Municipales 2020 à Épinay-sur-Seine

mardi 

29 octobre 2019 à 11:47

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_MG_7400Une droite éclatée

La droite locale est profondément divisée et avance, en rangs dispersés, vers les Municipales 2020. Trois principaux courants. La République En Marche qui, selon sa politique d’implantation urbaine, vise à s’emparer d’un nombre significatif de villes moyennes, parmi lesquelles Épinay-sur-Seine. Elle est confortée par le fait que, lors des dernières législatives, son candidat a littéralement évincé, pour ne pas dire « écrasé », celui du Modem-Les Républicains.

En marche entend capitaliser ce résultat législatif, devenir la première force de la droite locale et anticipe les prochaines législatives de 2022. Cette aile modérée de la droite locale a donc un double objectif électoral : Municipales 2020 et Législatives 2022. Pour ce faire, En Marche doit parvenir à faire du Modem-Les Républicains un futur supplétif, en mettant en œuvre la technique macronienne de l’absorption qui, après avoir réussi à vampiriser le Parti Socialiste, s’efforce à présent de phagocyter Le Modem-Les Républicains. Il n’est pas dit que la méthode ne « marchera » pas. Nous pourrions donc assister à une alternance (réaménagement) interne au sein de la droite locale.

Cependant, le Modem-Les Républicains local vendra chèrement sa peau. Et comme lors des dernières échéances législatives, si ce courant de la droite locale était mis hors course ou se retrouvait en deuxième position au premier tour, il préfèrera sans doute favoriser indirectement une autre force politique que La République En Marche, dans le cadre d’une triangulaire ou d’une quadrangulaire. Il pourrait même attendre l’élection du Maire au second degré (en Conseil municipal), soit pour tenter de conserver le pouvoir local, par un jeu d’alliance tous azimuts, soit pour se maintenir afin d’empêcher l’éventuel candidat de La République En Marche d’avoir une majorité confortable.
Quant au Rassemblement National, vieil et fidèle allié du Modem-Les Républicains d’Épinay-sur-Seine, il ne devrait rompre son alliance que si, dans le cadre des élections présidentielles de 2020, sa direction nationale lui demandait de saborder le Modem-Les Républicains pour en récupérer les débris. Sinon, en bon élève de l’extrême-droite, il appuiera son plus proche partenaire, le maire sortant.

Une gauche éparpillée

La gauche locale ne se porte pas mieux. Elle est disséminée en sept courants de forces inégales. En effet, elle reste toujours et allègrement éparpillée, même si son schéma d’union est beaucoup plus simple et combien plus aisé que par le passé récent.

La section locale du Parti Communiste Français l’a compris, qui s’efforce de la réunir, tant bien que mal. En tous les cas, cette démarche doit être encouragée et promue, car elle est et restera la seule qui soit juste et adéquate. Tout autre éventualité est le chemin d’une « aventure ».

La France Insoumise, qui n’a (toujours) pas de représentant local et alourdie par les séquelles des tensions passées, semble, d’un part, plus préoccupée à ne pas trouver d’accords locaux avec le Parti Communiste et le Parti Socialiste, et, d’autre part, est étrangement encline à ne pas gêner la gouvernance locale du Modem-Les Républicains. À cet égard, les ‘’rumeurs’’ vont bon train sur un « deal » secret. Et un tel quasi « abstentionnisme » engage un pari risqué, car en ne consolidant pas la gauche locale, sans le concours de laquelle elle n’aurait jamais gagné les dernières législatives, La France Insoumise se prépare à perdre les prochaines législatives. Car les règlements de compte se feront sans ménagement. Et le Modem-Les Républicains ne sera d’aucun secours efficace. Ainsi, La République En Marche, si elle remporte les Municipales, aura des jours joyeux devant elle.

Il est quelque peu regrettable que Génération.S (Benoît Hamon) n’entende pas conduire une liste de large rassemblement à gauche.

La section du Parti Socialiste tend avec bonne raison à une unité à gauche.

Europe Écologie Les Verts (EELV), portée par les résultats des dernières élections européennes, paraît rechercher une solution autonome, en s’isolant, et/ou pourrait même joyeusement se jeter dans les bras grands ouverts du Modem-Les Républicains qui est à la recherche désespérée de béquilles locales.

Quant au Parti Ouvrier Indépendant (P.O.I), comme de coutume, il initiera une démarche séparée. Atteindra-t-il le seuil de 5% des suffrages pour participer au prochain Conseil municipal ? Sa démarche n’a donc de sens que parce qu’elle accroît l’éparpillement des forces de gauche.
Pour une Ville Juste Envers Tous (VJT) favorisera tout schéma d’unité à gauche, à condition que le « tête de liste » de la gauche rassemblée soit une femme de notoriété nationale ou européenne. Au reste, et si nécessaire, rien ne l’empêchera de présenter une liste.

Somme toute, le tableau spinassien offre une droite profondément divisée et une gauche éparpillée ! Et, sous ce rapport, nul ne peut prédire avec certitude les combinaisons politiques qui en sortiront. Ainsi, pour les prochaines Municipales, ce tableau « ajoute un agréable piment », comme le dit en d’autres circonstances Alfred Kroeber, spécialiste des populations indiennes californiennes.

Commémoration du souvenir de l’esclavage et de son abolition

vendredi 

10 mai 2019 à 12:01

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(Anne Louis Girodet de Roucy Trioson,1797)

(Anne Louis Girodet de Roucy Trioson,1797)

En ce 10 mai, « Journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition », je partage avec vous un article que j’ai publié il y a quelques années sur Hegel et l’abbé Grégoire : question noire et révolution française dans les Annales historiques de la Révolution française.

Consultable ici…

Boas Festas : Bonne et heureuse année 2019 !

mercredi 

2 janvier 2019 à 15:52

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En Cabo Verde (archipel du Cap Vert), en musiquant « Boas Festas », une vieille tradition célèbre la nouvelle Année avec les vœux de Bonheur et de joie, sans oublier la part et les droits du pauvre.

Je voudrais, reprenant cette coutume insulaire, souhaiter à chacun d’entre vous une Bonne et Heureuse Année 2019, en vous disant « Boas Festas » qui est à la fois un « acte de culture », une « manifestation culturelle » (qui remonte au Moyen Âge) et une chanson populaire !

Ainsi, une fois l’an, à l’aube du 1er janvier de l’Année nouvelle, un petit groupe de musiciens, entonnant une aubade (aube) quelque peu bruyante, frappe à la porte de personnes visitées, les réveillent et leur chantent le « Boas Festas».

Cette chanson occupe une place centrale dans le répertoire musical caboverdien, parmi les chansons les plus populaires. Elle soulève l’âme des Caboverdiens, aussi haut que « Sodade » si magnifiquement chantée par Bonga (1974) puis par Césaria Evora (1992). Mais son rayon culturel s’est limité à l’archipel et à la diaspora.

L’instrumentarium (effectif instrumental) de « Boas Festas » conserve celui du Moyen Âge : outre les vents (voix), il y a les cordes (guitares et cavaquigno) et les percussions (tambourins).

Mais s’il n’y a qu’un air musical, on compte deux textes (paroles) différents. Le premier texte est le plus connu, repris par maints ensembles musicaux. Les musiciens entonnent « Boas Festas », et dès les premières paroles se recommandent de « Monsieur Saint-Sylvestre » (saint Sylvestre 1er né en 270 à Rome, mort le 31 décembre 335 après J.-C. et 33ème Pape). C’est lui qui guide leurs pas jusqu’à la demeure choisie. En y arrivant, les musiciens demandent aux visités si elles sont des personnes « honorables » ? Si elles le sont, elles doivent alors prouver leur capacité au don, en brisant leur tirelire pour en remettre une part aux musiciens qui se la répartiront. Toutefois, une douce menace pèse : en cas de refus, « Georges », l’homme des « intentions mauvaises », viendra dans cette demeure et, en guise de punition, exigera bien plus et ne leur laissera que peu. Cette version est un appel au soutien de ces musiciens de circonstance.

Le second texte, lui, est musiqué par le groupe Cordas de Sol qui, conformément à ses convictions socialisantes, insiste sur le devoir de solidarité vis-à-vis du « frère Manel », exemple du mauvais sort, et implore Dieu pour que sa situation sociale s’améliore.

Une troisième version de « Boas Festas » s’est imposée. Elle est sans texte. C’est celle instrumentalisée par Luis Morais et qui reste inégalée.

En Europe, et plus particulièrement en France, l’aubade de « Boas Festas » a été marginalisée, modifiée et déconnectée de la Saint-Sylvestre. On en retrouve, en effet, la forme et des traces, quand des jeunes appelés du contingent se rendent, au matin, dans certaines demeures, y chantent pour collecter des fonds qui les aideront à faire leur service militaire.

Vous trouverez cinq interprétations. La première est Sao Silvestre. La seconde est celle du groupe Cordas do Sol : Irmon Ménel (Frère Manel). La troisième est celles instrumentale de Luis Morais. Et comme les jeunes de tout temps modifient tout ce qu’ils touchent modernisée, la quatrième, est mi-zouk, mi-rap.La dernière est la version « cubanisée ».

 

Emmanuel Macron et la revanche des Gaulois

jeudi 

6 décembre 2018 à 22:05

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photo D.RLes Gaulois, branche ethnique des Celtes, sont égalitaires depuis toujours. Emmanuel Macron l’a sans doute oublié, si jamais il l’a su. Les Francs, eux, ont emmené la hiérarchie monarchique (inégalitaire) et la cavalerie lourde, en France (Fernand Braudel), lorsqu’ils franchirent le Rhin, en provenance de Germanie (Allemagne).

Il y a deux grandes inégalités que les Gaulois ne supportent pas, sauf quand ils ont été vaincus militairement, perdant ainsi leur liberté, comme ce fut le cas avec les Romains puis les Francs.

La première inégalité est politique : à l’origine, les Gaulois étaient « républicains », c’est-à-dire prônaient l’Égalité, et donc bien avant que naisse la République (1792). L’un des exemples les plus éclairants de ce trait est tiré d’une crise institutionnelle. En effet, au milieu du IIème siècle avant J.-C., Bituit (fils du chef gaulois Luern) attaquera Massalia (Marseille) qui fera appel à Rome. Ainsi s’engagera la première guerre, entre Gaulois et Romains. C’est dans ce cadre que Celtillos, un autre chef gaulois, battra Ahenobarbus (général romain). Et, grisé par cette victoire, il voulut se faire sacrer roi, ce qui rompait les équilibres institutionnels gaulois dont les deux plus importantes consistaient en un Sénat et le vergobret. C’est pour cela qu’il sera mis en accusation par le sénat et son frère, Gobannitio. Il sera alors jugé, puis brûlé vif sur la place publique. Vercingétorix, son fils, assistera au bûcher. Il n’avait que dix ans. Et dix ans plus tard, à la tête des Arvernes, il prendra la tête des tribus gauloises, contre Rome et Jules César. Tels sont les Gaulois ! Et ce trait politique, le Président Emmanuel Macron ne l’a pas compris au point de railler leur caractère « réfractaire », à Copenhague.

C’est encore les Gaulois qui trancheront la tête du roi Louis XVI. « Gaulois », c’est ainsi que les révolutionnaires de 1789 se qualifiaient, en réplique aux aristocrates et à la noblesse qui se vantaient d’être descendants des Francs, comme l’a rappelé Marc Belissa dans Fraternité universelle et Intérêt national (1713 – 1795).

Malheur à qui, en France, ne connaît pas les Gaulois ! Car, Gaulois sont les Gilets jaunes ; Gaulois sont les Lycéens ; Gaulois sont les transporteurs, Gaulois sont les Agriculteurs, comme le furent Jean Moulin et tant d’autres avant lui.

La France sera toujours traversée par cette ligne de fracture « ethnico-politique » qui verra s’opposer longtemps encore les Gaulois (peuple et classe moyenne) aux Francs (aristocratie, noblesse, riches). Et que l’on ne se méprenne pas. Ainsi, sous la 3ème République, lorsqu’Albert Duruy lancera son célèbre mot, « nos ancêtres les gaulois », c’est au premier degré qu’il fut écouté. Mais ce n’est pas au pied de la lettre qu’il eut fallu l’entendre. Il voulait simplement rappeler pour réaffirmer que le caractère français est à dominante gauloise, autrement dit « est » républicain. Les Gilets jaunes sont des Gaulois ou des Sans-culottes, ce qui revient à dire le même. Qui ne le comprend pas, ne comprendra pas pourquoi les Gilets jaunes veulent « abattre » la République monarchique et son Roi-président ou Président-roi. D’autant plus qu’Emmanuel Macron, venu au pouvoir comme Louis-Philippe 1er et présidant avec les défauts de François Guizot, ne sait pas incarner la fonction.

La deuxième inégalité est sociale. Le Français mangeur de pain (1) est le titre d’un chapitre de L’identité de la France de Braudel. En effet, tout tient dans le blé. Toutes les grandes crises sociales sont liées au blé avec lequel on fait le pain, symbole et produit de consommation. La crise du pouvoir d’achat est symbolisée par un « manque de pain » porté par une image forte tiré d’un constat violent : ‘’les frigos sont vides à partir du 15 de chaque mois’’. Cela, Emmanuel Macron, Président de la République, et Édouard Philippe, Premier ministre, ne veulent pas entendre.

Quelle idée, farfelue ou saugrenue, de se (faire) surnommer « Jupiter », Dieu des Romains, chez les Gaulois ? Et n’a-t-il jamais lu Astérix ?
L’époque est morose. Depuis une quinzaine d’années, les Français ne rient plus. Or le rire est un trait français, comme l’a rappelé Alexandre Ysabeau qui écrit : « La vivacité du regard moins perçant, mais plus bienveillant et aussi spirituel que celui de l’Italien, le front large et élevé et la bouche presque toujours entr’ouverte pour la parole et pour le rire, [tels…] sont les traits les plus distinctifs [des Français] (2) » . Les émissions quotidiennes de télévision se forcent, tant bien que mal, de faire rire. Mais on rit, quand le réfrigérateur est plein, et non pas quand le « reste à vivre » est si inférieur au « revenu mensuel », jusqu’au point où il disparaît et n’existe plus. Cette réalité contradictoire Emmanuel Macron, qui a pourtant étudié Hegel, c’est-à-dire « la dialectique », ne parvient pas à la saisir.

Il y a des solutions rapides et simples pour redonner immédiatement du pouvoir d’achat aux Français, dès janvier, par un décret-loi : suppression immédiate de l’usure opérée par les Banques et les sociétés immobilières, après avoir annulé les taxes sur le carburant et rétabli l’ISF, avant fin décembre. Faire cela, c’est immédiatement redonner « du pain » aux Français, par un gain mensuel de 250 euros net, en moyenne, aux ménages. Certes, d’autres mesures sont possibles, mais elles n’auront pas le même effet. Faire autrement, chercher à gagner du temps, c’est consolider la révolte en cours et précipiter la Révolution. Nous ne sommes qu’au début de la revanche des Gaulois.

L’histoire est un maître. À la fin de sa vie tumultueuse, Bonaparte, qui avait dans sa jeunesse fréquenté les grands intellectuels de son époque, se souviendra de son ancien mentor, Volney, et en particulier de ses Leçons d’histoire, lorsqu’il écrira dans le testament à son fils : « l’histoire est la seule philosophie ». Malheur à qui écoute, mais n’entend pas l’histoire !

(1)Fernand Braudel , Le Français mangeur de pain, in Les hommes et les choses II, Op. Cit., p. 159 – 160.
(2)Alexandre Ysabeau, Lavater et Gall, Physiognomonie et Phrénologie rendues intelligibles pour tout le monde, Nouvelle édition accompagnée de 150 figures dans le texte, Garnier Frères, Paris, 1909.

Gilets jaunes, une colère justifiée

lundi 

26 novembre 2018 à 07:30

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photo D.RPour Aristote, il y a des colères justes. Le mouvement des Gilets jaunes est l’expression (cristallisation) idéologique de la Crise du pouvoir d’achat, qui repose sur une équation simple : trop de Françaises et de Français vivent, connaissent et subissent l’inversion du rapport entre « revenus mensuels » et « reste à vivre ».

Qu’est-ce que le « reste à vivre » ? C’est le revenu (argent) qui reste (disponible) à un ménage, après qu’il ait effectué tous ses achats (nourriture, consommation) et réglé toutes ses dépenses (factures) mensuelles incompressibles : loyer, services bancaires, transports, consommation, impôts, etc.

Jusqu’ici, pour un grand nombre de Français, les « revenus mensuels » étaient supérieurs au « reste à vivre ». Leur situation était ‘’acceptable’’. Désormais, ils n’ont même plus de « reste à vivre ». Car leurs revenus ne suffisent plus à ‘’vivre’’. Ils sont nombreux, ceux pour qui les Jours de soudure s’ouvrent dès le 15 du mois et s’étendent jusqu’au prochain salaire en fin de mois. Un cycle infernal.

En effet, force est de constater, les revenus mensuels cumulés (salaires et aides sociales) d’un grand nombre de foyers ne permettent plus de couvrir les dépenses mensuelles. Comment ? Le phénomène est simple, sauf pour qui ne veut pas voir comme savent le faire les grands Experts de la République, Emmanuel Macron, Édouard Philippe et Bruno le Maire en tête. Mais, et c’est l’essentiel, une forte majorité de Français sont les victimes sociales des ponctions qui amenuisent mensuellement la structure de leur pouvoir d’achat : les Banques, avec leurs pénalités et agios dus aux découverts, rognent 7% à 10% des revenus de leurs clients les plus fragiles ; les Offices HLM et les Promoteurs immobiliers privés pratiquent des niveaux de loyers et de charges qui s’élèvent de 45% à 60% des revenus des locataires ou propriétaires ; les Supermarchés absorbent près de 20% des revenus des consommateurs ; EDG – GDF, fournisseurs d’électricité et de gaz, prennent 7% des revenus ; la Téléphonie (mobile, internet), désormais indispensable, prélève 3% des revenus ; les Transports en commun (train, bus, etc.) coûtent en moyenne 5% des revenus ; les Maisons de crédit (revolving) soustraient jusqu’à 13% des revenus ; l’État (impôts sur le revenu, TVA, taxes diverses), les Départements, les Régions et les Communes (taxes d’habitation) prélèvent 15% des revenus ; les prix des produits pétroliers (essence, diesel, fuel, etc.), en augmentation constante, équivaut à 15% des revenus ; les assurances (maison, voiture, scolaire, mutuelles, etc.) atteignent 12% des ressources.

Cette structure du pouvoir d’achat n’intègre pas certains postes de dépenses : repas au travail, achat de vêtements, et… loisirs, etc. Mais est-il besoin d’être grand clerc pour voir d’emblée que les ménages dont les revenus mensuels s’élèvent à 1.153,82 € (smic mensuel net) ont des ressources inférieures de 21% aux dépenses mensuelles incompressibles ? Ces ménages ont donc, en permanence, la tête sous l’eau. C’est le ressort principal de la colère sociale en cours. Pour un ménage sans enfant, deux Smic nets suffisent à peine à couvrir les dépenses mensuelles.

Sous ce rapport, outre les 9 millions de pauvres, près de 3 millions de Français sont en situation de précarité. Et, comment ne pas comprendre qu’ils redoutent de basculer dans la pauvreté, en dépit du fait d’occuper un emploi ? Les Gilets jaunes expriment cette angoisse, pour eux-mêmes et, surtout, pour leurs enfants. Malheur à qui ne veut pas le voir et le comprendre !

Mais, plus significatif encore, cette grave crise du pouvoir d’achat vient se greffer sur d’autres crises, non moins importantes. En effet, entre-temps, les gouvernants successifs ont édulcoré l’identité historique des Français, au nom de la République devenue amorphe et fort dépendante de l’Union Européenne qui absorbe les pouvoirs essentiels qui organisent la nation. Ces mêmes gouvernants ont lentement dissous la famille. « Ils » ont continument affaibli les syndicats (1997 – 2001), avant de les vider (2002 – 2010) et de les neutraliser (Lois El Komry et du nouveau Code du travail). La société civile s’est donc affaissée. Le savoir-vivre français s’est effondré. La langue française est silencieusement démolie. L’intelligentsia ne pense plus et, avec facilité, a été mise à l’écart. Les médias ont baissé en qualité. Les photos du Président choquent. Les quartiers de banlieue s’éloignent de la République. L’État, depuis l’affaire d’État Benalla, a perdu son Protocole et sa force.

En 1848, lors de la Révolution, la bourgeoisie financière française (portée à la spéculation), arrogante et avide, a été défaite par le prolétariat et la bourgeoisie industrielle. En 2017, la Finance française (Corbeille et CAC 40) a vu et a cru saisir en Emmanuel Macron l’occasion de sa grande revanche historique. Elle s’est donc d’abord évertuée à évincer François Fillon, le représentant de la bourgeoise industrielle et familiale. Car, comme en 1848, il fallait à la bourgeoisie financière un homme au « sale » caractère susceptible de porter son projet. Hegel l’a dit et Marx lui a emprunté sa formule : « l’histoire ne se répète pas, ou alors[seulement] comme une farce ». Nous y sommes !

Rappelons que pour Platon, et Cabanis et Schopenhauer seront de son avis, le caractère est lié aux viscères, d’où sa dimension instinctive. Selon Aristote, le caractère est la partie irrationnelle de l’âme. C’est pourquoi, ils ont admis, qu’il est si difficile de changer ou de modifier le caractère d’un individu. Emmanuel Macron, dussions-nous le répéter, est victime de son propre caractère, qui s’articule autour de trois défauts : le mépris, c’est-à-dire le gouvernement par Ordonnance (Assemblée nationale) ; la condescendance, à savoir la volonté de s’adresser aux plus faibles avec désinvolture ; et l’arrogance, qui consiste à se croire (sans raison) meilleur que cinq de ses sept prédécesseurs.

Son modèle caché, c’est François Guizot, président du Conseil en 1847 et balayé par la Révolution de 1848. Un exemple dont chacun doit se rappeler. À cette époque, pour être électeur, un citoyen devait avoir des revenus conséquents : suffrage censitaire. Lorsque le plus grand nombre réclamera le suffrage universel (droit de vote pour tous), F. Guizot rétorquera : « Enrichissez-vous, vous deviendrez électeurs ».

Emmanuel Macron partage le même défaut. Son caractère l’empêche de bien penser et de donner considération à autrui. Excipons de quelques ‘’formules macroniennes’’ ce qui est dit : à un jeune chômeur qui lui faisait part de sa difficulté à trouver un emploi, il réplique : « Je traverse la rue et je vous trouve un emploi ». Concernant le coût des aides sociales, il fait une vidéo qui diffuse ce mot : « on dépense un pognon de dingue » ! En 2016, Ministre de François Hollande, il ajuste un jeune portant un tee-shirt avec cette parole : « la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ». Chacun se souvient de ses mots sur les employées de l’usine Gad : « les femmes salariées de chez Gad sont pour beaucoup illettrées » (17 septembre 2014). Et son affligeant mot prononcé à Copenhague sur les « Gaulois réfractaires » aux réformes, alors que le Danemark est le pays où l’écart de revenus entre les riches et les pauvres est le plus faible d’Europe ? Si les Gaulois étaient à la place des Danois, ils n’auraient aucune raison de refuser ses réformes. Quelle morgue dans cette autre parole affligeante sur les paresseux en France : « Je ne cèderai rien aux fainéants » (8 septembre 2017).

Avec Emmanuel Macron, héraut de la bourgeoisie financière, il n’y en a que pour les grands patrons, les rentiers, les détenteurs de capitaux (désormais moins taxés que le patrimoine), les actionnaires, les banquiers et les riches. Suppression de l’ISF ! En vérité, il n’est pas que le « Président des très riches », comme l’accusera celui-là même qui l’a fabriqué. Au vrai, il est le représentant d’une classe sociale : la bourgeoisie financière, mais l’un de ses représentants les moins intelligents et qui ne comprend presque rien à la France et aux Français.

Il entendait parachever, avec facilité, la destruction du programme du Conseil National de la Résistance (1946), pour continuer la destruction méthodique entamée par François Hollande et ses prétendus ‘’Socialistes’’ (PS et PRG). Les Gilets jaunes viennent de donner un coup d’arrêt à cette folle entreprise de démolition sociale.

Le mouvement des Gilets jaunes est donc la première grande résistance nationale à ce que nous avons appelé La conspiration des médiocres, titre d’un de nos ouvrages. Car si la révolte des « bonnets rouges » était limitée à une région, la Bretagne, et au coût du transport des produits agro-alimentaires (péage), les « gilets jaunes », par leur juste colère, ont généralisé la protestation à tout le territoire.

En 1848, pour la première fois en France, la classe ouvrière devenait indépendante. En 2018, sous le « leadership » des Gilets jaunes, la société civile s’affiche comme autonome. Une étincelle, et une nouvelle Révolution aura lieu. Macron, c’est le nouveau François Guizot.
En tous les cas, dans leurs ‘’brillantes’’ (stupides) analyses, les Experts hollando-macronistes ont oublié que, dès janvier 2019, c’est-à-dire dans moins de 45 jours, il y aura la mise en vigueur du prélèvement des impôts à la source, qui accentuera immédiatement l’actuelle crise du pouvoir d’achat. Comment le Gouvernement élaborera-t-il son budget 2019 ? Car si l’intolérable augmentation du prix des carburants (diesel : 50% entre 2016 – 2018) cause tant de remous, et n’est peut-être que la première secousse d‘une crise plus profonde, que diront les Français à partir de janvier 2019 quand ils verront leurs fiches de paie ? Aussi, ce à quoi nous assistons actuellement doit-il être pensé à partir de la fiche de paie de 2019 qui sera amputée de 10% à 15%. Nous sommes sans doute à quelques semaines de l’aggravation de la crise du pouvoir d’achat.

Par conséquent, il ne sert à rien, parce qu’il est futile de rapporter la « question écologique » à la crise du pouvoir d’achat. Il n’y a pas ni ne peut y avoir de lien direct ou indirect entre eux. Ce n’est pas tant un leurre qu’Emmanuel Macron, Édouard Philippe et François de Rugy tentent de faire admettre, mais une erreur d’analyse qui est voué à l’échec. La ficelle est trop grosse.

Au total, l’effet Macron s’est estompé. Aux niveaux européen et international, il a perdu la main. En France, il est la première victime de la crise du pouvoir d’achat. Le Président, pilier des institutions publiques, ressort très amoindri de toutes les crises mentionnées.

En tous les cas, les Gilets jaunes, à l’origine, ce sont évidemment deux inconnus désormais illustres : Priscilla Ludosky et Éric Drouet qui, en six mois, sont parvenus, sans moyens financiers et organisation politique, à faire ce que Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement National) et Laurent Wauquiez (Les Républicains) et les syndicats ne parvenaient pas à faire : opposer aux ‘’dérives macronistes et philippiques’’ une contre-force. Dans son 18 Brumaire, Marx avait raison de saluer le génie politique du peuple français.

Sur l’île de la Réunion, département français, où la contradiction entre les « revenus mensuels » et le « reste à vivre » est la plus vive, où la moitié des Français vit sous le seuil de pauvreté et où se concentrent les riches, la population est en phase quasi-insurrectionnelle.

Mais enfin, pourquoi les élites politiques ne lisent-elles pas les Leçons sur la philosophie de l‘histoire, dans lesquelles Hegel affirme des Français qu’ils ont « le bonnet près de la tête » ? Il songeait au bonnet phrygien, pour souligner le caractère républicain, c’est-à-dire citoyen des Français.

Affaire Benalla : affaire d’État et médiocrité française

lundi 

23 juillet 2018 à 08:02

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©ETIENNE LAURENT/EPA/MAXPPP - epa06897887 (FILE) French President Emmanuel Macron (C) flanked by security staff Alexandre Benalla (R) leaves his home to cast his vote in the second round of the French legislative elections at the City Hall in Le Touquet, France, 18 June 2017 (reissued 19 July 2018). A video has been released on 19 July 2018 showing Alexandre Benalla, French President Emmanuel Macron's deputy chief of staff, wearing a riot helmet and police uniform, allegedly attacking protesters during street demonstrations on 01 May 2018. EPA-EFE/ETIENNE LAURENT

©D.R

Dans notre avant-dernier ouvrage paru en 2017, La conspiration des médiocres, nous mettions au jour et analysions de façon implacable ce mal étrange qui frappe la France : la médiocrité ! Le scandale Benalla en est un nouveau symptôme.

Tous les Français sont ahuris de découvrir ce personnage et chacun est stupéfait en apprenant la place qu’il occupe dans le Protocole d’État, c’est-à-dire tant dans la Maison civile que dans la Maison militaire qui sont les deux piliers du palais de l’Élysée et le cœur du pouvoir présidentiel, pivot des institutions de la Ve République. Un passe-muraille au sein de l’Élysée, capable d’en traverser les murs. Aucune cloison ne lui aura résisté.

On ne prend donc l’exacte mesure de qu’est « l’affaire Benalla » qu’en la ramenant au Protocole d’État, une notion dont le sens et la signification ont aujourd’hui été perdus. Rappelons ici que proto-kollon (πρωτόϰολλον) signifie premier-collage ; par suite, proto-kollon d’État désigne l’assemblage premier (le plus haut) des institutions publiques. C’est cela même qu’est l’institution présidentielle française, selon le Titre II et les articles 5 à 19 de la Constitution. En d’autres termes, le Protocole d’État est, en France, la structure première à laquelle « collent » ou sont « collées » toutes les autres institutions publiques.

Sous ce rapport, « l’affaire Benalla » est donc, de facto, « une affaire d’État », puisqu’elle touche et affecte directement les deux pentures du Protocole d’État, du proto-kollon d’État que sont et la Maison civile et la Maison militaire du Palais de l’Élysée.

Alexandre Benalla ! Au fond, personne ne sait vraiment son parcours scolaire, mais l’on découvre ses grades, fonctions multiples et rémunérations exorbitantes : garde du corps, CRS anonyme, intime du couple présidentiel, chargé de mission, grand policier, petit gendarme, officier supérieur militaire, ancien agent de sécurité, casseur de manifs, protection rapprochée, barbouze, représentant, directeur de protocole, videur de salle, lobbyiste, spécialiste de l’événementiel, karatéka pour asséner des coups de poings à un jeune manifestant à terre, judoka pour faire une balayette (manquée) à une frêle manifestante, super salarié de l’État…, et tout cela à 26 ans. Quel curriculum vitae ! « Mourir de rire » : seul Bonaparte a fait mieux ! Et encore, ce dernier fera ses preuves dans le champ de combats sous les yeux de la Révolution.

En tous les cas, les raisons fabuleuses comme les conditions ahurissantes de la fulgurante ascension d’Alexandre Benalla sont une illustration supplémentaire de ce que notre époque est précisément celle de la médiocrité, un mal qui corrode profondément le corps national français. En un rien, on peut être tout.

Nous avons vu Macron, jeune homme cultivé, arriver en un rien de temps à l’Élysée. Mais comment comprendre qu’un inculte notoire ait pu, si aisément et à bien peu de frais, se fabriquer une brillante biographie cousue d’or ; et comment, en moins de deux ans, un médiocre patenté, d’une violence démesurée, a-t-il pu si rapidement se hisser au haut sommet de l’État français, en traversant avec une déconcertante aisance tous les paliers de la République ? Certes le phénomène n’est pas nouveau, mais il frappe ici par sa rapidité, comme si la médiocrité, de plus en plus sûre d’elle-même, gagnait en vélocité. Comment admettre qu’Alexandre Benalla soit ainsi parvenu à un poste-clé dans l’un des plus vieux États du monde qui devrait offrir d’autres garanties quant à sa solidité ?

Avant, un médiocre inscrivait son ambition dans le long terme, pour parvenir au sommet de l’État. La chose est désormais de plus en plus rapide et de plus en plus facile.

C’est que, nous l’avons souligné, la médiocrité est une époque, en ce sens que les médiocres font appel à d’autres médiocres pour s’emparer de tous les leviers de l’État. Alexandre Benalla nous le montre. Il a « capturé » l’Élysée, à un point tel que plus personne ne pouvait rien lui refuser. Et c’est en cela même que son « cas » est instructif.

Qu’il nous soit ici permis de citer les premières lignes de notre livre, La conspiration des médiocres, pour montrer l’époque dans laquelle nous sommes et par laquelle nous sommes tenus :

       « Rien, aucune institution, nul établissement ou grande entreprise, pas une loge ni une ville où ils ne triomphent. Ils se sont emparés de l’État et des collectivités territoriales. Les universités ne leur échappent pas. Les médias aussi. Partout, ils ont accaparé les pouvoirs et pris en main les leviers de décision.

      Je désigne ici les médiocres, avec force et colère. Par un « coup d’état » silencieux qui ne clame pas son nom, ils sont parvenus à renverser l’ordre ancien, celui du génie et du dynamisme de la France.

       Après celui de Mably, un mot célèbre de Lamartine peut, à lui tout seul, résumer combien la France n’est plus ce qu’elle était :

Ma patrie est partout où rayonne la France
Où son génie éclate aux regards éblouis !
Chacun est du climat de son intelligence.
Je suis concitoyen de toute âme qui pense :
La vérité, c’est mon pays .

       C’était cela, la France, il y a encore moins d’un demi-siècle. Et, brusquement, la patrie s’est assombrie, pour ne plus rayonner. Les regards sur la France ne sont plus éblouis. Le pays ne pense plus, comme la vérité s’est éloignée » (Éditions d’Orgemont, Amazon, page 26).

Mais ce qui fait ici question, ce n’est pas tant de savoir « qui » est Alexandre Benalla (biographie), ni non plus « comment » il est parvenu à noyauter l’Élysée (processus), mais « pourquoi », si vite et si aisément, il y est arrivé. En d’autres mots, nous devons rechercher le fondement même de son éphémère réussite, découverte par hasard et par le film d’un excès commis lors d’une manifestation publique. Tout semble désormais tenir à bien peu de choses, la République comme la vélocité des trajectoires individuelles. C’est l’époque qui le veut ! La médiocrité s’est emparée de toute la sphère publique.

En tous les cas, ironie de l’histoire, Emmanuel Macron vient de découvrir, si près de lui, plus « macronien » que lui ! Peut-être même est-ce là la raison principale de son mutisme. Nous serions alors en présence d’un Jupiter stupéfait. Telle est la « farce » de l’histoire, pour reprendre (en la taisant) la célèbre formule que Marx empruntera à Hegel.

Discours du Président Macron à Ouagadougou : Pierre Tavares sur BFM TV (vidéo)

mardi 

28 novembre 2017 à 21:39

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pft BFMLe Président de la République, en visite au Burkina Faso, a prononcé un discours sur sa vision de l’Afrique, à l’université de Ouagadougou. Il a répondu aux questions d’étudiants burkinabés, ce qui a donné lieu à des échanges vifs dans une ambiance parfois chahutée. Pour répondre, Emmanuel Macron a adopté une certaine liberté de ton, n’hésitant pas à tutoyer ses interlocuteurs. « Je ne suis pas venu ici vous dire quelle est la politique africaine de la France, comme d’aucun le prétendent, parce qu’il n’y a plus de politique africaine de la France », a notamment déclaré le locataire de l’Élysée, qui entame ce mardi sa tournée africaine, qui l’emmènera également en Côte d’Ivoire et au Ghana. – On y revient avec: Pierre Tavares, philosophe, conférencier, spécialiste de l’Afrique. Benjamin Roger, journaliste à Jeune Afrique. Ainsi que nos éditorialistes politiques Apolline de Malherbe et Bruno Jeudy. – BFM Story, du mardi 28 novembre 2017, présenté par Olivier Truchot, sur BFMTV.

Vous pouvez revoir la vidéo en cliquant ICI

Macron : erreurs et provocations africaines

mercredi 

26 juillet 2017 à 09:41

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Au cœur de sa conférence de presse du dernier sommet du G20 , à la question confuse et stupide d’un journaliste africain, Emmanuel Macron, chef d’État, a sponte sua improvisé une réponse qui reprend un vieux préjugé français : le taux de fécondité africain. Et, faut-il le rappeler, ce pré-jugé n’est pas seulement le sien, il est également celui d’une grande partie de la classe politique (gauche et droite), d’une composante (non négligeable) de la communauté des sciences sociales et est rebattu hebdomadairement par les médias français. Chacun comprendra pourquoi ce pré-jugé demeure aussi tenace. Il est volontairement entretenu. C’est l’image de l’Afrique noire (francophone), qui est l’une des pièces essentielles de la domination française en Afrique.

À QUESTION IDIOTE, RÉPONSE ERRONÉE

La question, généreuse en apparence, portait sur la nécessité d’un « plan Marshall », vieux poncif des journalistes africains francophones, pour « sauver l’Afrique ».

Emmanuel Macron a aussitôt compris que son interlocuteur ne savait pas ce qu’était le « plan Marshall ». Il le lui dira, tout en révoquant en doute la pertinence d’un « plan Marshall pour l’Afrique ». Et c’est dans ce cadre qu’il précisera les principales conditions qui, selon lui, devraient permettre à l’Afrique de se développer : « une gouvernance rigoureuse, dira-t-il, la lutte contre la corruption, d’une lutte pour la bonne gouvernance, de la transition démographique réussie. Dans des pays qui font encore 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez dépenser des milliards d’euros, vous ne stabilisez rien. Le plan de cette transformation que nous devons conduire ensemble doit tenir compte des spécificités africaines par et avec les chefs d’États africains ». Brave Macron !

Sa vision comprend deux volets. Le premier, qui est une condition politique, concerne la notion de « bonne gouvernance ». Le second, qui est d’ordre démographique, porte sur l’idée de « transition démographique réussie », avec un argument rédhibitoire : la maîtrise de la fécondité, comme facteur de développement. Pour étayer son point de vue, le Chef d’État français avance un jugement qui a suscité l’ire africaine : le sous-développement n’est pas un problème de financement (mobilisation de capitaux) mais une problématique « civilisationnelle », c’est-à-dire démographique : le taux élevé de fécondité. L’équation est donc simple : la civilisation, en Afrique, est le taux natalité élevé. Étrange idée. Heureux président, qui habille son autorité avec un syllogisme (raisonnement) élémentaire : (prémisse A) en raison de leur civilisation, les Africains font de nombreux enfants ; (prémisse B) or, ils doivent en faire moins ; (conclusion) : donc, ils devraient réformer leur civilisation. Ainsi, d’une question démographique que maintes spécialistes ont constituée en science, un Président en fait une problématique civilisationnelle.

C’est ce point qui a retenu l’attention des intellectuels et de quelques hommes politiques africains. Ils se sont indignés, ont injurié, y ont vu des insultes à l’endroit des femmes africaines (qu’eux-mêmes respecteraient tant), ont raillée la (supposée) vie privée d’Emmanuel Macron, dénoncé la mainmise de la France sur l’Afrique, et tout cela dans une incroyable cacophonie qui, dans peu de jours, fera place à un grand silence, comme il en a été à propos du persifflage des kwassa-kwassa comoriens fait par Emmanuel Macron. Mis à part ce point sur le taux de fécondité africain, tout le reste du discours a été ignoré : la « corruption » des élites et des cadres, la « bonne gouvernance » que peu veulent appliquer sont passés à la trappe. Ne serions-nous pas en présence d’un procès quelque peu facile ?

Et comme souvent, lorsqu’ils se sentent ou se croient humiliés, de nombreuses élites africaines ont recours à un vieil argument : le prestigieux passé historique de l’Afrique ou la valeur des coutumes. Pourquoi pas ? Mais, ce faisant, ils se situent sur le terrain même de l’adversaire qu’ils veulent réfuter, à savoir celui de la civilisation ; qui plus est, ils n’organisent pas une réponse adéquate. N’eût-il pas été plus pertinent, efficace ou pédagogique d’interroger Emmanuel Macron, à partir de l’histoire de France, pour lui faciliter la compréhension de ce que lui-même affirme ?

Par exemple, puisqu’il incrimine directement la fécondité (élevée) des familles africaines, il eut été plus judicieux de lui montrer qu’il s’inscrit contre l’abbé Grégoire, Sur la littérature des Nègres (1808) ou l’abbé Raynal et Diderot, Histoire des Deux Indes (1792) qui, en leur temps, défendirent les familles africaines tant méprisées par les esclavagistes et les tenants de la Traite négrière. Grégoire, Raynal et Diderot comprirent que l’attaque idéologique contre les familles d’Afrique noire obéissait à un intérêt matériel : justifier ces deux ignominieuses pratiques. Un autre exemple ; plutôt que des insultes, il eut été plus approprié de faire parvenir à Emmanuel Macron l’instructif ouvrage d’Hervé Le Bras, Marianne et les lapins, L’obsession démographique , et lui en suggérer la lecture, afin qu’il surmonte ses graves insuffisances en la matière ; d’autant que nous avons toujours été enclins à estimer qu’il y avait chez Emmanuel Macron des failles de connaissance et des creux en culture générale. C’est ce que Vladimir Poutine a mis en évidence, lors de leur conférence de presse au Château de Versailles, à propos de l’influence de la noblesse russe en Europe.

Au reste l’ouvrage d’Hervé Le Bras eut été profitable à Emmanuel Macron mais également aux élites africaines dans leurs réponses. En effet, l’auteur y décrit une France (Marianne) préoccupée à faire des enfants (lapins), pour rester en tête des « grands » pays sur le plan de la natalité. Et ce qu’il appelle la « fièvre nataliste ») (pages 9 – 19) remonterait à la débâcle de 1870 où, pour la première fois, l’argument d’un déficit démographique (insuffisance de population) a été avancée comme la cause principale de la défaite militaire française. Depuis, a surgi une obsession nataliste en France visant à encourager (politique publique) les naissances, dont l’une des visées est de contrer l’invasion démographique arabe ou européenne (salve, etc.) et, ajouterons-nous, à présent noire africaine. Ce que dit Emmanuel Macron relève de cette angoisse bien française.

QU’AURAIT DÛ DIRE EMMANUEL MACRON ?

Revenons donc à son propos contesté. En vérité, que voulait-il donc dire, sinon que partout où le taux de fécondité est supérieur au taux de croissance, il y a, de façon nécessaire, appauvrissement et non-développement. Cette vérité qui croise démographie et économie est bien connue et fort peu contestée. Ceci est si vrai que de nombreuses politiques publiques au monde s’y sont appuyées. Chacune se souvient ici de l’enfant unique initié en Chine populaire. Mais si tel est son sous-sol théorique, pourquoi ne l’a-t-il pas dite sous cette forme-là, en lieu et place de sa formulation triviale, provocante et humiliante ? Avait-il besoin de lancer cette provocation, là où elle n’était même pas utile ? Est-ce la médiocrité de la question et le mépris du journaliste noir, qui l’ont suscité et engagé son persiflage ? Sans doute pas.
En fait, à bien écouter le Président de la République, on s’aperçoit que sa réponse est d’abord improvisée et fait immédiatement suite à une hésitation sur l’exigence d’une juste gouvernance, qu’il invoque à trois reprises : « gouvernance rigoureuse », « lutte contre la corruption » et « lutte pour la bonne gouvernance ». Ces redites sont le signe patent qu’il cherchait comment énoncer son argument principal. Il hésite et tergiverse, se retient, utilise alors une expression non-polémique, « la transition démographique réussie », puis lâche sa malheureuse formule. C’est un lapsus révélateur, un acte manqué, qui trahit un pré-jugé et une conviction forte d’Emmanuel Macron : le taux de fécondité élevé des familles africaines. Un vieux cliché français.

LE FORCE HISTORIQUE D’UN PRÉJUGÉ

Mais l’argument est ancien et n’est pas d’un type nouveau. Il habite enfoui au plus profond des consciences de certaines élites françaises. Et c’est d’abord sous l’esclavage et la Traite négrière, atlantique et orientale (arabo-musulmane), que les familles noires ont été attaquées et rendues responsables de leur propre sort. Et on retrouvera cette idéologie d’accusation reformulée sous une forme atténuée chez Pierre Bérégovoy (2 avril 1992) et encore durant la terrible crise des banlieues françaises de 2005. Sur ce dernier point, qu’il nous soit permis de reproduire un long passage d’un de nos ouvrages non encore publié : « En France, et c’est une singularité, pour la première fois, la polygamie a été avancée, de façon répétée et concertée, comme la cause explicative des graves émeutes des banlieues d’octobre à novembre 2005. En quelques jours, unanimes, Gérard Larcher , alors ministre délégué à l’emploi, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie Française, et Bernard Accoyer , député, président du groupe parlementaire UMP, se sont accordés pour présenter la polygamie comme la cause première et quasi unique du soulèvement des banlieues du dernier trimestre 2005.

De ces trois opinions, celle de H. Carrère d’Encausse résume et illustre le mieux l’ensemble des préjugés défavorables et des clichés dominants sur les familles noires de France, et qui vaut comme une faillite du savoir en général. Il convient donc d’accorder quelque prix à ses propos, lorsqu’elle affirme, sans ambages : Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d’Europe, ce ne sont pas des villages africains. Tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C’est clair, pourquoi : beaucoup de ces africains sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues .

Outre la nette dimension de mépris et de fatalisme social qu’ils véhiculent, ces propos opèrent un inquiétant rapprochement entre polygamie et populations noires africaines, qui ne sont pas sans rappeler les paroles d’Arthur de Gobineau sur l’inéluctable et fatale dépravation morale des Phéniciens dès qu’ils furent au contact des Noirs : La polygamie, si chère aux peuples noirs ou demi-noirs, rend aussi, sous ce rapport, toutes les précautions inutiles .

Signalons que, près d’un an auparavant, Chantal Brunel, députée UMP, élabora une proposition de loi restrictive sur la polygamie . Et, dix ans avant, le 24 août 1993, la loi Pasqua ciblait le regroupement familial polygame ; quand, en vérité, un an plus tôt, au cœur même de l’Hémicycle, lors de son célèbre discours de Politique générale, Pierre Bérégovoy, sur l’égalité des sexes, et à propos des femmes issues de l’immigration, s’exclamait en ces termes : La polygamie, je le cite à titre d’illustration, ne peut être acceptée chez nous. Conformément aux recommandations du Haut Conseil à l’intégration, le Gouvernement cherchera les voies et les moyens de mettre fin, à l’avenir, au regroupement pour plusieurs épouses .

Et chacun se souvient des méprisantes paroles de Manuel Valls à l’endroit des commerçants noirs de sa ville d’Évry.

UNE GÉNÉRALISATION HÂTIVE

On le voit bien, quelque soient les cas, polygamie, délinquance ou taux de fécondité, les milieux politiques, intellectuels et médiatiques français s’accordent sur la mise à l’index des familles noires, en France même ou en Afrique. Toujours avec un seul argument : famille trop nombreuse. Ce pré-jugé est si ancré qu’on peut voir ou saisir sur le vif comment il prend corps chez Emmanuel Macron. En effet, son désobligeant propos appelle au jour la vérification suivante : quels sont « les pays [africains] qui font encore sept à huit enfants par femme ? »

Au vrai, pour qui consulte les chiffres officiels des organisations internationales, il n’y en a que deux : le Nigeria, avec un taux de fécondité de 8 enfants par femme, et le Niger avec 7,6 enfants par femme. Autrement dit, deux (2) pays africains sur cinquante-quatre (54). Pourquoi alors, de ces deux cas africains, Emmanuel Macron établit-il une hasardeuse généralité pour toute l’Afrique ?

En outre, lourde erreur cognitive, Emmanuel Macron ne prend nullement la peine (sans doute ne le sait-il pas) de pondérer le taux de fécondité par la densité de la population africaine (+30 hbts/Km²) qui reste quatre fois inférieure à celle de l’Europe (120 hbts/Km²) ni non plus par l’espérance de vie africaine qui est en moyenne de 57 ans, quand elle est de 69 ans au niveau mondial. Il exagère volontairement, là où Nicolas Sarkozy, obnubilé par la croissance démographique noire africaine donnait un taux de moins de 5% ?

Classons quelques taux de fécondité africains, en rappelant que la moyenne mondiale est de 2,42 enfants par femme. La France, qui se situe au 110ème rang mondial, est à 2,08 enfants par femme.

11 pays ont un taux de fécondité à peu près égal à celui de la France et se situent bien en-dessus de la moyenne africaine qui est de 5 enfants par femme : L’Île Maurice : 1,76 ; la Tunisie : 1,99 ; la Libye : 2,05 ; le Maroc : 2,13 ; la Namibie : 2,17 ; le Cap Vert : 2,29 ; l’Afrique du Sud : 2,33 ; Djibouti : 2,39 ; l’Algérie : 2,78 ; l’Égypte : 2,78 ; le Swaziland : 2,80 ;

6 autres pays ont un taux de fécondité établit entre 3,30 et 3,80 enfants par femme : le Kenya, le Zimbabwe, la Côte d’Ivoire, les Comores, la Gambie, le Soudan ;

22 autres pays se situent entre quatre et cinq enfant par femme : la Mauritanie, le Sahara occidental, l’Érythrée, le Ghana, Madagascar, la Guinée-Bissau, la République Centrafricaine, le Sénégal, le Gabon, le Togo, le Bénin, le Rwanda, Sao Tomé é Principe, le Tchad, la Guinée Équatoriale, la République démocratique du Congo, la République du Congo (Brazzaville), le Liberia, le Cameroun, la Sierra Leone, la Guinée (Conakry), la Tanzanie ;

9 pays sont entre cinq et six enfants par femme : l’Éthiopie, le Mozambique, le Soudan du Sud, l’Angola, le Malawi, la Zambie, le Burkina Faso et l’Ouganda ;

4  pays ont un taux de fécondité au-dessus de six (6) enfants par femme : la Somalie, le Mali, le Burundi ;

2 pays sont au-dessus de sept enfants par femme : le Niger (7,6) et le Nigeria (8).

Sur la base de ces chiffres de 2015, il appert qu’Emmanuel Macron non seulement commet une erreur d’appréciation mais donne également dans l’exagération et la généralisation hâtive. Est-ce son cabinet qui ne maîtriserait ni ne vérifierait les chiffres et lui en fournirait d’inexactes ?

Est-ce la force du pré-jugé qui occulterait l’observation objective ? Est-ce parce que nous sommes en présence d’un Chef d’État qui, à souhait, dramatise une situation pour se parer d’autorité ? En tous les cas, son injonction démographique à l’Afrique, qui est au cœur de sa réponse au journaliste africain, ne repose sur aucun fondement scientifique. En d’autres termes, c’est de l’arbitraire. Et c’est bien comme tel qu’il faut considérer une telle injonction, parce qu’elle s’appuie avec assurance et tranquillité sur des faits erronés, pour se parer d’autorité. Au fond, ce dire d’Emmanuel Macron est de peu de vérité, ni d’aucune force et même sans valeur. Et cependant, il nous a fallu le commenter.

 UN PROVOCATEUR INEXPÉRIMENTÉ

C’est que l’homme est volontiers provocateur et incline constamment au défi. Ainsi, après son sarcasme (ironie mordante) sur les kwassa-kwassa comoriens, après sa mise au défi adressée aux Chefs d’État de la Zone franc pour qu’il la quitte s’ils n’en étaient pas satisfait (menace et provocation), après avoir fait un pied de nez à son homologue malien en se rendant à Kidal sans passer par Bamako (mépris des règles d’usage), le voici, à présent, à sermonner publiquement les familles africaines noires en Afrique. Encore heureux qu’il n’ait pas suggérer l’idée d’une police de la fécondité, en rappel de Savonarole qui, en son temps, surveillait la sexualité des Catholiques.

En vérité, ces provocations sont l’expression d’un pli de son esprit ; un esprit qui, parce qu’il n’est pas authentique , cherche et recherche l’autorité, dans les moindres recoins et occasions. Alors, persiflage pour persiflage, peut-être devrions-nous songer à lui faire parvenir ce texte fameux de Hannah Arendt, Qu’est-ce que l’autorité ?, pour qu’il apprenne et sache, enfin, ce que cela signifie, et afin qu’il ne s’abîme pas plus longtemps dans un autoritarisme désuet, comme cela est ressorti avec netteté de sa « confrontation » avec son ex-Chef d’État-major, le Général Pierre de Villiers. Dans L’art de la guerre, bien plus modeste, Machiavel en guise d’autodérision se qualifiait de « général de papier ». Aussi, malgré toutes ses grandes connaissances sur la guerre, il eût l’humilité de ne pas se croire meilleur que les officiers militaires. Au reste, Emmanuel Macron n’a-t-il jamais lu L’art de la guerre de Sun Tzu, qui fait le portrait idéal du chef de guerre ? Ce peut être une source littéraire instructive. A-t-il étudié De la guerre de Carl von Clausewitz ? Même l’expérience littéraire des armes et de leur usage semble faire ici défaut. Sinon comment expliquer qu’il réduise la problématique des armes à une question budgétaire ? Certes, « on » peut être ou devenir « chef des armées » par la Constitution et surtout disposer de l’arme de dissuasion nucléaire sans aucune expérience du feu et des armes. En effet, Emmanuel Macron est le premier Chef d’État qui, sous la 5ème République, n’a pas fait de service militaire. Un chef des armes sans aucune pratique militaire est donc possible. Mais, la distinction entre le constitutionnel et réel devrait obliger à quelque modestie. Et être infatué à ce point est une erreur dans le proto-kollon d’État. Cette immodestie est résumée par le Général Pierre de Villiers : « Parce que tout le monde a des insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi ».

C’est le début du déclin de Jupiter. Et parce que la France est en République, en démocratie et fait encore nation « belle et rebelle », comme le chantait si bien Jean Ferrat.

Ce penchant à la provocation, il ne le fait cependant pas avec tous. On l’a vu déférent et pénitent à Alger, petit élève studieux à Berlin et sujet sage à Londres. Peut-il de la sorte s’adresser aux Chinois ou aux Nord-coréens ? Ou à son homologue angolais ? Non ! Car ses provocations sont toujours à l’adresse de ceux qu’ils croient plus faibles, tels les États noirs francophones. Et bientôt ce sera le tour des familles noires de France. Mais qu’on n’y voit pas de racisme, comme inclinent à le croire nombre d’intellectuels noirs. Car, à moins de paradoxe raciste, jamais un Président français n’aura autant fait élire de députés noirs à l’Assemblée nationale.

Somme toute, les erreurs et les provocations publiques d’Emmanuel Macron ne traduisent, en définitive, que la faiblesse structurelle des États noirs francophones, la dispersion de la communauté noire de France et la veulerie de la « petite-bourgeoisie » noire de France. Toutes ces provocations africaines ne sont donc que le résultat de ces faiblesses-là. D’autant que, en France, il est toujours facile de moquer l’Afrique. Car cela ne coûte rien, ni politiquement ni socialement et moins encore diplomatiquement.

QUI SE NOURRIT DE LA FAIBLESSE DE L’AFRIQUE ?

Emmanuel Macron serait bien inspiré de réentendre quelques vérités énoncées par deux de ses prédécesseurs, sur les raisons des faiblesses de l’Afrique.

Dans une allocution fameuse, François Mitterrand dénoncera publiquement l’injustice : « Est-il normal que l’Afrique et l’Amérique latine, pour ne citer qu’elles, aient vu leurs recettes d’exportation diminuer constamment tout le long de la dernière décennie, qu’en dépit des aides multiples qui lui sont destinées, le Sud, en fin de compte, finance le Nord, puisque les transferts nets du Sud vers le Nord se sont encore accrus cette année de 10 milliards passant de la sorte à 43 milliards de dollars ? » .

De cet état de fait, Jacques Chirac, plus direct, n’en fera pas une question morale, comme l’avait fait François Mitterrand. À sa façon, plus direct, il dénoncera le long pillage de l’Afrique : « On oublie seulement une chose, dira-t-il, c’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique ; pas uniquement, mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique ; alors il faut avoir un petit peu de bon sens, je ne dis pas de générosité, mais de bon sens, de justice, pour rendre aux Africains, je dirais, ce qu’on leur a pris ; d’autant que, c’est nécessaire, si l’on veut éviter les pires convulsions ou difficultés, avec les conséquences politiques que cela comportera dans un proche avenir » . Piller

Quelques années plus tôt, le 19 janvier 2001, lors du Sommet France-Afrique (Yaoundé), en réaction à une lettre « sévère » de l’épiscopat français sur les régimes autoritaires africains, Jacques Chirac, bière à la main, improvisera une discussion avec des journalistes, dans laquelle il exposera sa thèse sur l’origine et les causes des faiblesses africaines : « Nous avons saigné l’Afrique pendant quatre siècles et demi. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières ; après, on a dit : ils [les Africains] ne sont bons à rien. Au nom de la religion, on a détruit leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec plus d’élégance, on leur pique leurs cerveaux grâce aux bourses. Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Après s’être enrichi à ses dépens, on lui donne la leçon » .

Que celui qui a des oreilles pour entendre, regarde !

Emmanuel Macron le fera-t-il ? L’homme est ainsi formé qu’il ne connaît pas assez l’histoire de France , moins encore les grandes idées des Lumières, et rien du Code noir, ni non plus sait-il ce que penser veut dire. Certes, dans son ouvrage célèbre , Paul Ricoeur remercie Emmanuel Macron pour sa contribution. Mais qu’a retenu ce dernier du philosophe ? Bien peu. Il aurait, étudiant, rédigé un mémoire de maîtrise sur l’idée de « L’intérêt général chez Hegel » ; mais Étienne Balibar, qui est censé l’avoir dirigé, n’en a pas gardé souvenir. Et, fait étonnant, Emmanuel Macron ne semble savoir que fort peu de choses de la dialectique (mis à part son expression « en même temps » qui en est l’une des formes les plus dégradées) et de l’État (incarnation de l’intérêt général) chez Hegel.

En tous les cas, qu’Emmanuel Macron garde raison, à mépriser autant les noirs Africains. Car il est un « mystère » de la 5ème République : le déclin de tout Président français s’amorce en Afrique noire, pour s’achever en France. Excepté Charles de Gaulle (octroi des indépendances) et François Mitterrand (Discours de la Baule), il en a été ainsi pour Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Et déjà, semble-t-il, pour Emmanuel Macron.

Au fond, depuis 2007, la France est traversée par une ligne de médiocrité. Et c’est cela même le problème.


[1] Sommet du G20 2017, du 7 – 8 juillet, Hambourg, Allemagne.

[2] Hervé Le Bras, Éditeur Olivier Orban, Paris, 1991.

[3] PF. Tavares, Des principes et des règles de la politique d’immigration en France,

[4] Gérard Larcher, Le Monde du 16 novembre 2005.

[5] Bernard Accoyer, RTL, 15 novembre 2005.

[6] H. Carrère d’Encausse, Interview à titre d’Expert sur la chaîne russe NTV, 14 novembre 2005. Outre les constructions fautives, il est frappant d’entendre la secrétaire perpétuelle afficher tranquillement mépris et préjugés. Mais l’étonnant ici est que le média russe la sollicite comme spécialiste des crises urbaines. Qu’il est facile de parler de ce qu’on ne sait pas, en affichant air et arguments d’autorité.

[7] A. de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines, L. 2, Chap. III, p. 224.

[8] Chantal Brunel, auteur d’une proposition de loi sur la polygamie (8 mai 2004) retirée, dira : les violences ont eu cet avantage que l’on ose à présent parler de certains problèmes jusque-là tabous. On va enfin pouvoir se recentrer sur nos valeurs […] il convient d’envisager des mesures dissuasives complémentaires (sanctions pénales, tutelle des prestations).

[9] Loi relative à l’interdiction du regroupement familial polygame, sanctionnée par le retrait de titre de séjour, de l’époux et du conjoint, et son remplacement par une carte avec mention visiteur.

[10] Pierre Bérégovoy, Discours de Politique générale, Assemblée Nationale, 2 avril 1992. 

[11] Authentique signifie qui tire son pouvoir de soi-même, et non d’autre chose.

[12] Constitution française, Titre II, article 15.

[13] Décret du 12 juin 1996 sur la maîtrise de l’arme nucléaire stratégique.

[14] Discours de François Mitterrand, 45ème Assemblée générale des Nations Unies, New York, 24 septembre 1990.

[15] Interview de Jacques Chirac à retrouver sur YouTube ou Dailymotion.

[16] Philippe Bernard et Jean-Pierre Turquoi, France-Afrique, la fin des ‘’années Chirac’’, Le Monde, 15 janvier 2007. Vincent Hugeux, Le testament de Chirac l’Africain, en donne une version légèrement différente : « Ce continent, nous lui avons d’abord pris ses richesses. C’est curieux, disait-on alors, ces Africains ne sont bons à rien. Puis les colons ont envahi ses bois sacrés, pillant le cœur même du chamanisme. C’est étrange, s’étonnait-on, ces gens-là n’ont pas de culture. Aujourd’hui, on agit de même, mais avec plus d’élégance. L’Occident leur pique leurs cerveaux, par le biais d’une institution condamnable : les bourses. Il s’agit là, à mes yeux, d’une autre forme d’exploitation. Soyons clairs : on s’est bien enrichi à ses dépens. Nous devons, c’est vrai, encourager la marche vers la démocratie. Mais sans arrogance, sans humilier », L’Express, 13 janvier 2007.

[17] Voir ses confusions entre Napoléon 1er et Napoléon III, selon les dires de Donald Trump. Ou encore l’histoire des Outre-Mer.

[18] Paul Ricoeur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, le cite en ces termes : « Emmanuel Macron à qui je dois une critique pertinente de l’écriture et la mise en forme de l’appareil critique [corrections] de cet ouvrage », Seuil, Paris, 2000, pages III – IV.

[19] Ce travail universitaire de maîtrise m’a été signalé par Jean-Luc Attobrah. Nous n’en avons pas trouvé trace à l’Université de Nanterre.

Parution : La Conspiration des médiocres

samedi 

24 juin 2017 à 09:10

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CouvertureJe vous annonce la sortie de mon ouvrage La Conspiration des médiocres en format kindle  téléchargeable sur amazon.fr. Il est désormais disponible broché.

Il s’agit de dénoncer les agissements des médiocres. Ils ont bâillonné la Nation. Quant à la République, ils l’ont usée jusqu’à la corde. Elle s’en trouve fort affaiblie et en ressort grandement éculée, semblable à une « dépouille ». Car ils ont dévissé la devise de la République que fixe le Titre I, article 2 de la Constitution. En effet, ils ont remplacé la Fraternité par les communautés ; converti l’Égalité entre inégaux en injustice populaire (sociale et économique) et, à la belle Liberté, substitué le libertinage et la maximisation du profit. Que de coups d’État !

 

Victoire d’Eric Coquerel, la clé : une opération immeuble 100% Mélenchon

mardi 

20 juin 2017 à 22:24

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Félix Houphouët-Boigny aimait à dire, avec le sens paysan de l’image et de la formule urbaine qu’on lui connaît : « la victoire a toujours plusieurs papas ». Que n’avait-il raison ! Car il est bien difficile de connaître les véritables auteurs d’un succès, surtout politique. Au vrai, seule la déesse Nikê (grecque) ou Victoire (pour les Romains) sait qui est le « papa » d’un succès.

S’agissant des législatives dans la 1ère circonscription de Seine-Saint-Denis, à Épinay-sur-Seine plus exactement, pour l’essentiel et le principal, Éric Coquerel doit sa victoire, d’abord et surtout aux mamans des quartiers sensibles. Et que personne ne viennent voler « leur » victoire. Mobilisées, elles auront été le facteur décisif, face à la puissante machine de droite macroniste qui, au passage, a battu à plate couture la candidate LR-UDI activement soutenue par les deux maires d’Épinay-sur-Seine et de Saint-Ouen. C’est encore elles qui, tacticiennes, ont rejeté le candidat socialiste au premier tour, et dont le score (10%) a désormais réduit la section locale socialiste au rang de force secondaire ou d’appoint.

C’était déjà avec elles que, sur l’axe urbain Orgemont – Centre-ville, nous avions mis en œuvre l’« opération Immeuble 100% Mélenchon », lors de la présidentielle. C’est ce dispositif qui a été réenclenché lors du second tour des législatives. Comment ne pas, ici, toutes les remercier, pour leur détermination (acharnement), leur dévouement (violence : dégagisme) et leur sérénité (puissance). Elles ont été les militantes anonymes d’une cause juste. Elles pourtant, oubliées de la République et de la Nation. Leur seule arme : la démocratie, en l’occurrence le bulletin de vote. Sans elles, la gauche eut perdu cette circonscription. Leur sursaut au second tour fut capital, le 18 juin 2017. Aussi, dès 9h30 du matin, je fus convaincu de la victoire d’Éric Coquerel. Ce sont encore ces mamans-là qui, dans un contexte d’abstentionnisme marqué, ont su mobiliser non seulement leurs familles (époux, enfants, parents, etc.) mais aussi leurs amies et voisines pour aller voter Éric Coquerel, dans une praxis que nous appellerons volontiers la théorie de la grappe d’électeurs. Le mot grappe vient du français crape, qui signifie « agrafe ». Elles ont agrafés les électeurs, pour former des grappes de voix. Que l’on ne s’y trompe guère, elles furent la force principale avec leur fameux slogan : « il faut les dégager ». Il n’est pas étonnant que dans leur mythologie, les Romains aient donné à Victoire trois sœurs : Zélos, « l’acharnement », Cratos, « la puissance » et Ria, « la violence ».

Mais j’ai aimé revoir Michel Bourgain, ex-maire de l’Île-Saint-Denis, toujours aussi charismatique ; heureux aussi d’avoir rencontré un couple merveilleux, Mohamed et Annick du 95 et l’excellent Rémi Faucherre de Paris 18ème, tous venus prêter main forte dans le tractage à Orgemont. Mais également le jeune Heykel qui, de son père Khémaïs (militant formé), a reçu belle éducation, savoir-vivre et instruction, trois précieux atouts qui devraient inspirer plus d’un et plus d’une.

Merces edes ! Merci ! En effet, qu’il me soit aussi permis de féliciter toute l’équipe qui m’entoure et dont l’idéal tient en une seule formule : une ville juste envers tous. Elle s’est mise en branle, dès mon appel et sans hésitation ni calcul, après ma première rencontre avec Éric Coquerel à Paris et sur ma demande. Comme ces mamans des quartiers sensibles, je n’ai rien demandé à Éric Coquerel, aucun poste et nul avantage d’aucune sorte. Nous sommes et resterons des citoyens libres.

Merces edes ! Merci donc à notre section des statistiques et analyses stratégiques animée par Marie-Adeline et Julien, et qui a compilé toutes les données électorales et sociodémographiques d’Orgemont et du Centre-ville, avec lesquels nous avons affiné notre stratégie de terrain, afin de ne pas gaspiller nos forces et viser juste, et qui nous a mis en garde contre les effets du communautarisme qui, aujourd’hui, ravage la droite locale (Facebook : voir le conflit Fatiha Kernissi / Rachida Rharbi) et qui vaut comme un clair avertissement pour la gauche ; merci à l‘équipe de sécurité qui, discrète, est toujours restée proche et a veillé sur nos sympathisants ; merci à la cellule réseaux sociaux, qui a su relayer nos actions ; merci aux jeunes d’Alternative Jeunesse, Alexandra, Mavérick, Pierre-Alexandre, Axel, Dominique, Belinda, etc., et aux moins jeunes, Benson, Rafik, Rassoul, etc., dont certains sont la relève pour 2020 ; merci, aux « militantes », qui forment le socle de notre mouvement, Marie-Claire, Huguette, Gladys, Majolie, Elvire, Christine, etc., et aux sympathisantes, Mme C., Yaffa, Florence, etc.

Et comment oublier Josiane et Gina, trop tôt emportées, mais qui, de là-haut, ont dû se réjouir de nous voir si enthousiastes dans les batailles de terrain.

La victoire d’Éric Coquerel est la vôtre, Mesdames. Par vos actions, vous avez contenu Ménard dans le Centre-ville et vous l’avez battu à Orgemont.

À toutes et à tous, Éric Coquerel m’a demandé de vous transmettre ses remerciements. Merci également à Georges, Éric, Camilou, Franck, Pape, et de tant d’autres, pour leur appui aussi efficace que sans tapage.

Pour une ville juste envers tous est incontestablement devenu l’organisation de gauche la mieux structurée et la plus disciplinée d’Épinay. Et désormais incontournable. Les temps qui viennent appellent au renforcement de notre mouvement

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits