Victoire d’Eric Coquerel, la clé : une opération immeuble 100% Mélenchon

mardi 

20 juin 2017 à 22:24

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Félix Houphouët-Boigny aimait à dire, avec le sens paysan de l’image et de la formule urbaine qu’on lui connaît : « la victoire a toujours plusieurs papas ». Que n’avait-il raison ! Car il est bien difficile de connaître les véritables auteurs d’un succès, surtout politique. Au vrai, seule la déesse Nikê (grecque) ou Victoire (pour les Romains) sait qui est le « papa » d’un succès.

S’agissant des législatives dans la 1ère circonscription de Seine-Saint-Denis, à Épinay-sur-Seine plus exactement, pour l’essentiel et le principal, Éric Coquerel doit sa victoire, d’abord et surtout aux mamans des quartiers sensibles. Et que personne ne viennent voler « leur » victoire. Mobilisées, elles auront été le facteur décisif, face à la puissante machine de droite macroniste qui, au passage, a battu à plate couture la candidate LR-UDI activement soutenue par les deux maires d’Épinay-sur-Seine et de Saint-Ouen. C’est encore elles qui, tacticiennes, ont rejeté le candidat socialiste au premier tour, et dont le score (10%) a désormais réduit la section locale socialiste au rang de force secondaire ou d’appoint.

C’était déjà avec elles que, sur l’axe urbain Orgemont – Centre-ville, nous avions mis en œuvre l’« opération Immeuble 100% Mélenchon », lors de la présidentielle. C’est ce dispositif qui a été réenclenché lors du second tour des législatives. Comment ne pas, ici, toutes les remercier, pour leur détermination (acharnement), leur dévouement (violence : dégagisme) et leur sérénité (puissance). Elles ont été les militantes anonymes d’une cause juste. Elles pourtant, oubliées de la République et de la Nation. Leur seule arme : la démocratie, en l’occurrence le bulletin de vote. Sans elles, la gauche eut perdu cette circonscription. Leur sursaut au second tour fut capital, le 18 juin 2017. Aussi, dès 9h30 du matin, je fus convaincu de la victoire d’Éric Coquerel. Ce sont encore ces mamans-là qui, dans un contexte d’abstentionnisme marqué, ont su mobiliser non seulement leurs familles (époux, enfants, parents, etc.) mais aussi leurs amies et voisines pour aller voter Éric Coquerel, dans une praxis que nous appellerons volontiers la théorie de la grappe d’électeurs. Le mot grappe vient du français crape, qui signifie « agrafe ». Elles ont agrafés les électeurs, pour former des grappes de voix. Que l’on ne s’y trompe guère, elles furent la force principale avec leur fameux slogan : « il faut les dégager ». Il n’est pas étonnant que dans leur mythologie, les Romains aient donné à Victoire trois sœurs : Zélos, « l’acharnement », Cratos, « la puissance » et Ria, « la violence ».

Mais j’ai aimé revoir Michel Bourgain, ex-maire de l’Île-Saint-Denis, toujours aussi charismatique ; heureux aussi d’avoir rencontré un couple merveilleux, Mohamed et Annick du 95 et l’excellent Rémi Faucherre de Paris 18ème, tous venus prêter main forte dans le tractage à Orgemont. Mais également le jeune Heykel qui, de son père Khémaïs (militant formé), a reçu belle éducation, savoir-vivre et instruction, trois précieux atouts qui devraient inspirer plus d’un et plus d’une.

Merces edes ! Merci ! En effet, qu’il me soit aussi permis de féliciter toute l’équipe qui m’entoure et dont l’idéal tient en une seule formule : une ville juste envers tous. Elle s’est mise en branle, dès mon appel et sans hésitation ni calcul, après ma première rencontre avec Éric Coquerel à Paris et sur ma demande. Comme ces mamans des quartiers sensibles, je n’ai rien demandé à Éric Coquerel, aucun poste et nul avantage d’aucune sorte. Nous sommes et resterons des citoyens libres.

Merces edes ! Merci donc à notre section des statistiques et analyses stratégiques animée par Marie-Adeline et Julien, et qui a compilé toutes les données électorales et sociodémographiques d’Orgemont et du Centre-ville, avec lesquels nous avons affiné notre stratégie de terrain, afin de ne pas gaspiller nos forces et viser juste, et qui nous a mis en garde contre les effets du communautarisme qui, aujourd’hui, ravage la droite locale (Facebook : voir le conflit Fatiha Kernissi / Rachida Rharbi) et qui vaut comme un clair avertissement pour la gauche ; merci à l‘équipe de sécurité qui, discrète, est toujours restée proche et a veillé sur nos sympathisants ; merci à la cellule réseaux sociaux, qui a su relayer nos actions ; merci aux jeunes d’Alternative Jeunesse, Alexandra, Mavérick, Pierre-Alexandre, Axel, Dominique, Belinda, etc., et aux moins jeunes, Benson, Rafik, Rassoul, etc., dont certains sont la relève pour 2020 ; merci, aux « militantes », qui forment le socle de notre mouvement, Marie-Claire, Huguette, Gladys, Majolie, Elvire, Christine, etc., et aux sympathisantes, Mme C., Yaffa, Florence, etc.

Et comment oublier Josiane et Gina, trop tôt emportées, mais qui, de là-haut, ont dû se réjouir de nous voir si enthousiastes dans les batailles de terrain.

La victoire d’Éric Coquerel est la vôtre, Mesdames. Par vos actions, vous avez contenu Ménard dans le Centre-ville et vous l’avez battu à Orgemont.

À toutes et à tous, Éric Coquerel m’a demandé de vous transmettre ses remerciements. Merci également à Georges, Éric, Camilou, Franck, Pape, et de tant d’autres, pour leur appui aussi efficace que sans tapage.

Pour une ville juste envers tous est incontestablement devenu l’organisation de gauche la mieux structurée et la plus disciplinée d’Épinay. Et désormais incontournable. Les temps qui viennent appellent au renforcement de notre mouvement

Qu’est-ce qu’un coup d’État ?

jeudi 

8 juin 2017 à 09:26

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Législatives 2017 : soutien à Eric Coquerel

mercredi 

31 mai 2017 à 12:49

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Je partage avec vous le discours que j’ai prononcé le 30 mai lors du meeting d’Eric Coquerel à Saint-Ouen.

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Chers concitoyens de la première circonscription de Seine-Saint-Denis,

Je me réjouis d’être parmi vous, si nombreux cet après-midi, en cette place publique.

Du tiers-État de Sieyès qui, en 1789 se fit « nation complète », des événements de 1848, de Jaurès, de la Résistance et de Mitterrand, il ne subsiste que Jean-Luc Mélenchon. Il est l’héritier de cette longue tradition de luttes sociales. Car, à force de renoncements successifs à ses engagements de classe et d’abandon des repères historiques, le Parti socialiste s’est désagrégé. Et il naît, à côté de sa dépouille, une France insoumise qui porte désormais tout l’espoir du peuple de gauche et les idéaux de justice sociale.

Camarades et citoyens, « là où naît le péril, croît aussi ce qui sauve » dit Hölderlin. Jamais le risque de voir les représentants de la Nation être soumis à un pouvoir exécutif n’aura été aussi grand. Il y va même de l’équilibre des pouvoirs dans notre pays. C’est une Assemblée de députés-godillots qui s’annonce et que l’on nous prépare. En raison de quoi, il nous faut un corps de députés libres, c’est-à-dire insoumis et dont la seule vocation sera de défendre les intérêts du peuple, des salariés (employés, ouvriers et agricoles), des pauvres, des banlieues, de tous ceux que la mondialisation libérale rejette et met au bord du chemin.

En Seine-Saint-Denis, dans la 1ère circonscription, il nous faut donc tourner, avec joie et fermeté, la séquence socialiste, dont les principaux représentants qui, depuis plus de 20 ans, n’ont eu de cesse de diviser et dévaster la gauche, à Épinay comme à Saint-Ouen, jusqu’à y ruiner leur propre parti. Ce sont ces prétendus hommes de « gôche » que raillait Marx dans L’idéologie allemande, en parlant des « socialistes vrais » français qui ne sont, en vérité, que des sociaux-libéraux, et rien de plus.

Une tâche de refondation législative appelle donc Éric Coquerel, un élu remarquable, rivé aux principes de la vraie gauche. Sa présence à l’Assemblée nationale aux côtés de Jean-Luc Mélenchon sera un précieux atout politique pour notre département. Il en sera un ardent défenseur. C’est pourquoi le mouvement politique que j’anime à Épinay-sur-Seine, Une Ville Juste Envers Tous, lui apporte son ferme et total soutien républicain.

Je demande donc à toute notre équipe et à ses réseaux populaires de se mobiliser pour lui assurer une présence et une avance confortables, dès le premier tour des législatives du 11 juin prochain, afin de préparer sa victoire le 18 juin.

Que vive la gauche,
Vive la France et la République.

Côte d’Ivoire : quatre coups d’éclat ou un coup d’État

lundi 

22 mai 2017 à 09:45

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Lettre publique à Son Excellence, Monsieur Alassane OUATTARA

Monsieur le Président de la République,

La Côte d’Ivoire vit une crise de nature de son régime, et non pas celle de la Deuxième République (2000 – 2011) ni moins de la Troisième République (2016). Cette crise consiste en l’altération continue de l’institution présidentielle, typique de la Première République fixée dans le titre II de la Constitution de 1960. Rien n’y fera.

Dussions-nous le répéter, depuis 1993, le cœur et le sens de la crise ivoirienne n’est que la fragilisation continue et discontinue de l’institution présidentielle. C’en est même l’invariant. Une vérité l’étaye. Au plan politique, le cinquième Président est plus fragile que le quatrième, qui lui-même l’a été plus que le troisième et celui-ci que le deuxième, quand ce dernier le fut immédiatement après le premier. Qui peut, sans effroi, imaginer ce que sera le sixième Président, à entendre la sourde clameur des craintes qui montent déjà.

C’est qu’aucun successeur de Félix Houphouët-Boigny n’a pu ni ne pourra revêtir, comme il le fit avec tant d’art et de charisme, cette Institution qui, par imitation coloniale, fut taillée sur sa personne (expérience personnelle) et son époque (Cinquième République française, indépendance et guerre froide). Plus encore, en synthétisant avec habileté l’une et l’autre, sa personne et son époque, Félix Houphouët-Boigny a su lui-même se faire époque, au sens que Bossuet prêtre à ce mot, c’est-à-dire un « grand événement auquel on rapporte tout le reste […] parce qu’on s’arrête-là, pour considérer comme d’un lieu de repos tout ce qui est arrivé devant ou après ».

Or, la personne n’est plus et l’époque a changé. Et s’il est juste pour beaucoup de le regretter, il est cependant impérieux d’en sortir. C’est cette problématique politique qu’il faut résoudre, avant de s’attaquer avec lucidité aux autres crises (économiques, sociales, militaires, ethniques, corruption, etc.) qui, aussi importantes et graves soient-elles, n’en sont que des périphéries.

La Côte d’Ivoire, et c’est le sens de son histoire, n’a pas d’autre choix que d’évoluer, de manière rapide ou lente, vers un régime parlementaire, si jamais elle veut se stabiliser. Au reste, cette vérité, vous-même l’aviez pressentie, en faisant instituer une vice-présidence de la République. Mais n’avez pas porté votre intuition à son terme. Aussi ne le fîtes-vous que de façon limitée. En effet, en instituant par désignation un vice-président, vous avez, d’un côté déconcentré (dilaté) le pouvoir présidentiel. Ce fut une première. Et, d’un autre côté, vous avez consolidé l’institution présidentielle, qui montrait à nouveau des signes de faiblesse.

Cependant, alors que la nouvelle Constitution affaiblit intérieurement l’institution présidentielle, celle-ci est fragilisée de l’extérieur par les événements (grève de fonctionnaires, chute des prix du cacao, mutineries successives, microbes, etc.). La Présidence est donc prise dans un étau.

Ainsi, votre intuition, altérée par les rapports de force internes à votre majorité et par le contexte socio-politique, doit être reprise, repensée et accomplie. S’il fallait deux exemple, le premier serait celui du Royaume chérifien qui n’a pas reculé, quand il fallut faire des réformes. Et le Roi Mohammed VI, qui ne pouvait régir le Royaume comme le fit son père, les continue, sans que son statut, sa fonction et son rôle ne soient affaiblies. Le second exemple est en Cabo Verde, où le régime parlementaire accomplit des prouesses manifestes. Et, en bonne gouvernance, les Présidents de la République et les Premiers ministres successifs ont toujours placé leur pays au-dessus d’eux-mêmes. La Côte d’Ivoire vaut plus que tous les Ivoiriens réunis. Elle ne peut être réduite à n’être qu’un « contrat » entre Ivoiriens. Un vieil axiome philosophique précise que « le tout est antérieur à la partie », ainsi la Cité politique est-elle antérieure à ses membres, disait fort justement Aristote.

Le temps des vraies réformes, c’est-à-dire de celles qui touchent au fond du mécanisme constitutionnel est arrivé.

Vous n’avez d’autre choix que de procéder par des coups d’éclat qui seules éviteront un coup d’État ravageur. La Côte d’Ivoire est un pays-État, selon le concept que j’avais créé en 2005. Or, elle doit devenir une nation, par le biais d’un système parlementaire adéquat, comme la France devint une « nation complète » par son Tiers-État (abbé Sieyès). Car, avec un régime présidentiel, le Côte d’Ivoire restera un pays-État que les convulsions continueront de désorganiser. Le pays-État fut le coup de génie et la limite historique de Félix Houphouët-Boigny. C’est au parlement qu’il reviendra de penser la nation Ivoire. Mais, s’entend, un parlement renouvelé, rebâti et pondéré par la Présidence de la République.

En conséquence des considérations précédentes, permettez à un vieil Ami de la Côte d’Ivoire, qui en connaît les murs, de vous faire quelques suggestions peut-être utiles mais en tous les cas de bonne foi. Elles seront au nombre de quatre :

Tout d’abord, votre démission, comme la rumeur en a évoqué la possibilité, serait impolitique. Elle ne ferait qu’accentuer la crise de l’institution présidentielle, alors qu’il s’agit de la repenser ;

Ensuite, engagez quatre coups d’éclat :

Le premier, au retentissement le plus grand, serait de prendre votre part à la libération du Président Laurent Gbagbo, qui est l’une des conditions majeures pour donner un éclat démocratique à votre Présidence et amorcer la réconciliation des Ivoiriens. Plusieurs pays amis sont dès à présent disposés à l’accueillir, si les termes d’un accord sont trouvés. Il pourrait tout aussi bien rentrer en Côte d’Ivoire, car, comme le dit Euripide, « il n’est pas plus grand malheur que de vivre hors de son pays natal ». Et, sous ce rapport, comment ignorer que de trop nombreux Ivoiriens vivent ce malheur comme le leur propre. Ils habitent un exil comme par procuration ;

Le deuxième coup d’éclat devrait mettre en place un vrai gouvernement d’unité nationale ;

Le troisième coup d’éclat serait de commencer à réfléchir aux bienfaits d’un régime parlementaire ;

Le quatrième coup d’éclat consisterait à engager une lutte sans merci contre la corruption. Car, dans son immense majorité, le peuple ivoirien ne supporte plus les enrichissements rapides qui ne reposent pas sur du travail réel et s’accompagnent de leur forte précarité et de grande pauvreté. L’exceptionnel taux de croissance que connaît la Côte d’Ivoire n’a pas conduit à une juste redistribution. Montesquieu formule une grande vérité qu’il invite chacun de nous à méditer : « Si l’on ne distribue point les revenus au peuple, écrit-il, il faut lui faire voir qu’ils sont bien administrés : les lui montrer, c’est, en quelque manière, l’en faire jouir ; cette chaîne d’or que l’on tendait à Venise, les richesses que l’on portait à Rome dans les triomphes, les trésors que l’on gardait dans le temples de Saturne étaient véritablement les richesses du peuple » (De l’Esprit des Lois, Garnier Frères, Paris, 1973, tome 1, p. 60).

La grande prouesse politique et sociale de Félix Houphouët-Boigny est d’avoir réussi à faire les deux choses : « distribuer » et « montrer ».

Enfin, je voudrais, instruit par l’histoire, évoquer la question des mutins. C’est à l’ivoirienne, la Guerre des mercenaires que connut et vécut Carthage lorsque, dans sa lutte contre Rome, elle eut recours à des mercenaires qu’elle ne put ou ne sut plus payer. D’où leur révolte. Carthage dut faire appel à Hamilcar, son Stratège, pour mater, dans une boucherie sans nom, les mutins. Polybe et Gustave Flaubert en ont rendu compte, chacun à sa manière, en formulant une mise en garde : tout régime qui s’appuie sur des mercenaires en finit par payer le prix fort. Pour éviter ce que Carthage nous enseigne, non seulement la Côte d’Ivoire ne devra jamais oublier que le soldat, c’est la solde ou alors le butin, mais aussi que, contrairement à ce que certains ont pu récemment vous suggérer, une guerre contre les mutins constituerait un grand péril pour la République.

« Que lorsque le principe de la République [la vertu] est dans toute sa force, on n’a presque pas besoin de lois », Montesquieu.

Pour éviter le coup d’État qui s’essaye chaotiquement ou qui, si rien n’est entrepris, finira par se former de  lui-même, la raison d’État et la sagacité vous conduisent à méditer les cinq suggestions que vous aurez l’amabilité de livrer à l’intelligence de votre entourage, si vous les jugez instructifs et utiles.

Les coups d’éclat font parties des techniques de la science de l’État, comme Gabriel Naudé le rappelle.

Puisse votre oreille être profonde, pour ne pas vite déborder (Rilke).

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre très haute considération.

Épinay-sur-Seine, le 21 mai 2017

Pierre Franklin Tavares
Un ami de la Côte d’Ivoire, docteur en philosophie politique de la Sorbonne.

Loi El Khomri : loi travail, enjeu majeur des législatives ?

jeudi 

11 mai 2017 à 08:01

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La loi El Khomri, dite Loi travail du 9 août 2016, adoptée selon la procédure du 49-3, a enclenché le dépouillement du Code de travail. C’est sa visée fondamentale mais inavouée. Emmanuel Macron envisage de la durcir encore, alors même qu’elle aura été l’un des grands facteurs de division de la gauche. On comprend, dès lors, pourquoi elle sera l’un des enjeux majeurs des prochaines élections législatives, au regard de l’engagement du nouveau Président de la République française.

Il nous a donc semblé utile et instructif d’en rappeler les points essentiels, sans lesquels il est bien difficile non seulement de comprendre les débats mais aussi la portée et le sens des combats à venir.

La loi El Khomri compte treize (13) mesures, dont six (6) ne sont que des accessoires ou des dispositifs d’accompagnement pour la rendre acceptable. Ces six (6) mesures sont les suivantes : tout d’abord, les « visites médicales » ne deviennent systématiques que pour les métiers à risques et les travailleurs handicapés ; ensuite, la « Garantie jeunes » devient universelle, puisqu’elle est étendue à tous les 18 – 25 remplissant les conditions ou les critères ; puis, les « forfaits jours » qui, pour des raisons de santé et de sécurité, obligent au suivi du salarié travaillant au-delà des 35 heures de temps de travail ; en outre, le « compte personnel d’activité » qui fusionne avec le compte pénibilité et le compte d’engagement citoyen ; après, le « droit à la déconnexion » dont les modalités sont fixées en entreprise ; et enfin, le « bulletin de paie électronique », qui vient en remplacement du bulletin papier, sauf refus du concerné.

S’agissant maintenant des sept (7) autres dispositions ou mesures qui constituent le cœur de cette loi, au fond, visent au démantèlement directe ou à l’effacement progressif des branches professionnelles (anciennes corporations) et parachèvent le second coup d’État contre la société civile :

1) la « durée maximale de travail » passe de 10 à 12 heures par jour, et ce par accord collectif, et de 48 à 60 heures hebdomadaire avec l’autorisation expresse de l’inspection du travail. Le temps légal de travail est ainsi augmenté ;

2) les « accords d’entreprises » se substituent dorénavant aux accords de branches, avec l’épineuse « inversion de la hiérarchie des normes » par laquelle, lors de négociations, l’entreprise (locale) a plus de poids et de responsabilité que la branche (nationale). C’est le premier affaiblissement direct des syndicats ;

3) le « référendum syndical » est désormais susceptible de valider ces accords d’entreprise, dès lors qu’ils sont signés par un ou plusieurs syndicats représentant au moins la moitié (50%) des salariés. Au demeurant, un tel référendum d’initiative syndicale peut être engagé par des syndicats représentant 30% des salariés et les accords d’entreprises validés à la majorité absolue (50%) des suffrages exprimés lors de la consultation. Ce dispositif référendaire est le second outil d’affaiblissement direct des syndicats ;

4) les « accords dits offensifs », qui inversent et complètent les accords défensifs , autorisent l’employeur à demander à ses salariés de travailler plus, en cas de besoin, notamment lors du développement des activités de l’entreprise, à l’obtention de nouveaux marchés et de signatures de nouveaux contrats. Dans ce cadre, le refus d’un salarié peut conduire à son licenciement économique ;

5) du dispositif précédent, il découle un net assouplissement des « licenciements économiques », en cas de baisse d’activité, de diminution des commandes ou de la réduction des chiffres d’affaires d’une entreprise pendant un certain nombre de trimestres et en fonction de la taille de l’entreprise. Cela correspond, de fait, à une réelle fragilisation des salariés et à l’étouffement de leurs éventuelles contestations ;

6) les « heures supplémentaires », antérieurement majorées de 25% pour les 8 premières heures et de 50% pour les heures suivantes, peuvent désormais être ramenées à 10% par un accord collectif ;

7) les « indemnités prud’homales », jusque-là laissées à la discrétion des juges des conseils des prud’hommes, elles sont à présent plafonnées et harmonisés par un barème, mais cela sans valeur contraignante.

Il saute aux yeux, à moins d’aveuglement volontaire, que la seconde moitié de cette loi n’a été conçue et élaborée qu’à l’avantage du patronat et du capital financier (actionnaires), et ce au détriment du salariat. Mais le plus choquant est qu’elle ait été si âprement portée et défendue, d’une part, par François Hollande, un Président de la République élu sur un programme contraire, et, d’autre part, par le gouvernement de Manuel Valls qui y mettra toute son énergie et sa violence pour la faire adopter.

Présidentielles 2017 : Macron, une victoire en demi-teinte

lundi 

8 mai 2017 à 21:44

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La présidentielle française s’achève, par une victoire… contre Marine Le Pen. Et Emmanuel Macron, élu avec 66,10% des suffrages exprimés », ne paraît l’être qu’à moitié ; d’où un étrange sentiment républicain au lendemain de ce qui, en définitive, ne restera que comme un sursaut anti-frontiste.

Un Président faible, qui ne pourra pleinement incarner tout le Titre II des articles 5 à 19 de la Constitution, par lequel se définit les prérogatives d’un Président de la République fort ; un Titre II taillé sur mesure pour le général Charles de Gaulle, après la tentative de coup d’État du 13 mai 1958 démarré à Alger, poursuivi en Corse et qui devait se finaliser à Paris.

Un Président faible, auquel il semble bien difficile, aujourd’hui, de disposer d’une majorité parlementaire cohérente, homogène et solide le mois prochain, lors des législatives 2017.

La concomitance de ces trois affaiblissements (électoral, constitutionnel et parlementaire) autorise à dire d’ores et déjà, c’est-à-dire avant même sa prise de fonction et le début de son mandat, qu’Emmanuel Macron est le plus faible et le plus fragile Président de la 5ème République.

Cette fragilité (provisoire ou durable) l’oblige à envisager une gouvernance par « ordonnance », comme Manuel Valls dut se résoudre à l’usage abusif du 49-3. Mais toute la difficulté de ce type de gouvernance tient au fait que cette prérogative présidentielle présuppose un auto-dessaisissement de l’Assemblée nationale qui, pour un temps limité, délègue certains de ses pouvoirs au Président de la République. L’Assemblée législative qui sortira des élections de juin 2017 le fera-t-elle ? Rien n’est moins sûr, si elle est de gauche ou de droite. C’est pourquoi, anticipant ce risque, le nouveau Président a été conduit à renoncer à l’un de ses grands engagements : tout député de sa majorité parlementaire pourra rester et appartenir à un parti autre que le mouvement En Marche.

C’est à nouveau la méthode du fourre-tout ou le bric et le broc, dont Emmanuel Macron a fait une spécialité (voir la Loi Macron et le mouvement En marche) et que nous ne cessons de dénoncer depuis deux ans.

Pour bien comprendre ce qui vient d’être dit, revenons au second tour de la présidentielle. Un indicateur, plus que tout autre, ne trompe guère : la structure (ventilation) des votes du 7 mai 2017, de laquelle le vainqueur ressort comme un Président « faible », d’abord au plan électoral (poids et agrégat des votes), ensuite au sens constitutionnel de l’adjectif.

En effet, les 66,10% des « suffrages exprimés » en faveur du nouveau Président de la République sont triplement grevés ou pondérés. En premier lieu, par une très forte abstention, qui s’est amplifiée entre le premier et le second tour, passant de 22,23% d’abstention, soit 10.577.272, à 25,44% d’abstention, soit 12.101.416, ce qui équivaut à une augmentation de 2,21%. En deuxième lieu, par le « vote blanc » qui, de 1,78%, soit 659.302 bulletins au premier tour, est passé à 8,51%, soit 3.019.735 bulletins, un taux record et inédit, puisque multiplié par quatre.

Mais au phénomène des bulletins blancs, il faut ajouter le vote nul qui, de à 0,77%, soit 285.431 de voix au premier tour, est passé, au second tour, à 2,96%, soit 1.049.522 de voix.

Au total, le cumulé des votes blancs et nuls est passé de 2,55% au premier tour à 11,47% au second tour, une multiplication par cinq. C’est la première fois, sous la 5ème République qu’un tel niveau est atteint.

Au reste, la participation qui, au 1er tour, était de 77,77% a baissé à 74,56%, soit un recul de 3,21%. Somme toute, entre les deux tours, les votes exprimés ont fléchi de 75,78% à 66,01%, soit une baisse totale de 14% de suffrages exprimés.

L’ensemble des considérations précédentes conduisent à très fortement relativiser la victoire d’Emmanuel Macron, qui n’est que la défaite du Front National, dont l’audience politique s’est accrue d’un tiers du corps électoral français. Incroyable !

Par maints côtés, seule la Présidentielle de 1969 reste quelque peu comparable à celle de 2017 : un effondrement du bloc socialiste, avec la cuisante défaite des deux ancêtres du Parti socialiste (G. Deferre – P. Mendès France, SFIO, à 5,01%, et Michel Rocard, PSU, à 3,61%, soit un total socialiste de 8,62%). Un Parti communiste à 21% dont le candidat Jacques Duclos (3ème au premier tour) qui, au second tour, prôna l’abstention, portant par cette consigne l’abstention de 22,41% au premier tour à 31,15% au second tour ; et ce qui n’est pas sans rappeler et explique la posture de Jean-Luc Mélenchon.

En somme, dans un contexte particulier parce que très fortement marqué par la présence de l’extrême-droite, les tracasseries judiciaires de François Fillon, le déchaînement de la puissance médiatique en faveur d’Emmanuel Macron, tous les grands appuis internationaux (Barack Obama, Angela Merkel, Teresa May, etc.), les 66,10% d’Emmanuel Macron ne retentissent pas comme un plébiscite. Le triomphalisme affiché par François Hollande ressemble bien à un trait d’humour. La structuration des votes du 7 mai 2017 invite à plus de modestie.

Le mois de juin 2017 est donc capital. Première reculade de taille : Emmanuel Macron admet à demi-mot que les partis traditionnels ne vont pas disparaître, du fait de son élection à la Présidence de la République. Deuxième reculade de taille : les députés de sa très improbable majorité présidentielle pourraient avoir une double appartenance politique : celle de leur parti d’origine et celle du mouvement En Marche. Et cette position tangue au jour le jour.

Hétéroclite. Fourre-tout parlementaire. Bric et broc législatif ! Nous sommes donc au cœur d’une élection sans victoire grande et nette.
Marx, qui connaissait bien l’esprit du peuple français, enseignait comment les Français savaient user leur classe politique, pour rester maître de sa destinée. Aristote n’avait pas tort de dire, il y a plus de 2 600 ans, qu’en démocratie, c’est l’opinion du peuple qui dit ce qui est (le) juste.

Second tour : un médiocre débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron

jeudi 

4 mai 2017 à 18:47

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D.R.

D.R.

Ce fut un débat de triste spectacle, un fort mauvais exercice démocratique : aucune pédagogie et peu de maîtrise de soi. Les Français n’ont rien appris qu’ils ne savaient déjà, tant sur le « caractère » des candidats que leur « projet » respectif. Leur doute politique croît.

Pas de pédagogie politique donc, beaucoup d’agressivité et de rires incompréhensibles de la part de Marine Le Pen, et que d’arrogance injustifiée avec Emmanuel Macron. La France sort amoindrie de ce débat, dont la médiocrité est sans précédent. Il y a quarante-deux ans que je suis engagé politiquement, c’est de mémoire le premier débat qui soit d’une aussi faible qualité. Nous ne cessons de le dire, la médiocrité est partout à l’œuvre. Après les limites de Nicolas Sarkozy et François Hollande, le prochain Président de la République aura le grade (titre) mais certainement pas la culture présidentielle, si bien incarnée par Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac.

Certes, hier soir, les deux candidats n’étaient pas de même niveau. Mais aucun d’eux n’avait le niveau requis pour une présidentielle française.

Marine Le Pen a rapidement laissé deviner sa stratégie, qui comprenait trois phases tactiques. Tout d’abord, énerver ou irriter son adversaire. Mais au bout d’une heure, elle était vidée et semblait ne plus avoir d’énergie. Son intention initiale se retourna contre elle. Ensuite, acculer Emmanuel Macron à défendre la loi El Khomri (bilan du gouvernement Hollande – Valls) et le décrire comme le représentant de la haute finance, pour envoyer un signal clair aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Elle y est parvenue mais, étonnamment, n’a pas su en tirer un bénéfice immédiat. Enfin, sur les questions de sécurité intérieure et de l’islam radical, elle recherchait les électeurs de François Fillon. Elle a incontestablement mis en difficulté son adversaire.

Mais, enfermée dans cette stratégie-là, elle a négligé voire oublié trois points essentiels.

En premier lieu, qu’il s’agissait d’un débat présidentiel et que, par conséquent, il fallait être ou faire présidentiable. Elle a montré qu’elle ne connaissait pas (ou alors bien peu) ce qu’est le protokollon d’État (voir nos travaux). À cet égard, elle ne s’est donc pas montrée à la hauteur de l’institution et de la fonction présidentielles (Titre II, articles 5 à 19 de la Constitution). Il est stupéfiant de constater que ce point lui a échappé, alors même qu’il aurait dû être le cœur de sa stratégie et qu’elle aurait dû construire tout ce débat autour de ce point capital.

En deuxième lieu, elle a lourdement confondu « conversation » (entretien) et « dialogue », pour reprendre ici la célèbre distinction que Hegel a établi à propos de la méthode didactique de Platon. Citons-le :

« Un […] dialogue n’est pas une conversation ; dans celle-ci, ce que l’on dit s’enchaîne de façon contingente et il doit en être ainsi, – le sujet ne saurait être épuisé. On veut s’entretenir ; c’est là une contingence ; l’arbitraire des inspirations est la règle. Si on considère leur introduction, les dialogues [de Platon] eux aussi se présentent parfois à la manière de l’entretien, avec l’aspect d’une progression contingente ; mais ils deviennent par la suite le développement de la chose en question, et l’élément subjectif de la conversation disparaît, – chez Platon il y a dans l’ensemble une belle progression dialectique, une progression dialectique conséquente. Socrate parle, dégage un résultat, déduit, fait progresser sa propre argumentation, ne la présentant sous forme de question que par le tour extérieur qu’il lui donne ; la plupart des questions sont formulées pour obtenir de l’autre une réponse par oui ou par non. Le dialogue semble être ce qu’il y a de plus indiqué pour exposer une argumentation… »
(Hegel, « Platon », in Leçons sur l’histoire de la philosophie, t. 3, La philosophie grecque, Vrin, Paris, 1972, pages 401-402).

Ce fut donc la plus grande erreur de Marine Le Pen, que de n’avoir pas construit un « dialogue ». Emmanuel Macron se serait effondré, puisqu’il ne peut ni ne sait supporter un échange dialectique soutenu. Et toute la vacuité de son « projet » eût été mise au jour, dévoilée.

Autre conséquence majeure, si Marine Le Pen avait aménagé un « dialogue » socratique, elle n’eut pas versé dans l’agressivité ou le ricanement, ce qui ne sied pas à un prétendant à la magistrature suprême. Au reste, Hegel a bien raison de rappeler, dans les mêmes pages, pourquoi la politesse et les urbanités (qu’il distingue) sont des préalables (conditions nécessaires et suffisantes) pour qu’un « dialogue » ait lieu. Autrement dit, si Marine Le Pen a dérapé, c’est bien parce qu’elle a mené une « conversation » au sens que Socrate, Platon et Hegel donnent à cette notion. Nous n’avons de cesse de le dire, la classe politique française a perdu en matière de savoir-vivre et au plan intellectuel.

Parce que ce débat été une « conversation », il a été soumis à la « contingence ». Tout ne fut donc, de bout en bout, que contingence (succession de propos décousus de part et d’autre). Sous ce rapport, il convient également d’engager la responsabilité des deux journalistes, Nathalie Saint-Cricq (France 2) et Christophe Jakubyszyn (TF1), qui n’ont jamais su faire sortir les deux protagonistes de cette « conversation ». Sans doute ne savent-ils pas ce qu’est le « dialogue ».

La violence est inhérente à la fonction présidentielle. Mais elle se transforme en puissance, quand elle est maîtrisée. Rappelez-nous de la violence maîtrisée des deux débats présidentiels entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, en 1974 et 1981. C’est que ces deux débats furent conçus comme des « dialogues », au grand bonheur du corps électoral. À cette époque, nous avions des hommes politiques éduqués. Ce qui n’est malheureusement plus le cas depuis 2007.

En troisième et dernier lieu, elle aurait dû se rappeler, pour en éviter les néfastes conséquences, de l’agressivité improductive de Ségolène Royal en 2007, face à Nicolas Sarkozy. Il est donc regrettable que les deux femmes qui ont été portées à un second tour des présidentielles en France n’aient pas fait preuve de maîtrise de soi. C’est un rude coup pour la cause des femmes.

Quant à Emmanuel Macron, il n’a pas brillé. Et il ne le peut que bien difficilement. Ses puérilités économiques que la presse dominante nous présente comme « géniales » révèleront bientôt leur caractère explosif, si jamais, vainqueur, il les mettait immédiatement en œuvre par ordonnance, c’est-à-dire avant d’avoir une majorité parlementaire.

C’est pourquoi, somme toute, ce débat fut presque nul et cela reste un signe inquiétant pour la République. En tous les cas, le tapage médiatique qui accuse Marine Le Pen d’avoir fait déraper le débat est encore un « cadeau » fait à Emmanuel Macron, qui dédouane nos deux journalistes et Emmanuel Macron. Mais il en va ainsi depuis un an. Espérons que la suite soit meilleure, pour la France et la République.

Tout jusqu’ici nous rappelle étrangement la présidentielle des 1er et 15 juin 1969, qui fut marquée par une poussée de près de 10% de l’abstention au second tour, portant ainsi l’abstention à un niveau record de 30%.

Présidentielles 2017 : abandon du clivage politique

mardi 

2 mai 2017 à 08:10

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Les « démocratiseurs » ! Ainsi Jean-Marie Hordé appelle-t-il tous ceux qui, en toutes matières, abolissent les différences, en les nivelant.

Les voici, de nouveau à l’œuvre pour tenter d’abolir le clivage gauche/droite. Ils ont un candidat : Emmanuel Macron. Au soir du premier tour, ils pensaient avoir réussi leur « coup d’État », puisque, conformément à leurs calculs, Marine Le Pen devait être qualifiée comme l’adversaire le plus facile pour Emmanuel Macron.

Et pour y parvenir, ils durent créer un immense désordre politique mais qui, contre toute attente, ne rend pas si assuré ni même aisé la victoire calculée d’Emmanuel Macron.

Car Marine Le Pen n’est pas une proie facile. Et les ralliements « inattendus » de Marie-France Garaud (gaulliste historique et ex-conseillère de Georges Pompidou), la prise de position de Christine Boutin et surtout l’impact politique du pacte de gouvernement conclu entre Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan (gaulliste) viennent sérieusement compliquer les calculs rapides.

D’autant que, au second tour, deux causes augmentent les incertitudes. Tout d’abord, les abstentionnistes, si nombreux au premier tour (10 millions). Ils semblent encore tentés de s’abstenir, tout comme beaucoup d’électeurs de la France insoumise (FI), du Parti socialiste (PS) et des Républicains (LR) qui entendent voter soit « nul », soit « blanc », soit Marine Le Pen. Au demeurant, jamais, sous la Ve République, autant de citoyens affichent l’intention de ne pas choisir entre deux finalistes à une élection présidentielle (hormis lors du second tour des présidentielles de 1969 qui a vu une baisse de 9% de la participation).

En dé-clivant la France, en martelant le « ni gauche ni droite » ou « la gauche et la droite », les « démocratiseurs » politiques ont grandement facilité la tâche à Marine Le Pen.

En second lieu, nos « démocratiseurs » ont vilipendé et décrédibilisé les partis de gouvernement (PS et LR). Alors, pourquoi réclament-ils le Front républicain composé des partis qu’ils veulent abolir ?

Aussi, pour tous, le choix, en effet et à présent, est pénible, cruciale même. Car, avec Macron, c’est en klaxonnant qu’on fonce en zigzaguant dans le mur (rabotage des acquis sociaux, démantèlement du code de travail, soumission à la Commission européenne, etc.). Et avec Marine, on fonce droit dans le mur en pleurant (conflits communautaires, perturbation monétaire, etc.).

En tous les cas, quel que soit le vainqueur du second tour, il ou elle ne sera qu’un Président ou une Présidente faible, c’est-à-dire sans grande marge législative (majorité complexe, chaotique ou relative) et avec un peuple français si profondément divisé. Et si Emmanuel Macron l’emportait avec moins de 55% des voix, il ne sera qu’un Président potiche. Son score est plus déterminant que sa victoire.

C’est pourquoi, les législatives de juin prochain offriront deux grandes occasions : tout d’abord, celle de rétablir le clivage gauche/droite ; ensuite, celle de donner à la France, un Premier ministre qui pourrait être de gauche et constituer un efficace contrepoids républicain face à Emmanuel Macron ou point d’équilibre démocratique face à Marine Le Pen. Une cohabitation se profile.

Merci, Jean-Luc Mélenchon

lundi 

24 avril 2017 à 14:48

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Un point et demi supplémentaire de voix, et vous auriez été qualifié au second tour de cette présidentielle. C’est si peu, quand on y songe ; c’est même pénible de le savoir, mais alors nullement désespérant. Car, il y a encore quelques semaines, après l’affligeant et désespérant mandat de François Hollande et Manuel Valls, tout était perdu pour la gauche. Et en si peu de temps, et contre tous les grands médias, que ne fîtes-vous faire à la gauche un formidable chemin d’espoir. Quel parcours ! Quel élan d’espoir ! Rien n’est donc perdu ! Vous fîtes du Mitterrand des bonnes années, quand le socialisme avait encore une signification, où le Parti socialiste n’était pas encore aux mains des « médiocres ».

Au reste, il est des signaux électoraux qui ne trompent pas. François Hollande et Manuel Valls ont voulu porter l’estocade et en finir avec l’esprit du Congrès d’Épinay. Alors, est-ce un hasard si, dans cette ville-là, vous êtes en tête avec 36,33% des voix et Benoît Hamon à… 8,28% ?

Le peuple de gauche ne renonce pas si facilement à ses racines historiques, quand il a de dignes représentants. À Épinay-sur-Seine, le peuple de gauche est redevenu majoritaire, en écartant radicalement le Parti socialiste (PS) et ses représentants locaux qui, depuis vingt-deux (22) ans, empoisonnaient l’union de la gauche locale, pour leurs intérêts individuels. En Seine-Saint-Denis (93), département populaire, vous êtes premier.

C’est que vous êtes entrain de faire revivre et régénérer l’esprit d’Épinay, en ramenant la France vers le centre de gravité de sa propre histoire : la Liberté équilibrée par la justice sociale. En conséquence de quoi, ne passez pas encore le flambeau. Préparez donc les Législatives de juin 2017 et préparez-vous pour les présidentielles de 2022. Vous n’avez pas encore de remplaçant.

En tous les cas, la bourgeoisie financière française (et internationale) et son candidat, Emmanuel Macron, viennent de remporter une importante bataille. Certes. Mais elle vend déjà la peau de l’ours avant même de l’avoir tué. S’il est inquiétant de voir réunis, à La Rotonde, l’aréopage des bras cassés de la République (G. Collomb, Manuel Valls, Jacques Attali, Pierre Arditi, Daniel Cohn-Bendit, Jean-Marie Le Guen, etc.), il est stupéfiant de les voir, telle Perrette, anticiper la vente de leur pot de lait. C’est le signe clair du premier dérapage et de mauvais augure, si jamais Emmanuel Macron l’emportait le 7 mai prochain.

Vous avez mené une belle lutte, continuez par un noble combat.

Je voterai Jean-Luc Mélenchon

vendredi 

14 avril 2017 à 08:02

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Il y a bien longtemps, en France et plus encore sous la 5ème République, que les élections présidentielles n’avaient donné lieu à de si vifs affrontements démocratiques entre les classes sociales, par les candidatures de leurs représentants. C’en est, sans doute, le trait marquant, et bien plus que la violence des « affaires » François Fillon et Marine Le Pen.

Ainsi, chaque projet et son programme reflètent des intérêts de classes. Sous ce rapport, le vieux pays semble avoir repris ses réflexes politiques nés de la Révolution de 1789 : le clivage gauche – droite. D’un côté, à droite, la bourgeoisie financière, dont Emmanuel Macron est le représentant, est aux abois, parce qu’elle n’est pas parvenue à éliminer la bourgeoisie industrielle qui a placé ses intérêts de classe dans la candidature de François Fillon.

Ces contradictions entre bourgeoise industrielle et bourgeoisie financière ont longtemps été masquées par l’omnipotence du Parti socialiste, au sein duquel les intérêts de ces deux fractions étaient préservés. Or, en cinq ans de mandat, François Hollande et Manuel Valls ont rendu « inutile » le Parti socialiste. La bourgeoisie financière ne leur demandait pas tant. En tous les cas, cet effondrement socialiste a rendu possible et manifeste l’affrontement entre ces deux bourgeoisies.

Nous continuons de penser que, le 23 avril 2017, la bourgeoisie industrielle l’emportera sur la bourgeoisie financière. François Fillon sera qualifié pour le second tour du 7 mai 2017. La droite a son candidat que la bourgeoisie financière s’empressera de rallier.

De l’autre côté, à gauche, la percée tardive mais fulgurante (prévisible) de Jean-Luc Mélenchon vient troubler les calculs de ces deux bourgeoises (financière et industrielle) si fortement opposées entre elles. Au demeurant, s’il avait eu deux semaines supplémentaires de campagne ou si cette campagne n’avait pas été (volontairement) escamotée par le Pénelopegate (affaire Fillon), Jean-Luc Mélenchon eut à coup sûr obtenu de très grandes chances d’être qualifié pour le second tour. C’est pour cela que, selon cette perspective, il est engagé et mène une course méthodique contre la montre électorale avec ce formidable pari politique : réussir en dix (10) jours (du 13 au 23 avril), là où il lui en faudrait trente (30).

Aussi, sur sa gauche, après avoir convaincu l’électorat communiste et réussi à vampiriser partiellement Benoît Hamon, il s’efforce, à présent, sur sa droite et avec quelque succès, de siphonner Marine Le Pen dont la flèche, quand bien même est tendu son arc, ne reste qu’une « impossible promesse d’envol ». En outre, sur la base d’un haut verbe gaullien (intonation et références), il a entamé le grignotage de l’électorat gaulliste-social de François Fillon. Son axe républicain est donc une adéquate ligne de forces.

Faut-il le faire remarquer, cette capacité à mettre à profit les contradictions internes entre les deux bourgeoisies, à rassembler sous sa bannière le peuple de la gauche classique (communistes et socialistes) et à attirer à lui les gaullistes de gauche, tout cela, bien évidemment, c’est du Mitterrand ! Jean-Luc Mélenchon en est même le seul héritier technique.

En reprise de toutes les considérations précédentes, je voterai donc Jean-Luc Mélenchon, le 23 avril prochain, en fondant mon choix sur quatre grands ordres de raison. Le premier tient au fait essentiel que le clivage gauche – droite n’est pas seulement un marqueur déterminant, il est salutaire pour régénérer la République si malmenée ces dernières années. On peut édicter une maxime : moins ce clivage est fort, plus le Front National progresse. Il faut donc en sortir. Le deuxième consiste en ceci, ce clivage confère mécaniquement un leadership à la France sur la scène internationale. Elle doit retrouver cette vocation historique. Le troisième est l’effacement politique de la gauche, qui reste l’un des plus grands périls pour la démocratie française. La gauche dit avoir son candidat. Le quatrième ordre de raison réside dans le fait que plus ce clivage est fort, moins il y a de pauvres. Car la redistribution de richesses (transfert net de redistribution) consolide la Nation.

En conséquence de quoi, j’appelle tous les membres de mon mouvement politique, mes amis et autres concitoyens à faire de même. J’invite les Français de la diaspora à donner une chance à Jean-Luc Mélenchon, pour que la gauche soit présente au second tour.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits