Les trois « Europe » : entre Merkel et Tsipras

jeudi 

9 juillet 2015 à 08:05

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Alexis Tsipras devant le Parlement européen le 8 juillet 2015  (crédit photo : francetvinfo)

Alexis Tsipras devant le Parlement européen le 8 juillet 2015
(crédit photo : francetvinfo)

Il y a bien, désormais, trois « Europe » : l’Europe de la Commission européenne, qui est celle des marchés financiers ou du Traité de Maastricht. Elle est promue par Angela Merkel, François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, etc. Cette Europe-là est en crise de légitimité. Ensuite, l’Europe des nations prônée par Marine Le Pen et toutes les extrême-droites xénophobes du continent. Cette Europe réalise d’inquiétantes progressions. Enfin, l’Europe des peuples qui vient de prendre corps par la Grèce, avec les deux victoires successives du parti « Syriza » (législatives) et d’Aléxis Tsípras (référendum). Les victoires de Podemos et de Pablo Iglesias Turrión vont la consolider.

Une confrontation vient d’être engagée entre L’Europe de la Commission européenne et l’Europe des peuples, personnifiée par la chancelière Angela Merkel et le premier ministre Aléxis Tsípras.

« Selon que vous serez puissant ou misérable… »

Dans cette opposition, ce qui d’abord frappe, c’est de constater que, jusqu’ici, aucun des leaders de L’Europe de la Commission européenne n’a formulé la moindre critique des États-Unis qui ont été à l’origine des trois dernières grandes crises (subprimes, financière et des liquidités) entre 2008 et 2011. Alors même qu’ils sont tous si prompts à morigéner la Grèce, jusqu’à l’affront. Chacun de nous se souvient du mot si juste de Jean de la Fontaine : « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ». Et dans cette fable fameuse, parce que fort, le Lion, malgré tous ses crimes fut loué, quand l’Âne, faible et affamé, fut mis à mort pour avoir osé manger « l’herbe tendre » du pré.

C’est pourquoi, il y aura toujours une sorte d’injustice et quelque chose d’insupportable à voir et à entendre l’Europe de la Commission européenne humilier les Grecs et imposer son dictat à l’État grec.

Allemagne, un grave défaut de mémoire : Plan Marshall et Plan Morgenthau ?

L’Allemagne d’Angela Merkel est en défaut de mémoire. Elle semble oublier que, après avoir fait subir au monde deux grandes guerres et tant d’horreurs, l’Allemagne en ruines a vu sa dette effacée, rendue supportable au peuple allemand. Au vrai, qu’eût été aujourd’hui l’Allemagne, si elle n’avait bénéficié d’une aide massive (deux-tiers de sa dette annulée et prêts massifs : plan Marshall) ? Bienheureuse Allemagne, quand le président américain Harry Truman préféra le « plan Marshall » à l’humiliant « plan Morgenthau » qui non seulement prévoyait de diviser (en deux) l’Allemagne, de la dépecer (cession de territoires à la France, la Pologne, etc.), de la rendre entièrement pastorale (suppression de toute sa base industrielle) et entendait lui faire payer toutes les réparations.
Étrange ironie de l’histoire, mais qui n’est possible que par une lourde amnésie (défaut de mémoire), de voir Angela Merkel être vis-à-vis de la Grèce comme Henry Morgenthau (secrétaire au Trésor américain) voulut l’être face à l’Allemagne vaincue.

Pourquoi l’Allemagne de Merkel, qui heureusement n’est pas toute l’Allemagne, veut-elle aujourd’hui infliger à la Grèce la punition dont elle a été épargnée hier ?

Les dettes souveraines sont l’enfer des États

Haïti, alors la plus riche colonie du monde et qui contribuait au deux-tiers dans l’équilibre de la balance commerciale française, Haïti, le deuxième État du continent américain, ne s’est plus relever de la dette qu’elle dût payer à la France pour garantir son indépendance acquise par la force des armes. Son malheur actuel est un effet direct de son endettement sous Charles X.
On pourrait citer cent exemples de ce qui est avancé. En Afrique, les programmes d’Ajustement Structurel (P.A.S) imposés par la Banque mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI) n’ont pas fini de causer des dégâts. Le drame actuel de la Guinée-Bissau, qui fait 1% du PIB de l’Afrique de l’ouest, devrait être une leçon pour tous.

C’est pourquoi Aléxis Tsípras et Yánis Varoufákis n’ont pas eu tort de suggérer de sortir des sentiers battus. Car pourquoi le médecin se fâcherait-il avec le malade, lorsque c’est le traitement appliqué qui s’avère inefficace ?

La Grèce et le refus du crédit revolving

Car c’est bien de cela qu’il s’agit et non pas d’« aides » comme se plaisent à le faire croire les médias qui sont aux ordres et qui flattent l’orgueil des populations européennes, en leur faisant croire que ce sont elles qui devront payer l’insolvabilité grecque.

La Grèce de Tsipras a bien raison de refuser le « crédit révolving » qui lui est imposé. « Révolving », en effet, parce que les « prêts européens » consentis ne servent qu’à rembourser les prêts antérieurs et, ainsi, à augmenter l’endettement public qui, en cinq ans ont augmenté de 50%. Où est le bon sens ? D’autant que nos grands « spécialistes » en économie oublient de dire que tout prêt est assorti de « garanties souveraines » qui sont des produits financiers très rentables. Quand un État emprunte un montant, en contrepartie, il émet une garantie souveraine équivalente. Et de ce titre bancaire, les spéculateurs font grand bénéfice. Il ne faut rien connaître du monde de la finance, pour ne pas le savoir. Les garanties souveraines grecques ont beaucoup enrichi ceux qui les détiennent avant qu’elles ne perdent, par les mécanismes du marché des dettes souveraines, leurs valeurs initiales.

Le référendum de Tsípras et la signification du « Non » des Grecs

Il faut lire ou faire relire Les Suppliantes d’Eschyle, pour comprendre le recours de Tsípras au référendum. Ainsi, lorsque les cinquante Danaïdes, filles de Danaos, s’échappèrent d’Égypte après avoir refusé d’être mariées à leurs cinquante cousins, les Égyptiades, fils d’Egyptos, (excepté l’une d’entre elles : Hypermnestre), elles demandèrent asile au roi d’Argos et celui-ci fut confronté à un crucial dilemme : accorder l’exil aux Danaïdes et prendre le risque de guerre avec les poursuivants ou refuser l’hospitalité aux Danaïdes et manquer au premier des devoirs. C’est alors que, recherchant une « pensée qui sauve », il convoqua tout le peuple. Ainsi est née la démocratie, le pourvoir rendu par le peuple sur un enjeu majeur. C’est, au plan littéraire, la plus ancienne trace écrite de la démocratie.

Entre défaillance de mémoire et vaillance du souvenir

Alors que la chancelière Angela Merkel a perdu toute mémoire, Aléxis Tsípras se souvient d’Eschyle et du mode de surgissement de la démocratie. Là se tient la différence entre les deux leaders dont la confrontation renvoie à un enjeu essentiel : l’Europe de la Commission européenne ou l’Europe des peuples.

La réouverture d’une CAF bloquée par le maire depuis 2010

Par , le 

mardi 

3 décembre 2013 à 08:00

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(D.R.)

En 2010, plusieurs centres d’accueil de la Caisse d’allocations familiales de Seine-Saint-Denis fermaient. L’accueil d’Épinay-sur-Seine en faisait partie. Cette fermeture était alors annoncée comme temporaire, afin que le personnel puisse « résorber les retards de traitement des dossiers ».

Cette décision « provisoire » a été suivie de la promesse d’une réouverture de 10 agences « famille » dans le département, au lieu des 40 centres d’accueil qui existaient auparavant. Aucune agence de ce type n’a été ouverte à Épinay.

En mai 2011, sous le gouvernement précédent, le député de la circonscription s’est adressé à la ministre compétente à ce sujet. La réponse gouvernementale indiquait une fermeture pour raisons de sécurité des personnels : « Cette fermeture est donc bien temporaire. Des échanges sont en cours avec le maire d’Épinay pour rechercher une implantation de la CAF plus conforme aux besoins des allocataires et des personnels. »

Plus de deux ans plus tard, rien n’a donc été fait par le maire pour trouver un nouveau local approprié, et réimplanter une agence de la CAF sur la commune. Cela, alors que le contexte social difficile est ressenti par les Spinassiens, particulièrement dans les quartiers populaires comme à La Source, où l’ancien accueil était installé et aisément accessible.

Depuis 2010, les Spinassiens sont donc obligés de se déplacer à l’accueil de la tour Pleyel de Saint-Denis, pour des heures d’attente même pour un simple dépôt de dossier, et sans certitude de voir leur dossier reçu en cas de forte affluence. Le maire d’Épinay, lui, estime que les Spinassiens peuvent se contenter du Centre communal d’action sociale (CCAS) du 7 rue Mulot.

(D.R)

Mais celui-ci est lui-même sous tension, avec un personnel trop peu nombreux pour l’afflux de dossiers. Ainsi, alors que le traitement par l’accueil de la CAF est de quelques jours et permet par exemple de toucher le RSA dès le premier mois après le dépôt du dossier, le traitement par le CCAS est de plus de trois mois, et a pour conséquence de priver les allocataires de 3 à 4 versements mensuels selon les cas. Étant données l’urgence sociale et les conditions de vie extrêmement fragiles des allocataires, de tels retards peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les Spinassiens, leurs familles et leurs enfants.

La disparition sans réimplantation du centre d’accueil de la CAF, et l’augmentation des délais de traitement des dossiers sont un nouvel élément à charge dans le bilan d’un maire qui, loin d’aider la population, reste sourd à ses problèmes, malgré leur aggravation en période de crise. Cela illustre également à la politique de la municipalité de droite visant à l’abandon des quartiers populaires, progressivement privés de services publics et plus que jamais enclavés.

François Hollande : une formule paradoxale

mercredi 

1 mai 2013 à 09:00

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François Hollande

(AFP)

« Ma priorité, je l’ai dit, c’est l’emploi, mais mon cap, c’est la croissance. »

Selon cette formule, la « priorité » présidentielle, c’est-à-dire ici « l’emploi », vient avant le « cap », autrement dit « la croissance ».

Pour les théories économiques libérales, c’est une absurdité doctrinale. En effet, pour elles, c’est la croissance qui crée les emplois, et non l’inverse. Ainsi, pour la France, elles estiment qu’à partir de 2,5 à 3% de croissance, la création d’emplois dépasse les pertes ou destructions d’emplois.

Sous ce rapport, poser l’emploi comme « priorité » présidentielle, autrement dit comme ce qui, en matière de politique publique, « passe en premier » ou « précède » tout autre dispositif, c’est évidemment énoncer un paradoxe. Car, dans l’optique libérale adoptée par François Hollande, les emplois sont la résultante ou une conséquence de la croissance.

Ainsi, François Hollande eût dû dire : ma priorité, c’est la croissance, mais mon cap, c’est l’emploi. Même dans ce cadre, il devrait savoir et montrer qu’un « cap » n’est qu’une « direction vers… », et nullement une finalité ou un but. Indiquer un « cap » ne suffit donc pas. Pour toute gauche digne de ce nom, la finalité, c’est la justice sociale.

Il est grand temps que François Hollande précise la finalité qu’il poursuit.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits