Épinay : du désastre à l’espoir

Par , le 

lundi 

30 mars 2015 à 15:14

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Le conseil départemental de Seine-Saint-Denis reste à gauche, par un sauvetage in extremis et au milieu d’une déroute nationale. Des cantons emblématiques sont passés à droite : la Corrèze, fief du Président de la République, l’Essonne citadelle du Premier ministre, le Nord bastion de Martine Aubry, l’Allier traditionnellement communiste.

Le parti socialiste local ne peut gagner seul

Dans le canton de Saint-Ouen, Karim Bouamrane et Dina Diffairi ont été battus par le maire d’Épinay qui, une nouvelle fois, a bénéficié des reports massifs de l’ensemble de la droite et de l’extrême-droite. Le retard de 1 400 voix constaté au premier tour aurait pu être beaucoup moins important, s’il y avait eu une franche concertation entre toutes les composantes de la gauche spinassienne. C’est que certains acteurs locaux de la gauche, en dépit des échecs répétés des dernières années, ont pris la mauvaise habitude de décider seuls, et d’ignorer leurs alliés naturels. Ce n’est pas seulement une erreur d’appréciation des rapports de force entre les composantes de gauche dont aucune n’a aujourd’hui seule de majorité, mais ce fut aussi et surtout une lourde faute politique et une grave méprise stratégique.

Le retard de 1 400 voix du premier tour en est la conséquence. Au reste, Karim Bouamrane s’en est vite aperçu et, mi-février, a dû venir nouer contact avec les autres composantes pour tenter de rectifier le tir et de donner un axe nouveau à sa campagne. Il n’a cependant pu rattraper le trop important retard et la défaite redoutée s’est matérialisée, à seulement 550 voix de distance. Les erreurs du début de campagne ont couté cher. En effet, le candidat unique de la droite (UMP – UDI – MODEM) et de l’extrême-droite (Front National) aurait pu être facilement battu.

La section locale du parti socialiste est coupée des quartiers populaires

Une nouvelle fois, jusque dans les bureaux de vote d’Orgemont, quartier populaire et soumis à un clientélisme politique hors du commun, la droite a rassemblé une majorité de suffrages. C’est ainsi que, majoritaire à Saint-Ouen et à L’Île-Saint-Denis avec plus de 1 000 voix d’avance, le tandem soutenu par la gauche se trouve battu sur l’ensemble du canton en raison du déséquilibre constaté sur la fraction spinassienne. En effet, pas un seul bureau à Épinay n’a échappé à la domination de la droite. Et ce déséquilibre aurait pu également coûter cher dans le canton n° 9, sans la force du vote de gauche à Pierrefitte et à Villetaneuse.

Un très net avertissement pour les futures élections

Ce constat est désolant, mais c’est aussi, pour l’avenir, un avertissement et une indication sur le travail à accomplir. Un avertissement en ce que, à Épinay comme ailleurs, la démobilisation de l’électorat de gauche lorsque la droite maximise son score aboutit à faire gagner celle-ci dans des situations où personne n’aurait pu l’imaginer il y a encore peu. Alors que l’intégration d’Orgemont dans le canton 18 devait permettre à la gauche de s’assurer une victoire certaine, ce redécoupage a finalement joué en faveur de la droite, par l’alliance formée entre les deux maires de droite de Saint-Ouen et d’Épinay au soir du premier tour. Légitimement, les inquiétudes vérifiées à la fois lors des municipales de 2014 et lors de ce scrutin départemental peuvent désormais être formulées à propos des prochaines échéances, en particulier pour les élections législatives de 2017 sur la première circonscription (Épinay/Saint-Denis-Sud/Saint-Ouen).
À cet avertissement correspond une indication, une injonction qu’il importe de suivre aujourd’hui plus encore que l’année passée, au niveau local. La droite gagne du terrain grâce à plusieurs facteurs, mais surtout deux raisons majeures. La première, on le sait, est le contexte national défavorable, conséquence d’un travail gouvernemental qui joue contre les intérêts des Français en même temps que contre le potentiel électoral de la gauche locale. Malgré les résultats électoraux, ce gouvernement est décidé à poursuivre une politique dont il croit encore qu’elle ne serait pas aimée parce que ses résultats tarderaient à se faire sentir, et non parce qu’elle est simplement mauvaise, inadaptée à la situation de crise que nous connaissons et issue d’une erreur de diagnostic sur les raisons de cette crise. Cela ne changera donc pas : cette gauche dévoyée de sa vocation poursuivra une politique d’inspiration thatchérienne, quitte à s’enferrer dans l’échec économique, social, et par suite électoral.

Mais ce n’est pas tout. Même en faisant abstraction d’un gouvernement qui, d’évidence, fera tôt ou tard long feu, la gauche a trop longtemps cru que les votes populaires lui étaient acquis. Il est temps pour elle de réaliser qu’ils ont été majoritairement perdus, au profit de la droite ou de l’extrême-droite et, surtout, de l’abstention. C’est particulièrement le cas en Seine-Saint-Denis, et plus encore dans la commune d’Épinay et ses zones les plus marquées par la crise et la paupérisation. Il est temps aujourd’hui de partir à la reconquête de ces électeurs par un véritable travail de terrain, par une restructuration des équipes locales, par l’établissement d’un nouveau dialogue avec les citoyens, par la formation d’une nouvelle génération de militants. Il en va de l’avenir de la gauche dans le 93, pour que les prochaines élections municipales, départementales et législatives ne soient pas des désillusions plus cruelles encore que celles vécues ces derniers mois. Et il en va, aussi, de l’avenir de la gauche dans notre pays. C’est des quartiers populaires, de l’électorat certes le plus déçu aujourd’hui mais néanmoins le plus concerné par l’urgence sociale dans notre pays, que doit venir un renouveau.

Vers le renouveau de la gauche à Épinay

« Pour une ville juste envers tous » reprendra ses activités dès le retour de Pierre Tavares du Moyen Orient, en vue des échéances électorales régionales et législatives notamment. Mais dès aujourd’hui, notre organisation propose à l’ensemble des forces de gauche concernées par les échéances actuelles et à venir, à Épinay-sur-Seine et dans les villes voisines, d’entamer un dialogue constructif et respectueuse des identités de chaque composante, en vue de se rassembler pour aborder d’une façon coordonnée et organisée le travail programmatique et militant pour les années futures. Au-delà des différends passés, des désaccords ponctuels, les formations de la gauche locale doivent aller au-devant du devoir moral qu’elle porte, du fait même de leur engagement. Aucun espoir en faveur des forces du progrès et de l’égalité, ici comme dans toute la France, ne sera permis sans nos efforts et notre travail. Et c’est à nous tous, militants de gauche, ancrés dans les territoires populaires du nord parisien, qu’il revient d’assumer cette responsabilité, devant deux siècles et demi d’histoire de la gauche française.

Réponse à Serge Méry

mercredi 

24 juillet 2013 à 08:02

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La fourberie – non pas à la manière de Scapin, parce que j’eus des deux mains applaudi – mais selon la définition qu’en donne La Bruyère dans Les caractères : « La finesse est l’occasion prochaine de la fourberie ; de l’un à l’autre le pas est glissant ; le mensonge seul en fait la différence ; si on l’ajoute à la finesse, c’est fourberie ».

Pourquoi, Serge Méry, ne dis-tu pas la vérité, sur l’union de la gauche à Épinay ? Comment peux-tu ne rien dire de toutes les marques d’attention dont tu as bénéficiées ? Tes omissions volontaires de faits réels et ton dessein de victimisation sont les aveux d’une dissimulation. Mais le discrédit que tu tentes de jeter choque bien plus encore. L’objet de cette réponse est de le réfuter.

Rappel des faits : sept organisations politiques auxquelles tu as été associé ont créé le Groupe des Huit. L’objectif de ce collectif est de vaincre l’alliance honteuse entre la droite locale (UMP+UDI+MODEM) et l’extrême droite (FN et MPF), conduite par le maire sortant. La perspective est d’en finir avec ce « clan », de rétablir la justice sociale et de promouvoir le développement économique de notre ville.

Rassembler la gauche locale n’a pas été difficile. Ses composantes étaient prêtes. Aussi, après les premières concertations, le Front de Gauche a-t-il pris l’initiative du rassemblement. Mais cette unité se heurtait à une question centrale : qui, de Yannick Trigance et de Serge Méry, devait conduire cette union lors des prochaines municipales ?

Au cours d’une rencontre difficile où, il est vrai l’ordre du jour n’a pas été respecté, et durant laquelle je t’ai défendu sans que tu ne te défendes toi-même, j’ai fait trois propositions :
1°) Un vote interne auquel ne prendraient part que le responsable de chacune des sept organisations et toi-même. Rien de plus démocratique, pour désigner le « leader » des Municipales. Tu as accepté l’idée comme nous tous.
2°) Pour la pondération du scrutin, une voix par organisation et une voix pour toi, ce qui fait un total de huit. Il n’est pas de mode plus « égalitaire », puisqu’il attribue, à chaque composante, une voix, alors qu’elles ne sont pas forcément d’un poids électoral égal. Tu en as accepté l’idée et la procédure : c’était un système à ton avantage.
3°)  Enfin, un engagement moral : toutes les composantes, mis à part le Front de Gauche, soit cinq (toi compris) ont accepté l’idée que le résultat du vote interne s’imposerait à tous. Ta dernière déclaration vient contredire ton engagement.
Le « vote interne » a donc été lancé. Il est en cours et, comme convenu, chaque organisation et toi-même a la possibilité de choisir « son » candidat et de décider de la date d’annonce de son choix. Seul le Front de Gauche a fixé son  choix pour l’automne.

Il y a déjà des résultats partiels, des choix quasi définitifs. Tout d’abord, aucune des sept organisations du Groupe des Huit à s’être exprimée n’a voté pour toi.
–    Europe Écologie Les Verts a d’emblée pris position pour Yannick Trigance, dès le mois de juin dernier. Tu les as rencontrés, en leur promettant l’édification de deux mosquées à Épinay, sans les convaincre de changer leur choix.
–    Le Rassemblement Citoyen Indépendant t’a reçu à trois reprises, pour entendre ton projet. Ses membres t’ont qualifié de démagogue et ont opté pour Yannick Trigance.
–    La section locale du Parti Socialiste, elle, a naturellement choisi son secrétaire de section, Yannick Trigance.
–    Comme tu as rejeté la suggestion du « vote interne » que j’avais proposé, le mouvement Pour une ville juste envers tous, que je dirige, a décidé de s’en remettre au vote de ses membres pour le choix du « tête de liste ». Le choix s’est porté sur Yannick Trigance.
–    Le Front de Gauche (Parti Communiste Français, Alternatifs et Parti de Gauche), lui, t’a clairement signifié que tu ne serais pas leur « tête de liste », si jamais il venait à engager une liste autonome. Surtout, dès le départ, le Front de Gauche a refusé de choisir entre Yannick Trigance et toi, car il considère (à juste titre) que c’est un conflit interne au Parti Socialiste.
Personne autant que moi n’a défendu ta « cause », au sein du Groupe des Huit. Rappelle-t’en, au départ, une majorité d’organisations était attentive à ta candidature. Mais tu n’as pas su faire passer ton message, pour trois raisons.

Premièrement, ton seul argument était  le « Tout Sauf Trigance », alors même que tu ménageais la droite et Hervé Chevreau dans tes interventions et tes actes. Quelle erreur ! Deuxièmement, tu n’avais pas d’axe de campagne. Stupéfiant !Troisièmement, tu n’as cessé de cloisonner tes rencontres internes, ce qui a levé une suspicion générale à ton encontre. La défiance s’est installée. Ne t’avais-je pas mis en garde contre cette démarche ? Au reste, je te l’ai souvent dit et avec vivacité, tu n’avais pas d’arguments ni de projets visibles, c’est-à-dire qu’au mieux, tu ne les exposais pas suffisamment. Tu n’as jamais laissé voir quelle était ta vision de l’avenir d’Épinay. Tous nos partenaires de gauche en sont témoins.

Tu as donc perdu le « vote interne », parce que tu n’as pas su faire ta campagne interne. Tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même. Alors même que seuls quatre membres du groupe des Huit se sont à ce jour prononcés, tous ont décidé de soutenir Yannick Trigance, qui dispose du soutien de quatre composantes du Groupe des Huit. Et, je te le rappelle, le Front de gauche a déjà indiqué qu’il ne te soutiendrait pas et choisirait entre l’établissement d’une liste autonome et le soutien à la liste d’union menée par Yannick Trigance.

Sois donc bon perdant, en vieux routier de la politique ! Pourquoi faire croire à tes « Amis » que tu es victime de je ne sais quelle machination ? Petites tensions ou échanges plus durs, ce ne sont pour au regard de ton expérience que des anecdotes insignifiantes. En te posant comme victime, en travestissant ta défaite interne, tu pratiques une finesse qui glisse vers le mensonge.

Par moment, à t’écouter, je me demandais si tu voulais vraiment être « tête de liste » de la gauche réunie. Tu donnais le sentiment de ne vouloir que faire battre Yannick Trigance. Rien d’autre. En outre, ton argument spécieux selon lequel tu te réservais le droit de négocier jusqu’à l’heure du dépôt officiel du dépôt de liste t’a desservi. Car il dévoilait une intention malsaine et contredisait la logique même de l’union. D’autant qu’il n’a impressionné personne, certains estimant même que ton seul but était de sauver la droite locale. Les Ivoiriens dont l’humour est célèbre ont une belle expression que l’orgueil ne paie pas : « gros cœur mange pas du riz chaud ».

Vois-tu, ce qui déshonore un combattant, ce n’est pas la retrait, mais la fuite. Ce qui déprécie un militant, c’est lorsque de l’intérieur il favorise le camp adverse. Écoute, ami ! Laisse donc Hervé Chevreau perdre. Et s’il doit perdre ne lui soit pas une béquille, en favorisant vaille que vaille la formation d’une deuxième liste à gauche qui n’obéirait à aucune nécessité réelle.

Reste enfin le reproche selon lequel tu « travaillerais » pour la droite locale, qui est entrée en phase de décomposition. Scrute les augures et observe les signes. Les Spinassiens sont épuisés de l’arbitraire du « clan » qui dirige la ville. Tu étais au feu d’artifice du 13 Juillet. N’as-tu pas remarqué combien les citoyens l’ont boudé ? Cinq fois moins de participants que pour l’édition 2012 ! Même les cocktails n’attirent plus. Il y a cent autres exemples de ce désaveu.

Je n’ose imaginer que tu serais, de nouveau, le secours de la droite locale contre le Parti Socialiste dont tu es adhérent. Souviens-toi de la lettre que je t’avais déjà adressée lors des municipales de 2008. Pourquoi persistes-tu à donner raison à ceux qui t’accusent de « connivences » avec Hervé Chevreau, celui-là même qui, malgré les appuis que ton équipe lui a apportés, n’a pas manqué de t’évincer du seul mandat qui te restait, celui de Conseiller général ?

Ne sois pas, je t’en prie, le « brandelier » de la droite spinassienne et de l’extrême droite locale. Pas cela. Mais si jamais tu veux l’être, alors soit le clairement. Ne cache rien, ne lie pas finesse et mensonge. Dis les choses ouvertement et sur la place publique. W. Churchill avait raison de dire que le courage est la première vertu en politique.

À ceux qui me disaient récemment trouver « honteuse » ton attitude, j’ai répondu ceci : « chacun fait ce qui lui ressemble ». Et, vois-tu, n’est pas Scapin qui veut ! C’est tout un art, que d’être valet.

Épinay : le rassemblement de la gauche en marche

jeudi 

18 juillet 2013 à 21:58

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Communiqué de la gauche réunie suite à la réunion du 3 juillet 2013

Réunion publique du 3/07/13

Le rassemblement de la gauche et des indépendants est en marche pour changer la vie à Épinay:

Le 3 juillet 2013, le Groupe des Huit d’Épinay-sur-Seine, qui rassemble toutes les forces de gauche et les indépendants, organisait avec succès sa première grande réunion publique devant plusieurs centaines de personnes.  Un souffle nouveau traverse la ville.

Fortes de ce succès, les huit organisations se sont rencontrées dans le but de mettre en place une série d’actions communes dès le 2 septembre prochain. Elles ont convenu d’initier la construction d’une plateforme programmatique et décidé d’engager des actions de terrain durant cet été.

Cette volonté d’alternance s’appuie sur un accablant constat : après 12 années de gestion du maire sortant, Épinay-sur-Seine est devenue une ville profondément divisée en communautés et, à l’intérieur de celles-ci, en factions opposées. La faillite de la lutte contre l’insécurité est patente. La ville est sans perspective de développement économique. La jeunesse est délaissée. Il incombe à la gauche locale de recomposer le tissu républicain, d’élaborer de nouvelles perspectives économiques et de porter un coup d’arrêt à l’insécurité.

Ainsi Épinay pourra échapper au destin d’une « ville dortoir » dans lequel le maire et la droite locale l’ont enfermé.   Une nouvelle méthodologie de travail, qui garantira la « bonne gouvernance » de la ville, préside à la construction d’un projet de large rassemblement de la gauche et des indépendants.

Elle fait appel à une autre éthique de l’exercice du pouvoir et des responsabilités : confiance, transparence, loyauté et respect des différentes composantes de la future majorité municipale, sans hégémonie aucune.

Cette méthodologie et cette éthique sont déjà mises en œuvre au sein du Groupe des Huit qui constituera la future majorité municipale. Un socle commun de valeurs fonde cette unité : la République dans toute sa dimension, la justice sociale comme fil directeur de l’action, l’attachement à un service public de qualité, le respect absolu de la laïcité, la démocratie locale participative, l’exercice de la citoyenneté, l’écologie et le développement durable pour faire face aux défis de notre temps, et le droit à la réussite pour tous les jeunes Spinassiens.

Alternatifs-Ghislaine Cailleux
Europe Ecologie Les Verts-Madjid Challal
Parti Communiste-Français-Eric Baron
Parti de Gauche-René Assandri
Parti Socialiste-Yannick Trigance
Pour Une Ville Juste Envers Tous-Pierre Franklin Tavares
Rassemblement Citoyen Indépendant-Youssef El Ouachouni

Article du Parisien

Article du Parisien

Pourquoi les ban-lieues sont-elles à l’à-ban-don ?

mardi 

2 juillet 2013 à 10:03

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La linguistique  dévoile, parfois, des liens étonnants et inattendus entre des ordres de réalité considérés d’ordinaire comme sans rapport immédiat. Ainsi, entre banlieue et abandon.

Leur relation reste voilée, pour autant que n’est pas médité en propre, c’est-à-dire en elle-même et pour elle-même, ce qui est communément nommé « crise des banlieues », et qu’une méconnaissance tenace a réduit à la prégnance de la délinquance sur des quartiers entiers. Il est vrai, cette réduction est confortée par les faits et les images des quartiers nord de Marseille ou de ceux de la Seine-Saint-Denis qui se sont forgé une réputation de banlieues à l’abandon. Dans ce registre, les quartiers d’Épinay-sur-Seine offrent un exemple éloquent. Car, dans ces quartiers, aucun secteur urbain, peu de segments de rue ou nul hall d’immeuble qui ne soit pas sous l’influence ou l’autorité de « bandes ». Mais aussi grave que soit cet aspect de la « crise des banlieues », il n’en est pas l’unique dimension.

Si, comme le médite Heidegger, bâtir et habiter signifie penser, et si « penser » est une saisie de l’être, alors les populations ne sont plus des « habitants », elles n’habitent plus les immeubles, puisque la crainte s’est substituée à l’habiter et est devenue le mode d’occupation des appartements et parties communes (halls, paliers, escaliers, caves, etc.). Même les espaces du domaine public (rue, parcs, etc.) n’appartiennent plus aux citoyens, mais à des « bandes » occupantes. Plus inquiétant, violence et intimidation déterminent les relations sociales quotidiennes. Bref, en banlieue, les logements et le domaine public ont été abandonnés.

Pourquoi les ban-lieues sont-elles à l’à-ban-don ?

Épinay-sur-seine (google maps)

Les pouvoirs publics, municipalités comprises, objectent les projets ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), les dispositifs d’insertion, la large typologie des aides sociales et, récemment, la mise en place des Zones Prioritaires de Sécurité. Or, la délinquance croît, la malpropreté urbaine se développe et les dettes locatives progressent, livrant ainsi les banlieues à l’abandon. C’est dire qu’aucun des programmes mentionnés ne parvient à concevoir et moins encore à mettre en œuvre des politiques publiques capables d’enrayer la formation de banlieues à l’abandon, dont l’extension semble inexorable. Par exemple, le maire d’Épinay-sur-Seine croit, avec une belle naïveté, qu’il suffit de laisser pousser des immeubles neufs, pour que la ville change et s’améliore. Mais, en dépit de cela, la désagrégation urbaine s’amplifie. En effet, plus les promoteurs immobiliers construisent, moins la ville est cohérente. Elle perd en homogénéité. Plus il y a de transports, moins les habitants sortent de leurs quartiers, si ce n’est pour Paris ou d’autres destinations. Ainsi, toutes les actions conduisent à des résultats contraires. Toutefois, il y a une logique. C’est celle du processus qu’on appelle pompeusement le Grand Paris, mais qui n’est que l’approfondissement de  ce qui se nomme ban-lieue. Ainsi Épinay-sur-Seine devient une succursale urbaine de la ville de Saint-Denis, alors que cette dernière consolide sa fonction ou sa vocation de « banlieue » de Paris. Pour se convaincre de cette réalité, il suffit de franchir le pont d’Épinay, pour voir aussitôt comment Gennevilliers accueille nombre d’entreprises, quand Épinay-sur-Seine ne fait que renforcer sa tendance historique à être une « ville dortoir ». Quand on passe du côté d’Argenteuil, Enghien-les-Bains, Saint-Gratien ou Sannois, on note immédiatement l’installation d’entreprises et leur dynamisme économique. Au fond, il n’y a que le maire d’Épinay pour se satisfaire de la désolation entrepreneuriale de sa ville. Déjà, dans son célèbre ouvrage, L’identité de la France, Fernand Braudel formulait une mise en garde : le foncier endort. Force est d’admettre que la Droite locale « endort » Épinay-sur-Seine, quand, alentour, toutes les villes se réveillent. Après l’extinction des fameux Studios Éclair, la municipalité s’efforce de faire croire, à grands renforts d’oukases et de batteries, que l’installation d’Auchan sera d’une forte attractivité et comme une locomotive entrepreneuriale. C’est du « fétichisme », que d’attribuer des forces si grandes à cette enseigne ! Car, fut-il un édifice neuf, l’Hyper Marché a été construit dans un centre-ville où la pauvreté est grande, où le peuplement est dense (suroccupation), qui plus est engoncé entre la rue de Paris (voie unique) et la Route Nationale 14 qui n’en facilitera pas l’accès aux clients ne résidant pas à Épinay-sur-Seine. Certes, c’est beau et neuf, mais tant absurde. À cet égard, signalons que la bonne fréquentation du multiplexe CGR tient d’abord à sa localisation, qui attire de nombreux spectateurs du Val d’Oise. Le projet Auchan, baptisé L’Ilo, est sans doute la plus lourde erreur urbanistique et commerciale du maire sortant. Il y a déjà quelques signes d’inquiétude : la difficulté de location des magasins (prix et surface). En effet, la moitié des locaux n’a pas encore trouvé de preneurs. Somme toute, il reste curieux que le promoteur ait choisi d’installer Auchan sur les lieux mêmes où « Super M » et « Leclerc » ont échoué. En rasant l’ancien édifice pour en reconstruire un neuf, la mairie et Auchan semblent croire que la cause des échecs commerciaux passés tenait à la sénescence (vieillissement) du bâti. Nous craignons que les choix stratégiques faits, loin d’ouvrir et de développer la ville, risquent d’en renforcer la marginalisation : ban-lieue !

On ne saisit la portée et la signification de cette relégation urbaine que si l’on rappelle la vérité suivante : le verbe « à-ban-donner », qui signifie « laisser au pouvoir d’un autre », et le mot « ban-lieue » appartiennent au même champ morphologique (sémantique) et sont deux désinences du vocable « ban » . Entre les deux mots existe une forte parenté, qui autorise le glissement de l’un vers l’autre. Ainsi, quand une municipalité à-ban-donne sa ville, la laisse devenir une ban-lieue, autrement dit lorsqu’elle laisse « mettre à-ban » son propre territoire, qu’elle le « laisse au pouvoir d’un autre », la rendant par là « sensible », sans le savoir ni en avoir le moindre soupçon, elle actualise une vérité linguistique prédéterminée par la langue française. Pour comprendre la « crise des banlieues », il faut penser « en » français.

Esplanade François Mitterrand  à Épinay-sur-Seine (PFT)

Quand nous affirmons qu’Épinay-sur-Seine doit cesser d’être une « ban-lieue », cela veut d’abord dire que ce territoire ne doit plus être un assemblage chaotique de six quartiers et, par suite, qu’il doit et peut devenir une « ville ». Pour lors, avec l’équipe municipale en place, Épinay n’en prend pas la direction. Tout d’abord, parce qu’elle ignore son ignorance de ce qu’est ban-lieue, la Droite locale rend impossible notre « ville » et tend, par le même mouvement, à l’affaiblissement de la République .

Il faut, à Épinay-sur-Seine comme dans les banlieues du même profil urbain, un politsès, un bâtisseur de ville, et non pas un maire qui projette, dans un beau et gigantesque désordre, des programmes immobiliers et routiers, comparable à un mauvais agriculteur qui ne connaîtrait pas ses bucoliques.

Les banlieues ne redeviendront des villes, que si les politiques décident de comprendre enfin ce qu’est la ban-lieue. Au vrai, Ban-Lieue est un mot métis, une synthèse entre deux mots : « ban » et « lieue ». Au reste, nul ne peut prétendre saisir l’intimité de la crise, s’il n’admet d’abord et avant toute autre considération cognitive que, de toutes les substances urbaines connues, ban-lieue est la seule à s’être, pleinement et définitivement, constituée en signe , c’est-à-dire comme un triptyque linguistique composé d’un « signifiant » (face sonore : bãljø), d’un « signifié » (face conceptuelle : ban-lieue) et d’un « référé » (face matérielle : squatting, malpropreté et dette locative). C’est cela ban-lieue, et rien d’autre.

Somme toute, à Épinay-sur-Seine, si la droite locale ne brille pas par la réflexion, elle s’illustre de façon pathétique dans l’échec de sa politique publique, en matière de sécurité, de solidarité (justice sociale) et propreté urbaine.

Entretien avec Yannick Trigance

Par , le 

mercredi 

26 juin 2013 à 09:42

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Yannick Trigance (D.R.)

En prélude à la réunion publique de la gauche et des indépendants qui aura lieu le 3 juillet prochain (salle des fêtes, 18 rue du général Julien), le blog de Pierre Franklin Tavares accueille aujourd’hui Yannick Trigance. Personnalité de la gauche spinassienne et conseiller régional d’Île-de-France, Yannick Trigance est le secrétaire de section du Parti socialiste à Épinay-sur-Seine depuis 1995, et secrétaire national adjoint a l’éducation du PS.

Vous êtes secrétaire national adjoint à l’éducation du Parti socialiste. En quoi la question scolaire est-elle un enjeu crucial pour une municipalité comme Épinay ?

L’école de la République, c’est la base de tout : lorsque l’école avance, c’est la République qui grandit et chaque jeune, quel que soit le milieu d’où il vient, a le droit de réussir son parcours. A Épinay, ville extrêmement jeune, l’avenir de notre jeunesse passe d’abord et avant tout par l’école , dès la maternelle, car c’est dès la petite enfance que les inégalités apparaissent et qu’il faut les combattre pour garantir une véritable démocratisation de la réussite. La scolarisation des enfants de moins de trois ans, refusée pendant des années par l’actuelle municipalité,devrait être une priorité absolue.

La question scolaire doit donc être la première des priorités de la municipalité, mais pas de manière superficielle uniquement basée sur de la communication : il s’agit de proposer un véritable projet éducatif répondant aux besoins de nos jeunes et de leur famille.

Face à certains problèmes de locaux comme à l’école des Écondeaux, vous proposez une révision de la carte scolaire. Pouvez-vous nous en parler ?

Je suis effectivement intervenu auprès de l’actuelle municipalité afin qu’elle stoppe un  projet d’agrandissement de l’école des Econdeaux qui mettait en jeu la sécurité des élèves et des enseignants mais également les conditions matérielles et pédagogiques d’enseignement. En effet, face à l’augmentation des effectifs, le maire actuel voulait installer un préfabriqué supplémentaire sur le toit d’un préfabriqué dejà existant depuis plus d’un an : c’est inacceptable.

Je suis donc intervenu pour demander, comme l’ont fait les parents et les enseignants, que ce projet soit annulé et que l’on puisse proposer aux familles des places dans des écoles du secteur qui disposent de locaux pour accueillir leur enfant. Et j’ai été entendu puisque le projet d’agrandissement a été suspendu. Je considère que la question de la carte scolaire doit être traitée dans la concertation avec l’ensemble des membres de la communauté éducative, dont les parents qui disposent de représentants élus.

Malheureusement, cette concertation n’existe plus depuis plusieurs années dans notre ville, et c’est une grave erreur car les parents sont les premiers concernés par l’éducation de leurs enfants.

 Vous siégez au Conseil régional d’Île-de-France, où vous avez récemment mis l’accent sur le décrochage scolaire. Comment remédier à ce problème important dans notre ville ?

J’ai effectivement eu le plaisir et l’honneur d’être le rapporteur de mon groupe à la Région sur la question de la lutte contre le décrochage scolaire, question sur laquelle je travaille depuis longtemps. Il faut savoir que le décrochage scolaire touche chaque année plus de 20 000 jeunes en Île-de-France, que c’est un processus complexe combinant facteurs éducatifs bien sûr, mais également sociaux, familiaux et territoriaux, et qu’il appelle une réponse globale et innovante.

A Épinay par exemple, il faudrait innover dans la méthode de travail à travers une meilleure coordination de l’action de l’ensemble des acteurs engagés, la construction de passerelles supplémentaires entre collèges et lycées de notre ville et CFA et l’affirmation d’un « droit à l’erreur » en matière d’orientation. Il y a lieu également d’innover  en matière de méthodes pédagogiques via une montée en charge de structures nouvelles à la pertinence reconnue par tous les acteurs, comme les micro-lycées dont nous souhaitons doubler le nombre et améliorer la répartition sur le territoire francilien. Et la ville d’Épinay pourrait jouer, avec une vraie volonté politique , un rôle majeur afin de relever ce défi qui conditionne l’avenir de notre jeunesse .

Réunion publique le 3 juillet

vendredi 

21 juin 2013 à 15:33

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Le 3 juillet à 19h30 à Épinay-sur-Seine dans la salle des Fêtes au 18 rue du Général Julien, la gauche et les indépendants se réunissent pour réfléchir à un projet nouveau pour notre ville. Je vous invite à venir nombreux à cette réunion publique, première étape pour préparer l’alternance en 2014.

Réunion publique  3 juillet à 19h30 Salles des Fêtes 18 rue du Général Julien 93800 Épinay-sur-Seine

Réunion publique
3 juillet à 19h30
Salle des Fêtes 18 rue du Général Julien
93800 Épinay-sur-Seine

 

 

 

Épinay 2014 : Premières obstructions du maire

jeudi 

30 mai 2013 à 06:55

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L’homme, lorsqu’il est petit d’esprit, renonce difficilement à ses mauvais penchants et les circonstances les aggravent.

Il y a quelques jours, toute la gauche d’Épinay entreprenait de tenir sa première réunion publique, pour annoncer qu’elle irait fortement unie aux Municipales 2014. Pour l’obtention d’une salle municipale, le collectif des conseillers municipaux formula une demande écrite au maire, pour une mise à disposition de la Maison du Théâtre et de la Danse (MTD).

Allégorie de la Simulation (Lorenzo Lippi)

De source bien informée, nous savions la disponibilité de cet équipement public aux dates demandées. Ce que, du reste, l’administration confirma, dans un premier temps, en émettant un avis favorable. Or, hier en milieu d’après-midi, dûment informé de cet accord de l’administration, le cabinet du maire décida de réorganiser le calendrier d’activités de la MTD, en créant « de toutes pièces » une série d’activités pour se donner un motif de refus de la mise à disposition de la MTD. Et, comme le  remarque fort justement saint Augustin, l’orgueil imite l’élévation de l’âme. Ainsi, après avoir sorti de sa « boîte à outils » un calendrier, la Directrice de cabinet notifia le refus, tout en proposant une autre salle, mais celle-ci de moindre importance. Plus petite, elle permettait de limiter le nombre de places pour les participants. Moins bien desservie, les transports publics y sont plus difficile d’accès, en raison des travaux sur la RN 14. Enfin, du fait des désordres occasionnés par les travaux urbains du centre ville, elle n’offre que très peu de places de stationnement, ce qui, selon les desseins du cabinet du maire, devrait également démotiver ceux qui voudraient s’y rendre en voiture. Lorenzo Lippi a croqué cette attitude d’esprit.

Ce calcul n’est pas seulement stupide. Il s’entoure de ridicule. Plus grave encore, il s’agit d’un délit d’entrave à l’expression démocratique de l’opposition. Cette dérive est l’œuvre d’un « clan » qui dispose à sa guise des équipements publics, les donnant aux associations qui leur sont favorables, selon son gré et son caprice.  Nous n’aurons de cesse de le répéter, le plaisir de la complicité pour reprendre l’expression de saint Augustin (Confessions, II, 8) a créé un « clan » qui dirige cette ville et s’obstine à enrayer toute vie démocratique locale qu’elle n’aurait pas elle-même organisée.

Épinay-sur-Seine est à présent une « ville bananière », où l’arbitraire et le caprice de quelques-uns ont force de loi dans tous les domaines, depuis la gestion des services ou l’avancement des carrières des agents municipaux, jusqu’à l’attribution des logements.

Tout citoyen comprendra pourquoi, comme expliqué dans un précédent article, nous n’avons plus souhaité écrire dans la rubrique municipale réservée à l’opposition.

Au total, 2014 est d’ores et déjà un enjeu capital.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits