Présidentielles 2017 : Macron, une victoire en demi-teinte

lundi 

8 mai 2017 à 21:44

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La présidentielle française s’achève, par une victoire… contre Marine Le Pen. Et Emmanuel Macron, élu avec 66,10% des suffrages exprimés », ne paraît l’être qu’à moitié ; d’où un étrange sentiment républicain au lendemain de ce qui, en définitive, ne restera que comme un sursaut anti-frontiste.

Un Président faible, qui ne pourra pleinement incarner tout le Titre II des articles 5 à 19 de la Constitution, par lequel se définit les prérogatives d’un Président de la République fort ; un Titre II taillé sur mesure pour le général Charles de Gaulle, après la tentative de coup d’État du 13 mai 1958 démarré à Alger, poursuivi en Corse et qui devait se finaliser à Paris.

Un Président faible, auquel il semble bien difficile, aujourd’hui, de disposer d’une majorité parlementaire cohérente, homogène et solide le mois prochain, lors des législatives 2017.

La concomitance de ces trois affaiblissements (électoral, constitutionnel et parlementaire) autorise à dire d’ores et déjà, c’est-à-dire avant même sa prise de fonction et le début de son mandat, qu’Emmanuel Macron est le plus faible et le plus fragile Président de la 5ème République.

Cette fragilité (provisoire ou durable) l’oblige à envisager une gouvernance par « ordonnance », comme Manuel Valls dut se résoudre à l’usage abusif du 49-3. Mais toute la difficulté de ce type de gouvernance tient au fait que cette prérogative présidentielle présuppose un auto-dessaisissement de l’Assemblée nationale qui, pour un temps limité, délègue certains de ses pouvoirs au Président de la République. L’Assemblée législative qui sortira des élections de juin 2017 le fera-t-elle ? Rien n’est moins sûr, si elle est de gauche ou de droite. C’est pourquoi, anticipant ce risque, le nouveau Président a été conduit à renoncer à l’un de ses grands engagements : tout député de sa majorité parlementaire pourra rester et appartenir à un parti autre que le mouvement En Marche.

C’est à nouveau la méthode du fourre-tout ou le bric et le broc, dont Emmanuel Macron a fait une spécialité (voir la Loi Macron et le mouvement En marche) et que nous ne cessons de dénoncer depuis deux ans.

Pour bien comprendre ce qui vient d’être dit, revenons au second tour de la présidentielle. Un indicateur, plus que tout autre, ne trompe guère : la structure (ventilation) des votes du 7 mai 2017, de laquelle le vainqueur ressort comme un Président « faible », d’abord au plan électoral (poids et agrégat des votes), ensuite au sens constitutionnel de l’adjectif.

En effet, les 66,10% des « suffrages exprimés » en faveur du nouveau Président de la République sont triplement grevés ou pondérés. En premier lieu, par une très forte abstention, qui s’est amplifiée entre le premier et le second tour, passant de 22,23% d’abstention, soit 10.577.272, à 25,44% d’abstention, soit 12.101.416, ce qui équivaut à une augmentation de 2,21%. En deuxième lieu, par le « vote blanc » qui, de 1,78%, soit 659.302 bulletins au premier tour, est passé à 8,51%, soit 3.019.735 bulletins, un taux record et inédit, puisque multiplié par quatre.

Mais au phénomène des bulletins blancs, il faut ajouter le vote nul qui, de à 0,77%, soit 285.431 de voix au premier tour, est passé, au second tour, à 2,96%, soit 1.049.522 de voix.

Au total, le cumulé des votes blancs et nuls est passé de 2,55% au premier tour à 11,47% au second tour, une multiplication par cinq. C’est la première fois, sous la 5ème République qu’un tel niveau est atteint.

Au reste, la participation qui, au 1er tour, était de 77,77% a baissé à 74,56%, soit un recul de 3,21%. Somme toute, entre les deux tours, les votes exprimés ont fléchi de 75,78% à 66,01%, soit une baisse totale de 14% de suffrages exprimés.

L’ensemble des considérations précédentes conduisent à très fortement relativiser la victoire d’Emmanuel Macron, qui n’est que la défaite du Front National, dont l’audience politique s’est accrue d’un tiers du corps électoral français. Incroyable !

Par maints côtés, seule la Présidentielle de 1969 reste quelque peu comparable à celle de 2017 : un effondrement du bloc socialiste, avec la cuisante défaite des deux ancêtres du Parti socialiste (G. Deferre – P. Mendès France, SFIO, à 5,01%, et Michel Rocard, PSU, à 3,61%, soit un total socialiste de 8,62%). Un Parti communiste à 21% dont le candidat Jacques Duclos (3ème au premier tour) qui, au second tour, prôna l’abstention, portant par cette consigne l’abstention de 22,41% au premier tour à 31,15% au second tour ; et ce qui n’est pas sans rappeler et explique la posture de Jean-Luc Mélenchon.

En somme, dans un contexte particulier parce que très fortement marqué par la présence de l’extrême-droite, les tracasseries judiciaires de François Fillon, le déchaînement de la puissance médiatique en faveur d’Emmanuel Macron, tous les grands appuis internationaux (Barack Obama, Angela Merkel, Teresa May, etc.), les 66,10% d’Emmanuel Macron ne retentissent pas comme un plébiscite. Le triomphalisme affiché par François Hollande ressemble bien à un trait d’humour. La structuration des votes du 7 mai 2017 invite à plus de modestie.

Le mois de juin 2017 est donc capital. Première reculade de taille : Emmanuel Macron admet à demi-mot que les partis traditionnels ne vont pas disparaître, du fait de son élection à la Présidence de la République. Deuxième reculade de taille : les députés de sa très improbable majorité présidentielle pourraient avoir une double appartenance politique : celle de leur parti d’origine et celle du mouvement En Marche. Et cette position tangue au jour le jour.

Hétéroclite. Fourre-tout parlementaire. Bric et broc législatif ! Nous sommes donc au cœur d’une élection sans victoire grande et nette.
Marx, qui connaissait bien l’esprit du peuple français, enseignait comment les Français savaient user leur classe politique, pour rester maître de sa destinée. Aristote n’avait pas tort de dire, il y a plus de 2 600 ans, qu’en démocratie, c’est l’opinion du peuple qui dit ce qui est (le) juste.

Je voterai Jean-Luc Mélenchon

vendredi 

14 avril 2017 à 08:02

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Il y a bien longtemps, en France et plus encore sous la 5ème République, que les élections présidentielles n’avaient donné lieu à de si vifs affrontements démocratiques entre les classes sociales, par les candidatures de leurs représentants. C’en est, sans doute, le trait marquant, et bien plus que la violence des « affaires » François Fillon et Marine Le Pen.

Ainsi, chaque projet et son programme reflètent des intérêts de classes. Sous ce rapport, le vieux pays semble avoir repris ses réflexes politiques nés de la Révolution de 1789 : le clivage gauche – droite. D’un côté, à droite, la bourgeoisie financière, dont Emmanuel Macron est le représentant, est aux abois, parce qu’elle n’est pas parvenue à éliminer la bourgeoisie industrielle qui a placé ses intérêts de classe dans la candidature de François Fillon.

Ces contradictions entre bourgeoise industrielle et bourgeoisie financière ont longtemps été masquées par l’omnipotence du Parti socialiste, au sein duquel les intérêts de ces deux fractions étaient préservés. Or, en cinq ans de mandat, François Hollande et Manuel Valls ont rendu « inutile » le Parti socialiste. La bourgeoisie financière ne leur demandait pas tant. En tous les cas, cet effondrement socialiste a rendu possible et manifeste l’affrontement entre ces deux bourgeoisies.

Nous continuons de penser que, le 23 avril 2017, la bourgeoisie industrielle l’emportera sur la bourgeoisie financière. François Fillon sera qualifié pour le second tour du 7 mai 2017. La droite a son candidat que la bourgeoisie financière s’empressera de rallier.

De l’autre côté, à gauche, la percée tardive mais fulgurante (prévisible) de Jean-Luc Mélenchon vient troubler les calculs de ces deux bourgeoises (financière et industrielle) si fortement opposées entre elles. Au demeurant, s’il avait eu deux semaines supplémentaires de campagne ou si cette campagne n’avait pas été (volontairement) escamotée par le Pénelopegate (affaire Fillon), Jean-Luc Mélenchon eut à coup sûr obtenu de très grandes chances d’être qualifié pour le second tour. C’est pour cela que, selon cette perspective, il est engagé et mène une course méthodique contre la montre électorale avec ce formidable pari politique : réussir en dix (10) jours (du 13 au 23 avril), là où il lui en faudrait trente (30).

Aussi, sur sa gauche, après avoir convaincu l’électorat communiste et réussi à vampiriser partiellement Benoît Hamon, il s’efforce, à présent, sur sa droite et avec quelque succès, de siphonner Marine Le Pen dont la flèche, quand bien même est tendu son arc, ne reste qu’une « impossible promesse d’envol ». En outre, sur la base d’un haut verbe gaullien (intonation et références), il a entamé le grignotage de l’électorat gaulliste-social de François Fillon. Son axe républicain est donc une adéquate ligne de forces.

Faut-il le faire remarquer, cette capacité à mettre à profit les contradictions internes entre les deux bourgeoisies, à rassembler sous sa bannière le peuple de la gauche classique (communistes et socialistes) et à attirer à lui les gaullistes de gauche, tout cela, bien évidemment, c’est du Mitterrand ! Jean-Luc Mélenchon en est même le seul héritier technique.

En reprise de toutes les considérations précédentes, je voterai donc Jean-Luc Mélenchon, le 23 avril prochain, en fondant mon choix sur quatre grands ordres de raison. Le premier tient au fait essentiel que le clivage gauche – droite n’est pas seulement un marqueur déterminant, il est salutaire pour régénérer la République si malmenée ces dernières années. On peut édicter une maxime : moins ce clivage est fort, plus le Front National progresse. Il faut donc en sortir. Le deuxième consiste en ceci, ce clivage confère mécaniquement un leadership à la France sur la scène internationale. Elle doit retrouver cette vocation historique. Le troisième est l’effacement politique de la gauche, qui reste l’un des plus grands périls pour la démocratie française. La gauche dit avoir son candidat. Le quatrième ordre de raison réside dans le fait que plus ce clivage est fort, moins il y a de pauvres. Car la redistribution de richesses (transfert net de redistribution) consolide la Nation.

En conséquence de quoi, j’appelle tous les membres de mon mouvement politique, mes amis et autres concitoyens à faire de même. J’invite les Français de la diaspora à donner une chance à Jean-Luc Mélenchon, pour que la gauche soit présente au second tour.

Macron, les bras cassés de la République et Donogoo-Tonka

jeudi 

9 mars 2017 à 08:32

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Annonce publique : jeune candidat recherche soutiens pour les présidentielles !

Et puis, en grand théâtre pour les uns, en génuflexion pour les autres, mais tous à la queue-leu-leu, on ne voit poindre que des fins de carrière : Gérard Collomb (PS) le revanchard, François Bayrou (MoDem) l’aigri, Robert Hue (ex-PC) l’égaré, Alain Madelin (?) l’incertain, Daniel Cohn-Bendit (ex-EELV) la pagaille, François de Rugy (EELV) le félon, Patrick Braouezec (PC) l’endommagé, Dominique de Villepin (LR) l’amertume, Bertrand Delanoë (PS) la casuel, Bernard Kouchner (?) le désespéré, Claude Bartolone (PS) le vexé, etc. Dans la file d’attente : François Hollande, et quelques autres.

Pour peu, on croirait être au cœur de la République des Grenouilles dont Jean de la Fontaine met en fable la croassante unanimité près des étangs. Mais, au vrai, nous sommes en présence du célèbre et prestigieux troupeau de Dindenault, qui vendit un mouton à Panurge. Or, ce dernier, après cet achat, jette à l’eau un mouton qui est aussitôt suivi aussitôt par tout le troupeau. Et, drame, Dindenault voulant sauver son cheptel finit lui-même par se noyer.

C’est à un spectacle à peu près identique que nous assistons avec cette République de « bras cassés » qui ont échoué politiquement et sont responsables de la situation dans laquelle se trouve la France. Cet aréopage riche d’un beau plumage croit impressionner le corps électoral par la mise en scène des ralliements successifs à Macron.

Misère de la politique : unanimes, ces « bras cassés » de la République ont trouvé deux prétextes. En premier lieu, la victoire du Front National, dont Macron serait devenu, en un trimestre, le seul antidote. C’est l’argument de la peur et du réflexe. La crainte n’est pas le principe de la République, disait Montesquieu, après Aristote. Ce n’est donc pas l’argument de la raison naturelle et de la maîtrise de soi. En second lieu, le revenu universel de Benoît Hamon, considéré comme pure folie macro-économique, c’est-à-dire, en leur langage, un crime de lèse-capitalisme.

Mais la ficelle est trop grosse et la nasse bien petite. En effet, bien étrangement, c’est juste après le retentissant échec de l’élimination de François Fillon, que surgit une autre ruse : Macron, seul rempart démocratique contre le Front National et le Mouvement Bleu Marine. Macron rempart, le seul à pouvoir terrasser le Dragon national ? C’est une farce, dont on pourrait et on devrait pouffer. C’est, au reste, ce que fait « Ridicule TV » qui met ironiquement en exergue le burlesque des discours de Macron. Ah, nos moutons de Panurge !

Mais sur quels éléments se fondent donc les bras cassés de la République ? Une fois de plus, les sondages ! On n’en aura jamais eu autant, pour tenter de nous convaincre. Mais voyez l’astuce :

Les instituts de sondage, en particulier Elabe et Sofres, affirment que Macron recueillerait (actuellement) 25,6% d’intentions de vote. Mais, précision utile, avec 55% d’indécis (choix non définitifs) parmi ces 25,5%. Calculons donc : 55% (d’indécis) sur 25,5% d’intentions de vote, cela fait 14,08% de votants « affirmés » pour Emmanuel Macron. Tel est le vrai niveau de Macron sur la base des sondages, si tant est qu’il est encore permis de leur accorder quelque crédit.

Chacun l’aura compris. La ruse consiste ici à faire admettre aux électeurs ce qui est irréel, afin qu’ils ordonnent et conforment leurs votes à cette mystification. La ruse est ancienne : Macron pèse 14,8%, mais puisque « on » veut qu’il atteigne les 25,5% de vote, ce score lui est accordé par avance, à grands renforts de matraquage médiatique.

Ce type de ruse est ancien. Il porte même un nom : la « théorie de Donogoo » que Bernard Hirsch (dit Bernard l’Africain) a mis en œuvre pour bâtir le nouveau Cergy. Il l’expose dans L’invention d’une ville nouvelle : Cergy-Pontoise, 1965 – 1975, récit d’un témoin. Mais, en réalité, Bernard Hirsch ne fait que reprendre l’intrigue d’une pièce de théâtre de Jules Romains, Donogoo-Tonka. L’intrigue est simple et le dénouement rocambolesque.

Reprenons ici le résumé de l’aventure que fait l’équipe de Terres Nykthes :

« Lamendin, peintre et architecte raté, recyclé dans les assurances, a des inclinations suicidaires. Il regarde le canal avec les yeux de qui est sur le point de sauter à l’eau. Il est dissuadé de son projet par un ami qui lui impose d’aller consulter un certain Ruffisque, un savant brésilien spécialisé dans la guérison des candidats au suicide. La thérapie appliquée fonctionne à merveille : le « suicidothérapeute » jette notre dépressif sur le chemin du professeur Le Trouhadec, en lui enjoignant de remettre sa vie entre les mains de cet homme. Le Trouhadec est un éminent géographe déchu : dans la somme qu’il a publiée au sujet de l’Amérique du Sud, il a minutieusement décrit une ville – Donogoo-Tonka – dont il est avéré… qu’elle n’existe pas et cela tache irrémédiablement sa carrière : cette erreur est devenue un obstacle rédhibitoire à son élection à l’Institut…

Lamendin alors surgit comme un miracle : à peine Le Trouhadec lui a-t-il confié son vœu le plus cher qu’il entreprend de trouver comment permettre au savant d’être élu à l’Institut. Lui vient l’idée de réparer l’imposture de la ville-qui-n’existe-pas… en la créant. Plus exactement, il va générer l’idée de Donogoo-Tonka ; il va faire naître cette ville dans les esprits en tissant autour de son nom tout un réseau de mensonges – par exemple de mirifiques possibilités d’investissements immobiliers assises sur de supposées ressources aurifères – qui vont constituer les fondements d’une « Société franco-américaine pour l’embellissement de Donogoo-Tonka », montée avec la complicité de Margajat, un banquier au moins aussi filou que lui… Le succès est foudroyant : des quatre coins du monde des migrants se mettent en mouvement pour aller à la conquête de ce nouvel Eldorado – que bien entendu ils ne trouvent pas. Il n’y a pas de ville ? Eh bien construisons-la ! C’est ainsi que les grugés se liguent pour faire sortir des sables Donogoo-Tonka… dont le profit retombera dans l’escarcelle des escrocs du premier jour. « Le Trouhadec dans tout ça ? Il n’est pas le dernier à tirer de ce coup monté les marrons bien rôtis puisqu’il parvient là où il voulait aller : à l’Institut « .

Avec Macron, c’est du Donogoo que l’on nous sert. Macron : un rempart bâti avec des sondages, de la pierre friable.

Il n’a pas de programme et ne peut en concevoir. Il ne sait pas ce qu’est un projet. Un programme, dussè-je le redire, est le « grammage » (répartition des poids) d’un pro-jet. Il présente au public un grand et vaste fourre-tout républicain, qui n’augure rien de bon pour la France.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits