Sauver l’industrie du cinéma à Épinay

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jeudi 

5 décembre 2013 à 09:30

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Grève du 27 novembre (lefigaro.fr)

Grève du 27 novembre (lefigaro.fr)

Mercredi 27 novembre, alors que le maire d’Épinay-sur-Seine sirotait du champagne à l’heure du petit-déjeuner pour fêter l’ouverture du centre commercial l’Ilo, de l’autre côté du boulevard De Lattre, les salariés du groupe Éclair manifestaient contre un nouveau plan de licenciements. L’annonce de la suppression de neuf postes porte le nombre d’emplois supprimés depuis 2005 à 300 dans l’ensemble du groupe dont le siège et la plupart des activités sont implantées à Épinay-sur-Seine.

Touché par les mutations du secteur cinématographique, le passage à la projection numérique, une anticipation délicate de la part de la direction et des restructurations dans l’ensemble des laboratoires de cinéma, Éclair est aujourd’hui criblé de dettes, et souffre de perspectives de développement réduites. Rappelons que le groupe a également dû se séparer en 2009 des studios d’Épinay, repris par le groupe TSF.

Pourtant, les solutions existent. Car Épinay a de quoi être fier de son secteur cinématographique, loin des projets irréalistes, des équipements déficients et des soupçons de détournements de fonds publics qui font de la surmédiatisée Cité du cinéma de Saint-Denis un gouffre financier et un désert artistique.

La restauration de films du patrimoine, une piste d'avenir pour les labos d'Épinay... (© SND)

La restauration de films du patrimoine, une piste d’avenir pour les labos d’Épinay… (© SND)

Le savoir-faire des personnels, l’expérience de ce fleuron du cinéma mondial, offrent des potentialités exceptionnelles dans des secteurs porteurs : la restauration des films anciens (la version restaurée par Éclair de La Belle et la Bête de Jean Cocteau, cette année, a connu un succès national), la production de longs métrages (comme le beau succès de Les Garçons et Guillaume, à table ! ou le prochain biopic Grace de Monaco avec Nicole Kidman), et encore la diversification vers d’autres activités audiovisuelles complémentaires, dans le secteur du web par exemple.

Pour sauver le groupe Éclair et le cinéma à Épinay, il est temps de sortir de l’inaction. Le rôle du maire n’est pas de faire oublier les forces vives de la ville et les laisser à la dérive, tout en bradant Épinay à des activités à faible valeur ajoutée (grande distribution, secteur locatif) et incapables d’œuvrer au rayonnement de notre ville et à la création d’emplois. Il faut à Épinay une véritable mobilisation du secteur cinématographique et audiovisuel, associant les élus, les entreprises (Éclair, TSF) et leurs personnels, afin d’anticiper les mutations, d’aider au développement de ces activités, et d’encourager la création et l’implantation de nouvelles entreprises du secteur.

« Épinay fait son cinéma », annonce une exposition montée à la va-vite au Pôle musical d’Orgemont, comme un peu de poudre aux yeux à l’approche des élections municipales. Le nom même de cette manifestation révèle la vision au rabais de l’équipe municipale sortante. Épinay est la capitale française du cinéma. Épinay ne fait pas « son » cinéma, mais depuis plus d’un siècle Épinay fait LE cinéma français, et a fait son histoire et ses chefs d’œuvre.

Le cinéma et plus largement le secteur de l’audiovisuel est l’héritage de la ville, son identité, et sa force. Il faut sauver l’industrie cinématographique spinassienne : là se trouve le plus grand gisement de croissance, d’emplois et de rayonnement pour Épinay. Encore faut-il agir pour ne pas le perdre.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits