Lecture et lutte contre l’illettrisme, une urgence pour Épinay

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mercredi 

19 mars 2014 à 12:35

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Contrairement à une opinion fortement répandue, le fait d’habiter dans les villes ne protège pas forcément de l’illettrisme. C’est d’ailleurs le cas particulièrement en Île-de-France : en 2011, 13 % des Franciliens âgés de 18 à 65 ans rencontrent des difficultés importantes dans les trois domaines fondamentaux de l’écrit : la lecture, l’écriture de mots et la compréhension d’un texte simple, selon l’Insee. C’est plus que la moyenne des autres régions métropolitaines (11 %) et cela signifie que plus d’un million de Franciliens sont en difficulté face à l’écrit.

Jusqu’à 11 000 Spinassiens directement concernés

Les inégalités au sein de la région sont importantes et la Seine-Saint-Denis est au premier rang des zones touchées. Les tests de lecture pratiquées lors de la Journée d’appel à la préparation à la défense demeurent une base intéressante. Ainsi en 2008, dans le département, 18 % des jeunes avaient des difficultés de lecture, et 8,3 % de graves difficultés. Ce dernier chiffre place le 93 au deuxième rang des départements métropolitains. Un constat d’autant plus catastrophique que l’on sait que ces difficultés augmentent en proportion avec l’âge.

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Cela tient à plusieurs facteurs, notamment la corrélation soulignée par l’Insee entre illettrisme et chômage (un chômeur de la région sur sept est touché), ou le fait de n’avoir pas suivi de scolarité, ou d’avoir été scolarisé à l’étranger. La proportion de personnes illettrées est également plus importante dans les Zones urbaines sensibles, comme le précise l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme : dans les ZUS (et Épinay en comprend deux), le pourcentage de personnes en situation d’illettrisme est deux fois plus élevé que dans le reste de la population selon les chiffres parus en 2013.

Même s’il n’existe pas de données localisées au niveau de la commune, il ne fait donc aucun doute que de nombreux habitants de la ville sont concernés par ce mal, à hauteur de 15 à 20% de la population environ, soit entre 8 400 et 11 000 Spinassiens environ, de tous les âges.

Un enjeu oublié par la municipalité sortante

Des dispositifs de lutte contre l’illettrisme existent heureusement, dotés de moyens, notamment au sein du GIP Défi Métiers (ex-CARIF), abondé par la région et par l’État. Une mission régionale de lutte contre l’illettrisme existe ainsi en son sein, pour une meilleure prise en compte de cet enjeu dans les politiques régionales de formation et d’emploi.

Cela ne peut cependant pas suffire, et les enjeux localisés au niveau d’une commune comme Épinay doivent mobiliser des acteurs locaux, à commencer par la municipalité elle-même. L’inaction de l’équipe sortante est ainsi en la matière inquiétante, comme si l’enjeu lui échappait totalement. Aucune action spécifique, aucune ressource municipale sur le sujet n’est ainsi accessible. C’est une omission déplorable.

Ainsi, l’essentiel de la politique du livre et de la lecture à Épinay a été à vrai dire abandonné à Plaine Commune, qui a notamment permis la construction de la Médiathèque Colette dans le Centre-Ville. Mais le manque d’exigence de la ville se ressent dans le fonctionnement de la médiathèque, comme des deux autres (petites) médiathèques de la ville. Ces problèmes avaient été relayés il y a plusieurs mois ici-même, ainsi que la dégradation quantitative et qualitative des collections depuis le transfert, nombreux étant les lecteurs à regretter la médiathèque Mendès-France beaucoup plus fournie en ouvrages. Sans parler de choix qui ne peuvent être qualifiés autrement que de démagogiques. Le seul intérêt des médiathèques d’Épinay est finalement de pouvoir accéder aux ouvrages des communes voisines, et la conclusion que nous en tirions ne peut être que répétée : « les trois bibliothèques ne sont ainsi guère autre chose que des guichets de prêt, afin d’accéder aux livres appartenant à des communes mieux dotées ».

Le problèmes des amplitudes horaires

Il faudrait encore citer le problème des horaires d’ouverture. La médiathèque Colette est ainsi ouverte cinq jours sur sept, de 15h à 19h30 les mardi et jeudi, et de 10h à 18h les mercredi, vendredi et samedi. Soit 33 heures par semaine en tout et pour tout, et encore moins à Albert-Camus (23h30 par semaine)  et à Jules-Vallès (16 heures). Quand les bibliothèques parisiennes et d’autres grandes villes atteignent les 40 heures d’ouverture, et que les pays européens ouvrent leurs bibliothèques au public près de 100 heures par semaine, y compris le dimanche, et en nocturne jusqu’à 22 heures !

Comme le dénonce l’association Bibliothèques sans Frontières, de telles amplitudes horaires sont nettement insuffisantes et « dignes de celles d’un pays en voie de développement ».  Une pétition soutenue par de nombreux écrivains a ainsi été lancée il y a deux mois pour étendre les horaires des bibliothèques notamment en soirée et le dimanche et réunit à l’heure actuelle plus de 12 000 signataires, et l’importance de cet enjeu a été depuis soulignée par le gouvernement.

Une étape majeure avec Yannick Trigance : le plan lecture du nouvel Épinay

Le programme présenté la liste Tous unis pour un nouvel Épinay conduite par Yannick Trigance a tenu compte de la problématique de l’illettrisme, et plus généralement de l’accès à la lecture et au livre. Les propositions y sont claires, fermes et courageuses :

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  • L’élaboration d’un plan lecture pour lutter contre l’illettrisme et fixer les priorités à ce niveau ;
  • Au sein de ce plan lecture, l’enrichissement des collections municipales, pour des médiathèques qui soient avant tout des bibliothèques, avec un fonds bibliographique suffisamment fourni et abondé en permanence ;
  • La question des horaires d’ouverture, y compris le week end et en soirée, sera également prise en compte, à travers la proposition effectuée d’adapter les horaires de tous les services publics à l’emploi du temps des habitants ;
  • Le plan comprend aussi la création d’un salon du livre annuel, et d’un prix littéraire mettant à l’honneur un grand auteur ;
  • Enfin une proposition est formulée pour accueillir des entreprises culturelles, notamment dans le domaine de l’édition, en partenariat avec les pôles universitaires voisins.

Si la liste « Tous unis pour un nouvel Épinay » conduite par Yannick Trigance est élue, elle saura faire de la lutte contre l’illettrisme une réalité, et du livre et de la lecture une ambition concrète pour Épinay. Ville populaire, elle peut cependant prétendre à être intégrée dans le tissu culturel et littéraire francilien, et bénéficier au titre de cette politique des retombées de Plaine Commune, labellisé « territoire de la culture et de la création » au sein du Grand Paris.

Ces engagements ne sont pas seulement les meilleurs de tous les candidats sur ces questions, à Épinay. Ce sont aussi les seuls.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits