Manuel Valls et les « improvisteurs » : la nouvelle gouvernance

mercredi 

6 mai 2015 à 12:05

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Les « improvisteurs » sont dans les murs. Dans un entretien au magazine culturel, L’œil, Manuel Valls songe à « intégrer, dans nos écoles, l’art de l’improvisation que porte Jamel Debbouze». Rien que cela. Mais c’est une opinion saugrenue de plus.

Escole ! Le mot latin « schola », tiré du grec « skolê », a forgé le vocable « école » qui désigne les « murs ». Bien évidemment, ceux d’une enceinte d’enseignement.

Les « improvisteurs » y pénètrent en fanfare, chaque mois, en proposant leur opinion comme des projets gouvernementaux. Ils sont dans les murs et poursuivent leur œuvre de dévastation bruyante. En effet, alors même que l’actuel chaos des « rythmes scolaires » n’a pas rompu ses effets, voilà que nos « improvisteurs », avec une méthodique obstination, enfoncent l’École publique dans le burlesque.

Qui donc, à cette question, portera réponse : où vont la France et sa République, lorsqu’une ministre de l’Éducation nationale et son Premier ministre, à la Rhétorique préfèrent l’improvisation, et en lieu et place de l’Éloquence proposent comme nouveauté la jam session, le mot anglais pour dire « séance d’improvisation » ? Nouvelle trouvaille gouvernementale du mois d’avril : la jam !

Dans Foule sentimentale, à propos de la « vie en rose », Alain Souchon raillait « que l’on nous propose Claudia Schiffer » comme horizon. Manuel Valls fait mieux encore, pour nos élèves : il leur propose Jamel Debbouze, mais sans que celui-ci n’ait rien demandé et, autant que nous le sachions, surtout pas à devenir une source pédagogique dans la réforme des programmes scolaires. Madame le Ministre et son Premier ministre seraient bien inspirés de laisser le Jamel Comedy Club hors de murs de l’école publique.

Il y a un peu plus de deux siècles, Bossuet pensait l’improvisation comme une conséquence esthétique de l’Éloquence. Bien évidemment, L’Aigle de Meaux parlait de la haute, puissante et belle improvisation tirée de la connaissance. C’est tout le contraire du « rose qu’on nous propose ».

Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, eux, opinent sur l’improvisation à partir des cultures urbaines. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : par le dispositif ludique de la jam session, faire entrer, de façon officielle, les « cultures urbaines » dans l’école. Mais le paradoxe ici consiste en ce qu’elles y sont déjà et sont même un des ferments de la crise scolaire. En effet, les tenues vestimentaires, le parler (verlan, écriture phonétique, vocabulaire obscène, irrespect, déscolarisation, etc.), la gestuelle (démarche, signes de la main, allure de défi, etc.) adoptés par les « jeunes » s’entendent relativement aux « cultures urbaines », dont le rap, le hip-hop et le reggae sont des variantes d’expression. Aussi, l’opinion extravagante selon laquelle il faudrait « intégrer, dans nos écoles, l’art de l’improvisation que porte Jamel Debbouze » vise, en réalité, à la reconnaissance politique et la consécration pédagogique des « cultures urbaines », qui ne sont elles-mêmes que des « cultures » contre les « urbanités » plus communément appelées les  « civilités ».

En tout état de cause, si l’intention pédagogique de nos deux réformateurs est la pratique de l’improvisation, pourquoi n’ont-ils pas songé à Ferdinand Joseph Lamothe alias Jerry Roll Morton, l’inventeur du Jazz, maître de l’improvisation et Français d’origine antillaise ? C’eût été perçu bien autrement.

Une autre expérience révoque en doute l’introduction tapageuse des « cultures urbaines » en milieu scolaire. Elle eut lieu aux États-Unis, à la fin des années 1990. Pour les élèves en difficulté scolaire des quartiers défavorisés, il s’était alors agi de faire leur apprendre les leçons sur fond de musique Rap. L’échec fut retentissant. Depuis, plus personne n’en parle. Pourquoi reprendre ce qui, ailleurs, a échoué ? Là encore, si l’on veut forger la mémoire des élèves en difficulté, pourquoi ne pas songer à leur enseigner cette vieille technique qu’est le « bâtiment de mémoire », si efficace et qui a fait ses preuves mnémotechniques ? C’est que, dès lors qu’il s’agit des couches populaires et des élèves des quartiers sensibles, le réflexe des « nos » nouveaux bourgeois est d’adopter les préjugés de classes dites supérieures. Nos deux réformateurs ne font rien d’autre : niveler l’enseignement, par le bas. Et le plus tragique, en l’occurrence, est leur enthousiasme juvénile à faire de telles propositions.

Ainsi persistons-nous à penser que l’intention du Premier ministre et l’opinion du ministre de l’Éducation nationale s’inscrivent dans le vieux projet de destruction de l’École publique ou du moins de la « liquidation » de sa vocation initiale : la transmission rigoureuse des connaissances par l’enseignement académique, telle qu’elle fut d’abord pensée par Charlemagne (école obligatoire pour les aristocrates et gratuite pour les enfants pauvres), puis magnifiée par Robert Sorbon (l’université pour les étudiants pauvres) et finalement portée au pinacle par Victor Duruy et la IIIe République (universalité de l’instruction).

Le plus dramatique dans cette affaire est de voir que nos deux réformateurs ne mesurent ni le sens de leur propos ni la portée de leur proposition.

Au fond, on peut même les soupçonner d’improviser l’improvisation, tant ils paraissent ne pas savoir ce qu’est en propre l’improvisation ou la jam session. C’est pourquoi, selon l’évolution des débats publics et des résistances qu’ils rencontrent, on les voit adapter leur projet. L’improvisation banale, c’est-à-dire telle qu’ils l’entendent, repose sur du volubile.

Ceci est si vrai, qu’il est aisé de s’apercevoir qu’ils n’examinent que bien leur proposition. Sinon, par l’exercice rapide d’une analyse lacanienne ou même historique, ils auraient appris que le mot « jam » ou l’improvisation, typique du vocabulaire du jazz, du hip-hop et du reggae, est à forte connotation sexuelle ou libidinale, comme le suggère l’une de ses dimensions cachées. En effet, à l’origine, le mot anglais « jam », confiture, désigne « un gâteau roulé à la confiture » et, en musique, renvoie à des obscénités et à l’éjaculation. C’est cela l’improvisation. Car elle est essentiellement masculine. Ce qui est conforme à la dimension et la domination masculines des « cultures urbaines ».  Et comme ce dispositif n’échappera pas à la situation réelle des quartiers sensibles, chacun peut donc anticiper ce que sera l’introduction de la « jam » en milieu scolaire.

En tous les cas, l’école est devenue un fourre-tout voire une remise. Au fil des réformes, elle perd son statut pédagogique et voit sa fonction académique se dégrader pour devenir une institution d’accompagnement social chargée de la gestion des problématiques sociales (éducation familiale, sexualité, intégration, religion) et de la régulation des désordres sociaux. Au lieu d’être préservée comme doit l’être un sanctuaire, elle devient place publique. Entre les « murs » et la « place », il faudra choisir.

Qui donc, à cet étonnement, fournira réponse : où mène-t-on l’école publique quand, face à l’effondrement continu de la langue française, les « improvisteurs » préméditent la froide suppression des classes bilangues, celles-là mêmes qui enseignent les trois autres langues sur lesquelles repose toute la pensée occidentale : le Grec, le Latin et l’Allemand ? Est-ce un hasard ? Seul l’Anglais est pour lors épargné. Que recherchent les « improvisteurs », en saccageant de la sorte le français au pays de Molière et Hugo, et en érodant les bases linguistiques de la Métaphysique européenne ?

On s’en souvient bien, Christiane Taubira avait présenté le « mariage pour tous » comme une « réforme de civilisation ». Avec la réforme Valls – Vallaud-Belkacem est programmée l’extinction graduelle ou progressive de la culture occidentale. Car cette réforme s’en prend ouvertement à l’une de ses bases essentielles : les langues de la pensée.

Qui donc, à cette double provocation, apportera réponse : est-il utile, en cette époque de forte crise identitaire et de grand risque de décohésion nationale, de rendre obligatoire l’étude de l’Islam au collège et aléatoire celle du Christianisme ? Que recherche cet Exécutif ? S’étonnera-t-on encore qu’il reprenne à son compte cette vieille idée de droite qui, il y a une vingtaine d’années, avait songé à édulcorer l’enseignement de l’Histoire. En effet, vouloir supprimer la chronologie (mémoire, date et repère), au profit de grands thèmes historiques, n’est-ce pas frapper l’enseignement de l’Histoire dans son fondement même ?

Ce gouvernement d’« improvisteurs » a fait de l’improvisation sa propre marque de fabrique. C’est sa signature politique, désormais reconnaissable. En effet, constamment, à l’improviste, ce gouvernement improvise et donne corps à l’imprévu. L’imprévu (improvisus) est sa démarche. Et y a-t-il meilleur exemple que ce flagrant délit d’improvisation, quand la ministre de la Culture se réjouissait de déjeuner avec le Prix Nobel de littérature, Patrick Modiano, sans jamais avoir lu ? La trame de leur discussion était livrée à l’improvisation. C’est cela même l’improvisation d’un improvisteur. Improvisus !

Précision lexicale : « improvisteurs » et « improvisateurs » ont une racine identique et signifient la même chose. Il en fut ainsi, dans le passé récent de la langue française. Improvisus signifie imprévu. C’est pourquoi, pour qui médite en propre la langue française, les mots « imprévision », « imprévu » et « improvisation » sont le même.

En réalité, pour qui apprend à observer le gouvernement Valls, celui-là ne s’étonnera plus que l’improvisation soit à la fois son idéologie et sa pratique. Ce gouvernement, aussi difficile que cette vérité soit à dire, ce gouvernement-là n’a pas de projet. Comment ne pas voir que c’est à l’improviste que Manuel Valls improvise ? Continûment. Tout est organisé à la hâte et sur-le-champ.

Et, pour l’improvisation, quel meilleur champ d’application que les grands domaines de l’État ! On s’en est vite rendu compte avec la Loi Macron, un fourre-tout législatif. On s’en aperçoit avec la Loi Rebsamen : un débarras, un grenier pour les grandes questions sociales. On est saisi d’effroi par la Loi Vallaud-Belkacem sur l’école : un méli-mélo éducatif qui, chaque semaine, au gré d’improvisations faites d’imprévus, fissure un peu plus l’édifice scolaire. De cet état de fait, si la République n’y prend garde, l’édifice scolaire déjà ébréché pourrait s’écrouler.

Ainsi, après avoir prodigieusement « oublié » Jaurès et occulté le socialisme, après avoir divisé les familles avec le « mariage pour tous », ce gouvernement veut à présent éteindre Les Lumières !

Seul le capitalisme financier trouve pleine grâce aux yeux de ce gouvernement-là.

On l’aura compris, lorsque Manuel Valls affirme vouloir « intégrer » dans les écoles « l’art de l’improvisation que porte Jamel Debbouze», en fait, il ne fait qu’ériger sa méthode de gouvernement en enseignement scolaire. Manuel Valls voudrait que Jamel Debbouze soit à l’école publique ce que lui-même est à la politique gouvernementale. Ou alors inversement, il entend être à la politique gouvernementale ce que Jamel Debbouze est au sketch et au théâtre de rue. Pour peu donc, l’actuel gouvernement sera un « Valls Tragedy Club ».

Et c’est ce qui toujours advient, lorsqu’on abandonne les idées et que les opinions deviennent la matière des projets publics : de l’improvisation, encore de l’imprévu, toujours à l’improviste.

Rythmes scolaires : quelles activités pour les enfants d’Épinay en 2014 ?

Par , le 

vendredi 

27 septembre 2013 à 07:40

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Comme 80% des communes françaises, la ville d’Épinay-sur-Seine n’appliquera la réforme des rythmes scolaires, appelé aussi rythmes éducatifs, qu’à partir de la rentrée 2014. Il est cependant essentiel que les grandes lignes de sa mise en œuvre soient rapidement tracées, afin que cette année 2013-2014 permette d’offrir aux écoliers spinassiens un changement de qualité dans un an.

Des annonces insuffisantes

La municipalité d’Épinay prend malheureusement à la légère une réforme fondamentale pour nos écoliers et leur réussite. Le récent numéro de la revue officielle du maire de droite aborde ainsi la question d’une façon bien peu claire, qui traduit le manque de travail de cette municipalité bien peu concernée par l’avenir de nos enfants.

À en croire la municipalité, donc, il s’agit « de définir les nouveaux horaires (qui seront les mêmes pour toutes les écoles de la commune) et si la demi-journée supplémentaire sera le mercredi ou le samedi matin ». C’est prendre cette réforme d’une façon minimale et en ignorer totalement les principaux objectifs. On peine à comprendre quel est le « projet éducatif cohérent » que cette municipalité se targue d’élaborer.

Rappel : quelle réforme, pour quels objectifs ?

École Anatole France à Épinay-sur-Seine (D.R)

École Anatole France à Épinay-sur-Seine (D.R)

La réforme des rythmes scolaires ou éducatifs, tant débattue dans les médias, est issue du décret du 24 janvier 2013 sur l’organisation du temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires.  Il a pour objectif de revenir sur la semaine de 4 jours, dont la conséquence est que les écoliers ont moins de jours d’école que dans tous les autres pays de l’OCDE (144 jours contre 187 jours en moyenne) et subissent donc des journées plus longues, plus chargées, plus fatigantes.

L’objectif est donc de mieux adapter le temps d’apprentissage aux enfants, mais aussi de mieux articuler temps scolaire et périscolaire en ouvrant aux enfants « des activités sportives, culturelles, artistiques qui contribueront à développer leur curiosité intellectuelle et à renforcer le plaisir d’apprendre et d’être à l’école ». C’est là que la municipalité entre en jeu, afin de coordonner l’offre d’activités périscolaires et d’en garantir la qualité.

Des moyens importants

La question des moyens financiers, avancée par certaines communes pour retarder la réforme, est en l’espèce peu  adaptée. Il est en soi dommage que la municipalité n’ait pas fait l’effort d’une mise en œuvre dès la rentrée 2013, qui aurait garanti aux écoliers spinassiens une aide exceptionnelle s’élevant à 90 euros par élève pour l’année 2013-2014 et 40 pour l’année 2014-2015.

Il n’en reste pas moins que l’aide pour Épinay, ville éligible à la dotation de solidarité urbaine (« DSU cible »), s’élèvera à 45 euros par élève, auxquels il faut ajouter les budgets existants dans le périmètre éducation et jeunesse, déjà consacrés aux activités périscolaires, ou ceux qui pourront être réorientés vers ce domaine prioritaire. Les soutiens financiers existants à l’accueil périscolaire des enfants, par les caisses d’allocations familiales (CAF) notamment, se poursuivront aussi et se renforceront avec la création de nouvelles activités périscolaires.

Les 10 000 écoliers d’Épinay-sur-Seine disposeront donc d’une enveloppe minimale de 450 000 euros qui viendra s’ajouter aux 18M€ consacrés annuellement par la ville à l’éducation et à la jeunesse.

Pour un projet ambitieux et juste envers tous 

La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école parue du 8 juillet 2013 met en place les projets éducatifs territoriaux (PEDT). Le PEDT doit être élaboré à l’initiative de la commune, en coopération avec les acteurs concernés (administrations de l’État, associations, institutions culturelles et sportives, etc.).

Il est donc essentiel que la commune élabore un PEDT en concertation avec le personnel éducatif, les associations et institutions culturelles et sportives, mais aussi avec les parents d’élèves. La réforme des rythmes scolaires doit être mise en œuvre à Épinay avec les familles, pour la réussite de leurs enfants, et ne peut concerner uniquement le choix du mercredi matin ou bien (par dérogation) du samedi matin pour la demi-journée de classe supplémentaire.

Quelques principes fondamentaux doivent en tout cas guider une réforme ambitieuse pour nos enfants et juste pour tous :

  • Toute tarification des activités périscolaires doit être rejetée, à l’inverse de ce qui est fait aujourd’hui dans les centres de loisirs du mercredi. Laissée au libre choix de la commune, cette tarification serait un facteur discriminant entre les enfants qui pourraient ou non participer aux activités périscolaires, et dans le choix de ces activités.
  • Facultative, la participation aux activités périscolaires doit être incitée par une offre riche et qualitative. Il est essentiel que tous les enfants d’Épinay-sur-Seine, quel que soit leur quartier et l’origine sociale de leurs parents, se voient proposer de véritables apprentissages artistiques, culturels et sportifs.
  • Théâtre, danse, musique, sports collectifs ou individuels : les enfants d’Épinay ont droit aux activités les plus enrichissantes, mais cela implique aussi une réelle exigence et de réels moyens consacrés dans l’équipement et l’encadrement de ces activités. Tout l’inverse de ce qui est aujourd’hui pratiqué dans les centres de loisirs de la municipalité, simple garderie tarifée où aucun projet ne guide l’enfant dans ses activités.
  • La réforme des rythmes scolaires doit aussi être l’occasion de mieux garantir les droits de tous enfants, en particulier pour l’accès à la cantine, quels que soient les moyens de leurs parents. De même, il est essentiel que la cantine soit ouverte au terme de la matinée de classe supplémentaire, particulièrement si celle-ci est placée le mercredi matin.

Épinay-sur-Seine : ce que les écoliers ne doivent pas au maire

Par , le 

vendredi 

20 septembre 2013 à 12:01

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Le numéro de septembre d’Épinay en scène, revue officielle de la municipalité, consacre un dossier à l’éducation. En cette rentrée scolaire et un an avant les élections municipales, c’est l’occasion pour le maire de s’attribuer indûment le succès de mesures ne relevant pas de sa politique.

Le dossier « rentrée scolaire 2013 » présente le projet d’école numérique et l’ouverture de nouvelles classes comme résultats de la seule politique municipale. Il n’en est rien.

École Romain Rolland (D.R)

Tout d’abord, l’article « Au tableau… numérique » ne mentionne pas que le projet d’école numérique découle de la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école portée par le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon. De plus, l’article n’indique pas que les villes qui s’engagent dans ce projet, donc Épinay-sur-Seine, reçoivent une aide financière de l’État. En somme, en affirmant que la « Ville s’est engagée dans un projet numérique […] », Épinay en scène, revue de droite, maquille la réalité puisque la ville bénéficie d’un projet impulsé par le gouvernement et financé par le ministère de l’éducation nationale de gauche.

Ensuite, la municipalité annonce une « vraie classe pour les moins de 3 ans ! ». Encore une fois, elle ne précise pas que cette ouverture est consécutive à la publication d’une circulaire du ministre de l’Éducation. Rappelons que le maire actuel s’y est vivement opposé pendant des années et est resté indifférent aux propositions de M. Yannick Trigance à ce sujet. En effet, ce maire a ardemment soutenu la politique prônée par Nicolas Sarkozy (réduction d’effectifs dans l’éducation) et a constamment refusé de contester les fermetures de classes dans notre ville. Chaque citoyen a la possibilité de le vérifier en lisant les procès-verbaux du conseil municipal.

Enfin, le même dossier aborde en quelques lignes le sujet de la restauration scolaire pour signaler l’ouverture d’un demi-self au sein d’une école élémentaire. Ce court article vante la qualité nutritive des aliments proposés aux écoliers spinassiens. À ce propos, la rubrique Développement durable est aussi consacrée à la restauration scolaire et fait un point sur le fonctionnement des cantines, l’introduction de produits issus de l’agriculture biologique et répète ce qui est dit dans l’article du dossier sur le même thème. Une nouvelle fois, ces articles ne rappellent pas que l’objectif de 20%  de produits certifiés bio ou durables dans la restauration scolaire provient de la loi « Grenelle de l’environnement ». Il est laissé supposer aux Spinassiens que c’est la majorité municipale de droite qui fixe ces objectifs quand elle bénéficie encore une fois d’une politique nationale. Par ailleurs, traiter la restauration scolaire sous cet angle permet d’occulter tout le combat que les parents d’élèves et l’opposition locale a mené pendant plusieurs années contre cette municipalité de droite afin qu’elle se mette en conformité avec la loi et accepte tous les enfants à la cantine quelles que soient les conditions de ressource de leurs familles. En effet, jusque la rentrée dernière, le maire n’acceptait que les enfants dont les deux parents travaillent alors que l’on sait que des familles fragilisées par la crise (perte d’emplois) ne sont pas toutes en mesure de donner un repas équilibré à leurs enfants chaque jour.

Ces omissions d’informations répétées laissent à penser que la municipalité actuelle veut s’accaparer des idées qu’elle n’a pas su avoir, les politiques qu’elle ne conçoit pas et qu’elle ne finance pas. Elle veut faire croire aux Spinassiens qu’elle est inventive et active alors qu’elle applique la loi comme toutes les communes de France, à travers des mesures auxquelles le maire s’est parfois lui-même fermement opposé.

Entretien avec Yannick Trigance

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mercredi 

26 juin 2013 à 09:42

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Yannick Trigance (D.R.)

En prélude à la réunion publique de la gauche et des indépendants qui aura lieu le 3 juillet prochain (salle des fêtes, 18 rue du général Julien), le blog de Pierre Franklin Tavares accueille aujourd’hui Yannick Trigance. Personnalité de la gauche spinassienne et conseiller régional d’Île-de-France, Yannick Trigance est le secrétaire de section du Parti socialiste à Épinay-sur-Seine depuis 1995, et secrétaire national adjoint a l’éducation du PS.

Vous êtes secrétaire national adjoint à l’éducation du Parti socialiste. En quoi la question scolaire est-elle un enjeu crucial pour une municipalité comme Épinay ?

L’école de la République, c’est la base de tout : lorsque l’école avance, c’est la République qui grandit et chaque jeune, quel que soit le milieu d’où il vient, a le droit de réussir son parcours. A Épinay, ville extrêmement jeune, l’avenir de notre jeunesse passe d’abord et avant tout par l’école , dès la maternelle, car c’est dès la petite enfance que les inégalités apparaissent et qu’il faut les combattre pour garantir une véritable démocratisation de la réussite. La scolarisation des enfants de moins de trois ans, refusée pendant des années par l’actuelle municipalité,devrait être une priorité absolue.

La question scolaire doit donc être la première des priorités de la municipalité, mais pas de manière superficielle uniquement basée sur de la communication : il s’agit de proposer un véritable projet éducatif répondant aux besoins de nos jeunes et de leur famille.

Face à certains problèmes de locaux comme à l’école des Écondeaux, vous proposez une révision de la carte scolaire. Pouvez-vous nous en parler ?

Je suis effectivement intervenu auprès de l’actuelle municipalité afin qu’elle stoppe un  projet d’agrandissement de l’école des Econdeaux qui mettait en jeu la sécurité des élèves et des enseignants mais également les conditions matérielles et pédagogiques d’enseignement. En effet, face à l’augmentation des effectifs, le maire actuel voulait installer un préfabriqué supplémentaire sur le toit d’un préfabriqué dejà existant depuis plus d’un an : c’est inacceptable.

Je suis donc intervenu pour demander, comme l’ont fait les parents et les enseignants, que ce projet soit annulé et que l’on puisse proposer aux familles des places dans des écoles du secteur qui disposent de locaux pour accueillir leur enfant. Et j’ai été entendu puisque le projet d’agrandissement a été suspendu. Je considère que la question de la carte scolaire doit être traitée dans la concertation avec l’ensemble des membres de la communauté éducative, dont les parents qui disposent de représentants élus.

Malheureusement, cette concertation n’existe plus depuis plusieurs années dans notre ville, et c’est une grave erreur car les parents sont les premiers concernés par l’éducation de leurs enfants.

 Vous siégez au Conseil régional d’Île-de-France, où vous avez récemment mis l’accent sur le décrochage scolaire. Comment remédier à ce problème important dans notre ville ?

J’ai effectivement eu le plaisir et l’honneur d’être le rapporteur de mon groupe à la Région sur la question de la lutte contre le décrochage scolaire, question sur laquelle je travaille depuis longtemps. Il faut savoir que le décrochage scolaire touche chaque année plus de 20 000 jeunes en Île-de-France, que c’est un processus complexe combinant facteurs éducatifs bien sûr, mais également sociaux, familiaux et territoriaux, et qu’il appelle une réponse globale et innovante.

A Épinay par exemple, il faudrait innover dans la méthode de travail à travers une meilleure coordination de l’action de l’ensemble des acteurs engagés, la construction de passerelles supplémentaires entre collèges et lycées de notre ville et CFA et l’affirmation d’un « droit à l’erreur » en matière d’orientation. Il y a lieu également d’innover  en matière de méthodes pédagogiques via une montée en charge de structures nouvelles à la pertinence reconnue par tous les acteurs, comme les micro-lycées dont nous souhaitons doubler le nombre et améliorer la répartition sur le territoire francilien. Et la ville d’Épinay pourrait jouer, avec une vraie volonté politique , un rôle majeur afin de relever ce défi qui conditionne l’avenir de notre jeunesse .

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits