Côte d’Ivoire : quatre coups d’éclat ou un coup d’État

lundi 

22 mai 2017 à 09:45

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Lettre publique à Son Excellence, Monsieur Alassane OUATTARA

Monsieur le Président de la République,

La Côte d’Ivoire vit une crise de nature de son régime, et non pas celle de la Deuxième République (2000 – 2011) ni moins de la Troisième République (2016). Cette crise consiste en l’altération continue de l’institution présidentielle, typique de la Première République fixée dans le titre II de la Constitution de 1960. Rien n’y fera.

Dussions-nous le répéter, depuis 1993, le cœur et le sens de la crise ivoirienne n’est que la fragilisation continue et discontinue de l’institution présidentielle. C’en est même l’invariant. Une vérité l’étaye. Au plan politique, le cinquième Président est plus fragile que le quatrième, qui lui-même l’a été plus que le troisième et celui-ci que le deuxième, quand ce dernier le fut immédiatement après le premier. Qui peut, sans effroi, imaginer ce que sera le sixième Président, à entendre la sourde clameur des craintes qui montent déjà.

C’est qu’aucun successeur de Félix Houphouët-Boigny n’a pu ni ne pourra revêtir, comme il le fit avec tant d’art et de charisme, cette Institution qui, par imitation coloniale, fut taillée sur sa personne (expérience personnelle) et son époque (Cinquième République française, indépendance et guerre froide). Plus encore, en synthétisant avec habileté l’une et l’autre, sa personne et son époque, Félix Houphouët-Boigny a su lui-même se faire époque, au sens que Bossuet prêtre à ce mot, c’est-à-dire un « grand événement auquel on rapporte tout le reste […] parce qu’on s’arrête-là, pour considérer comme d’un lieu de repos tout ce qui est arrivé devant ou après ».

Or, la personne n’est plus et l’époque a changé. Et s’il est juste pour beaucoup de le regretter, il est cependant impérieux d’en sortir. C’est cette problématique politique qu’il faut résoudre, avant de s’attaquer avec lucidité aux autres crises (économiques, sociales, militaires, ethniques, corruption, etc.) qui, aussi importantes et graves soient-elles, n’en sont que des périphéries.

La Côte d’Ivoire, et c’est le sens de son histoire, n’a pas d’autre choix que d’évoluer, de manière rapide ou lente, vers un régime parlementaire, si jamais elle veut se stabiliser. Au reste, cette vérité, vous-même l’aviez pressentie, en faisant instituer une vice-présidence de la République. Mais n’avez pas porté votre intuition à son terme. Aussi ne le fîtes-vous que de façon limitée. En effet, en instituant par désignation un vice-président, vous avez, d’un côté déconcentré (dilaté) le pouvoir présidentiel. Ce fut une première. Et, d’un autre côté, vous avez consolidé l’institution présidentielle, qui montrait à nouveau des signes de faiblesse.

Cependant, alors que la nouvelle Constitution affaiblit intérieurement l’institution présidentielle, celle-ci est fragilisée de l’extérieur par les événements (grève de fonctionnaires, chute des prix du cacao, mutineries successives, microbes, etc.). La Présidence est donc prise dans un étau.

Ainsi, votre intuition, altérée par les rapports de force internes à votre majorité et par le contexte socio-politique, doit être reprise, repensée et accomplie. S’il fallait deux exemple, le premier serait celui du Royaume chérifien qui n’a pas reculé, quand il fallut faire des réformes. Et le Roi Mohammed VI, qui ne pouvait régir le Royaume comme le fit son père, les continue, sans que son statut, sa fonction et son rôle ne soient affaiblies. Le second exemple est en Cabo Verde, où le régime parlementaire accomplit des prouesses manifestes. Et, en bonne gouvernance, les Présidents de la République et les Premiers ministres successifs ont toujours placé leur pays au-dessus d’eux-mêmes. La Côte d’Ivoire vaut plus que tous les Ivoiriens réunis. Elle ne peut être réduite à n’être qu’un « contrat » entre Ivoiriens. Un vieil axiome philosophique précise que « le tout est antérieur à la partie », ainsi la Cité politique est-elle antérieure à ses membres, disait fort justement Aristote.

Le temps des vraies réformes, c’est-à-dire de celles qui touchent au fond du mécanisme constitutionnel est arrivé.

Vous n’avez d’autre choix que de procéder par des coups d’éclat qui seules éviteront un coup d’État ravageur. La Côte d’Ivoire est un pays-État, selon le concept que j’avais créé en 2005. Or, elle doit devenir une nation, par le biais d’un système parlementaire adéquat, comme la France devint une « nation complète » par son Tiers-État (abbé Sieyès). Car, avec un régime présidentiel, le Côte d’Ivoire restera un pays-État que les convulsions continueront de désorganiser. Le pays-État fut le coup de génie et la limite historique de Félix Houphouët-Boigny. C’est au parlement qu’il reviendra de penser la nation Ivoire. Mais, s’entend, un parlement renouvelé, rebâti et pondéré par la Présidence de la République.

En conséquence des considérations précédentes, permettez à un vieil Ami de la Côte d’Ivoire, qui en connaît les murs, de vous faire quelques suggestions peut-être utiles mais en tous les cas de bonne foi. Elles seront au nombre de quatre :

Tout d’abord, votre démission, comme la rumeur en a évoqué la possibilité, serait impolitique. Elle ne ferait qu’accentuer la crise de l’institution présidentielle, alors qu’il s’agit de la repenser ;

Ensuite, engagez quatre coups d’éclat :

Le premier, au retentissement le plus grand, serait de prendre votre part à la libération du Président Laurent Gbagbo, qui est l’une des conditions majeures pour donner un éclat démocratique à votre Présidence et amorcer la réconciliation des Ivoiriens. Plusieurs pays amis sont dès à présent disposés à l’accueillir, si les termes d’un accord sont trouvés. Il pourrait tout aussi bien rentrer en Côte d’Ivoire, car, comme le dit Euripide, « il n’est pas plus grand malheur que de vivre hors de son pays natal ». Et, sous ce rapport, comment ignorer que de trop nombreux Ivoiriens vivent ce malheur comme le leur propre. Ils habitent un exil comme par procuration ;

Le deuxième coup d’éclat devrait mettre en place un vrai gouvernement d’unité nationale ;

Le troisième coup d’éclat serait de commencer à réfléchir aux bienfaits d’un régime parlementaire ;

Le quatrième coup d’éclat consisterait à engager une lutte sans merci contre la corruption. Car, dans son immense majorité, le peuple ivoirien ne supporte plus les enrichissements rapides qui ne reposent pas sur du travail réel et s’accompagnent de leur forte précarité et de grande pauvreté. L’exceptionnel taux de croissance que connaît la Côte d’Ivoire n’a pas conduit à une juste redistribution. Montesquieu formule une grande vérité qu’il invite chacun de nous à méditer : « Si l’on ne distribue point les revenus au peuple, écrit-il, il faut lui faire voir qu’ils sont bien administrés : les lui montrer, c’est, en quelque manière, l’en faire jouir ; cette chaîne d’or que l’on tendait à Venise, les richesses que l’on portait à Rome dans les triomphes, les trésors que l’on gardait dans le temples de Saturne étaient véritablement les richesses du peuple » (De l’Esprit des Lois, Garnier Frères, Paris, 1973, tome 1, p. 60).

La grande prouesse politique et sociale de Félix Houphouët-Boigny est d’avoir réussi à faire les deux choses : « distribuer » et « montrer ».

Enfin, je voudrais, instruit par l’histoire, évoquer la question des mutins. C’est à l’ivoirienne, la Guerre des mercenaires que connut et vécut Carthage lorsque, dans sa lutte contre Rome, elle eut recours à des mercenaires qu’elle ne put ou ne sut plus payer. D’où leur révolte. Carthage dut faire appel à Hamilcar, son Stratège, pour mater, dans une boucherie sans nom, les mutins. Polybe et Gustave Flaubert en ont rendu compte, chacun à sa manière, en formulant une mise en garde : tout régime qui s’appuie sur des mercenaires en finit par payer le prix fort. Pour éviter ce que Carthage nous enseigne, non seulement la Côte d’Ivoire ne devra jamais oublier que le soldat, c’est la solde ou alors le butin, mais aussi que, contrairement à ce que certains ont pu récemment vous suggérer, une guerre contre les mutins constituerait un grand péril pour la République.

« Que lorsque le principe de la République [la vertu] est dans toute sa force, on n’a presque pas besoin de lois », Montesquieu.

Pour éviter le coup d’État qui s’essaye chaotiquement ou qui, si rien n’est entrepris, finira par se former de  lui-même, la raison d’État et la sagacité vous conduisent à méditer les cinq suggestions que vous aurez l’amabilité de livrer à l’intelligence de votre entourage, si vous les jugez instructifs et utiles.

Les coups d’éclat font parties des techniques de la science de l’État, comme Gabriel Naudé le rappelle.

Puisse votre oreille être profonde, pour ne pas vite déborder (Rilke).

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre très haute considération.

Épinay-sur-Seine, le 21 mai 2017

Pierre Franklin Tavares
Un ami de la Côte d’Ivoire, docteur en philosophie politique de la Sorbonne.

Mario Soares : un ami des peuples d’Afrique

mardi 

10 janvier 2017 à 12:38

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Mario Soares et Aristide Pereira (D.R)L’homme fut un sage, comme peu d’hommes savent l’être en politique. Aristote parlerait de sagacité ou de prudence, dans les affaires publiques. Et sans doute Bossuet eût-il vu en lui un modèle de vertu. Comme La Bruyère, Mario Soares aurait pu s’écrier : « Je suis peuple » !

Mario Soares est mort, après une longue vie de combats démocratiques, en vue de la République et pour une société plus juste. Il aura toujours été attentif au sort des plus pauvres et à la Liberté. Aussi prêchait-il un socialisme porté par l’État-providence et non pas une molle social-démocratie soumise au marché et au Capital, qui accable les plus faibles.

Le souvenir public gardera de lui l’image fixe d’un grand émancipateur du grand peuple portugais. Avec les audacieux officiers militaires qui mirent fin à la guerre coloniale, il restera dans l’histoire comme l’un des pères fondateurs de la Deuxième République portugaise.

« L’attention est la pointe de l’âme » dit une formule. Mario Soares aura toujours été attentif au sort des peuples africains. Et cet aspect de son âme le distingue radicalement de maints dirigeants européens et surtout français.

Et pour mettre en exergue cette qualité éthique de Mario Soares, qu’il me soit permis de rappeler sa critique morale de nombreux chefs d’État africains.

François Mitterrand et Mario Soares adulaient Amilcar Cabral, dont ils vanteront constamment les qualités morales, l’énergie politique, la culture personnelle et l’intelligence. C’est leur point de départ critique des dirigeants africains.

Mario Soares se sentira quelque peu comptable de l’héritage de Cabral. Aussi consacrera-t-il une partie de ses activités à recueillir et à faire numériser tous les écrits disponibles de Cabral, les préservant ainsi de la destruction et de la négligence. Dans la même veine d’idées, il n’est pas étonnant qu’il ait choisi le Symposium international Amilcar Cabral, pour fustiger le comportement irresponsable de certains chefs d’État africains qui enfoncent délibérément leur peuple dans la misère. Son propos vaut comme son testament politique et une attention marquée à l’endroit de l’Afrique des peuples.

Ainsi, en 2004, à Praia, capitale de Cabo Verde (Cap Vert), lors de sa communication intitulée Amilcar Cabral : une pensée actuelle, il déclarait sans fioritures :

« Quarante ans après le grand mouvement émancipateur des décolonisations, l’Afrique, libérée du colonialisme traditionnel et de l’apartheid, totalement indépendante, en termes formels, apparaît comme un Continent à la dérive. C’est une réalité que les dirigeants africains ne doivent ni ne peuvent ignorer et qui a plusieurs explications. »

Et sans ménagement ou hypocrisie politique, Mario Soares invitera les dirigeants africains à ouvrir grands leurs yeux sur les accablantes réalités africaines : un continent à la dérive et des dirigeants inconséquents dans une Afrique dont il dresse l’affligeant tableau.

S’inspirant ouvertement de l’exemple de Cabral, Mário Soares invite les dirigeants africains à une évaluation critique de leur activité. Et, après avoir rappelé le fameux mot d’ordre de Cabral sur l’autonomie de la pensée des combattants de la liberté, « penser par nos propres têtes et partir de ses propres expériences », il ajoute : « Quatre décades après le grand mouvement de décolonisation, les dirigeants africains doivent faire une réflexion critique sur le chemin parcouru depuis le point de départ, en trouvant des formes adéquates pour qu’ils résistent, avec succès, aux formes nouvelles d’exploitation coloniale, dont ils continuent à être victimes ».

Mieux encore, cet appel n’est pas allé sans le rappel des grands défis auxquels l’Afrique postcoloniale est confrontée :

« Le continent africain a été particulièrement atteint par la globalisation. Au-delà des conflits ethniques, de l’expansion des fondamentalismes religieux – spécialement islamique mais aussi le christianisme évangélique – des pandémies, comme le sida, et de la corruption des dirigeants qui ont perdu le sentiment du service public et la sensibilité [fibre] sociale, en relation à la misère des autres, la globalisation a contribué à l’augmentation de l’exploitation de l’Afrique – de ses richesses – par les grandes multinationales… »

Avec la mort de Mario Soares, les peuples d’Afrique perdent un de ses grands défenseurs. Puisse le Portugal ne pas l’oublier et l’Afrique garder mémoire fidèle, si elle ne peut tenir le Souvenir.

Boas Festas : Bonne et heureuse année 2017 !

dimanche 

1 janvier 2017 à 17:56

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En Cabo Verde (archipel du Cap Vert), en musiquant « Boas Festas », une vieille tradition célèbre la nouvelle Année avec les vœux de Bonheur et de joie, sans oublier la part et les droits du pauvre.

Je voudrais, reprenant cette coutume insulaire, souhaiter à chacun d’entre vous une Bonne et Heureuse Année 2017, en vous disant « Boas Festas » qui est à la fois un « acte de culture », une « manifestation culturelle » (qui remonte au Moyen Âge) et une chanson populaire !

Ainsi, une fois l’an, à l’aube du 1er janvier de l’Année nouvelle, un petit groupe de musiciens, entonnant une aubade (aube) quelque peu bruyante, frappe à la porte de personnes visitées, les réveillent et leur chantent le « Boas Festas».

Cette chanson occupe une place centrale dans le répertoire musical caboverdien, parmi les chansons les plus populaires. Elle soulève l’âme des Caboverdiens, aussi haut que « Sodade » si magnifiquement chantée par Bonga (1974) puis par Césaria Evora (1992). Mais son rayon culturel s’est limité à l’archipel et à la diaspora.

L’instrumentarium (effectif instrumental) de « Boas Festas » conserve celui du Moyen Âge : outre les vents (voix), il y a les cordes (guitares et cavaquigno) et les percussions (tambourins).

Mais s’il n’y a qu’un air musical, on compte deux textes (paroles) différents. Le premier texte est le plus connu, repris par maints ensembles musicaux. Les musiciens entonnent « Boas Festas », et dès les premières paroles se recommandent de « Monsieur Saint-Sylvestre » (saint Sylvestre 1er né en 270 à Rome, mort le 31 décembre 335 après J.-C. et 33ème Pape). C’est lui qui guide leurs pas jusqu’à la demeure choisie. En y arrivant, les musiciens demandent aux visités si elles sont des personnes « honorables » ? Si elles le sont, elles doivent alors prouver leur capacité au don, en brisant leur tirelire pour en remettre une part aux musiciens qui se la répartiront. Toutefois, une douce menace pèse : en cas de refus, « Georges », l’homme des « intentions mauvaises », viendra dans cette demeure et, en guise de punition, exigera bien plus et ne leur laissera que peu. Cette version est un appel au soutien de ces musiciens de circonstance.

Le second texte, lui, est musiqué par le groupe Cordas de Sol qui, conformément à ses convictions socialisantes, insiste sur le devoir de solidarité vis-à-vis du « frère Manel », exemple du mauvais sort, et implore Dieu pour que sa situation sociale s’améliore.

Une troisième version de « Boas Festas » s’est imposée. Elle est sans texte. C’est celle instrumentalisée par Luis Morais et qui reste inégalée.

En Europe, et plus particulièrement en France, l’aubade de « Boas Festas » a été marginalisée, modifiée et déconnectée de la Saint-Sylvestre. On en retrouve, en effet, la forme et des traces, quand des jeunes appelés du contingent se rendent, au matin, dans certaines demeures, y chantent pour collecter des fonds qui les aideront à faire leur service militaire.

Vous trouverez cinq interprétations. La première est Sao Silvestre. La seconde est celle du groupe Cordas do Sol : Irmon Ménel (Frère Manel). La troisième est celles instrumentale de Luis Morais. Et comme les jeunes de tout temps modifient tout ce qu’ils touchent modernisée, la quatrième, est mi-zouk, mi-rap.La dernière est la version « cubanisée ».

 

Souvenirs d’été : provisions de pro-visions pour l’hiver !

mercredi 

21 décembre 2016 à 13:25

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Tu le sais Olphy,

Seul le Souvenir garde la possibilité ontologique de fabriquer, puis de livrer au magasin de la Mémoire ses lots d’images. C’est lui qui, l’Été dernier, nous ouvrit l’occasion de faire nos parts d’images pour traverser intacts cet Automne et notre Hiver.

Éclaircissement : tel l’affirme si justement Paul Ricœur : pour Platon, l’image, l’imagination et la mémoire, qui produit la « représentation présente d’une chose absente » (eikōn et phantasma), sont le moteur de l’activité psychologique ; tandis que, selon Aristote, le souvenir, en tant que rappel essentiel de ce qui a été antérieurement perçu, vécu ou appris, est le déterminant.

Mais, nous nous plaisons à méditer autrement cette délicate relation entre Souvenir et Mémoire, ainsi que retentit continûment Le Livre des Sodades. Car, le Souvenir, qui n’a d’antériorité autre que lui-même, appelle au jour l’Image, au sens que nos deux poètes préférés, Hölderlin et Rilke, prêtent à cette notion. Saint Augustin est également un maître des Images.

Olphy, te souvient-il, c’est instruit de ces riches controverses que nous passâmes l’Été dernier, parcourant l’Europe dans une marche volontaire. Et que d’Images le Souvenir n’a-t-il pas construit en nous et qui, depuis, collectées dans nos mémoires comme des provisions (acomptes) pour l’Automne et notre Hiver, sont nos pro-visions. C’est cela le pro-voir, l’acte essentiel, auquel seul est accordé le secret du monde : voir le monde à partir du Souvenir.

L’Île de Ré :

Après Nantes, La Roche-sur-Yon dans le bocage vendéen qui porte l’empreinte de Napoléon 1er, puis les Sables d’Olonne, nous prîmes la gracieuse bande routière qui mène à L’Île de Ré, enjambant le pont aux Images, et qui, de loin, s’approche à grands pas. Qu’elle est belle, l’île, cette asymptote qui tient ensemble le proche et le lointain ! Et notre marche callistique, avec la vélocité de nos pas qui dévoraient les chemins vicinaux, et ce pour enfin pro-voir ou alors capturer du regard les apaisants recoins de cet archipel charentais.

Olphy, ô mon Olphy à vélo, rieuse, comme reviennent les souvenirs abidjanais de nos tendres années d’enfance ! Il m’en souvient, la folle course de Saint-Martin-de-Ré à La Flotte, parmi les pinèdes, les chaudes vignes gorgées de soleil et les marais de sel endormis. Tel l’île-de-Sel aux Hespérides. Et, en bouquet, les succulents coquillages au beurre d’ail cuit au four, dont l’odeur se mêlait à l’effluve des vagues du bord de mer, et que nous relevâmes d’un sec vin blanc. Comment ne pas y revenir ?
Le Souvenir commande tout et guide les pas des marcheurs.

Et Copenhague :

Ô København, « le port des commerçants », qui se dresse monumentale entre les statues de trois êtres remarquables : près de la mairie, assis mais de bronze, Hans Christian Andersen nous racontent encore ses histoires merveilleuses. Le Souvenir nous laisse entendre, ce qu’il dit. Et qui pose et se repose sur un rocher la nostalgique Petite sirène, jolie, dos à la mer et oubliant ses meurtrissures. Et, dans le centre-ville, Absalon, le moine-soldat qui bâtit Hafnia, la citadelle d’où sortit Copenhague.

La ville aux imposants édifices anciens est bâtie sur le calme des eaux du port et sur la paisible coulée des canaux de navigation où vont et viennent d’innombrables embarcations, quand elles ne sont pas amarrées. Maints ponts surmontent et joignent les rives. Les rues, aussi larges que les boulevards parisiens, sont bien mieux aménagées. Des voies ferrées nervurent le site. Mais une éducation anime la ville : les habitants sont discrets et la cité, belle et propre, est harmonieuse.

Nous t’avons cueillie, Copenhague, par les angles qui consolident le pro-voir. Ce fut, comme de premier, par nos pieds inépuisables que nous prîmes gratuitement ta mesure. Et nos jambes, qui sont des lieux de mémoire, gardent elles aussi de belles images : les apaisants parcs publics, tel le Jardin de Tivoli ou celui plus serein de Frederiksberg ou de Kastellet, la Citadelle aux cinq pointes et son vieux moulin. Et les fronts de mer que balaie l’odeur salée des vents frais. Sur l’un d’eux, en une place aménagée, des couples langoureux rivalisent de figures sur des airs de Tango. Mais aussi dîner sur les quais animés du port de Nyhavn aux lumières rouges, là où l’alignement des façades colorées rappelle les habitations portugaises qui accompagnent le fleuve Douro. Un Anglais, au hasard de notre proximité, affable, daigna moquer Paris que Zlatan venait de quitter pour Manchester. Mais les quartiers aussi aiment à vous donner leur paix et leurs couleurs chaudes, comme celui des Nyboder aux éclatants murs jaune d’or.
Comme de deuxième, sur une embarcation, nous glissâmes le long de tes canaux urbains, passant ou nous faufilant sous les ponts bas. Copenhague se découvre alors autrement : et je revois la superbe Église de Notre-Sauveur toute baroque avec son impressionnante flèche spirale et son escalier hélicoïdal, tandis que son carillon bat l’écoulement du Temps, mais fait silence de minuit au matin, et interpelle la piété des citadins.

Et, comme de troisième, nous empruntâmes un bus à impériale et décapoté, à arrêts multiples, pour la visite guidée des grandes places, des bâtiments célèbres et des quartiers. Parmi ces derniers, il faut avoir visité « Christiania » la bariolée, l’insolite, la résistante, l’originale, l’autogéré qui n’est peuplée que de hippies et d’Alternatifs, pour saisir la tolérance du comté de Copenhague.
L’humeur et les mœurs danoises développent ce puissant esprit public qui s’enracine et se consolide dans le fait que le Danemark soit, juste après la Suède dont il est frère et frontalier, le pays d’Europe où la classe moyenne est la plus importante (78%) mais aussi la plus égalitaire, car l’écart entre les hauts et les bas salaires y est le plus faible.

Heureux de tant de beauté, mais épuisés par tant de marche, nous regagnâmes la France. Et de retour,

Les Cévennes :

Nous arrivâmes à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, non loin de Marseille et d’Aix-en-Provence, où nous prîmes séjour dans un réconfortant hôtel.

Le lendemain vinrent à nous, tel un don, Marseille et sa Bonne-Mère qui, depuis sa hauteur, bénit du regard la ville, et protège ses nautoniers et toute l’étendue de la « Mer médiane », selon la jolie formule de Senghor quand il appelait à lui la Méditerranée. Y plonger, dans un bain qui régénère l’esprit, rien que d’éclat. Ce bleu plus bleu que tous les virginaux bleus du Ciel. Avignon, « ville d’esprit », s’étendit alors jusqu’à nous, avec son émouvant pont aux Demoiselles, le pont Saint-Bénézet de son vrai nom, et qui n’est présent que de moitié mais intact et entier par ce qui lui manque et que comble le coulant du majestueux Rhône. Nous revoyons, qui s’impose, le magnifique Palais des Papes avec la blancheur éclatante de ses vielles pierres. Nous attendaient, impatients, Toulon et son port aux calmes et accueillantes flots : une soupe de poissons, et en face et non loin, navires de plaisance et paquebots dormaient les paupières lourdes. Aix en Provence, l’amante du Ciel, superbe et au vêtement ensoleillé. Et de là, nous prîmes les asphaltes qui creusent les Cévennes, ce paradis sillonnant l’admirable chaîne montagneuse du sud-ouest du Massif central, et qui hurle une beauté mi-divine, mi-tellurique. Là-haut, les nuages inclinèrent leurs rubans cévenols jusqu’à nos visages. Et nous les cueillîmes, également gourmands d’air pur, pendant que nous étions sur les bornes et les routes des monts pour reprendre le vers de Hölderlin.

Nous ne visitons que des lieux et des sites dont nous nous souvenons.

Mon Olphy,

Mais c’est par les Images du Souvenir que nous aménageons également les saisons. Et il me semble bien, mon Olphy, que nous ayons raison contre Platon et Aristote. Car le Souvenir précède toute antériorité. Il se souvient d’abord de lui-même, avant tout autre souvenir et toute Mémoire. Tout lui est postérieur.

Laissons donc, de nouveau, entendre ce passage oublié du Livre sacré, qui retentit dans Le Livre des Sodades : « Dieu s’en est souvenu et tout lui est revenu en mémoire ». Le caché profond de ce mot ex-pli-que l’ultime parole du meilleur d’entre les hommes au larron, sur la promesse et la force du Souvenir, alors qu’ils sont suspendus à la Croix. Le Souvenir rend présent ce qui disparaît. Et cela, même le plus humble des hommes comme le plus haut d’entre eux le comprend. S’il a des oreilles pour pro-voir.

Et c’est ainsi que nous, toi et moi, pareils au « chêne et tremble d’argent » formons le « noble couple » qui médite, en marcheurs impénitents, le pro-voir et la pro-fondation du monde, sous la bienveillante joie des Ris et des Amours, mais aussi d’Abéona et d’Adéona, qui accordent et referment les chemins.

Mais voici déjà que le Souvenir appelle à lui le Printemps, l’enfance des saisons !

Merci encore Fidel, ami de l’Afrique !

lundi 

28 novembre 2016 à 08:30

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De Cuba la prostituée, la joueuse et la droguée, parce que livré tout entier à la Mafia (Lucky Luciano, Meyer Lansky), totalement abandonné à l’impitoyable dictature de Fulgencio Batista (23.000 assassinats) et complètement soumise aux intérêts et calculs des grandes firmes américaines (Morgan, groupe Rockefeller, etc.), Fidel Castro en fera une île idéaliste et rebelle, mais aussi et surtout l’ami de tous les peuples opprimés de la terre, en particulier ceux de l’Afrique colonisée et martyrisée. Merci donc au Lider maximo !

Au vrai, le Cuba de Batista impactait le monde par le vice, quand le Cuba de Fidel infléchira l’histoire universelle par la vertu, n’en déplaise à Frédéric Couderc, à Jacob Machover ou Michel Onfray et quelques autres auteurs chagrins qui, par une audace volontaire, oublient dans quel enfer Cuba était alors enfermé. Certes, ils aimeront toujours la démocratie, mais uniquement lorsqu’elle sert le Capital, les puissants et une minorité.

Il faut avoir lu Enrique Cerules, pour être choqué et dégouté par le « portrait social » (prostitution, casino, drogue, alcool, blanchiment, corruption, pauvreté, etc.) et horrifié par le « système de production » (canne à sucre, tabac, café à l’Est, chemin de fer de 5600 kms dont 4600 kms pour le transport agricole ; secteur tertiaire à la Havane) du Cuba de 1958. Qui oubliera, sinon les vaillants amnésiques, par exemple, que près de 10% des femmes cubaines majeures étaient des prostituées, gagnant leur pitance par le commerce dégradant de leurs corps ? La débauche à grande échelle était un métier lucratif et faisait partie intégrante du système productif cubain. La paysannerie pauvre grandissait, et Guillermo Portabales en chantera la complainte avec la formule poignante « sudando por un dinero » (suant pour si peu d’argent), ou dans son Lamento cubano (Lamentation cubaine) ou Tristeza guajiro (Triste paysan) voire même El carratero. Est-ce étonnant que dans Guantanamera , chanson universelle, hymne révolutionnaire, le Cubain révolté entonne une espérance : « avec les pauvres de la terre, je voudrais abandonner mon sort » !

Et Cuba était déjà la plaque-tournante de la drogue. En réalité, on l’oublie, la prise de pouvoir castriste advient au moment même où Cuba est sur le point de devenir le premier narco-État de l’histoire, parce que déjà le « siège social » mondial de la Mafia américano-sicilienne. Fidel, et c’est son immense mérite, en a empêché la formation. Au reste, nul ne sort son peuple d’un tel enfer, par la mollesse. Et qui maintient en souvenir l’horrible situation cubaine remerciera Fidel de n’avoir rien perdu de son énergie initiale de révolte. Il aura été le constant avocat du peuple, en réalisant du mieux possible ce qu’Aristote appelle « le gouvernement populaire » et qui, selon ce philosophe, naît toujours d’un gouvernement « oligarchique » (in Les Politiques). Ainsi, était-il prévisible que le régime de Fidel Castro naisse de celui de Fulgencio Batista. C’est à Aristote qu’il faut ici donner raison. .

Ainsi, depuis Santa Clara (Est de Cuba), le 28 décembre 1958, il fondit avec ses « camarades » et l’appui des Guajiros (paysans) sur la Havane, balayant Batista qui, abandonnant son régime, s’enfuira pour le Portugal et l’Espagne où régnaient en dictateurs António Salazar et Francisco Franco. Un tyran ou un dictateur ne se réfugie-t-il pas toujours chez les siens ou ses homologues ? Pauvre Michel Onfray, colporteur de rumeurs démagogiques de la propagande impérialiste sur le train de vie de Fidel.

Fidel ! Je me souviens de mes lectures passionnées de la fin de mon adolescence active. C’est dans ses écrits que j’ai découvert, pour la première fois, de véritables considérations écologiques à partir du matérialisme dialectique de Marx et d’Engels. C’est, il faut le reconnaître, l’un des grands apports de Fidel. Il enseignait aux enfants cubains, dans une exceptionnelle « pédie » (pédagogie) de la dialectique, comment jouir de la Nature sans la dévaster, par exemple lorsqu’ils nagent dans les flots de l’Atlantique : plaisir personnelle, connaissance scientifique et respect de la Nature. Cette maîtrise de la Nature se retrouvera dans l’organisation publique annulant tous les effets dévastateurs des ouragans qui, en effet, ne causent quasiment pas de dégâts matériels et aucune perte humaine à Cuba, là où à Haïti ou aux États-Unis, ils ont de désastreuses conséquences. Castro est, pourrait-on dire, « cartésien », au sens où il a rendu son État comme maître et possesseur de la Nature. Au fond, il a toujours plaidé pour la réconciliation de l’homme avec la Nature, même dans les colères de celle-ci. C’est également à mes premières lectures de Fidel Castro (du Che et d’Amilcar Cabral) que je dois la force de mes premières vives discussions avec les Combattants angolais qui, après leur formation militaire à Cuba ou en Chine, transitaient au domicile paternel à Abidjan, avant de rejoindre les maquis angolais, pour se battre et donner leur vie pour l’indépendance et la Liberté.

Et comment ne pas rester ébaubi par les performances de Castro en matière d’Éducation, Santé et de Sport ? Quelquefois, avec peu, on peut beaucoup. La culture du Cubain (musique, jeu d’échec, etc.) moyen est presque sans égale.

En tous les cas, le terrible blocus maritime, les six cent-trente tentatives d’assassinat en cinquante ans (soit en moyenne une tentative par mois), l’effondrement de la Russie soviétique, rien n’aura finalement empêché Fidel Castro d’apporter un soutien sans faille et décisif aux combattants de la Liberté en Afrique : en Algérie, en Guinée-Bissau et Cabo Verde, et surtout Angola et en Namibie, lors de la célèbre bataille de Cuito-Cuanavale (12 – 20 janvier 1988) dans le sud-ouest de l’Angola, qui verra l’affaiblissement militaire définitif du FNLA de Roberto Holden soutenu par Mobutu (Zaïre) et de l’UNITA de Jonas Savimbi appuyé par les USA et la France, ainsi que la fin de l’opération militaire de l’Afrique du sud (SADF) raciste et de laquelle résultera l’indépendance de la Namibie et la fin de l’Apartheid. Merci encore Fidel !

L’histoire médicale des endémies tropicales retiendra aussi la rapide implication et la contribution décisive du corps médical du Cuba de Fidel dans la lutte contre les grandes endémies en Afrique (ébola, sida), en Guinée-Conakry, Liberia, Sierra-Leone, etc., quand les grandes puissances s’interrogeaient. Merci encore Fidel !

Au fond, Fidel aura amélioré le sort des pauvres du monde. Et s’il n’est pas exempt de critiques, cela suffit à ce que nous saluions sa mémoire et son œuvre : jusqu’à la victoire, continuons !

Maroc et COP 22 : enjeux et leadership

vendredi 

18 novembre 2016 à 08:06

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Un contexte particulier

La 22ème Conférence des parties (COP22) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui se déroule à Marrakech, s’ouvre dans un contexte fortement marqué par six événements importants. Tout d’abord, l’élection « impactante » de M. Donald Trump aux États-Unis, « président élu » considéré comme un climato-sceptique, qui, le 20 janvier prochain, succèdera à M. Barack Obama, un climato-engagé. Le poids des USA fait monter la température diplomatique de deux degrés, pour emprunter ici au langage climatique. Ensuite, en Afrique, le retrait extensif des États de la Cour pénale internationale (CPI), renforcée par les menaces de la Fédération russe. Et à cette défiance, qui est sans précédent, s’ajoute des présidentielles pour la plupart contestées en Afrique francophone. Puis, les deux batailles décisives d’Alep (Syrie) et de Mossoul (Irak), qui mènent maintes populations orientales vers l’Europe, où l’on assiste à l’inquiétante montée des « populismes » et qui, en France, comme nous le disions dès 2012, peut voir Marine Le Pen remporter les présidentielles. Enfin, et bien évidemment, il y a l’épineuse « question Sahraoui » qui pèse sur la Cop 22.

Orientations africaines et enjeux marocains

La Cop22 engage trois grandes actions. En premier lieu, un double thème climatique : « l’atténuation aux effets du changement climatique » et « l’innovation en matière d’adaptation ». En deuxième lieu, une mission : « développer des outils opérationnels dans le cadre du plan Paris-Lima puis Paris-Marrakech ». En troisième lieu, sous l’égide du Royaume chérifien, la mobilisation de toute l’Afrique afin qu’elle fasse unité dans ce vaste débat. C’est à cet effet que se tient la conférence des chefs d’État d’Afrique et de quelques autres. Pour le continent, c’est une étape capitale et opportune. Car si, en marge de la Cop22, l’Afrique parvenait à afficher une position commune et cohérente, elle deviendrait non seulement un acteur majeur des futures COP, mais aussi et surtout elle renforcerait son ancrage écologique fort et pourrait lancer d’audacieuses politiques publiques en matière environnementale. Les populations en seraient les grandes bénéficiaires, tant sur le plan de l’emploi que de la qualité de vie.

Le Maroc, un pays et une vitrine écologiques

Le Maroc est un acteur majeur de l’écologisation du monde. Avec l’organisation de la Cop22, rappelons que le Maroc n’en est pas à son coup d’essai. En 2001, il a organisé la Cop7. La Cop22 devrait donc être son « coup de maître ». Ce faisant, le Maroc prend une option écologique importante voire décisive. D’autant qu’il se range déjà parmi les quatre pays les plus écologiques au monde avec le Costa Rica, le Bhoutan et l’Éthiopie.

C’est que l’intentionnalité politique du Roi Mohamed VI est claire et simple : faire du « développement durable » une sérieuse politique publique et assumer le leadership écologique sur le continent avec des projets innovants et audacieux. Parmi ces projets et chantiers, on peut citer les suivantes :

  1. porter à 42% la contribution des énergies renouvelables d’ici 2020, puis à 52% à l’horizon 2030. C’est dans cette optique que s’inscrivent les projets phares suivants : la centrale solaire d’Ouarzazate, le projet Noor (le plus grand dispositif solaire du monde) et le parc éolien de Tarfaya, le plus grand d’Afrique ;
  2. les projets écologiques sectoriels : le plan pour la protection des océans et l’initiative Agriculture, adaptation pour l’Afrique ;
  3. la construction d’un centre de tri sélectif avec production de biogaz ; la rénovation du parc d’éclairage publique ; la réhabilitation de l’actuelle décharge et la création d’une décharge aux normes actuelles ;
  4. les transports écologiques : l’acquisition d’une quarantaine de bus électriques, le lancement du Vélib (300 vélos en libre-service) et la première course de ‘’Formule E’’ ce mois-ci ;
  5. le 22 avril dernier : « Journée de la terre nourricière » consacrée aux arbres. La nouvelle loi sur les sacs plastiques (interdiction : production, importation, commercialisation et utilisation) et rénovation du Village des Potiers.

Nouvelle diplomatie et offensive géopolitique

Au regard des observations précédentes, la Cop22 revêt une dimension diplomatique et une portée touristique considérables, pour le Royaume chérifien. En accueillant, sur onze journées, près de 25 000 participants, le Maroc démontre le haut niveau de ses infrastructures touristiques, notamment avec la création du « village éphémère » Bab Ighli, sa forte capacité d’organisation d’événements mondiaux et sa grande maîtrise du dispositif sécuritaire.

Ce faisant, le Maroc indique ses nouvelles orientations diplomatiques, par une offensive géopolitique audacieuse conduite par le roi Mohamed VI en personne : l’Afrique, continent d’avenir. En ce sens, la Cop22 est un moment déterminant et une carte précieuse pour la réintégration dans l’Union Africaine, après trente-deux ans d’absence. Nous pouvons imaginer que la Cop22 sera l’occasion, pour le Maroc, d’obtenir plus de cohésion de ses alliés favorables à son retour au sein de cette institution continentale et d’augmenter le nombre d’États membres favorables à sa cause.

Certes le Royaume a ses alliés traditionnels et historiques : le Sénégal, le Gabon, la Côte d’Ivoire notamment. Après les avoir rassemblés, il lui faut maintenant convaincre certains grands pays du continent comme l’Afrique du Sud, l’Angola, le Nigeria et surtout s’entendre avec l’Algérie son grand voisin et rival sur la « question sahraoui ». C’est le second objectif du sommet des chefs d’États africains organisés en marge de la Cop22.

Une stratégie payante

Payante, parce que le Maroc a assis sa crédibilité et sa notoriété écologiques sur un programme de manifestations culturelles et la réalisation d’une série d’infrastructures écologiques avec, en toile de fond, la mobilisation de l’opinion publique internationale et celle interne des populations.

En marquant des points dans les registres écologique et climatique par ses projets et autour des deux thèmes de la Cop22, en prenant l’initiative d’un sommet africain, le Maroc s’affirme comme un pays incontournable en Afrique, après son rêve européen.

Congo-Brazzaville : des opposants divisés ?

lundi 

31 octobre 2016 à 09:53

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Il n’y a pas si longtemps, en septembre dernier, un haut responsable politique français rencontrait M. Benoît Koukébéné et, conversant, il s’étonnait de l’impossibilité pour les opposants congolais de se rassembler, contrairement à ceux des autres pays d’Afrique centrale. Ce qui est vrai. Car dans aucun pays de cette région, l’opposition n’est aussi divisée qu’au Congo Brazzaville.

Dans les chancelleries occidentales, il a fini par s’installer la conviction selon laquelle ces opposants ne voulaient pas ou ne pouvaient pas se réunir, pour préparer une alternative. Or cela n’est pas tout à fait vrai ni même juste.

Au vrai, cette objection vaut plutôt comme une excuse, pour masquer les compromissions de certains grands dirigeants français avec le pouvoir tyrannique de Denis Sassou Nguesso. En effet, tout citoyen sincère remarquera combien la classe politique française est muette, qui n’entend pas les éclats des bombardements du Pool ou qui a oublié les opposants embastillés, et fouettés comme au temps de l’esclavage avec d’affligeantes cicatrices. Rien qui ne leur arrache une quelconque émotion, indignation ou protestation.

M. Denis Sassou Nguesso est un ami et même un intime du Premier ministre Manuel Valls. Les journaux en ont fait mention. L’opinion publique internationale, les résistances africaines et toute la diaspora congolaise ne cessent de s’en offusquer. Mais rien n’y change, et pas même l’esquisse d’une gêne, pour les donneurs de leçons sur la morale publique et les droits universels de l’homme.

Mais tel n’est pas mon propos. Car il appartient aux Congolais de faire ou de refaire l’histoire de leur État, et à nul autre.

Revenons donc à la division de l’opposition congolaise, l’objet de cet article. Tous les commentaires faciles convergent vers un même argument : l’Ethnie, la clé de toutes les divisions politiques. Cette vision coloniale et néocoloniale a tant été martelée qu’elle est désormais admise comme allant de soi par les élites brazzavilloises, même les mieux formées ou les plus sincères. C’est une commodité, qui repose sur le refus des écoles et des idéologies ethnologiques françaises et congolaises de rechercher les causes secrètes de cette division dans le système tyrannique qui domine le Congo Brazzaville depuis bientôt un demi-siècle !

Si les opposants congolais ne peuvent se rassembler, c’est non parce qu’ils sont d’ethnies qu’on essaie d’opposer, mais en raison de l’une des principales caractéristiques de la tyrannie qui est de diviser. Un tyran est toujours minoritaire. Il ne doit sa survie qu’à la division. Sous ce rapport, M. Denis Sassou Nguesso a réussi. Et c’est peut-être même la seule réussite qu’il ait obtenue.

Plus que de longues analyses, qu’il me soit ici permis de citer longuement Aristote, afin que tous les patriotes du Congo Brazzaville prennent conscience que leur division à sa source dans la tyrannie qui les écrase, parfois plus qu’ils ne le croient eux-mêmes.

Le texte d’Aristote ci-dessous est extrait des Considérations politiques sur les coups d’État de Gabriel Naudé.  Le lecteur, s’il le souhaite, peut directement se reporter au livre d’Aristote, Les Politiques, paru chez GF Flammarion, à Paris, en 1990, qui présente une version légèrement modifiée et en français actuel :

« Pour le maintien de la tyrannie, il faut faire mourir les plus puissants et les plus riches, parce que de telles gens se peuvent soulever contre le tyran par le moyen de l’autorité qu’ils ont. Il est aussi nécessaire de se défaire des grands esprits et des hommes savants, parce qu’ils peuvent trouver, par leur science, le moyen de ruiner la tyrannie ; il ne faut pas même qu’il y ait des écoles, ni autres congrégations par le moyen desquelles on puisse apprendre les sciences, car les gens savants ont de l’inclination pour les choses grandes, et sont par conséquent courageux et magnanimes, et de tels hommes se soulèvent facilement contre les tyrans. Pour maintenir la tyrannie, il faut que le tyran fasse en sorte que les sujets s’accusent les uns les autres, et se troublent eux-mêmes, que l’ami persécute l’ami, et qu’il y ait de la dissension entre le menu peuple et les riches, et de la discorde entre les opulents. Car en ce faisant ils auront moins de moyen de se soulever à cause de leur division. Il faut aussi rendre pauvres les sujets, afin qu’il leur soit d’autant plus difficile de se soulever contre le tyran. Il faut établir des subsides, c’est-à-dire des grandes exactions et en grand nombre, car c’est le moyen de rendre bientôt pauvres le sujets. Le tyran doit aussi susciter des guerres parmi les sujets, et même parmi les étrangers, afin qu’ils ne puissent négocier aucune chose contre lui. Les royaumes se maintiennent par le moyen des amis, mais un tyran ne se doit fier à personne pour se conserver en la tyrannie.

Et au texte suivant qui est le XII, voilà comment il [Aristote] enseigne l’hypocrisie et le simulacre :

Il ne faut pas qu’un tyran, pour se maintenir dans la tyrannie, paraisse à ses sujets être cruel, car s’il leur paraît tel il se rend odieux, ce qui les peut plus facilement faire soulever contre lui : mais il se doit rendre vénérable pour l’excellence de quelque éminente vertu, car on doit toute sorte de respect à la vertu ; s’il n’a pas cette qualité excellente il doit faire semblant qu’il la possède. Le tyran se doit rendre tel, qu’il semble à ses sujets qu’il possède quelque éminente vertu qui leur manque et pour laquelle ils lui portent respect. S’il n’a point de vertus en effet, qu’il fasse en sorte qu’ils croient qu’il en ait » .

M. Denis Sassou Nguesso n’a rien créé. Il applique, à son pays, les plus vieilles recettes des tyrannies. En conséquence de quoi, abolir la tyrannie congolaise, c’est refonder l’unité nationale.

Hommage à António Monteiro Mascarenhas, ancien Président de Cabo Verde

vendredi 

7 octobre 2016 à 12:01

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Car il peut servir de modèle universel à ce que doit être tout Président d’une République digne ; d’une République, dis-je, dont le titre n’est ni usurpé et moins encore emprunté par commodité, comme le sont de nos jours maintes « républiques ». Aussi, par le vagabondage de mon imagination, j’incline même à croire que si Ambrogio Lorenzetti revenait et décidait de reprendre son célèbre tableau, Les Effets d’un bon gouvernement (1338), sans aucun doute eût-il inséré António Monteiro Mascarenhas parmi les personnages de l’emblématique République de Sienne.

L’homme était vertueux, au sens que Platon et Aristote – les deux grands maîtres de la philosophie politique – prêtent à cette notion. Puisqu’il resta simple tout le long de sa vie, modeste à souhait et exerça sa fonction avec la plus grande délicatesse et une haute exigence éthique, toujours soucieux du « bien public ».

La République de Cabo Verde, parlementaire en droit et semi-présidentiel dans son fonctionnement, lui doit bien plus que ce qui est généralement dit et admis. Ce n’est que justice, que de le rappeler.

1989 : le mur de Berlin vient de s’effondrer. Un vent puissant balaie alors la terre. Une averse démocratique (représentative) secoue le monde. Poreuse aux souffles du monde, les premiers effets se font très vite sentir dans l’archipel du Cap Vert : multipartisme, en 1990. António Monteiro Mascarenhas emporte, en mars 1991, les présidentielles, soutenu par le Mouvement Pour la Démocratie (MPD), parti de type libéral. Et élu Président de la République, il assurera la première alternance politique en Cabo Verde, sans y injecter la moindre secousse. Un exercice affiné de l’institution présidentielle et, cinq ans plus tard, le peuple caboverdien le lui rend bien et lui apporte 73% de ses suffrages. Un second mandat exemplaire, de bout en bout, jusqu’au 22 mars 2001.

À n’en pas douter, António Monteiro Mascarenhas aura été l’un des grands stabilisateurs des Institutions publiques caboverdiennes. Ses qualités personnelles y auront compté pour beaucoup : discrétion, modération, pondération, probité et courtoisie. Parce que ferme sur les principes républicains. Aussi apportait-il un soin particulier, une attention méticuleuse à maintenir les écarts entre vie privée et vie publique, entre morale personnelle et esprit public, intégrité personnelle et action politique. L’homme, dit Aristote, est l’être qui se tient droit.

Il était d’un naturel calme. D’une belle éducation et attentif aux autres. Un esprit bien formé au Droit, dans la prestigieuse université Catholique de Louvain (Belgique). Tout chez lui, comme chez Andromaque, respirait le Droit. Il eut pu dire avec elle :
Voici la règle que je loue et que je me prescris :
Ni dans ma cité ni dans mon ménage,
Nul pouvoir où ne soit le droit .

Il ne tient pas au hasard qu’il ait été Président de la Haute-cour de Justice de Cabo Verde de 1980 à 1990, avant d’être Président de la République.

Et que de souvenirs personnels. Il aimait mon père, Amarante Gonçalo Tavares, dont il était parenté au quatrième degré, par la branche Monteiro. Dès que cela lui était possible, il lui rendait visite. Et c’est avec une émotion sublime que nous relisons encore sa brève lettre de condoléances lors du décès de mon père.

António Monteiro Mascarenhas appréciait également le savoir (pas uniquement la connaissance) et il cultivait une bonne relation avec les intellectuels. Il me souvient bien, deux faits marquants. 1991. Juste après ma soutenance de doctorat de philosophie à Paris-1, sur Hegel et l‘Afrique, il me fit parvenir une lettre de félicitations, qu’il prit le soin étonnant de plastifier, comme s’il avait voulu qu’elle résistât aux épreuves du temps. Puis, à l’occasion de son premier passage officiel à Paris, il demanda au Protocole d’État caboverdien de lui organiser un tête-à-tête avec moi. En aparté, quel bel échange sur les grandes idées qui mènent le monde ! C’était un bonheur pour moi, un ravissement de l’esprit que celui de discuter avec un homme public si cultivé et éduqué.

L’Afrique, en dépit de ce que répandent les grands médias, offre au monde de beaux exemples de démocrates et de républicains. Incontestablement, António Monteiro Mascarenhas est à suivre. Puisse des biographies relater la vie de cet homme remarquable.

Le 16 septembre dernier, s’éteignit António Monteiro Mascarenhas.
Adieu, ami et cher Président ! Et encore merci pour tes leçons. Si tu fus si bon et si droit sur terre, alors comment ne pas préméditer que là-haut, au Ciel, tu continueras tes bonnes œuvres. Car les âmes bonnes ne changent pas de nature.

Hommage à Shimon Peres

vendredi 

30 septembre 2016 à 08:46

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Un homme est mort : Shimon Peres (Szymon Perski). Parmi les hommes, il fut un « grand homme », au sens que Hegel prête à ce mot. Un soldat de la Paix quitte ce monde inachevé, lourd d’un bel héritage : la naissance d’une nation, un vieux rêve. Vivre, dit René Char, c’est persister à accomplir un souvenir. Il a prôné et promu la Paix, avec les Palestiniens : les Accords d’Oslo et le Centre Peres pour la Paix. Mais il a également fait la guerre, contre eux, seulement lorsqu’il l’a cru utile et justifiée.

Hassan, son homme de confiance, le plus proche d’entre les proches, est un Palestinien. Deux amis. Pour Hassan commence les jours de peine et de tristesse.

J’ai rencontré Shimon Peres, la première fois, lors du centenaire de Charles de Gaulle, alors que j’étais membre du comité restreint d’organisation présidé par Bernard Tricot, sous l’autorité de Michel Rocard, Premier ministre. C’était en 1989. Nos échanges furent brefs et courtois.

Mémoire forte. Il s’en est souvenu, lors de notre deuxième rencontre, chez lui, à son domicile, à Tel Aviv, en 2003. Un esprit puissant et affable. Un bel échange d’idées. Le protocole était simple. Comme l’homme. Disponible et prompte à soutenir une idée qui lui paraissait nécessaire. Alors même que nous lui présentions un projet d’aide aux populations désolées d’Afrique centrale, il prit son téléphone, et en notre présence, saisit Mickaël Gorbatchev, pour l’y associer.

Il m’offrit une coupe de vin, du Merlot, excellent, l’un des meilleurs crus que j’aie bu.

Une photo, pour le souvenir.photo-avec-shimon-peres

Au mois de janvier dernier, nous avions programmé la troisième rencontre. Mais une alerte cardiaque en obéra le principe.

Somme toute, Shimon Peres a bien vécu, et toujours en homme digne. Puisse donc la terre lui être légère et que, là-haut, les propylées du Ciel s’ouvrent à son accueil.

Diverses sont les lignes de vie, comme sont les routes et les bornes des monts, dit Hölderlin. Ce que nous sommes, un Dieu l’achèvera là-haut, dans la grâce, la paix et les harmonies éternelles.

Gabon : comprendre la procédure électorale

lundi 

19 septembre 2016 à 08:25

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Le Gabon entre dans la phase décisive du contentieux électoral né de l’élection présidentielle. Afin d’éclairer l’opinion publique internationale, je rappelle, de manière succincte, les grandes lignes du Code électoral gabonais.

La liste électorale : élaboration

Le Ministère de l’intérieur (Article 8 : Loi N°10/98 du 10 juillet 1998) organise l’Administration et une Commission paritaire (composée à parts égales de représentants de l’Opposition légale et de la Majorité légale). Ces trois entités sont chargées de la préparation de la Liste électorale, qui est le document de base de toute élection (Titre III du Code électoral).

Révision annuelle du 1er janvier au 31 mars. Les listes électorales (article 42) sont établies en 7 exemplaires (2 sont remis au siège de la circonscription électorale, 1 au Gouverneur, 1 aux Ministres de l’intérieur, de la Justice, de la Planification et aux chefs de mission diplomatique).

Les listes électorales sont closes trente jours avant le scrutin (Article 47).

La Commission électorale nationale autonome et permanente (Cénap)

Cette Commission n’a aucun lien de subordination. Elle ne dépend que d’elle-même et ne rend compte de ses activités, ni aux pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire), ni à la Cour constitutionnelle.

La Cenap compte un Président (généralement un haut magistrat) nommé par la Cour constitutionnelle, deux vice-présidents (l’un issu de la majorité, l’autre de l’opposition), un Rapporteur général (Ministère de l’intérieur ou de l’Administration du territoire), un rapporteur adjoint (statisticien), deux Assesseurs (l’un de la majorité, l’autre de l’opposition) et les représentants de huit « ministères techniques » (Intérieur, Affaires étrangères, Éducation nationale, Justice, Communication, Défense nationale, Finances et Planification).

Au sein de la Cenap, il y a deux modes de prise de décisions : le consensus et le vote secret. Dans le second cas de figure, seuls les membres participent au vote.

La Cenap est chargée du bon déroulement du scrutin et de l’annonce les résultats provisoires. 30 jours avant une élection, elle affiche les listes devant chaque bureau de vote. Le président d’un bureau de vote est choisi sur une liste proposée par chaque Gouverneur provincial.

La Cenap procède au maillage de l’ensemble du territoire, par la mise en place de Commissions. Au plan provincial, chaque Commissions comprend un président, deux vice-présidents (l’un de la majorité, l’autre de l’opposition), un rapporteur général, un rapporteur général adjoint et deux rapporteurs) ; au niveau départemental (même modèle) ; à l’échelle communale (même modèle) et dans chaque représentation diplomatique ou consulaire. Sa compétence est nationale.

Composition du Bureau de vote
1 Président, 2 vice-présidents, 2 Assesseurs et 1 Secrétaire, 1 représentant de la Cenap (dont le statut est limité à celui d’observateur) et 1 représentant de chaque candidat.

Après le dépouillement des bulletins de vote, les résultats provisoires sont consignés sur un Procès-verbal signé par tous les membres du bureau de vote, à l’exception du représentant de la Cenap.

Après centralisation et le décompte de tous les résultats (articles 109 – 114 du Code électoral), la Cenap instruit le Ministre de l’intérieur qui en fait l’annonce publique. Dans le même temps, la Cenap transmet un exemplaire des procès-verbaux et pièces annexes à la Cour constitutionnelle et au Conseil national de la démocratie.

S’il n’y a pas de contestation sous les 8 jours, la Cour constitutionnelle revérifie les résultats, les valide et désigne la vainqueur du scrutin.

La Cour Constitutionnelle

En cas de contestation des résultats, les requérants ont 8 jours pour introduire leurs réclamations auprès du Greffe de la juridiction compétente pour enregistrement. Après réception, le Président de la Cour constitutionnelle désigne deux juges Rapporteurs pour l’instruction qui est non-publique.

Au terme de l’instruction, les deux juges Rapporteurs remettent leur rapport qui est alors rendu public. Dès lors, les parties intéressées peuvent intervenir à la faveur d’audiences publiques.

Ce n’est qu’à la suite de cette phase publique que les Juges constitutionnels se retirent et délibèrent. Sur les 9 Juges de la Cour constitutionnelle, 1 est désigné Commissaire à la Loi (équivalent d’un Procureur, qui défend les intérêts de la Collectivité publique).

La Cour constitutionnelle juge en premier et dernier ressort. Sa décision n’est susceptible d’aucun appel, ni recours. Elle est définitive.

Cette saisine de la Cour constitutionnelle est gratuite (article 113), écrite et contradictoire. En matière électorale, la Cour constitutionnelle ne peut recourir à des expertises externes.

Quelques articles à connaître

1. Consultation des résultats provisoires
Article 109 : Les listes d’émargement des bureaux de vote et les procès-verbaux sont tenus à la disposition de tout électeur qui peut les consulter sur place pendant un délai de huit jours à partir de la proclamation des résultats, aux sièges de la commission provinciale électorale, de la commission départementale électorale, de la commission communale électorale et de la commission nationale électorale, ainsi qu’au siège des missions et représentations diplomatiques et consulaires en ce qui concerne les élections présidentielles et le référendum. (Loi N° 10/98 du 10 juillet 1998).

2. Inéligibilités et violences
Article 31 : Sont frappés d’une inéligibilité de dix ans, les auteurs et les complices reconnus coupables d’actes de vandalisme et de violences électorales. Voir également l »article 145.

3. Observateurs internationaux
Article 150 : Lors des consultations électorales des organismes internationaux et des personnalités étrangères qualifiées peuvent, sur invitation du gouvernement, observer les différentes phases du processus.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits