Discours du Président Macron à Ouagadougou : Pierre Tavares sur BFM TV (vidéo)

mardi 

28 novembre 2017 à 21:39

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pft BFMLe Président de la République, en visite au Burkina Faso, a prononcé un discours sur sa vision de l’Afrique, à l’université de Ouagadougou. Il a répondu aux questions d’étudiants burkinabés, ce qui a donné lieu à des échanges vifs dans une ambiance parfois chahutée. Pour répondre, Emmanuel Macron a adopté une certaine liberté de ton, n’hésitant pas à tutoyer ses interlocuteurs. « Je ne suis pas venu ici vous dire quelle est la politique africaine de la France, comme d’aucun le prétendent, parce qu’il n’y a plus de politique africaine de la France », a notamment déclaré le locataire de l’Élysée, qui entame ce mardi sa tournée africaine, qui l’emmènera également en Côte d’Ivoire et au Ghana. – On y revient avec: Pierre Tavares, philosophe, conférencier, spécialiste de l’Afrique. Benjamin Roger, journaliste à Jeune Afrique. Ainsi que nos éditorialistes politiques Apolline de Malherbe et Bruno Jeudy. – BFM Story, du mardi 28 novembre 2017, présenté par Olivier Truchot, sur BFMTV.

Vous pouvez revoir la vidéo en cliquant ICI

Macron : erreurs et provocations africaines

mercredi 

26 juillet 2017 à 09:41

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Au cœur de sa conférence de presse du dernier sommet du G20 , à la question confuse et stupide d’un journaliste africain, Emmanuel Macron, chef d’État, a sponte sua improvisé une réponse qui reprend un vieux préjugé français : le taux de fécondité africain. Et, faut-il le rappeler, ce pré-jugé n’est pas seulement le sien, il est également celui d’une grande partie de la classe politique (gauche et droite), d’une composante (non négligeable) de la communauté des sciences sociales et est rebattu hebdomadairement par les médias français. Chacun comprendra pourquoi ce pré-jugé demeure aussi tenace. Il est volontairement entretenu. C’est l’image de l’Afrique noire (francophone), qui est l’une des pièces essentielles de la domination française en Afrique.

À QUESTION IDIOTE, RÉPONSE ERRONÉE

La question, généreuse en apparence, portait sur la nécessité d’un « plan Marshall », vieux poncif des journalistes africains francophones, pour « sauver l’Afrique ».

Emmanuel Macron a aussitôt compris que son interlocuteur ne savait pas ce qu’était le « plan Marshall ». Il le lui dira, tout en révoquant en doute la pertinence d’un « plan Marshall pour l’Afrique ». Et c’est dans ce cadre qu’il précisera les principales conditions qui, selon lui, devraient permettre à l’Afrique de se développer : « une gouvernance rigoureuse, dira-t-il, la lutte contre la corruption, d’une lutte pour la bonne gouvernance, de la transition démographique réussie. Dans des pays qui font encore 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez dépenser des milliards d’euros, vous ne stabilisez rien. Le plan de cette transformation que nous devons conduire ensemble doit tenir compte des spécificités africaines par et avec les chefs d’États africains ». Brave Macron !

Sa vision comprend deux volets. Le premier, qui est une condition politique, concerne la notion de « bonne gouvernance ». Le second, qui est d’ordre démographique, porte sur l’idée de « transition démographique réussie », avec un argument rédhibitoire : la maîtrise de la fécondité, comme facteur de développement. Pour étayer son point de vue, le Chef d’État français avance un jugement qui a suscité l’ire africaine : le sous-développement n’est pas un problème de financement (mobilisation de capitaux) mais une problématique « civilisationnelle », c’est-à-dire démographique : le taux élevé de fécondité. L’équation est donc simple : la civilisation, en Afrique, est le taux natalité élevé. Étrange idée. Heureux président, qui habille son autorité avec un syllogisme (raisonnement) élémentaire : (prémisse A) en raison de leur civilisation, les Africains font de nombreux enfants ; (prémisse B) or, ils doivent en faire moins ; (conclusion) : donc, ils devraient réformer leur civilisation. Ainsi, d’une question démographique que maintes spécialistes ont constituée en science, un Président en fait une problématique civilisationnelle.

C’est ce point qui a retenu l’attention des intellectuels et de quelques hommes politiques africains. Ils se sont indignés, ont injurié, y ont vu des insultes à l’endroit des femmes africaines (qu’eux-mêmes respecteraient tant), ont raillée la (supposée) vie privée d’Emmanuel Macron, dénoncé la mainmise de la France sur l’Afrique, et tout cela dans une incroyable cacophonie qui, dans peu de jours, fera place à un grand silence, comme il en a été à propos du persifflage des kwassa-kwassa comoriens fait par Emmanuel Macron. Mis à part ce point sur le taux de fécondité africain, tout le reste du discours a été ignoré : la « corruption » des élites et des cadres, la « bonne gouvernance » que peu veulent appliquer sont passés à la trappe. Ne serions-nous pas en présence d’un procès quelque peu facile ?

Et comme souvent, lorsqu’ils se sentent ou se croient humiliés, de nombreuses élites africaines ont recours à un vieil argument : le prestigieux passé historique de l’Afrique ou la valeur des coutumes. Pourquoi pas ? Mais, ce faisant, ils se situent sur le terrain même de l’adversaire qu’ils veulent réfuter, à savoir celui de la civilisation ; qui plus est, ils n’organisent pas une réponse adéquate. N’eût-il pas été plus pertinent, efficace ou pédagogique d’interroger Emmanuel Macron, à partir de l’histoire de France, pour lui faciliter la compréhension de ce que lui-même affirme ?

Par exemple, puisqu’il incrimine directement la fécondité (élevée) des familles africaines, il eut été plus judicieux de lui montrer qu’il s’inscrit contre l’abbé Grégoire, Sur la littérature des Nègres (1808) ou l’abbé Raynal et Diderot, Histoire des Deux Indes (1792) qui, en leur temps, défendirent les familles africaines tant méprisées par les esclavagistes et les tenants de la Traite négrière. Grégoire, Raynal et Diderot comprirent que l’attaque idéologique contre les familles d’Afrique noire obéissait à un intérêt matériel : justifier ces deux ignominieuses pratiques. Un autre exemple ; plutôt que des insultes, il eut été plus approprié de faire parvenir à Emmanuel Macron l’instructif ouvrage d’Hervé Le Bras, Marianne et les lapins, L’obsession démographique , et lui en suggérer la lecture, afin qu’il surmonte ses graves insuffisances en la matière ; d’autant que nous avons toujours été enclins à estimer qu’il y avait chez Emmanuel Macron des failles de connaissance et des creux en culture générale. C’est ce que Vladimir Poutine a mis en évidence, lors de leur conférence de presse au Château de Versailles, à propos de l’influence de la noblesse russe en Europe.

Au reste l’ouvrage d’Hervé Le Bras eut été profitable à Emmanuel Macron mais également aux élites africaines dans leurs réponses. En effet, l’auteur y décrit une France (Marianne) préoccupée à faire des enfants (lapins), pour rester en tête des « grands » pays sur le plan de la natalité. Et ce qu’il appelle la « fièvre nataliste ») (pages 9 – 19) remonterait à la débâcle de 1870 où, pour la première fois, l’argument d’un déficit démographique (insuffisance de population) a été avancée comme la cause principale de la défaite militaire française. Depuis, a surgi une obsession nataliste en France visant à encourager (politique publique) les naissances, dont l’une des visées est de contrer l’invasion démographique arabe ou européenne (salve, etc.) et, ajouterons-nous, à présent noire africaine. Ce que dit Emmanuel Macron relève de cette angoisse bien française.

QU’AURAIT DÛ DIRE EMMANUEL MACRON ?

Revenons donc à son propos contesté. En vérité, que voulait-il donc dire, sinon que partout où le taux de fécondité est supérieur au taux de croissance, il y a, de façon nécessaire, appauvrissement et non-développement. Cette vérité qui croise démographie et économie est bien connue et fort peu contestée. Ceci est si vrai que de nombreuses politiques publiques au monde s’y sont appuyées. Chacune se souvient ici de l’enfant unique initié en Chine populaire. Mais si tel est son sous-sol théorique, pourquoi ne l’a-t-il pas dite sous cette forme-là, en lieu et place de sa formulation triviale, provocante et humiliante ? Avait-il besoin de lancer cette provocation, là où elle n’était même pas utile ? Est-ce la médiocrité de la question et le mépris du journaliste noir, qui l’ont suscité et engagé son persiflage ? Sans doute pas.
En fait, à bien écouter le Président de la République, on s’aperçoit que sa réponse est d’abord improvisée et fait immédiatement suite à une hésitation sur l’exigence d’une juste gouvernance, qu’il invoque à trois reprises : « gouvernance rigoureuse », « lutte contre la corruption » et « lutte pour la bonne gouvernance ». Ces redites sont le signe patent qu’il cherchait comment énoncer son argument principal. Il hésite et tergiverse, se retient, utilise alors une expression non-polémique, « la transition démographique réussie », puis lâche sa malheureuse formule. C’est un lapsus révélateur, un acte manqué, qui trahit un pré-jugé et une conviction forte d’Emmanuel Macron : le taux de fécondité élevé des familles africaines. Un vieux cliché français.

LE FORCE HISTORIQUE D’UN PRÉJUGÉ

Mais l’argument est ancien et n’est pas d’un type nouveau. Il habite enfoui au plus profond des consciences de certaines élites françaises. Et c’est d’abord sous l’esclavage et la Traite négrière, atlantique et orientale (arabo-musulmane), que les familles noires ont été attaquées et rendues responsables de leur propre sort. Et on retrouvera cette idéologie d’accusation reformulée sous une forme atténuée chez Pierre Bérégovoy (2 avril 1992) et encore durant la terrible crise des banlieues françaises de 2005. Sur ce dernier point, qu’il nous soit permis de reproduire un long passage d’un de nos ouvrages non encore publié : « En France, et c’est une singularité, pour la première fois, la polygamie a été avancée, de façon répétée et concertée, comme la cause explicative des graves émeutes des banlieues d’octobre à novembre 2005. En quelques jours, unanimes, Gérard Larcher , alors ministre délégué à l’emploi, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie Française, et Bernard Accoyer , député, président du groupe parlementaire UMP, se sont accordés pour présenter la polygamie comme la cause première et quasi unique du soulèvement des banlieues du dernier trimestre 2005.

De ces trois opinions, celle de H. Carrère d’Encausse résume et illustre le mieux l’ensemble des préjugés défavorables et des clichés dominants sur les familles noires de France, et qui vaut comme une faillite du savoir en général. Il convient donc d’accorder quelque prix à ses propos, lorsqu’elle affirme, sans ambages : Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d’Europe, ce ne sont pas des villages africains. Tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C’est clair, pourquoi : beaucoup de ces africains sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues .

Outre la nette dimension de mépris et de fatalisme social qu’ils véhiculent, ces propos opèrent un inquiétant rapprochement entre polygamie et populations noires africaines, qui ne sont pas sans rappeler les paroles d’Arthur de Gobineau sur l’inéluctable et fatale dépravation morale des Phéniciens dès qu’ils furent au contact des Noirs : La polygamie, si chère aux peuples noirs ou demi-noirs, rend aussi, sous ce rapport, toutes les précautions inutiles .

Signalons que, près d’un an auparavant, Chantal Brunel, députée UMP, élabora une proposition de loi restrictive sur la polygamie . Et, dix ans avant, le 24 août 1993, la loi Pasqua ciblait le regroupement familial polygame ; quand, en vérité, un an plus tôt, au cœur même de l’Hémicycle, lors de son célèbre discours de Politique générale, Pierre Bérégovoy, sur l’égalité des sexes, et à propos des femmes issues de l’immigration, s’exclamait en ces termes : La polygamie, je le cite à titre d’illustration, ne peut être acceptée chez nous. Conformément aux recommandations du Haut Conseil à l’intégration, le Gouvernement cherchera les voies et les moyens de mettre fin, à l’avenir, au regroupement pour plusieurs épouses .

Et chacun se souvient des méprisantes paroles de Manuel Valls à l’endroit des commerçants noirs de sa ville d’Évry.

UNE GÉNÉRALISATION HÂTIVE

On le voit bien, quelque soient les cas, polygamie, délinquance ou taux de fécondité, les milieux politiques, intellectuels et médiatiques français s’accordent sur la mise à l’index des familles noires, en France même ou en Afrique. Toujours avec un seul argument : famille trop nombreuse. Ce pré-jugé est si ancré qu’on peut voir ou saisir sur le vif comment il prend corps chez Emmanuel Macron. En effet, son désobligeant propos appelle au jour la vérification suivante : quels sont « les pays [africains] qui font encore sept à huit enfants par femme ? »

Au vrai, pour qui consulte les chiffres officiels des organisations internationales, il n’y en a que deux : le Nigeria, avec un taux de fécondité de 8 enfants par femme, et le Niger avec 7,6 enfants par femme. Autrement dit, deux (2) pays africains sur cinquante-quatre (54). Pourquoi alors, de ces deux cas africains, Emmanuel Macron établit-il une hasardeuse généralité pour toute l’Afrique ?

En outre, lourde erreur cognitive, Emmanuel Macron ne prend nullement la peine (sans doute ne le sait-il pas) de pondérer le taux de fécondité par la densité de la population africaine (+30 hbts/Km²) qui reste quatre fois inférieure à celle de l’Europe (120 hbts/Km²) ni non plus par l’espérance de vie africaine qui est en moyenne de 57 ans, quand elle est de 69 ans au niveau mondial. Il exagère volontairement, là où Nicolas Sarkozy, obnubilé par la croissance démographique noire africaine donnait un taux de moins de 5% ?

Classons quelques taux de fécondité africains, en rappelant que la moyenne mondiale est de 2,42 enfants par femme. La France, qui se situe au 110ème rang mondial, est à 2,08 enfants par femme.

11 pays ont un taux de fécondité à peu près égal à celui de la France et se situent bien en-dessus de la moyenne africaine qui est de 5 enfants par femme : L’Île Maurice : 1,76 ; la Tunisie : 1,99 ; la Libye : 2,05 ; le Maroc : 2,13 ; la Namibie : 2,17 ; le Cap Vert : 2,29 ; l’Afrique du Sud : 2,33 ; Djibouti : 2,39 ; l’Algérie : 2,78 ; l’Égypte : 2,78 ; le Swaziland : 2,80 ;

6 autres pays ont un taux de fécondité établit entre 3,30 et 3,80 enfants par femme : le Kenya, le Zimbabwe, la Côte d’Ivoire, les Comores, la Gambie, le Soudan ;

22 autres pays se situent entre quatre et cinq enfant par femme : la Mauritanie, le Sahara occidental, l’Érythrée, le Ghana, Madagascar, la Guinée-Bissau, la République Centrafricaine, le Sénégal, le Gabon, le Togo, le Bénin, le Rwanda, Sao Tomé é Principe, le Tchad, la Guinée Équatoriale, la République démocratique du Congo, la République du Congo (Brazzaville), le Liberia, le Cameroun, la Sierra Leone, la Guinée (Conakry), la Tanzanie ;

9 pays sont entre cinq et six enfants par femme : l’Éthiopie, le Mozambique, le Soudan du Sud, l’Angola, le Malawi, la Zambie, le Burkina Faso et l’Ouganda ;

4  pays ont un taux de fécondité au-dessus de six (6) enfants par femme : la Somalie, le Mali, le Burundi ;

2 pays sont au-dessus de sept enfants par femme : le Niger (7,6) et le Nigeria (8).

Sur la base de ces chiffres de 2015, il appert qu’Emmanuel Macron non seulement commet une erreur d’appréciation mais donne également dans l’exagération et la généralisation hâtive. Est-ce son cabinet qui ne maîtriserait ni ne vérifierait les chiffres et lui en fournirait d’inexactes ?

Est-ce la force du pré-jugé qui occulterait l’observation objective ? Est-ce parce que nous sommes en présence d’un Chef d’État qui, à souhait, dramatise une situation pour se parer d’autorité ? En tous les cas, son injonction démographique à l’Afrique, qui est au cœur de sa réponse au journaliste africain, ne repose sur aucun fondement scientifique. En d’autres termes, c’est de l’arbitraire. Et c’est bien comme tel qu’il faut considérer une telle injonction, parce qu’elle s’appuie avec assurance et tranquillité sur des faits erronés, pour se parer d’autorité. Au fond, ce dire d’Emmanuel Macron est de peu de vérité, ni d’aucune force et même sans valeur. Et cependant, il nous a fallu le commenter.

 UN PROVOCATEUR INEXPÉRIMENTÉ

C’est que l’homme est volontiers provocateur et incline constamment au défi. Ainsi, après son sarcasme (ironie mordante) sur les kwassa-kwassa comoriens, après sa mise au défi adressée aux Chefs d’État de la Zone franc pour qu’il la quitte s’ils n’en étaient pas satisfait (menace et provocation), après avoir fait un pied de nez à son homologue malien en se rendant à Kidal sans passer par Bamako (mépris des règles d’usage), le voici, à présent, à sermonner publiquement les familles africaines noires en Afrique. Encore heureux qu’il n’ait pas suggérer l’idée d’une police de la fécondité, en rappel de Savonarole qui, en son temps, surveillait la sexualité des Catholiques.

En vérité, ces provocations sont l’expression d’un pli de son esprit ; un esprit qui, parce qu’il n’est pas authentique , cherche et recherche l’autorité, dans les moindres recoins et occasions. Alors, persiflage pour persiflage, peut-être devrions-nous songer à lui faire parvenir ce texte fameux de Hannah Arendt, Qu’est-ce que l’autorité ?, pour qu’il apprenne et sache, enfin, ce que cela signifie, et afin qu’il ne s’abîme pas plus longtemps dans un autoritarisme désuet, comme cela est ressorti avec netteté de sa « confrontation » avec son ex-Chef d’État-major, le Général Pierre de Villiers. Dans L’art de la guerre, bien plus modeste, Machiavel en guise d’autodérision se qualifiait de « général de papier ». Aussi, malgré toutes ses grandes connaissances sur la guerre, il eût l’humilité de ne pas se croire meilleur que les officiers militaires. Au reste, Emmanuel Macron n’a-t-il jamais lu L’art de la guerre de Sun Tzu, qui fait le portrait idéal du chef de guerre ? Ce peut être une source littéraire instructive. A-t-il étudié De la guerre de Carl von Clausewitz ? Même l’expérience littéraire des armes et de leur usage semble faire ici défaut. Sinon comment expliquer qu’il réduise la problématique des armes à une question budgétaire ? Certes, « on » peut être ou devenir « chef des armées » par la Constitution et surtout disposer de l’arme de dissuasion nucléaire sans aucune expérience du feu et des armes. En effet, Emmanuel Macron est le premier Chef d’État qui, sous la 5ème République, n’a pas fait de service militaire. Un chef des armes sans aucune pratique militaire est donc possible. Mais, la distinction entre le constitutionnel et réel devrait obliger à quelque modestie. Et être infatué à ce point est une erreur dans le proto-kollon d’État. Cette immodestie est résumée par le Général Pierre de Villiers : « Parce que tout le monde a des insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi ».

C’est le début du déclin de Jupiter. Et parce que la France est en République, en démocratie et fait encore nation « belle et rebelle », comme le chantait si bien Jean Ferrat.

Ce penchant à la provocation, il ne le fait cependant pas avec tous. On l’a vu déférent et pénitent à Alger, petit élève studieux à Berlin et sujet sage à Londres. Peut-il de la sorte s’adresser aux Chinois ou aux Nord-coréens ? Ou à son homologue angolais ? Non ! Car ses provocations sont toujours à l’adresse de ceux qu’ils croient plus faibles, tels les États noirs francophones. Et bientôt ce sera le tour des familles noires de France. Mais qu’on n’y voit pas de racisme, comme inclinent à le croire nombre d’intellectuels noirs. Car, à moins de paradoxe raciste, jamais un Président français n’aura autant fait élire de députés noirs à l’Assemblée nationale.

Somme toute, les erreurs et les provocations publiques d’Emmanuel Macron ne traduisent, en définitive, que la faiblesse structurelle des États noirs francophones, la dispersion de la communauté noire de France et la veulerie de la « petite-bourgeoisie » noire de France. Toutes ces provocations africaines ne sont donc que le résultat de ces faiblesses-là. D’autant que, en France, il est toujours facile de moquer l’Afrique. Car cela ne coûte rien, ni politiquement ni socialement et moins encore diplomatiquement.

QUI SE NOURRIT DE LA FAIBLESSE DE L’AFRIQUE ?

Emmanuel Macron serait bien inspiré de réentendre quelques vérités énoncées par deux de ses prédécesseurs, sur les raisons des faiblesses de l’Afrique.

Dans une allocution fameuse, François Mitterrand dénoncera publiquement l’injustice : « Est-il normal que l’Afrique et l’Amérique latine, pour ne citer qu’elles, aient vu leurs recettes d’exportation diminuer constamment tout le long de la dernière décennie, qu’en dépit des aides multiples qui lui sont destinées, le Sud, en fin de compte, finance le Nord, puisque les transferts nets du Sud vers le Nord se sont encore accrus cette année de 10 milliards passant de la sorte à 43 milliards de dollars ? » .

De cet état de fait, Jacques Chirac, plus direct, n’en fera pas une question morale, comme l’avait fait François Mitterrand. À sa façon, plus direct, il dénoncera le long pillage de l’Afrique : « On oublie seulement une chose, dira-t-il, c’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique ; pas uniquement, mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique ; alors il faut avoir un petit peu de bon sens, je ne dis pas de générosité, mais de bon sens, de justice, pour rendre aux Africains, je dirais, ce qu’on leur a pris ; d’autant que, c’est nécessaire, si l’on veut éviter les pires convulsions ou difficultés, avec les conséquences politiques que cela comportera dans un proche avenir » . Piller

Quelques années plus tôt, le 19 janvier 2001, lors du Sommet France-Afrique (Yaoundé), en réaction à une lettre « sévère » de l’épiscopat français sur les régimes autoritaires africains, Jacques Chirac, bière à la main, improvisera une discussion avec des journalistes, dans laquelle il exposera sa thèse sur l’origine et les causes des faiblesses africaines : « Nous avons saigné l’Afrique pendant quatre siècles et demi. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières ; après, on a dit : ils [les Africains] ne sont bons à rien. Au nom de la religion, on a détruit leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec plus d’élégance, on leur pique leurs cerveaux grâce aux bourses. Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Après s’être enrichi à ses dépens, on lui donne la leçon » .

Que celui qui a des oreilles pour entendre, regarde !

Emmanuel Macron le fera-t-il ? L’homme est ainsi formé qu’il ne connaît pas assez l’histoire de France , moins encore les grandes idées des Lumières, et rien du Code noir, ni non plus sait-il ce que penser veut dire. Certes, dans son ouvrage célèbre , Paul Ricoeur remercie Emmanuel Macron pour sa contribution. Mais qu’a retenu ce dernier du philosophe ? Bien peu. Il aurait, étudiant, rédigé un mémoire de maîtrise sur l’idée de « L’intérêt général chez Hegel » ; mais Étienne Balibar, qui est censé l’avoir dirigé, n’en a pas gardé souvenir. Et, fait étonnant, Emmanuel Macron ne semble savoir que fort peu de choses de la dialectique (mis à part son expression « en même temps » qui en est l’une des formes les plus dégradées) et de l’État (incarnation de l’intérêt général) chez Hegel.

En tous les cas, qu’Emmanuel Macron garde raison, à mépriser autant les noirs Africains. Car il est un « mystère » de la 5ème République : le déclin de tout Président français s’amorce en Afrique noire, pour s’achever en France. Excepté Charles de Gaulle (octroi des indépendances) et François Mitterrand (Discours de la Baule), il en a été ainsi pour Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Et déjà, semble-t-il, pour Emmanuel Macron.

Au fond, depuis 2007, la France est traversée par une ligne de médiocrité. Et c’est cela même le problème.


[1] Sommet du G20 2017, du 7 – 8 juillet, Hambourg, Allemagne.

[2] Hervé Le Bras, Éditeur Olivier Orban, Paris, 1991.

[3] PF. Tavares, Des principes et des règles de la politique d’immigration en France,

[4] Gérard Larcher, Le Monde du 16 novembre 2005.

[5] Bernard Accoyer, RTL, 15 novembre 2005.

[6] H. Carrère d’Encausse, Interview à titre d’Expert sur la chaîne russe NTV, 14 novembre 2005. Outre les constructions fautives, il est frappant d’entendre la secrétaire perpétuelle afficher tranquillement mépris et préjugés. Mais l’étonnant ici est que le média russe la sollicite comme spécialiste des crises urbaines. Qu’il est facile de parler de ce qu’on ne sait pas, en affichant air et arguments d’autorité.

[7] A. de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines, L. 2, Chap. III, p. 224.

[8] Chantal Brunel, auteur d’une proposition de loi sur la polygamie (8 mai 2004) retirée, dira : les violences ont eu cet avantage que l’on ose à présent parler de certains problèmes jusque-là tabous. On va enfin pouvoir se recentrer sur nos valeurs […] il convient d’envisager des mesures dissuasives complémentaires (sanctions pénales, tutelle des prestations).

[9] Loi relative à l’interdiction du regroupement familial polygame, sanctionnée par le retrait de titre de séjour, de l’époux et du conjoint, et son remplacement par une carte avec mention visiteur.

[10] Pierre Bérégovoy, Discours de Politique générale, Assemblée Nationale, 2 avril 1992. 

[11] Authentique signifie qui tire son pouvoir de soi-même, et non d’autre chose.

[12] Constitution française, Titre II, article 15.

[13] Décret du 12 juin 1996 sur la maîtrise de l’arme nucléaire stratégique.

[14] Discours de François Mitterrand, 45ème Assemblée générale des Nations Unies, New York, 24 septembre 1990.

[15] Interview de Jacques Chirac à retrouver sur YouTube ou Dailymotion.

[16] Philippe Bernard et Jean-Pierre Turquoi, France-Afrique, la fin des ‘’années Chirac’’, Le Monde, 15 janvier 2007. Vincent Hugeux, Le testament de Chirac l’Africain, en donne une version légèrement différente : « Ce continent, nous lui avons d’abord pris ses richesses. C’est curieux, disait-on alors, ces Africains ne sont bons à rien. Puis les colons ont envahi ses bois sacrés, pillant le cœur même du chamanisme. C’est étrange, s’étonnait-on, ces gens-là n’ont pas de culture. Aujourd’hui, on agit de même, mais avec plus d’élégance. L’Occident leur pique leurs cerveaux, par le biais d’une institution condamnable : les bourses. Il s’agit là, à mes yeux, d’une autre forme d’exploitation. Soyons clairs : on s’est bien enrichi à ses dépens. Nous devons, c’est vrai, encourager la marche vers la démocratie. Mais sans arrogance, sans humilier », L’Express, 13 janvier 2007.

[17] Voir ses confusions entre Napoléon 1er et Napoléon III, selon les dires de Donald Trump. Ou encore l’histoire des Outre-Mer.

[18] Paul Ricoeur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, le cite en ces termes : « Emmanuel Macron à qui je dois une critique pertinente de l’écriture et la mise en forme de l’appareil critique [corrections] de cet ouvrage », Seuil, Paris, 2000, pages III – IV.

[19] Ce travail universitaire de maîtrise m’a été signalé par Jean-Luc Attobrah. Nous n’en avons pas trouvé trace à l’Université de Nanterre.

Parution : La Conspiration des médiocres

samedi 

24 juin 2017 à 09:10

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CouvertureJe vous annonce la sortie de mon ouvrage La Conspiration des médiocres en format kindle  téléchargeable sur amazon.fr. Il est désormais disponible broché.

Il s’agit de dénoncer les agissements des médiocres. Ils ont bâillonné la Nation. Quant à la République, ils l’ont usée jusqu’à la corde. Elle s’en trouve fort affaiblie et en ressort grandement éculée, semblable à une « dépouille ». Car ils ont dévissé la devise de la République que fixe le Titre I, article 2 de la Constitution. En effet, ils ont remplacé la Fraternité par les communautés ; converti l’Égalité entre inégaux en injustice populaire (sociale et économique) et, à la belle Liberté, substitué le libertinage et la maximisation du profit. Que de coups d’État !

 

Victoire d’Eric Coquerel, la clé : une opération immeuble 100% Mélenchon

mardi 

20 juin 2017 à 22:24

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Félix Houphouët-Boigny aimait à dire, avec le sens paysan de l’image et de la formule urbaine qu’on lui connaît : « la victoire a toujours plusieurs papas ». Que n’avait-il raison ! Car il est bien difficile de connaître les véritables auteurs d’un succès, surtout politique. Au vrai, seule la déesse Nikê (grecque) ou Victoire (pour les Romains) sait qui est le « papa » d’un succès.

S’agissant des législatives dans la 1ère circonscription de Seine-Saint-Denis, à Épinay-sur-Seine plus exactement, pour l’essentiel et le principal, Éric Coquerel doit sa victoire, d’abord et surtout aux mamans des quartiers sensibles. Et que personne ne viennent voler « leur » victoire. Mobilisées, elles auront été le facteur décisif, face à la puissante machine de droite macroniste qui, au passage, a battu à plate couture la candidate LR-UDI activement soutenue par les deux maires d’Épinay-sur-Seine et de Saint-Ouen. C’est encore elles qui, tacticiennes, ont rejeté le candidat socialiste au premier tour, et dont le score (10%) a désormais réduit la section locale socialiste au rang de force secondaire ou d’appoint.

C’était déjà avec elles que, sur l’axe urbain Orgemont – Centre-ville, nous avions mis en œuvre l’« opération Immeuble 100% Mélenchon », lors de la présidentielle. C’est ce dispositif qui a été réenclenché lors du second tour des législatives. Comment ne pas, ici, toutes les remercier, pour leur détermination (acharnement), leur dévouement (violence : dégagisme) et leur sérénité (puissance). Elles ont été les militantes anonymes d’une cause juste. Elles pourtant, oubliées de la République et de la Nation. Leur seule arme : la démocratie, en l’occurrence le bulletin de vote. Sans elles, la gauche eut perdu cette circonscription. Leur sursaut au second tour fut capital, le 18 juin 2017. Aussi, dès 9h30 du matin, je fus convaincu de la victoire d’Éric Coquerel. Ce sont encore ces mamans-là qui, dans un contexte d’abstentionnisme marqué, ont su mobiliser non seulement leurs familles (époux, enfants, parents, etc.) mais aussi leurs amies et voisines pour aller voter Éric Coquerel, dans une praxis que nous appellerons volontiers la théorie de la grappe d’électeurs. Le mot grappe vient du français crape, qui signifie « agrafe ». Elles ont agrafés les électeurs, pour former des grappes de voix. Que l’on ne s’y trompe guère, elles furent la force principale avec leur fameux slogan : « il faut les dégager ». Il n’est pas étonnant que dans leur mythologie, les Romains aient donné à Victoire trois sœurs : Zélos, « l’acharnement », Cratos, « la puissance » et Ria, « la violence ».

Mais j’ai aimé revoir Michel Bourgain, ex-maire de l’Île-Saint-Denis, toujours aussi charismatique ; heureux aussi d’avoir rencontré un couple merveilleux, Mohamed et Annick du 95 et l’excellent Rémi Faucherre de Paris 18ème, tous venus prêter main forte dans le tractage à Orgemont. Mais également le jeune Heykel qui, de son père Khémaïs (militant formé), a reçu belle éducation, savoir-vivre et instruction, trois précieux atouts qui devraient inspirer plus d’un et plus d’une.

Merces edes ! Merci ! En effet, qu’il me soit aussi permis de féliciter toute l’équipe qui m’entoure et dont l’idéal tient en une seule formule : une ville juste envers tous. Elle s’est mise en branle, dès mon appel et sans hésitation ni calcul, après ma première rencontre avec Éric Coquerel à Paris et sur ma demande. Comme ces mamans des quartiers sensibles, je n’ai rien demandé à Éric Coquerel, aucun poste et nul avantage d’aucune sorte. Nous sommes et resterons des citoyens libres.

Merces edes ! Merci donc à notre section des statistiques et analyses stratégiques animée par Marie-Adeline et Julien, et qui a compilé toutes les données électorales et sociodémographiques d’Orgemont et du Centre-ville, avec lesquels nous avons affiné notre stratégie de terrain, afin de ne pas gaspiller nos forces et viser juste, et qui nous a mis en garde contre les effets du communautarisme qui, aujourd’hui, ravage la droite locale (Facebook : voir le conflit Fatiha Kernissi / Rachida Rharbi) et qui vaut comme un clair avertissement pour la gauche ; merci à l‘équipe de sécurité qui, discrète, est toujours restée proche et a veillé sur nos sympathisants ; merci à la cellule réseaux sociaux, qui a su relayer nos actions ; merci aux jeunes d’Alternative Jeunesse, Alexandra, Mavérick, Pierre-Alexandre, Axel, Dominique, Belinda, etc., et aux moins jeunes, Benson, Rafik, Rassoul, etc., dont certains sont la relève pour 2020 ; merci, aux « militantes », qui forment le socle de notre mouvement, Marie-Claire, Huguette, Gladys, Majolie, Elvire, Christine, etc., et aux sympathisantes, Mme C., Yaffa, Florence, etc.

Et comment oublier Josiane et Gina, trop tôt emportées, mais qui, de là-haut, ont dû se réjouir de nous voir si enthousiastes dans les batailles de terrain.

La victoire d’Éric Coquerel est la vôtre, Mesdames. Par vos actions, vous avez contenu Ménard dans le Centre-ville et vous l’avez battu à Orgemont.

À toutes et à tous, Éric Coquerel m’a demandé de vous transmettre ses remerciements. Merci également à Georges, Éric, Camilou, Franck, Pape, et de tant d’autres, pour leur appui aussi efficace que sans tapage.

Pour une ville juste envers tous est incontestablement devenu l’organisation de gauche la mieux structurée et la plus disciplinée d’Épinay. Et désormais incontournable. Les temps qui viennent appellent au renforcement de notre mouvement

Législatives 2017 : soutien à Eric Coquerel

mercredi 

31 mai 2017 à 12:49

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Je partage avec vous le discours que j’ai prononcé le 30 mai lors du meeting d’Eric Coquerel à Saint-Ouen.

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Chers concitoyens de la première circonscription de Seine-Saint-Denis,

Je me réjouis d’être parmi vous, si nombreux cet après-midi, en cette place publique.

Du tiers-État de Sieyès qui, en 1789 se fit « nation complète », des événements de 1848, de Jaurès, de la Résistance et de Mitterrand, il ne subsiste que Jean-Luc Mélenchon. Il est l’héritier de cette longue tradition de luttes sociales. Car, à force de renoncements successifs à ses engagements de classe et d’abandon des repères historiques, le Parti socialiste s’est désagrégé. Et il naît, à côté de sa dépouille, une France insoumise qui porte désormais tout l’espoir du peuple de gauche et les idéaux de justice sociale.

Camarades et citoyens, « là où naît le péril, croît aussi ce qui sauve » dit Hölderlin. Jamais le risque de voir les représentants de la Nation être soumis à un pouvoir exécutif n’aura été aussi grand. Il y va même de l’équilibre des pouvoirs dans notre pays. C’est une Assemblée de députés-godillots qui s’annonce et que l’on nous prépare. En raison de quoi, il nous faut un corps de députés libres, c’est-à-dire insoumis et dont la seule vocation sera de défendre les intérêts du peuple, des salariés (employés, ouvriers et agricoles), des pauvres, des banlieues, de tous ceux que la mondialisation libérale rejette et met au bord du chemin.

En Seine-Saint-Denis, dans la 1ère circonscription, il nous faut donc tourner, avec joie et fermeté, la séquence socialiste, dont les principaux représentants qui, depuis plus de 20 ans, n’ont eu de cesse de diviser et dévaster la gauche, à Épinay comme à Saint-Ouen, jusqu’à y ruiner leur propre parti. Ce sont ces prétendus hommes de « gôche » que raillait Marx dans L’idéologie allemande, en parlant des « socialistes vrais » français qui ne sont, en vérité, que des sociaux-libéraux, et rien de plus.

Une tâche de refondation législative appelle donc Éric Coquerel, un élu remarquable, rivé aux principes de la vraie gauche. Sa présence à l’Assemblée nationale aux côtés de Jean-Luc Mélenchon sera un précieux atout politique pour notre département. Il en sera un ardent défenseur. C’est pourquoi le mouvement politique que j’anime à Épinay-sur-Seine, Une Ville Juste Envers Tous, lui apporte son ferme et total soutien républicain.

Je demande donc à toute notre équipe et à ses réseaux populaires de se mobiliser pour lui assurer une présence et une avance confortables, dès le premier tour des législatives du 11 juin prochain, afin de préparer sa victoire le 18 juin.

Que vive la gauche,
Vive la France et la République.

Loi El Khomri : loi travail, enjeu majeur des législatives ?

jeudi 

11 mai 2017 à 08:01

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La loi El Khomri, dite Loi travail du 9 août 2016, adoptée selon la procédure du 49-3, a enclenché le dépouillement du Code de travail. C’est sa visée fondamentale mais inavouée. Emmanuel Macron envisage de la durcir encore, alors même qu’elle aura été l’un des grands facteurs de division de la gauche. On comprend, dès lors, pourquoi elle sera l’un des enjeux majeurs des prochaines élections législatives, au regard de l’engagement du nouveau Président de la République française.

Il nous a donc semblé utile et instructif d’en rappeler les points essentiels, sans lesquels il est bien difficile non seulement de comprendre les débats mais aussi la portée et le sens des combats à venir.

La loi El Khomri compte treize (13) mesures, dont six (6) ne sont que des accessoires ou des dispositifs d’accompagnement pour la rendre acceptable. Ces six (6) mesures sont les suivantes : tout d’abord, les « visites médicales » ne deviennent systématiques que pour les métiers à risques et les travailleurs handicapés ; ensuite, la « Garantie jeunes » devient universelle, puisqu’elle est étendue à tous les 18 – 25 remplissant les conditions ou les critères ; puis, les « forfaits jours » qui, pour des raisons de santé et de sécurité, obligent au suivi du salarié travaillant au-delà des 35 heures de temps de travail ; en outre, le « compte personnel d’activité » qui fusionne avec le compte pénibilité et le compte d’engagement citoyen ; après, le « droit à la déconnexion » dont les modalités sont fixées en entreprise ; et enfin, le « bulletin de paie électronique », qui vient en remplacement du bulletin papier, sauf refus du concerné.

S’agissant maintenant des sept (7) autres dispositions ou mesures qui constituent le cœur de cette loi, au fond, visent au démantèlement directe ou à l’effacement progressif des branches professionnelles (anciennes corporations) et parachèvent le second coup d’État contre la société civile :

1) la « durée maximale de travail » passe de 10 à 12 heures par jour, et ce par accord collectif, et de 48 à 60 heures hebdomadaire avec l’autorisation expresse de l’inspection du travail. Le temps légal de travail est ainsi augmenté ;

2) les « accords d’entreprises » se substituent dorénavant aux accords de branches, avec l’épineuse « inversion de la hiérarchie des normes » par laquelle, lors de négociations, l’entreprise (locale) a plus de poids et de responsabilité que la branche (nationale). C’est le premier affaiblissement direct des syndicats ;

3) le « référendum syndical » est désormais susceptible de valider ces accords d’entreprise, dès lors qu’ils sont signés par un ou plusieurs syndicats représentant au moins la moitié (50%) des salariés. Au demeurant, un tel référendum d’initiative syndicale peut être engagé par des syndicats représentant 30% des salariés et les accords d’entreprises validés à la majorité absolue (50%) des suffrages exprimés lors de la consultation. Ce dispositif référendaire est le second outil d’affaiblissement direct des syndicats ;

4) les « accords dits offensifs », qui inversent et complètent les accords défensifs , autorisent l’employeur à demander à ses salariés de travailler plus, en cas de besoin, notamment lors du développement des activités de l’entreprise, à l’obtention de nouveaux marchés et de signatures de nouveaux contrats. Dans ce cadre, le refus d’un salarié peut conduire à son licenciement économique ;

5) du dispositif précédent, il découle un net assouplissement des « licenciements économiques », en cas de baisse d’activité, de diminution des commandes ou de la réduction des chiffres d’affaires d’une entreprise pendant un certain nombre de trimestres et en fonction de la taille de l’entreprise. Cela correspond, de fait, à une réelle fragilisation des salariés et à l’étouffement de leurs éventuelles contestations ;

6) les « heures supplémentaires », antérieurement majorées de 25% pour les 8 premières heures et de 50% pour les heures suivantes, peuvent désormais être ramenées à 10% par un accord collectif ;

7) les « indemnités prud’homales », jusque-là laissées à la discrétion des juges des conseils des prud’hommes, elles sont à présent plafonnées et harmonisés par un barème, mais cela sans valeur contraignante.

Il saute aux yeux, à moins d’aveuglement volontaire, que la seconde moitié de cette loi n’a été conçue et élaborée qu’à l’avantage du patronat et du capital financier (actionnaires), et ce au détriment du salariat. Mais le plus choquant est qu’elle ait été si âprement portée et défendue, d’une part, par François Hollande, un Président de la République élu sur un programme contraire, et, d’autre part, par le gouvernement de Manuel Valls qui y mettra toute son énergie et sa violence pour la faire adopter.

Présidentielles 2017 : Macron, une victoire en demi-teinte

lundi 

8 mai 2017 à 21:44

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La présidentielle française s’achève, par une victoire… contre Marine Le Pen. Et Emmanuel Macron, élu avec 66,10% des suffrages exprimés », ne paraît l’être qu’à moitié ; d’où un étrange sentiment républicain au lendemain de ce qui, en définitive, ne restera que comme un sursaut anti-frontiste.

Un Président faible, qui ne pourra pleinement incarner tout le Titre II des articles 5 à 19 de la Constitution, par lequel se définit les prérogatives d’un Président de la République fort ; un Titre II taillé sur mesure pour le général Charles de Gaulle, après la tentative de coup d’État du 13 mai 1958 démarré à Alger, poursuivi en Corse et qui devait se finaliser à Paris.

Un Président faible, auquel il semble bien difficile, aujourd’hui, de disposer d’une majorité parlementaire cohérente, homogène et solide le mois prochain, lors des législatives 2017.

La concomitance de ces trois affaiblissements (électoral, constitutionnel et parlementaire) autorise à dire d’ores et déjà, c’est-à-dire avant même sa prise de fonction et le début de son mandat, qu’Emmanuel Macron est le plus faible et le plus fragile Président de la 5ème République.

Cette fragilité (provisoire ou durable) l’oblige à envisager une gouvernance par « ordonnance », comme Manuel Valls dut se résoudre à l’usage abusif du 49-3. Mais toute la difficulté de ce type de gouvernance tient au fait que cette prérogative présidentielle présuppose un auto-dessaisissement de l’Assemblée nationale qui, pour un temps limité, délègue certains de ses pouvoirs au Président de la République. L’Assemblée législative qui sortira des élections de juin 2017 le fera-t-elle ? Rien n’est moins sûr, si elle est de gauche ou de droite. C’est pourquoi, anticipant ce risque, le nouveau Président a été conduit à renoncer à l’un de ses grands engagements : tout député de sa majorité parlementaire pourra rester et appartenir à un parti autre que le mouvement En Marche.

C’est à nouveau la méthode du fourre-tout ou le bric et le broc, dont Emmanuel Macron a fait une spécialité (voir la Loi Macron et le mouvement En marche) et que nous ne cessons de dénoncer depuis deux ans.

Pour bien comprendre ce qui vient d’être dit, revenons au second tour de la présidentielle. Un indicateur, plus que tout autre, ne trompe guère : la structure (ventilation) des votes du 7 mai 2017, de laquelle le vainqueur ressort comme un Président « faible », d’abord au plan électoral (poids et agrégat des votes), ensuite au sens constitutionnel de l’adjectif.

En effet, les 66,10% des « suffrages exprimés » en faveur du nouveau Président de la République sont triplement grevés ou pondérés. En premier lieu, par une très forte abstention, qui s’est amplifiée entre le premier et le second tour, passant de 22,23% d’abstention, soit 10.577.272, à 25,44% d’abstention, soit 12.101.416, ce qui équivaut à une augmentation de 2,21%. En deuxième lieu, par le « vote blanc » qui, de 1,78%, soit 659.302 bulletins au premier tour, est passé à 8,51%, soit 3.019.735 bulletins, un taux record et inédit, puisque multiplié par quatre.

Mais au phénomène des bulletins blancs, il faut ajouter le vote nul qui, de à 0,77%, soit 285.431 de voix au premier tour, est passé, au second tour, à 2,96%, soit 1.049.522 de voix.

Au total, le cumulé des votes blancs et nuls est passé de 2,55% au premier tour à 11,47% au second tour, une multiplication par cinq. C’est la première fois, sous la 5ème République qu’un tel niveau est atteint.

Au reste, la participation qui, au 1er tour, était de 77,77% a baissé à 74,56%, soit un recul de 3,21%. Somme toute, entre les deux tours, les votes exprimés ont fléchi de 75,78% à 66,01%, soit une baisse totale de 14% de suffrages exprimés.

L’ensemble des considérations précédentes conduisent à très fortement relativiser la victoire d’Emmanuel Macron, qui n’est que la défaite du Front National, dont l’audience politique s’est accrue d’un tiers du corps électoral français. Incroyable !

Par maints côtés, seule la Présidentielle de 1969 reste quelque peu comparable à celle de 2017 : un effondrement du bloc socialiste, avec la cuisante défaite des deux ancêtres du Parti socialiste (G. Deferre – P. Mendès France, SFIO, à 5,01%, et Michel Rocard, PSU, à 3,61%, soit un total socialiste de 8,62%). Un Parti communiste à 21% dont le candidat Jacques Duclos (3ème au premier tour) qui, au second tour, prôna l’abstention, portant par cette consigne l’abstention de 22,41% au premier tour à 31,15% au second tour ; et ce qui n’est pas sans rappeler et explique la posture de Jean-Luc Mélenchon.

En somme, dans un contexte particulier parce que très fortement marqué par la présence de l’extrême-droite, les tracasseries judiciaires de François Fillon, le déchaînement de la puissance médiatique en faveur d’Emmanuel Macron, tous les grands appuis internationaux (Barack Obama, Angela Merkel, Teresa May, etc.), les 66,10% d’Emmanuel Macron ne retentissent pas comme un plébiscite. Le triomphalisme affiché par François Hollande ressemble bien à un trait d’humour. La structuration des votes du 7 mai 2017 invite à plus de modestie.

Le mois de juin 2017 est donc capital. Première reculade de taille : Emmanuel Macron admet à demi-mot que les partis traditionnels ne vont pas disparaître, du fait de son élection à la Présidence de la République. Deuxième reculade de taille : les députés de sa très improbable majorité présidentielle pourraient avoir une double appartenance politique : celle de leur parti d’origine et celle du mouvement En Marche. Et cette position tangue au jour le jour.

Hétéroclite. Fourre-tout parlementaire. Bric et broc législatif ! Nous sommes donc au cœur d’une élection sans victoire grande et nette.
Marx, qui connaissait bien l’esprit du peuple français, enseignait comment les Français savaient user leur classe politique, pour rester maître de sa destinée. Aristote n’avait pas tort de dire, il y a plus de 2 600 ans, qu’en démocratie, c’est l’opinion du peuple qui dit ce qui est (le) juste.

Second tour : un médiocre débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron

jeudi 

4 mai 2017 à 18:47

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D.R.

D.R.

Ce fut un débat de triste spectacle, un fort mauvais exercice démocratique : aucune pédagogie et peu de maîtrise de soi. Les Français n’ont rien appris qu’ils ne savaient déjà, tant sur le « caractère » des candidats que leur « projet » respectif. Leur doute politique croît.

Pas de pédagogie politique donc, beaucoup d’agressivité et de rires incompréhensibles de la part de Marine Le Pen, et que d’arrogance injustifiée avec Emmanuel Macron. La France sort amoindrie de ce débat, dont la médiocrité est sans précédent. Il y a quarante-deux ans que je suis engagé politiquement, c’est de mémoire le premier débat qui soit d’une aussi faible qualité. Nous ne cessons de le dire, la médiocrité est partout à l’œuvre. Après les limites de Nicolas Sarkozy et François Hollande, le prochain Président de la République aura le grade (titre) mais certainement pas la culture présidentielle, si bien incarnée par Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac.

Certes, hier soir, les deux candidats n’étaient pas de même niveau. Mais aucun d’eux n’avait le niveau requis pour une présidentielle française.

Marine Le Pen a rapidement laissé deviner sa stratégie, qui comprenait trois phases tactiques. Tout d’abord, énerver ou irriter son adversaire. Mais au bout d’une heure, elle était vidée et semblait ne plus avoir d’énergie. Son intention initiale se retourna contre elle. Ensuite, acculer Emmanuel Macron à défendre la loi El Khomri (bilan du gouvernement Hollande – Valls) et le décrire comme le représentant de la haute finance, pour envoyer un signal clair aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Elle y est parvenue mais, étonnamment, n’a pas su en tirer un bénéfice immédiat. Enfin, sur les questions de sécurité intérieure et de l’islam radical, elle recherchait les électeurs de François Fillon. Elle a incontestablement mis en difficulté son adversaire.

Mais, enfermée dans cette stratégie-là, elle a négligé voire oublié trois points essentiels.

En premier lieu, qu’il s’agissait d’un débat présidentiel et que, par conséquent, il fallait être ou faire présidentiable. Elle a montré qu’elle ne connaissait pas (ou alors bien peu) ce qu’est le protokollon d’État (voir nos travaux). À cet égard, elle ne s’est donc pas montrée à la hauteur de l’institution et de la fonction présidentielles (Titre II, articles 5 à 19 de la Constitution). Il est stupéfiant de constater que ce point lui a échappé, alors même qu’il aurait dû être le cœur de sa stratégie et qu’elle aurait dû construire tout ce débat autour de ce point capital.

En deuxième lieu, elle a lourdement confondu « conversation » (entretien) et « dialogue », pour reprendre ici la célèbre distinction que Hegel a établi à propos de la méthode didactique de Platon. Citons-le :

« Un […] dialogue n’est pas une conversation ; dans celle-ci, ce que l’on dit s’enchaîne de façon contingente et il doit en être ainsi, – le sujet ne saurait être épuisé. On veut s’entretenir ; c’est là une contingence ; l’arbitraire des inspirations est la règle. Si on considère leur introduction, les dialogues [de Platon] eux aussi se présentent parfois à la manière de l’entretien, avec l’aspect d’une progression contingente ; mais ils deviennent par la suite le développement de la chose en question, et l’élément subjectif de la conversation disparaît, – chez Platon il y a dans l’ensemble une belle progression dialectique, une progression dialectique conséquente. Socrate parle, dégage un résultat, déduit, fait progresser sa propre argumentation, ne la présentant sous forme de question que par le tour extérieur qu’il lui donne ; la plupart des questions sont formulées pour obtenir de l’autre une réponse par oui ou par non. Le dialogue semble être ce qu’il y a de plus indiqué pour exposer une argumentation… »
(Hegel, « Platon », in Leçons sur l’histoire de la philosophie, t. 3, La philosophie grecque, Vrin, Paris, 1972, pages 401-402).

Ce fut donc la plus grande erreur de Marine Le Pen, que de n’avoir pas construit un « dialogue ». Emmanuel Macron se serait effondré, puisqu’il ne peut ni ne sait supporter un échange dialectique soutenu. Et toute la vacuité de son « projet » eût été mise au jour, dévoilée.

Autre conséquence majeure, si Marine Le Pen avait aménagé un « dialogue » socratique, elle n’eut pas versé dans l’agressivité ou le ricanement, ce qui ne sied pas à un prétendant à la magistrature suprême. Au reste, Hegel a bien raison de rappeler, dans les mêmes pages, pourquoi la politesse et les urbanités (qu’il distingue) sont des préalables (conditions nécessaires et suffisantes) pour qu’un « dialogue » ait lieu. Autrement dit, si Marine Le Pen a dérapé, c’est bien parce qu’elle a mené une « conversation » au sens que Socrate, Platon et Hegel donnent à cette notion. Nous n’avons de cesse de le dire, la classe politique française a perdu en matière de savoir-vivre et au plan intellectuel.

Parce que ce débat été une « conversation », il a été soumis à la « contingence ». Tout ne fut donc, de bout en bout, que contingence (succession de propos décousus de part et d’autre). Sous ce rapport, il convient également d’engager la responsabilité des deux journalistes, Nathalie Saint-Cricq (France 2) et Christophe Jakubyszyn (TF1), qui n’ont jamais su faire sortir les deux protagonistes de cette « conversation ». Sans doute ne savent-ils pas ce qu’est le « dialogue ».

La violence est inhérente à la fonction présidentielle. Mais elle se transforme en puissance, quand elle est maîtrisée. Rappelez-nous de la violence maîtrisée des deux débats présidentiels entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, en 1974 et 1981. C’est que ces deux débats furent conçus comme des « dialogues », au grand bonheur du corps électoral. À cette époque, nous avions des hommes politiques éduqués. Ce qui n’est malheureusement plus le cas depuis 2007.

En troisième et dernier lieu, elle aurait dû se rappeler, pour en éviter les néfastes conséquences, de l’agressivité improductive de Ségolène Royal en 2007, face à Nicolas Sarkozy. Il est donc regrettable que les deux femmes qui ont été portées à un second tour des présidentielles en France n’aient pas fait preuve de maîtrise de soi. C’est un rude coup pour la cause des femmes.

Quant à Emmanuel Macron, il n’a pas brillé. Et il ne le peut que bien difficilement. Ses puérilités économiques que la presse dominante nous présente comme « géniales » révèleront bientôt leur caractère explosif, si jamais, vainqueur, il les mettait immédiatement en œuvre par ordonnance, c’est-à-dire avant d’avoir une majorité parlementaire.

C’est pourquoi, somme toute, ce débat fut presque nul et cela reste un signe inquiétant pour la République. En tous les cas, le tapage médiatique qui accuse Marine Le Pen d’avoir fait déraper le débat est encore un « cadeau » fait à Emmanuel Macron, qui dédouane nos deux journalistes et Emmanuel Macron. Mais il en va ainsi depuis un an. Espérons que la suite soit meilleure, pour la France et la République.

Tout jusqu’ici nous rappelle étrangement la présidentielle des 1er et 15 juin 1969, qui fut marquée par une poussée de près de 10% de l’abstention au second tour, portant ainsi l’abstention à un niveau record de 30%.

Présidentielles 2017 : abandon du clivage politique

mardi 

2 mai 2017 à 08:10

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Les « démocratiseurs » ! Ainsi Jean-Marie Hordé appelle-t-il tous ceux qui, en toutes matières, abolissent les différences, en les nivelant.

Les voici, de nouveau à l’œuvre pour tenter d’abolir le clivage gauche/droite. Ils ont un candidat : Emmanuel Macron. Au soir du premier tour, ils pensaient avoir réussi leur « coup d’État », puisque, conformément à leurs calculs, Marine Le Pen devait être qualifiée comme l’adversaire le plus facile pour Emmanuel Macron.

Et pour y parvenir, ils durent créer un immense désordre politique mais qui, contre toute attente, ne rend pas si assuré ni même aisé la victoire calculée d’Emmanuel Macron.

Car Marine Le Pen n’est pas une proie facile. Et les ralliements « inattendus » de Marie-France Garaud (gaulliste historique et ex-conseillère de Georges Pompidou), la prise de position de Christine Boutin et surtout l’impact politique du pacte de gouvernement conclu entre Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan (gaulliste) viennent sérieusement compliquer les calculs rapides.

D’autant que, au second tour, deux causes augmentent les incertitudes. Tout d’abord, les abstentionnistes, si nombreux au premier tour (10 millions). Ils semblent encore tentés de s’abstenir, tout comme beaucoup d’électeurs de la France insoumise (FI), du Parti socialiste (PS) et des Républicains (LR) qui entendent voter soit « nul », soit « blanc », soit Marine Le Pen. Au demeurant, jamais, sous la Ve République, autant de citoyens affichent l’intention de ne pas choisir entre deux finalistes à une élection présidentielle (hormis lors du second tour des présidentielles de 1969 qui a vu une baisse de 9% de la participation).

En dé-clivant la France, en martelant le « ni gauche ni droite » ou « la gauche et la droite », les « démocratiseurs » politiques ont grandement facilité la tâche à Marine Le Pen.

En second lieu, nos « démocratiseurs » ont vilipendé et décrédibilisé les partis de gouvernement (PS et LR). Alors, pourquoi réclament-ils le Front républicain composé des partis qu’ils veulent abolir ?

Aussi, pour tous, le choix, en effet et à présent, est pénible, cruciale même. Car, avec Macron, c’est en klaxonnant qu’on fonce en zigzaguant dans le mur (rabotage des acquis sociaux, démantèlement du code de travail, soumission à la Commission européenne, etc.). Et avec Marine, on fonce droit dans le mur en pleurant (conflits communautaires, perturbation monétaire, etc.).

En tous les cas, quel que soit le vainqueur du second tour, il ou elle ne sera qu’un Président ou une Présidente faible, c’est-à-dire sans grande marge législative (majorité complexe, chaotique ou relative) et avec un peuple français si profondément divisé. Et si Emmanuel Macron l’emportait avec moins de 55% des voix, il ne sera qu’un Président potiche. Son score est plus déterminant que sa victoire.

C’est pourquoi, les législatives de juin prochain offriront deux grandes occasions : tout d’abord, celle de rétablir le clivage gauche/droite ; ensuite, celle de donner à la France, un Premier ministre qui pourrait être de gauche et constituer un efficace contrepoids républicain face à Emmanuel Macron ou point d’équilibre démocratique face à Marine Le Pen. Une cohabitation se profile.

Je voterai Jean-Luc Mélenchon

vendredi 

14 avril 2017 à 08:02

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Il y a bien longtemps, en France et plus encore sous la 5ème République, que les élections présidentielles n’avaient donné lieu à de si vifs affrontements démocratiques entre les classes sociales, par les candidatures de leurs représentants. C’en est, sans doute, le trait marquant, et bien plus que la violence des « affaires » François Fillon et Marine Le Pen.

Ainsi, chaque projet et son programme reflètent des intérêts de classes. Sous ce rapport, le vieux pays semble avoir repris ses réflexes politiques nés de la Révolution de 1789 : le clivage gauche – droite. D’un côté, à droite, la bourgeoisie financière, dont Emmanuel Macron est le représentant, est aux abois, parce qu’elle n’est pas parvenue à éliminer la bourgeoisie industrielle qui a placé ses intérêts de classe dans la candidature de François Fillon.

Ces contradictions entre bourgeoise industrielle et bourgeoisie financière ont longtemps été masquées par l’omnipotence du Parti socialiste, au sein duquel les intérêts de ces deux fractions étaient préservés. Or, en cinq ans de mandat, François Hollande et Manuel Valls ont rendu « inutile » le Parti socialiste. La bourgeoisie financière ne leur demandait pas tant. En tous les cas, cet effondrement socialiste a rendu possible et manifeste l’affrontement entre ces deux bourgeoisies.

Nous continuons de penser que, le 23 avril 2017, la bourgeoisie industrielle l’emportera sur la bourgeoisie financière. François Fillon sera qualifié pour le second tour du 7 mai 2017. La droite a son candidat que la bourgeoisie financière s’empressera de rallier.

De l’autre côté, à gauche, la percée tardive mais fulgurante (prévisible) de Jean-Luc Mélenchon vient troubler les calculs de ces deux bourgeoises (financière et industrielle) si fortement opposées entre elles. Au demeurant, s’il avait eu deux semaines supplémentaires de campagne ou si cette campagne n’avait pas été (volontairement) escamotée par le Pénelopegate (affaire Fillon), Jean-Luc Mélenchon eut à coup sûr obtenu de très grandes chances d’être qualifié pour le second tour. C’est pour cela que, selon cette perspective, il est engagé et mène une course méthodique contre la montre électorale avec ce formidable pari politique : réussir en dix (10) jours (du 13 au 23 avril), là où il lui en faudrait trente (30).

Aussi, sur sa gauche, après avoir convaincu l’électorat communiste et réussi à vampiriser partiellement Benoît Hamon, il s’efforce, à présent, sur sa droite et avec quelque succès, de siphonner Marine Le Pen dont la flèche, quand bien même est tendu son arc, ne reste qu’une « impossible promesse d’envol ». En outre, sur la base d’un haut verbe gaullien (intonation et références), il a entamé le grignotage de l’électorat gaulliste-social de François Fillon. Son axe républicain est donc une adéquate ligne de forces.

Faut-il le faire remarquer, cette capacité à mettre à profit les contradictions internes entre les deux bourgeoisies, à rassembler sous sa bannière le peuple de la gauche classique (communistes et socialistes) et à attirer à lui les gaullistes de gauche, tout cela, bien évidemment, c’est du Mitterrand ! Jean-Luc Mélenchon en est même le seul héritier technique.

En reprise de toutes les considérations précédentes, je voterai donc Jean-Luc Mélenchon, le 23 avril prochain, en fondant mon choix sur quatre grands ordres de raison. Le premier tient au fait essentiel que le clivage gauche – droite n’est pas seulement un marqueur déterminant, il est salutaire pour régénérer la République si malmenée ces dernières années. On peut édicter une maxime : moins ce clivage est fort, plus le Front National progresse. Il faut donc en sortir. Le deuxième consiste en ceci, ce clivage confère mécaniquement un leadership à la France sur la scène internationale. Elle doit retrouver cette vocation historique. Le troisième est l’effacement politique de la gauche, qui reste l’un des plus grands périls pour la démocratie française. La gauche dit avoir son candidat. Le quatrième ordre de raison réside dans le fait que plus ce clivage est fort, moins il y a de pauvres. Car la redistribution de richesses (transfert net de redistribution) consolide la Nation.

En conséquence de quoi, j’appelle tous les membres de mon mouvement politique, mes amis et autres concitoyens à faire de même. J’invite les Français de la diaspora à donner une chance à Jean-Luc Mélenchon, pour que la gauche soit présente au second tour.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits