Pauvreté : Épinay en première ligne

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vendredi 

14 février 2014 à 09:35

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Il y a quelques jours était publiée par le Compas (Centre d’observation et de mesure des politiques sociales) une étude consacrée aux taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France . Les chiffres inquiètent, et mettent en évidence la gravité des inégalités qui règnent aujourd’hui en France et qui, loin de se résorber, se renforcent d’année en année, jusqu’au cœur des zones urbaines.

Le 93 premier touché

Le taux de pauvreté dans les 100 premières communes de France varie fortement, entre 7% et 45% de pauvres (le seuil de pauvreté étant défini comme un revenu, toutes ressources comprises, équivalent à 60 % du revenu médian). Si Roubaix détient le record de France (45%) et que la moitié des dix communes les plus pauvres sont des villes d’outre-mer, la Seine-Saint-Denis est le département le plus représenté dans le haut de ce classement avec Aubervilliers (39%), Saint-Denis (34%), Épinay-sur-Seine (30%) et Pantin (30%).

Encore faut-il préciser, comme le fait L’Humanité, que les villes plus petites sont également fort touchées. Avec un peu plus de 54 000 habitants au recensement de 2011, Épinay est en effet la 99e ville de France en termes de population, or beaucoup de communes du 93 sont plus petites, comme Clichy-sous-Bois (45% de pauvres). Une situation d’autant plus choquante au regard des contrastes au sein de la région parisienne. En effet, parmi ce classement, « neuf des dix communes où le taux de pauvreté est le plus faible (entre 7 et 10 %) sont situées dans l’Ouest parisien, qui compose le cœur aisé du pays » comme le précisent Louis Maurin et Violaine Mazery dans leur analyse. Constat qui souligne une nouvelle fois l’urgence de la péréquation en Île-de-France, que seule la suppression des séparations administratives au sein de la petite couronne parviendra à résorber.

Épinay parmi les points noirs

Épinay est bel et bien l’un des foyers de pauvreté au sein de la banlieue nord de Paris, qui constitue elle-même la zone la plus sinistrée en région parisienne. Aujourd’hui donc, au cœur de la grande métropole parisienne, et à 30 minutes du cœur politique de la capitale, sévit donc la pauvreté à grande échelle, « n’en déplaise au discours ambiant selon lequel il n’y aurait de pauvreté que dans les zones périurbaines » comme le relève Louis Maurin.

Les facteurs de cette pauvreté urbaine persistante sont multiples. Le manque d’emploi peut aussi bien être une cause qu’un symptôme de cette pauvreté. De fait, l’Île-de-France demeure forte pourvoyeuse d’emploi, comme le montre le contraste de taux de chômages entre des communes géographiquement proches, par exemple entre Épinay et des villes du 92 ou du 95.

Le fort taux de chômage et la pauvreté qui en découle sont donc, pour Épinay, à la fois le signe d’un manque de dynamisme économique très localisé et la conséquence d’un peuplement subi et d’une politique de logement incontrôlée. Comme le rappelle en effet l’analyse, parmi les facteurs de pauvreté se trouve « le type de peuplement des communes (et par exemple l’implantation de populations immigrées démunies), l’histoire des politiques locales de logement social et l’évolution des prix de l’immobilier ou l’existence d’un parc privé accessible à des catégories défavorisées. »

C’est sur ces facteurs qu’il importe d’agir en premier lieu. Malheureusement, la municipalité actuelle a aggravé la situation locale de l’emploi, avec aujourd’hui 1 000 emplois perdus par an, et n’a rien fait pour favoriser la mixité sociale, se réjouissant au contraire de « l’accroissement de la paupérisation d’Épinay ».

François Hollande : une formule paradoxale

mercredi 

1 mai 2013 à 09:00

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François Hollande

(AFP)

« Ma priorité, je l’ai dit, c’est l’emploi, mais mon cap, c’est la croissance. »

Selon cette formule, la « priorité » présidentielle, c’est-à-dire ici « l’emploi », vient avant le « cap », autrement dit « la croissance ».

Pour les théories économiques libérales, c’est une absurdité doctrinale. En effet, pour elles, c’est la croissance qui crée les emplois, et non l’inverse. Ainsi, pour la France, elles estiment qu’à partir de 2,5 à 3% de croissance, la création d’emplois dépasse les pertes ou destructions d’emplois.

Sous ce rapport, poser l’emploi comme « priorité » présidentielle, autrement dit comme ce qui, en matière de politique publique, « passe en premier » ou « précède » tout autre dispositif, c’est évidemment énoncer un paradoxe. Car, dans l’optique libérale adoptée par François Hollande, les emplois sont la résultante ou une conséquence de la croissance.

Ainsi, François Hollande eût dû dire : ma priorité, c’est la croissance, mais mon cap, c’est l’emploi. Même dans ce cadre, il devrait savoir et montrer qu’un « cap » n’est qu’une « direction vers… », et nullement une finalité ou un but. Indiquer un « cap » ne suffit donc pas. Pour toute gauche digne de ce nom, la finalité, c’est la justice sociale.

Il est grand temps que François Hollande précise la finalité qu’il poursuit.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits