Épinay – élections départementales : déroute du parti socialiste

mercredi 

25 mars 2015 à 15:36

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Carte d'Épinay-sur-Seine, 1790, (D.R)

Carte d’Épinay-sur-Seine, 1790, (D.R)

Les résultats du premier tour des élections départementales sont, à l’évidence, un coup de massue pour le gouvernement socialiste et ses alliés au niveau national. Mais les choses ne sont pas moins inquiétantes au niveau local. L’hypothèse n’est ainsi pas écartée que la droite prenne dimanche prochain les commandes du conseil départemental (ex-conseil général) de Seine-Saint-Denis, un département qui n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais échappé à la gauche, sous majorité communiste jusqu’en 2008 et socialiste depuis.

À Épinay-sur-Seine, le redécoupage cantonal de 2014 a eu pour conséquences premières de distendre le lien entre les électeurs et leurs futurs élus, de rendre plus difficile le travail militant, et de favoriser la démobilisation de l’électorat. Après le premier tour, les chances des candidats de gauche sont très différentes dans le canton 9 (Épinay Est, Villetaneuse, Pierrefitte) et dans le canton 18 (Épinay Ouest, L’Île-Saint-Denis, Saint-Ouen). Des leçons peuvent malgré tout être tirées.

Sur l’ensemble de la ville, les chiffres cumulés permettent ainsi d’aboutir à un constat implacable : le score de la liste de droite du maire en 2014 a obtenu un score presqu’exactement identique (65 % des votes exprimés) au cumul actuel des scores de candidats de droite et d’extrême droite en 2015 (64,32 %). Ce constat atteste, une nouvelle fois, de l’alliance tacite entre droite et extrême droite à l’occasion des élections municipales. On note également une remontée des listes et candidats du Front de Gauche, dont le score a plus que doublé (4,21 % en 2014 et 9,26 % en 2015).

Cette situation est aussi bien la conséquence d’une campagne du Front de Gauche stimulée par les organisations militantes plus dynamiques des communes avoisinantes que dans la section communiste vieillissante d’Épinay, que d’une moins bonne campagne du Parti socialiste et de ses alliés (EELV,PRG, MRC et MGC), et de l’absence d’une composante majeure de la gauche locale : « Pour une ville juste envers tous ». Les chiffres bruts sont en effet alarmants. En effet, la liste menée par le PS, PVJET, EELV et RCI obtenait 3 037 voix dans la ville il y a tout juste un an. Les candidats socialistes, avec les mêmes alliances (EELV, PRG, MGC, MRC) et soutien (RCI) mais sans PVJET n’obtiennent en 2015 que 1837 voix. Soit exactement 1 200 voix perdues en un an. Voilà l’ampleur des conséquences cumulées de l’amertume des citoyens face à la trahison de la « deuxième droite » gouvernementale, de la désagrégation totale du maillage militant, et de l’incapacité de ces candidats à convaincre. Chacun sait aujourd’hui dans quel état déplorable est la section locale du PS. Dans le détail, pour chacun des deux cantons, les situations sont contrastées mais aboutissent, pour Épinay, aux mêmes constats.

Dans le canton 9, la gauche reste en bonne position pour l’emporter, mais c’est principalement grâce à l’apport des voix des électeurs de Pierrefitte et de Villetaneuse. Sur la fraction d’Épinay, non seulement les candidats soutenus par l’alliance UDI-UMP sont nettement devant (36,96 %) mais le Front National est également très haut (22,78 %). L’abstention y est également nettement plus élevée qu’à l’ouest d’Épinay (70,03 % contre 66,03 %), et au-dessus de la moyenne départementale, la plus élevée de France (67,3 %).

Dans le canton 18, l’annexion d’une partie d’Épinay (notamment Orgemont) aux calculs électoraux des appareils politiques de Saint-Ouen aboutit ironiquement à favoriser la droite, malgré la dispersion des voix entre les candidats officiels de l’UDI, et le tandem dissident où l’on retrouve le maire d’Épinay. Au total, en cumulant les scores du premier tour, ce sont plus de 1000 voix qui manquent à la gauche pour être en mesure de l’emporter. Et les voix manquantes sont, en grande partie, spinassiennes : si le cumul des voix de droite aboutit à un score de 62,6 % environ sur le canton, ce total atteint 71,54 % à Épinay ! C’est dire l’ampleur de la démobilisation à gauche, voire du rejet, de la part d’un électorat sollicité pour élire les représentants de communes voisines, aucun candidat titulaire de gauche n’étant issu d’Épinay, quand la droite présente des élus municipaux. Une fois de plus, les choix des candidats ont été erronés. Mais faut-il encore s’en étonner ?

La situation d’Orgemont, quartier le plus populaire de notre ville populaire, historiquement ancré dans les grands combats de gauche et marqué jusqu’à ce jour par les enjeux sociaux majeurs de notre pays, est tout aussi préoccupante. La gauche y fait un meilleur score qu’ailleurs dans la ville (32,22 %), mais cela reste notoirement insuffisant, lorsque le seul nom du maire, dissident dans son propre parti, obtient une majorité de 51,5 %. C’est un désastre complet pour la section locale du PS. Mais le comptage en voix est plus implacable encore : 568 voix pour l’ensemble des candidats de gauche, c’est presque moitié moins qu’il y a un an aux municipales (1 009 voix). Ces centaines de voix perdues, nous en connaissons beaucoup. De nos adhérents et sympathisants, cent-cinquante ont fait le choix de voter, tout de même, soit pour les candidats socialistes, soit pour le Front de gauche (ce qui explique en partie la forte progression du Front de Gauche de 83 à 125 voix, sur appel direct d’une adhérente). Mais d’autres n’ont pu se résoudre à ces deux choix et se sont résignés au vote blanc ou, pour beaucoup, à l’abstention. L’une des actions qui a le plus heurté notre organisation a été de voir les militants socialistes tenter, en vain, de procéder au débauchage de nos militants. Échec complet, si ce n’est d’avoir récupéré les deux ou trois « bras cassés ». Et que cela serve de leçon, pour l’avenir. Les Régionales sont proches. Les Législatives aussi.

Au total, force est de constater que par son absence, notre organisation, « Pour une ville juste envers tous », démontre une fois de plus son poids électoral dans les quartiers populaires, sa capacité à animer les élections et à porter les coups les plus rudes à la droite locale qui ne progresse que sur l’effondrement des socialistes locaux.

En tous les cas, ce résultat déplorable montre clairement l’incapacité des partis cités à présenter des candidats connus des électeurs, et à mener une véritable campagne de terrain, ce qui aboutit aujourd’hui à une situation impossible à rattraper, dans l’un des cantons cruciaux pour la gauche si elle entendait conserver la présidence du département.

« Pour une ville juste envers tous » a fait le choix de ne pas présenter ni soutenir de candidats, conséquence du redécoupage qui mène l’une des plus grandes communes du département à se trouver scindée entre deux cantons, de l’absence de prise en compte des enjeux spécifiques de la population spinassienne, autant que de l’impossibilité à ce jour de construire avec l’une et l’autre des deux autres composantes principales de la gauche locale (Parti socialiste et Front de gauche) une alliance véritable et durable sur un projet commun au service des citoyens.

À quelques jours du second tour, le sort des deux cantons semble aujourd’hui scellé. À moins d’un sursaut. Quant à la population, on pourra déplorer longtemps que cette élection se soit faite sans prendre en compte ses aspirations.

L’âne qui perd ses reliques

lundi 

17 février 2014 à 07:55

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L'âne portant des reliques (Carle Vernet, Godefroy Engelmann, 19e siècle)

L’âne portant des reliques (Carle Vernet, Godefroy Engelmann, 19e siècle)

Il y a quelques mois, il me plût de mettre en ligne une fable fameuse de notre inépuisable de La Fontaine : L’Âne portant des reliques. Et chacun, sans grande peine, comprit alors qui était l’Âne d’Épinay que je désignais et le sens du persiflage que j’entretenais.

Rappel : dans la fable, le « baudet » et le « magistrat ignorant » croient que le peuple les adorent pour eux-mêmes. Or ils se trompent. Ce sont les belles « reliques » de l’Âne et le symbole de la « robe » du magistrat qui sont vénérés. Sans ses « reliques », l’Âne n’est rien. Sans sa « robe », le magistrat n’a aucun pouvoir.

Il en va ainsi des élus de droite et d’extrême-droite d’Épinay-sur-Seine qui croient être appréciés par les Spinassiens, alors qu’ils ne sont craints qu’en raison du pouvoir attaché à leur mandat. C’est donc leur mandat, et non eux-mêmes, qui sont vénérés. On comprend dès lors pourquoi la possibilité de perdre leur mandat leur procure tant d’inquiétudes jusqu’à en perdre tout contrôle.

Il manque une suite à  la fable de La Fontaine. Combien j’eusse souhaité qu’il donna un enchaînement à son texte, en parlant – comme il savait si bien le faire – des états d’âme de l’Âne quand celui-ci perd ses reliques.

En observant les inquiétudes et le désarroi des élus locaux de droite et d’extrême-droite, je voudrais prolonger l’œuvre du fabuliste, en décrivant dans quel état se plonge l’Âne quand il commence à perdre ses reliques.

  • Tout d’abord, ne comprenant pas la désamour de son peuple, l’Âne cherche à se rassurer. Pour cela, il réunit tous les siens, ânons, cabris et autres animaux de basse-cour qui, tous en chœur, commencent par se moquer de son adversaire. Mais l’Âne, difficile de caractère, ne se laisse pas convaincre. Alors, les flatteurs et les bonimenteurs combinent un nouveau stratagème pour lui faire croire qu’il est trop aimé du peuple : 1.300 noms en guise de soutien. Mais le mensonge public est vite dévoilé et fait l’objet de railleries. Alors l’Âne se décourage, d’autant plus qu’il voit son adversaire réussir ses rencontres publiques, ses réunions d’appartement et publier des pamphlets et un bilan qui est le miroir de ses échecs.
  • Il se met à trembler à l’idée de perdre ses « reliques », symboles de son prestige. En conséquence de quoi il se fâche, invective, éructe, se calme, se déchaîne en vociférant. Il se met à distribuer des images de lui, mais rien n’y fait.
  • La panique s’empare de son entourage, dont quelques « crétins » injurient des jeunes militants auxquels ils ne peuvent objecter des arguments dans un débat serein.

Ah « reliques », quand tu les tiens ! Ah « reliques », quand tu les tiens si bien enchaînés ! L’idée de ne plus pouvoir vous porter au cou les plonge déjà dans une peur panique. Dans une démocratie, seuls les anti-démocrates craignent l’alternance.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits