’est-elle pas celle qui est manifestement la moins bien formée ? MDR ! LOL !

Mais avant de rire des autres, c’est-à-dire d’elle, il faut apprendre et surtout savoir rire de soi-même. Aussi, voudrais-je rapporter une brève anecdote, pour éclairer mon propos. J’étais collégien, à Abidjan, il y a de cela près d’un demi-siècle. J’accumulai une série de mauvaises notes scolaires. Mon père, qui avait une foi absolue en l’école, demanda une explication. Ma réponse fut simple, simpliste même. Je répondis : « le professeur ne connaît rien ». Sa réplique fut immédiate ; « alors à toi de l’enseigner ». Je me trouvai aussitôt ridicule et acculé dans une situation pour le moins comique. Et l’ironie de mon père était si vraie, si juste et si forte que j’en ai conservé un précieux souvenir. C’est ce que l’on appelle un « souvenir déterminant ». Kierkegaard, qui a étudié Socrate, n’a pas tort de dire que la réplique est un art décisif, qu’elle fixe et donne tout son sens à une situation. Ainsi, depuis, à chaque fois que je lis Platon, Aristote, Hegel, Marx, ou quelque autre grand philosophe, un superbe théologien, un penseur ou envisage un sage, et que je ne le comprends pas immédiatement, à chaque fois, dis-je, je me récite cette anecdote. Ce fut et cela reste un enseignement. J’en ai fait un art discret.

Le lecteur comprendra aisément pourquoi je sais toujours reconnaître ceux qui savent le moins et prétendent toujours savoir plus que les autres. Madame la Procureure appartient à cette catégorie-là. J’imagine, mais je me trompe peut-être, tous ses collègues entrain de pouffer dans son dos.

Plus sérieusement, permettez-moi une belle suggestion, sur le modèle de celle que me fit mon père : pourquoi donc Madame la Procureure n’organiserait-elle pas un module de formation pour ses deux collègues de la première chambre et, dans un excès de zèle e de rigueur pédagogique, rendrait obligatoire la participation des juges de la Chambre d’appel qui, bientôt (après les arguments de la Défense), rendront leur décision ? Ainsi, bien formés, ils sauront rendre la ‘’bonne’’ décision : la recevabilité de son Appel. Et tout recommencerait, de nouveau !
Mais diable, me direz-vous : cette suggestion pédagogique retardera la libération de Laurent Gbagbo ! Ce à quoi, je vous répondrais : tout d’abord, pour ses illustres auditeurs, elle pourrait organiser des « cours du soir » ou des « séances par correspondance » ou encore par Skype. Cette organisation académique n’interfèrerait pas sur le temps judiciaire. MDR ! LOL !
Trêve de plaisanterie. L’affaire est sérieuse. Car, à présent, nul n’est dupe du but poursuivi par Madame la Procureure : l’assolement de Laurent Gbagbo. Or, c’est ce but qu’il convient de dé-con-struire. En effet, le « struire » de Madame Fatou Bensouda, l’assolement, est en premier lieu et en dernière instance, un objectif personnel. Et il faut voir dans cette visée personnelle l’une des principales raisons de son premier échec devant la première chambre. Il saute aux yeux que ce procès est un règlement de comptes personnel, qui a très peu à voir avec le Droit. Et, dussè-je le redire, le non-Droit est habile à se tordre, pour revêtir le manteau du Droit. Au reste, tout cela est dommage pour les victimes dont les droits (qui relèvent en grande partie du droit subjectif) sont floués. Ils devraient s’en prendre qu’à madame la Procureure, dont personne n’a voulu voir l’incompétence notoire. Nombreux sont ceux qui ont cru en sa détermination, son aspect résolu. Mais sa certitude, son apparence rigoureuse, cache, en vérité, de grandes faiblesses professionnelles.

L’assolement ? Le mot relève, à l’origine, de la tèchné (savoir-faire) agricole. Mais Kierkegaard l’a redéfini dans un texte sublime, L’assolement, publié dans son célèbre ouvrage Ou bien… ou bien… (Tel Gallimard, 1943). Relisons-le : « l’assolement signifie changement continu de terrain. Ce n’est pas ainsi que l’entend le paysan. Pourtant c’est ainsi que j’emploierai pour un instant cette expression afin de parler de cet assolement qui repose sur l’infinité illimitée du changement, dans sa dimension extensive.

Cet assolement est celui qui est vulgaire, anti-artistique et qui se trouve dans une illusion. On est las de vivre à la campagne, on part pour la capitale ; on est las de sa patrie, on va à l’étranger ; on est « europa-müde », on part pour l’Amérique, etc., – On s’abandonne à une expérience romanesque d’un voyage illimité d’étoile à étoile. Ou bien le mouvement est autre, mais toujours extensif. On en a assez de la porcelaine, on réclame des assiettes d’argent ; on en a assez de celles-ci, on réclame un service en or ; on incendie la moitié de Rome afin de contempler la conflagration de Troie. Cette méthode s’anéantit elle-même, elle est la mauvaise infinité. Qu’a donc atteint Néron ? Rien, – l’empereur Marc-Aurèle Antonin, lui, était plus intelligent : ‘’il est en ton pouvoir de renaître. Voir les choses à nouveau comme tu les voyais autrefois, c’est là la régénération de la vie’’.

La méthode que je propose consiste, non pas à changer de terrain, mais comme l’assolement véritable, à changer de méthode d’exploitation et de céréales. C’est là que se trouve immédiatement ce principe de limitation qui seul est sauveur en ce monde. Plus on se limite soi-même, plus on devient imaginatif. Un prisonnier à perpétuité, toujours seul, est très imaginatif, une araignée peut lui causer un immense plaisir. Qu’on se rappelle ces années passées au collège, en ces temps où on ne prenait aucun soin esthétique pour choisir ceux qui devraient nous instruire et qui étaient, par conséquent, souvent très ennuyeux, combien d’imagination n’avait-on pas ? [Il faut] « ce principe qui recherche la satisfaction, non dans l’extension, mais dans l’intensité » (pp. 227 – 228).

La Procureure ne propose pas autre chose qu’un assolement vulgaire ou, si l’on veut, ce que nous appellerons volontiers ici l’assolement judiciaire de Laurent Gbagbo : faire de sorte que l’acquitté ne regagne jamais le sol de son pays : assolement ! En effet, la trame est claire : Abidjan, puis Korhogo, ensuite La Haye, maintenant Bruxelles. Quel autre sol demain ? Tout saut Abidjan !
Selon cet objectif, Madame la Procureure gagne du temps judiciaire pour perdre du temps politique. Un tel détournement du Droit ne fait pas honneur à la Cour pénale internationale qui apparaît comme un instrument politique.

Nous le redisons sans ambages, cette tactique de l’assolement relève d’une stratégie personnelle de Madame la Procureure. Et que l’on ne vienne pas y voir la « main invisible » du président Alassane Ouattara. Car celui-ci, qui connaît fort bien Laurent Gbagbo, sait parfaitement que, assolé, il est plus redoutable que s’il était en Côte d’Ivoire. Il ne faut pas non plus y voir la défense directe ou indirecte des intérêts économiques et financiers de l’époux de Madame la Procureure qui est en contrat avec l’État de Côte d’Ivoire. Car tout promoteur averti, et sans doute doit-il l’être, sait que les situations politiques sont réversibles. Il ne peut donc ignorer que, en Côte d’Ivoire, l’alternance politique est acquise en 2020. La plateforme Bédié – Gbagbo – Soro ne saurait perdre les élections présidentielles. La seule question qui se pose, et qui doit fixer l’attention de tous, est seulement celle de savoir si l’alternance sera pacifique ou violente.

Au demeurant, l’assolement judiciaire a fait de Laurent Gbagbo un mythe continental. Et comme le dit Hegel dans ses Leçons sur la philosophie de l’histoire, les grands hommes ne reçoivent en prime de leurs actions que leur « renommée ». Sur ce plan, Laurent Gbagbo peut être satisfait.

Pour finir, rappelons ceci. Il y a bien longtemps, en 1968, nous découvrions avec enthousiasme une remarquable chanteuse gambienne, Vicky Blain avec son célèbre morceau : « Jolie Fatou » (label RCA Victor). Elle proposait un modèle d’intelligence de la femme gambienne ; ce qui la conduisit à enregistrer Chante l’Afrique (label RCA), un autre remarquable vinyle. Or, c’est l’exact contraire que, cinquante ans plus tard, nous « chante » Fatou Bensouda. Car la vérité n’habite pas seulement ce qui est « vrai » au terme d’un processus de raisonnement logique, mais réside aussi et surtout dans ce qui « se voit ». La racine (latine) de ver de vér-ité dit les deux réalités.

Qu’est-ce qui, en l’espèce, est « vrai » et aussi « se voit » ? L’assolement vulgaire d’un acquitté !

Dr Pierre Franklin Tavares
Paris, le 2 octobre 2019

Sonnet pour Amarante

vendredi 

20 septembre 2019 à 12:23

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À mon père.

Sur ta tombe fleurie de souvenirs blessés
Dominant les ronces d’un calme et vert vallon
Muette et discrète pointe une croix christée
De souffrances stockées en célestes jalons.

Rebelles à ton repos sans fin aux yeux clos
Dans ce creux d’un exil obscur demeure sourde
Où telle l’écume l’écho silence éclos
Exfolie le signe de ton absence lourde.

Ruissellent des bruines, sodades sur les toits
Et tréfonds de nos cœurs perclus de jours sans toi
Ô l’éphéméride d’amarante regrets !

Sous ta nuque un dieu, un oreiller de pages.
Tu ne fais que dormir sur les pensées d’un Sage.
Sur ta tombe empourprée du Fils coule un filet.

« Navire d’immigration » de Mayra Andrade : hommage à tous les migrants et aux navires humanitaires

mercredi 

28 août 2019 à 10:56

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Migrants wait to be rescued by the Aquarius rescue ship run by non-governmental organisations (NGO) "SOS Mediterranee" and "Medecins Sans Frontieres" (Doctors Without Borders) in the Mediterranean Sea, 30 nautic miles from the Libyan coast, on August 2, 2017. Italy on August 2, 2017 began enforcing a controversial code of conduct for charity boats rescuing migrants in the Mediterranean as new figures revealed a sharp drop in the numbers of people arriving from Libya. / AFP PHOTO / Angelos Tzortzinis

AFP PHOTO / Angelos Tzortzinis

Alors que des milliers de Migrants, après l’épreuve du Sable (désert), empruntent le péril de la Mer, nous voudrions, ici, rendre hommage à tous les désespérés du monde qui fuient la misère de leur pays d’origine et saluer leur courage de la marche. Mais aussi à tous ces braves capitaines des navires d’immigration qui sauvegardent la vie en Méditerranée.

La marche et son péril sont deux des principaux traits de l’existence. Au reste, Aristote mais surtout Hölderlin et plus encore Kierkegaard ont attesté de la marche comme indissociable de la Pensée. Socrate aimait à marcher. Et Diogène, pour illustrer le mouvement fit quelques pas de marche.

Au vrai, les Migrants ne sont que des marcheurs qui exercent le droit de fuite, un « droit naturel », c’est-à-dire imprescriptible selon Hobbes, car constitutive même de l’Existence. Excipons de quelques illustrations françaises ce qui est dit. Empruntons celles de deux grands ancêtres fondateurs de la France. Les Migrations sont au cœur de l’histoire de France. Des Migrants célèbres en jalonnent le parcours. Francion (‘’fils inconnu’’ d’Andromaque et Hector), aïeul glorieux, fondateur de Sycambria (Budapest) en Pannonie (entre Rhin et Danube) ; Francion rebaptisé Francus par Ronsard, auteur de la Franciade inachevée. Ou Anténor, ancêtre des Français (selon Aimoin de Fleury, Sigebert de Gembloux, Jean de Courcy et Noël de Fribois), beau-frère du roi Priam et fondateur des villes de Padoue et de Venise, lui qui, abandonnant Troie la Grant en feu vint avec douze mille Troyens. Ou encore le duc Ybor quittant Sycambria, à la tête de vingt-trois mille Troyens, et inclinant sa marche d’exil vers des contrées occidentales bien plus favorables et hospitalières, foulant les bords de Seine pour fonder Lutèce, c’est-à-dire Paris, en 895 avant notre ère.

L’historiographie française, même romanesque, a toujours admis le fait migratoire et ne s’est jamais embarrassée de la question des origines des premiers immigrés conquérants qui créeront la France ? Tout au contraire, elle y voyait une indication de prestige. En effet, d’où vinrent-ils ? De Troie la ville de Priam ? De Scythie (steppes eurasiennes de l’Ukraine au Kazakhstan jusqu’à l’Altaï, qui ferait alors des scythes (Saces) les ancêtres natifs de Palus Méotide (Mer Azov) ? De Thrace, région des Balkans située entre la Grèce, la Turquie et la Bulgarie ? De la Bohême, située en Tchéquie occidentale ? Ou, plus tôt encore, dès la préhistoire, de Palestine, comme l’affirme au passage Braudel, qui, en cela, apporte un appui indirect à la thèse selon laquelle les rois de France descendraient de Samothés, le quatrième fils de Japhet, un des trois fils de Noé ? Et n’est-ce donc pas pour cela que tous les Rois de France à partir de Pépin (père de Charlemagne) se faisaient appeler Novus David ? De Sycambria, en Pannonie, qui est la Hongrie actuelle ? D’où viennent-ils donc, sinon d’une migration antique du Moyen-Orient, de la Méditerranée ou de l’Europe centrale vers la Gaule ? En tous les cas, d’où qu’ils proviennent, ces fondateurs ont frappé du sceau de l’immigration toute l’histoire de France. Bonaparte lui-même ne s’est en réalité converti à la France qu’en 1797. Jusqu’à cette date, il se pensait corse. C’est le général Paoli, créateur de l’État corse, qui ruinera ses espoirs insulaires et, ainsi, lui ouvrira les portes du monde.

Troie, Sycambria, la Scythie, Thrace, la Mer Azov, la Palestine, la Méditerranée, etc., ont offert à la France ses grandes migrations mythiques.

Somme toute, il y a dans ces récits deux grandes vérités historiques à retenir.

Tout d’abord, il n’est aucune nation au monde qui ne soit pas le résultat d’une marche. Ainsi, raconte-on la légende migratoire et sacrificielle de la Reine Pokou en Côte d’Ivoire, le mythe fondateur de l’État ivoirien. Et il n’y a pas bien longtemps, quand vint l’heure du péril, Charles de Gaulle traversa La Manche avec sa cargaison immense : une idée : La France libre !

Ensuite, tous ces héros, mythiques ou réels, ont emprunté des navires d’immigration. Aucune exception. Et Noé n’a-t-il pas fabriqué l’Arche, le plus emblématique navire d’immigration, sur laquelle il embarqua l’Humanité et chargea tout le bestiaire du monde ?

La marche connaît aussi ses haltes. Comme l’a écrit Fernand Braudel, dans le sillage obéissant de Platon, le Cap Vert est une « pré-Amérique », un point de transit, une escale maritime vers « le véritable continent » d’en face, pour reprendre le mot exceptionnel de Platon. L’histoire de cet archipel est le temps qui alternativement s’écoule entre émigration et migration, toujours par la Mer ou selon la formule, en sautant par-dessus la Mer (« salta mar »). Les navires y sont à demeure. Il n’est donc pas surprenant que les Caboverdiens surgissent comme les premiers « clandestins » maritimes du 18ème siècle, fuyant le dévastateur cycle de Famine qui ravagera l’archipel Atlantique jusqu’au 20ème siècle, avant qu’Amilcar Cabral et ses guérilleros de la liberté ne vinrent mettre un terme définitif à cette si horrible et combien meurtrière séquence coloniale. C’est lui et ses successeurs qui ont changé le statut de l’archipel, en le faisant passer de terre d’émigration à celle de terre d’immigration. Toute Migration est donc réversible. Les Caboverdiens lui doivent une immense « dette de gratitude » ! Aujourd’hui, ‘’les mères ne pleurent plus leurs fils qui partent’’.

Mayra Andrade reprend, prolonge et à dessein universalise cette reconnaissance en l’étendant au monde par l’une des plus belles chansons du Répertoire capverdien : « Vapor di Immigrason », Navire d’immigration (Sony Music), que Radio Nova a fort malencontreusement traduit par « Vapeur d’immigration » (Nouvo Nova, 22 janvier 2019) et qui tourne le tragique en comique.

Elle y évoque et rappelle, par de magnifiques paroles ordonnées en sublimes vers créoles, les causes de toute migration, de chaque immigration et, en des accents kierkegaardiens, mélodise le désespoir, la peine, la douleur et le chagrin qui sont typiques de toute migration, de tout abandon du sol natal, comme Médée préférant la mort à l’exil : Que la mort, oui la mort vienne avant le jour de l’exil. Nul malheur n’est plus grand que d’être loin du sol natal (Euripide, Médée, in Tragédies). Mais Mayra Andrade y loue également le courage qui surmonte l’adversité. Ainsi porte-t-elle l’accent sur le combat titanesque de tous les Migrants du monde contre les quatre éléments de la Nature, la phusis, la « physique » naturelle des Grecs : la Mer, le Vent, le Feu et la Terre. Elle redit ce qu’est le Destin selon Rilke : la capacité humaine à toujours « faire face », « rien d’autre que cela ». Tels les audacieux baleiniers caboverdiens des siècles passés bravant la Mer. Ainsi, avec Mayra Andrade, le Migrant caboverdien devient-il le modèle même de tout Migrant dans le monde.

Au reste, nulle part, aucun homme, jamais une femme n’est restée sur son lieu de naissance. La vie est reptation. À sept (7) ans, ma mère, Dona Peimpa, fille unique de sa mère, confiée à une amie, empruntera clandestinement un navire d’immigration pour fuir son sol natal dévasté par la Famine, afin de rejoindre sa mère à Dakar. Ô Dakar, pourtant si proche (cinq cents kilomètres) de Praia (capitale du Cap Vert). Ma mère, oui, mon premier amour ! Mais aussi Olphy, mon second et dernier amour, également clandestine, âgée de moins deux ans, sur un navire d’embarcation pour Dakar. L’existence est et elle sera toujours une marche de l’esprit. C’est pourquoi nous aimons la Pensée, cette ardente marche spirituelle. Qui ne se souvient qu’avant d’être appelés Chrétiens, ils étaient dénommés Ceux du chemin. C’est pourquoi, lorsqu’elle est elle-même, l’Église protège toujours les Migrants, fidèle à sa propre mémoire. Bref, dans celui qui (véritablement) marche, il faut savoir voir comment est porté et transporté toute l’Humanité.

Mayra Andrade le redit, en s’inscrivant dans le sillage des Trois Hespérides dont Homère et les Tragiques grecs (Sophocle, Euripide et Eschyle) vantaient déjà, il y a près de trois millénaires, les « voix mélodieuses » (PFT, Le Livre des Sodades). Et n’en déplaise à plus d’un et aussi incommodant que cela soit, les Îles du Cap Vert, comme l’affirme Luís Camões, sont Les Hespérides des Grecs anciens.
Mais, de bon cœur, laissons de côté les querelles historiographiques, pour souligner ce qui, dans Navire d’immigration, retient l’attention. Il s’agit d’une innovation musicale : l’introduction des airs du Siku, la célèbre flûte de pan des Andes équatoriales d’origine inca (le Zampoña espagnol). Plus précisément, l’introduction du chuli, « le siku le plus aigu », dans l’instrumentation caboverdienne ; et par ce siku-là elle parvient à insérer de façon harmonieuse les mélodies de la nostalgie andine dans la Sodade caboverdienne. Quelle prouesse esthétique ! Certes, il y a des précédents. Car, ce n’est pas la première fois que l’on perçoit une influence sud-américaine andine dans la musique caboverdienne. En effet, les grands compositeurs et chanteurs caboverdiens, Bana, Luis Morais, Djosinho, Manel d’Novas, Teófilo Chantre et Cesaria Evora, ont procédé à des emprunts de l’Amérique andine. Mais il ne s’était alors agi que de mélodies andines allègres, par exemple, la Cumbia (d’origine Bantu), et jamais encore de mélodies nostalgiques par le Siku. Militante de la Sodade, Mayra Andrade est la première à le faire si merveilleusement. Sa morabeza (hospitalité) accueille musicalement la Bolivie, le Pérou, le Chili, le Vénézuela, la Colombie, l’Argentine (nord-ouest) et l’Équateur. Et cela vient consolider tous les emprunts musicaux faits au Brésil et à Cuba.

Et il faut le souligner, cette belle synthèse musicale traduit également, le haut degré de culture personnelle de la plupart des chanteuses caboverdiennes (polyglottes, diplômées, etc.) qui les rend si « poreuses aux souffles du monde » musical. Elles chantent comme leurs ancêtres : les Hespérides. En tous les cas, dans Navire d’immigration, on retrouve influences diverses et emprunts multiples : la guitare d’accompagnement reprend quelques accords aigus bantu (Afrique centrale) ; le synthétiseur entonne des sonorités du balafon mandingue (Afrique de l’ouest) et le ferrinhu (ferrinho : barre de fer), un idiophone frotté par un objet en métal, prisé par Mayra Andrade est typiquement caboverdien. Le Siku (chuli) andin, lui, fait résonner la nostalgie andine des montagnes. C’est bien cela la musique populaire métisse : toujours ouverte aux synthèses.

Navire d’immigration ! En vérité, l’immigration n’est pas seulement une chance. Elle est bien plus et depuis toujours : un avenir possible pour tout homme sur terre.

À l’heure où l’Europe, dans un grand effort d’oubli volontaire, ne sait plus qu’elle est elle-même le résultat historique de tant de Migrations lointaines, comment ne pas écouter et méditer ‘’l’Hymne à la Migration’’ de Mayra Andrade, Navire de l’immigration, écrit et chanté en créole, et dont nous proposons une traduction française libre ?

Comment, dans le même acte de reconnaissance, ne pas rendre un vibrant hommage aux ONG (MSF, SOS Méditerranée, Proactiva Open Arms, Jugend Rettet) qui organisent les secours et affrètent des Navires d’immigration en mer Méditerranée ? Qui donc, sinon Matteo Salvini, oublieux du périple d’Énée (lire L’Énéide de Virgile) et d’Anténor (Migrant fondateur de Padoue et de Venise), refusera de saluer hautement tous ces courageux capitaines qui engagent leurs devoirs de marins ? Encore merci, à la jeune Carola Rackete, bravo à la puissante Pia Klemp, deux remarquables femmes qui montrent un cœur égal à celui des Migrants. Et le capitaine, Claus-Peter Reisch. Bref, tous ces fiers capitaines qui, avec leurs vaillants équipages anonymes, honorent et appliquent, à la lettre, l’esprit du Droit de la mer, contrairement à ce que l’on veut souvent faire croire. Ils savent parfaitement, à partir de « la ligne de base » ce que sont les Zones de Mer. Ainsi, lorsqu’ils entrent en Mer Territoriale (MT), ou pénètrent dans une Zone Contigüe (ZC) ou encore naviguent dans une Zone Économique Exclusive (ZEE) ou qu’ils soient en Haute Mer (HM), tous ces capitaines de navires d’immigration se font fort d’appliquer les Obligations de secours en Mer qu’organisent un corpus de traités et de textes juridiques : la Convention des Nations Unies (CNUDM, 1982), la Convention de la recherche et le sauvetage en Mer (SAR, avril 1979) adoptée par l’OMI et la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine (SOLAS). Ces capitaines n’enfreignent donc rien. Ils accomplissent avec audace leur devoir. Et personne, sinon Matteo Salvini, ne peut et ne doit leur en tenir rigueur. Au fond, ils sont nos Antigone modernes : leur devoir de fraternité déborde les restrictions fussent-elles édictées par des États. Il faut lire et étudier ce riche et instructif document, pour se forger une opinion ou un jugement : Les obligations des États en matière de secours en mer, Livret à destination de la société civile, 2018.

Alors, qu’est-ce que, au juste, un navire d’immigration ? Il se désigne comme le navire qui, en application de tous les textes sur le Droit de la mer, embarque les Migrants en les aidant à accomplir une étape de leur migration : la traversée de la mer. Faut-il encore le rappeler, en 2018, sur les 115.000 Migrants qui ont franchi la Méditerranée, 22.000 morts (source UNHCR) ont péri dans les flots de cette Mer que L. S. Senghor appelait si justement la Mer médiane. Tristes sépultures, lorsque leurs corps charriés par les vagues n’ont pas d’autres cimetières que les tristes rivages de l’espoir et du désespoir.

Mais la vergogne devra aussi avoir sa place : alors, à défaut de mieux, peut-être qu’un jour, les États africains, auront-ils enfin l’audace publique de rendre justice aux noms de tous ces Navires d’immigration en frappant leurs noms sur des timbres, des monuments, des places, des rues : l’Océan Viking, l’Aquarius, l’Open Arms, Le Lifeline, le Juventa, l’Inventa, le Sea-Watch, et combien d’autres encore ? Car ce sont bien eux les plus grands et vrais adversaires des « passeurs », ces ‘’fouetteurs de nègres’’ qu’aucun gouvernement du Maghreb ne sait arrêter ! Peut-être aussi que, dans ce drame absolu, le déshonneur africain sera-t-il sous peu lavé par quelques milliardaires africains dont aucun n’a jusqu’ici daigné faire un don substantiel à une ONG ou plus encore osé affréter un navire d’immigration. Car la corruption y a rongé l’esprit jusqu’à éradiquer le bon orgueil : la dignité.

Bien évidemment, le Migrant, cette figure de la marche, se doit, au nom même de sa marche et des raisons (vie meilleure, liberté, etc.) qui motivent sa motilité, le Migrant, disons-nous, se doit de respecter les us, coutumes et institutions du pays d’accueil. C’est son devoir premier. Et rien, jamais, ne pourra justifier qu’ils les altèrent. On ne vainc pas la Mer, pour cela.

Merci encore à Mayra Andrade, pour son hymne aux Migrants et aux vaillants capitaines !

Dr Pierre Franklin Tavares
Paris, le 24 août 2019

– MT : zone maritime sous juridiction directe d’un pays ou d’un État côtier : 12 milles
– ZC : zone maritime où les États côtiers peuvent prévenir et réprimer les infractions : 24 milles
– ZEE : 200 milles = MT + ZC + une partie des eaux internationales, sur laquelle l’État côtier dispose de toutes les ressources naturelles mais y accepte la liberté de navigation internationale.
– HM : zone maritime soumise à la juridiction d’aucun État.

Laurent Gbabo et Fatou Bensouda

lundi 

5 août 2019 à 08:21

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D.RCet article consacré à Laurent Gbagbo s’inscrit dans une série annoncée sur la Côte d’Ivoire. Cependant, il vient bien avant son heure. En effet, initialement prévu pour novembre prochain, sa rédaction et sa parution se sont elles-mêmes précipitées en raison d’une initiative prise par un solide ami, le Professeur Pierre Kipré : le lancement d’une pétition en faveur de « la libération immédiate de Laurent Gbagbo », et pour laquelle nous lui avons donné sponte sue notre signature, tant la démarche paraît justifiée en droit, fondée en raison et adéquate en politique, d’autant qu’elle repose, en dernière instance, sur un fondement éthique : la Réconciliation nationale ivoirienne.

Bédié et Kierkegaard : « la reprise-réconciliation »

mardi 

2 juillet 2019 à 08:25

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9fde78097935da9e332a482afe90f920Bédié, selon Aminata Ndiaye, lit beaucoup. « C’est un passionné de lecture ». Alors, lit-il les grands philosophes ? Si oui, a-t-il jamais lu Kierkegaard ? Cette question vient au jour par elle-même. Car, pour qui a lu et étudié Kierkegaard, il est frappant de voir comment et même combien la stratégie (discours et actions) de Henri Konan Bédié duplique avec habilité la notion kierkegaardienne de « reprise-réconciliation ».

Pour entreduire Kierkegaard et La Reprise

lundi 

10 juin 2019 à 06:38

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Commémoration du souvenir de l’esclavage et de son abolition

vendredi 

10 mai 2019 à 12:01

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(Anne Louis Girodet de Roucy Trioson,1797)

(Anne Louis Girodet de Roucy Trioson,1797)

En ce 10 mai, « Journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition », je partage avec vous un article que j’ai publié il y a quelques années sur Hegel et l’abbé Grégoire : question noire et révolution française dans les Annales historiques de la Révolution française.

Consultable ici…

Poème Madère-sur-vigne

jeudi 

10 janvier 2019 à 11:34

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Poème écrit en hommage à mon père et pour son vin…

 

Boas Festas : Bonne et heureuse année 2019 !

mercredi 

2 janvier 2019 à 15:52

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En Cabo Verde (archipel du Cap Vert), en musiquant « Boas Festas », une vieille tradition célèbre la nouvelle Année avec les vœux de Bonheur et de joie, sans oublier la part et les droits du pauvre.

Je voudrais, reprenant cette coutume insulaire, souhaiter à chacun d’entre vous une Bonne et Heureuse Année 2019, en vous disant « Boas Festas » qui est à la fois un « acte de culture », une « manifestation culturelle » (qui remonte au Moyen Âge) et une chanson populaire !

Ainsi, une fois l’an, à l’aube du 1er janvier de l’Année nouvelle, un petit groupe de musiciens, entonnant une aubade (aube) quelque peu bruyante, frappe à la porte de personnes visitées, les réveillent et leur chantent le « Boas Festas».

Cette chanson occupe une place centrale dans le répertoire musical caboverdien, parmi les chansons les plus populaires. Elle soulève l’âme des Caboverdiens, aussi haut que « Sodade » si magnifiquement chantée par Bonga (1974) puis par Césaria Evora (1992). Mais son rayon culturel s’est limité à l’archipel et à la diaspora.

L’instrumentarium (effectif instrumental) de « Boas Festas » conserve celui du Moyen Âge : outre les vents (voix), il y a les cordes (guitares et cavaquigno) et les percussions (tambourins).

Mais s’il n’y a qu’un air musical, on compte deux textes (paroles) différents. Le premier texte est le plus connu, repris par maints ensembles musicaux. Les musiciens entonnent « Boas Festas », et dès les premières paroles se recommandent de « Monsieur Saint-Sylvestre » (saint Sylvestre 1er né en 270 à Rome, mort le 31 décembre 335 après J.-C. et 33ème Pape). C’est lui qui guide leurs pas jusqu’à la demeure choisie. En y arrivant, les musiciens demandent aux visités si elles sont des personnes « honorables » ? Si elles le sont, elles doivent alors prouver leur capacité au don, en brisant leur tirelire pour en remettre une part aux musiciens qui se la répartiront. Toutefois, une douce menace pèse : en cas de refus, « Georges », l’homme des « intentions mauvaises », viendra dans cette demeure et, en guise de punition, exigera bien plus et ne leur laissera que peu. Cette version est un appel au soutien de ces musiciens de circonstance.

Le second texte, lui, est musiqué par le groupe Cordas de Sol qui, conformément à ses convictions socialisantes, insiste sur le devoir de solidarité vis-à-vis du « frère Manel », exemple du mauvais sort, et implore Dieu pour que sa situation sociale s’améliore.

Une troisième version de « Boas Festas » s’est imposée. Elle est sans texte. C’est celle instrumentalisée par Luis Morais et qui reste inégalée.

En Europe, et plus particulièrement en France, l’aubade de « Boas Festas » a été marginalisée, modifiée et déconnectée de la Saint-Sylvestre. On en retrouve, en effet, la forme et des traces, quand des jeunes appelés du contingent se rendent, au matin, dans certaines demeures, y chantent pour collecter des fonds qui les aideront à faire leur service militaire.

Vous trouverez cinq interprétations. La première est Sao Silvestre. La seconde est celle du groupe Cordas do Sol : Irmon Ménel (Frère Manel). La troisième est celles instrumentale de Luis Morais. Et comme les jeunes de tout temps modifient tout ce qu’ils touchent modernisée, la quatrième, est mi-zouk, mi-rap.La dernière est la version « cubanisée ».

 

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits