399e anniversaire de la mort du fabuliste : pauvre La Fontaine, être cité par « petit Denis »

dimanche 

13 avril 2014 à 09:47

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Écoutez donc. Alors que la « très noble » séance du « fort distingué » Conseil municipal du 8 avril dernier s’achevait, nous eûmes droit à une surprise : la piètre intervention de « petit Denis ». Sur instruction de son vénéré maître, on l’entendit lire une « réponse » à un article de Julien Le Mauff  qui eut un grand retentissement lors de sa mise en ligne sur notre blog.

Julien Le Mauff, esprit fort cultivé, madré et de solide formation, lui répondra, s’il le souhaite. Au vrai, nous doutons qu’il le fasse, et ce pour au moins trois raisons. En premier lieu, parce qu’il est toujours difficile de répliquer à un texte médiocre. En deuxième lieu, parce que le texte lu par « petit Denis » n’apporte aucun argument nouveau susceptible de réfuter l’article, mais se contente de rappeler la procédure du dispositif (bourse aux permis) dont Julien  estime précisément qu’elle n’est respectée ni en sa lettre ni en son esprit. En troisième lieu, puisque cet article a atteint sa cible (mise en exergue de l’opacité des décisions), il n’a nulle raison d’y revenir. Ce serait pure absurdité.

Nous nous conformerons à cette règle épistémologique. Toutefois, et pour lors, sans donc aller au plein de la lecture de « petit Denis », nous voudrions juste sauvegarder le prestige d’un fabuliste qu’il nous plaît souvent d’évoquer : Jean de La Fontaine.

Dussions-nous le redire, il est bien plus difficile de comprendre la signification et le sens des fables de notre de La Fontaine, que de lire La Phénoménologie de l’Esprit de Hegel, d’étudier la Critique de la raison pure de Kant ou de résoudre la conjecture de Fermat. Et « petit Denis » en apporte la preuve. Excipons d’un exemple ce qui est dit. En effet, avec une vaillante balourdise, « petit Denis » cite La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, mais mésinterpète totalement la signification de cette fable. Éclaircissement : tandis que de La Fontaine (ami et protégé de Fouquet) fustige la « grosseur » du bœuf, c’est-à-dire l’absolutisme royal de son temps (Louis XIV et Colbert), « petit Denis », lui, prend cette fable au premier degré et croit indûment que le fabuliste y fait l’éloge du bœuf (absolutisme royal) et se moquerait de la grenouille qui, en vérité, n’est qu’invitée à ne pas adopter les travers moraux et défauts politiques du régime royal, sous peine de périr. Tel est le fond moral de cette fable. Ainsi, « petit Denis » a compris tout à l’envers le moralisme de Jean de La Fontaine. C’est comme si « petit Denis », avec son art de tout inverser, voulait conduire une moto en prenant le siège arrière pour guidon.

Mais il est un beau paradoxe que fabrique « petit Denis », dans l’usage de cette fable. Puisque, sans s’en apercevoir, « petit Denis » reconnaît et admet explicitement, en plein Conseil municipal, que son maître vénéré serait donc le bœuf dont se moque de La Fontaine. Comment comprendre cette contradiction ? En réalité, pour ceux qui connaissent bien les opinions réelles de « petit Denis », et surtout la légendaire affection qu’il porte à son maître, il n’y a là rien là de plus qu’un lapsus révélateur. En comparant son maître au bœuf de la fable, « petit Denis » ne dit que ce qu’il pense vraiment. L’inconscient, lui, ne ment pas. On a beau l’enfermer (complexe de castration), il se fraie toujours des voies inattendues, pour laisser éclore les pensées enfouies dans ses profondeurs.

En dévoilant la pensée profonde de « petit Denis », il est permis de dire que si, dans notre ville, cette fable doit servir, ce n’est que comme mise en garde pour que ne soit pas imités les travers et défauts de cette équipe de droite et d’extrême-droite qui, sur fond d’une honteuse alliance, dirige Épinay-sur-Seine.

« Pauvre Boris », chante Jean Ferrat, lorsque, à dessein, il raillait Richard Anthony entonnant Le Déserteur de Boris Vian. Mais il en va toujours ainsi, quand un esprit médiocre tente, en vain, de reprendre les mots d’un grand auteur, dont il ne saisit pas la portée et moins encore le sens. Il se contredit et affirme, finalement, l’opposé de son intention. Ainsi, après qu’un écrivain réputé (mdr) ait comparé le locataire du château de Bétigny à L’Âne portant des reliques et au roi des étangs, voilà que s’initiant aux comparaisons, « petit Denis » présente ce locataire comme le Boeuf de la fable. C’est le comble de l’ironie.

Pauvre La Fontaine, quand tu es repris par « petit Denis ». Lorsqu’on on a ou qu’on est de peu d’esprit, il faut éviter d’en vouloir trop en faire. Et, le plus désopilant dans l’hésitante lecture de « petit Denis » fut de voir tous les élus de droite et d’extrême-droite rire, sur fond de ce formidable contresens. Quel magnifique spectacle que de voir chacun d’eux chercher dans le rire artificiel de son voisin l’assurance d’avoir compris ce qu’eux-mêmes n’avaient pas saisi. Ah ! Panurge, quand tu tiens les êtres et les organises en cheptel. C’est que les moutons se rassurent et s’abonnent au troupeau par leur bêlement.

Pour finir, « petit Denis », et puisque chaque conseil doit être à la mesure de son destinataire, recevez un amical « petit » conseil : ne prenez jamais à votre propre compte un texte dont vous n’êtes pas l’auteur. Car le risque est d’être semblable au petit écolier qui, n’ayant pas appris son texte, est obligé de le lire ligne après ligne et sans jamais éloigner ses yeux des pages. Vous avez lu « votre » texte comme si vous ne connaissiez pas la procédure administrative dont vous parliez. Laissez donc au roi des étangs lire lui-même son écriture médiocre (dixit une ancienne première adjointe).

Pauvre La Fontaine, quand tu es repris par « petit Denis ».

Cependant, pour saluer l’œuvre magistrale et de si grande actualité, nous avons choisi de publier ce court article, ce 13 avril, date du 399e anniversaire de la mort de notre Jean de la Fontaine.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits