La réouverture d’une CAF bloquée par le maire depuis 2010

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mardi 

3 décembre 2013 à 08:00

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(D.R.)

En 2010, plusieurs centres d’accueil de la Caisse d’allocations familiales de Seine-Saint-Denis fermaient. L’accueil d’Épinay-sur-Seine en faisait partie. Cette fermeture était alors annoncée comme temporaire, afin que le personnel puisse « résorber les retards de traitement des dossiers ».

Cette décision « provisoire » a été suivie de la promesse d’une réouverture de 10 agences « famille » dans le département, au lieu des 40 centres d’accueil qui existaient auparavant. Aucune agence de ce type n’a été ouverte à Épinay.

En mai 2011, sous le gouvernement précédent, le député de la circonscription s’est adressé à la ministre compétente à ce sujet. La réponse gouvernementale indiquait une fermeture pour raisons de sécurité des personnels : « Cette fermeture est donc bien temporaire. Des échanges sont en cours avec le maire d’Épinay pour rechercher une implantation de la CAF plus conforme aux besoins des allocataires et des personnels. »

Plus de deux ans plus tard, rien n’a donc été fait par le maire pour trouver un nouveau local approprié, et réimplanter une agence de la CAF sur la commune. Cela, alors que le contexte social difficile est ressenti par les Spinassiens, particulièrement dans les quartiers populaires comme à La Source, où l’ancien accueil était installé et aisément accessible.

Depuis 2010, les Spinassiens sont donc obligés de se déplacer à l’accueil de la tour Pleyel de Saint-Denis, pour des heures d’attente même pour un simple dépôt de dossier, et sans certitude de voir leur dossier reçu en cas de forte affluence. Le maire d’Épinay, lui, estime que les Spinassiens peuvent se contenter du Centre communal d’action sociale (CCAS) du 7 rue Mulot.

(D.R)

Mais celui-ci est lui-même sous tension, avec un personnel trop peu nombreux pour l’afflux de dossiers. Ainsi, alors que le traitement par l’accueil de la CAF est de quelques jours et permet par exemple de toucher le RSA dès le premier mois après le dépôt du dossier, le traitement par le CCAS est de plus de trois mois, et a pour conséquence de priver les allocataires de 3 à 4 versements mensuels selon les cas. Étant données l’urgence sociale et les conditions de vie extrêmement fragiles des allocataires, de tels retards peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les Spinassiens, leurs familles et leurs enfants.

La disparition sans réimplantation du centre d’accueil de la CAF, et l’augmentation des délais de traitement des dossiers sont un nouvel élément à charge dans le bilan d’un maire qui, loin d’aider la population, reste sourd à ses problèmes, malgré leur aggravation en période de crise. Cela illustre également à la politique de la municipalité de droite visant à l’abandon des quartiers populaires, progressivement privés de services publics et plus que jamais enclavés.

Quand le maire d’Épinay réside à Enghien : le sens d’une fuite

jeudi 

5 septembre 2013 à 08:32

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Le titre de cet article tire son fonds d’un fait inédit récemment divulgué : depuis plus d’une année, le maire d’Épinay-sur-Seine a déménagé à Enghien-les-Bains. Il n’est plus Spinassien mais Enghiennois.

La chose a paru si stupéfiante et incongrue que nous avons d’abord songé à un canular d’opposants ou à une malveillante rumeur. Mais les témoignages fusent et concordent. Les « anciens » voisins déclarent que sa villa, à Épinay-sur-Seine, est close depuis bien longtemps. Et, comme dans les fables grecques, les roseaux du lac d’Enghien répètent ce secret que le barbier du roi Midas n’avait pas su garder. L’information fait le « buzz » ; les Spinassiens sont indignés ; des paparazzi locaux mitraillent l’immeuble cossu et font circuler des photos.

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Que le maire d’Épinay-sur-Seine prenne résidence hors de sa ville, cela constitue-t-il un vrai scandale, comme pierre d’achoppement ? Non, déclare en chœur la Droite spinassienne, d’après laquelle il ne s’agirait que d’une résidence secondaire, le domicile fiscal (Code civil, Art. 102 – 12) étant toujours à Épinay. En usant de ces arguties, la Droite locale se ment d’abord à elle-même, ment aux Spinassiens, et enfin, plus grave encore, affiche sa méconnaissance de la distinction juridique entre résidence principale et résidence secondaire. que la loi détermine par deux critères principaux : l’intention d’installation dans un logement et la durée d’occupation du logement visé. Autrement dit, lorsqu’un individu ou un ménage, qu’il soit propriétaire ou locataire, occupe plusieurs logements, n’est qualifiée comme résidence principale que le logement dans lequel il réside le plus de temps.

Lac d’Enghien-les-Bains (D.R)

Toutes ces définitions et précisions sont capitales, parce qu’elles délimitent les enjeux de toute résidence et ont une portée juridique, fiscale, politique et sociale. En effet, la résidence principale permet de déterminer certains impôts (taxes foncières, impôts locaux, parfois impôts sur le revenu, etc.) mais également l’inscription sur les listes électorales.

Tout d’abord, comme il est attesté que le maire d’Épinay-sur-Seine a sa résidence principale à Enghien-les-Bains, où s’acquitte-t-il de ses impôts locaux ? S’il le fait à Enghien-les-Bains, ce serait un comble pour les Spinassiens. Ensuite, sa résidence principale à Enghien-les-Bains lui ouvre l’accès à certains droits, tel que le rattachement scolaire ou les crèches pour ses enfants dans un établissement enghiennois. On pourrait ainsi donner cent exemples de ce type de difficultés auquel renvoie son choix de devenir Enghiennois.

Sous ce choix se dissimulent aussi les intentions sociales de ce « mal français » que pointait Jean de La Fontaine. Car habiter Enghien-les-Bains donne l’illusion de « se croire un personnage ». C’est qu’en choisissant de résider de manière principale à Enghien-les-Bains, ce maire fait  l’option d’un environnement social et urbain distinct de celui d’Épinay-sur-Seine : tranquillité, sûreté, cadre de vie, services. Bref, il va chercher à Enghien-les-Bains ce qu’il n’espère pas trouver à Épinay-sur-Seine, une ville qu’il dirige depuis une douzaine d’années. Quel aveu d’échec !

Le maire d’Épinay-sur-Seine brise les usages, qui font qu’un maire a le devoir d’habiter sa propre ville et (puisque le maire siège également à l’assemblée départementale) un conseiller général son canton. Il n’aura même pas choisi l’une des neuf villes qui composent la Communauté d’agglomération Plaine commune, et dont il est vice-président. Cela est politiquement inadmissible et moralement inconvenant. Et comme le maire, de nombreux élus municipaux de la droite spinassienne ont quitté le territoire de la commune pour des villes leur offrant plus d’avantages.

Épinay-sur-Seine continuera-t-il être dirigé par un habitant d’Enghien-les-Bains ? En attendant, force est de constater qu’à la tête du « clan » qui dirige la ville, le maire dresse son propre bilan et personne n’est plus sévère à son endroit que lui-même. Comme celle de Varennes, sa fuite est un aveu, tant les choses vont mal à Épinay. Et il y aussi dans cette fuite quelque chose de ce grand mépris propre aux « nouveaux riches », aux « parvenus », frappés du syndrome qui les éloigne des pauvres et des quartiers populaires desquels ils sont issus.

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© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits