Eduard Gans, collaborateur de Hegel et Professeur de Marx

mardi 

31 janvier 2017 à 08:02

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En souvenir de mon vieil ami décédé, Amady Ali Dieng, le penseur engagé

Une ascendance nègre

Eduard Gans (D.R)Eduard Gans a été à Hegel, ce que Théophraste fut pour Aristote. Et s’il peut se comprendre qu’il reste inconnu du public, cela s’admet moins quand il s’agit des cercles de l’hégélianisme. Seuls quelques spécialistes de Hegel se souviennent de lui et, parfois, au détour d’un commentaire, laisse apparaître son nom, mais sans plus. Même dans le corpus hégélien, il n’est mentionné que dans les notes. Pourtant, sa contribution doctrinale ne fut pas marginale.

De cet état de fait, on peut trouver une première explication dans le fait que, en son temps, Hegel a écrasé de son poids et de sa dimension tout son entourage, y compris Hölderlin et Schelling. Son fils, Karl Hegel, l’un des plus brillants historiens allemands, plus que tout autre n’a pas échappé à cette règle. Il en est allé de même pour Eduard Gans, l’un de ses meilleurs disciples, et sans la présence duquel bien des pans de la philosophie du droit et de la philosophie de l’histoire de Hegel ne se laisseraient appréhender que plus difficilement. Il a été le principal contributeur aux Principes de la philosophie du droit ou Science de l’État en abrégé de Hegel, ouvrage qui résume ce que Hegel lui-même a appelé L’esprit objectif.

Ce grand oubli d’Eduard Gans s’explique d’autant moins qu’il a été le professeur de Karl Marx, et l’on ne comprend pas la critique que Marx fera de l’État hégélien, sans Eduard Gans qui en est comme le repoussoir inavoué.

Ainsi, toute l’activité intellectuelle et scientifique d’Eduard Gans a-t-elle été encadrée par deux des plus grands noms de l’histoire de la Pensée moderne : Hegel et Marx. Et rien que cet « état de service » aurait dû lui épargner d’être pris dans les filets ingrats de l’oubli.

Eduard Gans est né le 22 mars 1798, à Berlin, et meurt le 5 mai 1839, dans la même ville, à 41 ans, quelques années après Hegel (1831). Il était juif d’origine. Son père, Abraham Isaak Gans, banquier, mourut également très jeune, à 47 ans (23 mars 1766 – 6 septembre 1813). Sa mère, Zipporah Marcus (2 janvier 1776 – 22 décembre 1839), était une berlinoise et vécut plus longtemps que son époux et son fils. Son unique sœur se prénommait Henriette (1800 – 1875).

Eduard Gans était donc un éminent intellectuel d’origine juive qui se convertira au christianisme, non sans que cela ne soulève émoi et protestation dans sa communauté. Il ne le fit pas seulement en raison de convictions philosophico-religieuses qui le poussèrent à renier son appartenance première, mais également pour avoir le droit d’enseigner dans les universités allemandes.

Juriste de solide formation, il était tout autant historien et philosophe. Ce qui explique sa proximité et la responsabilité doctrinale et théorique que lui confiera Hegel. Et, juste après la mort prématurée de ce dernier (choléra, 1831), Eduard Gans fera partie du cercle intime qui constituera l’association « Les amis du défunt » dans le but de procéder à la publication posthume de toute l’œuvre de Hegel.

Mais, ici, un autre aspect de sa personne nous intéresse : son phénotype, plus précisément son « phénotype macroscopique », c’est-à-dire ses caractéristiques physiques observables. Pour simplifier, disons que le phénotype est l’ensemble des caractères extérieurs d’un individu (couleur de peau, des yeux, morphologie, etc.), en lien avec son génome (ensemble des gènes).

Or, lorsqu’on observe les images d’Eduard Gans qui nous sont parvenues, on est immédiatement frappé par certains traits qui indiquent une parenté (lointaine ou proche) avec les populations négroïdes, et plus clairement une ascendance noire. En effet, la photo que nous montrons ici laisse apparaître des cheveux de type frisé, fortement frisé ou bouclé, et l’homme paraît avoir le teint quelque peu hâlé. Ces traits phénotypiques sont frappants.

Mais il est un autre indice, qui pourrait conforter cette parenté : le prénom de sa mère, Zipporah.
Rappelons ici que Zipporah est un prénom dont l’étymologie signifie « petit oiseau ». Et, bien évidemment, chacun l’aura reconnu, c’est le prénom de la célèbre Tsippora, Séphora ou Séfora (selon les orthographies), qui fut la première épouse et peut-être la seule de Moïse (Exode 2).

Tsippora, bergère comme ses six sœurs, était la fille de Jethro (ou Ragouël : « ami de Dieu »), un prêtre de Madian qui rendait un culte à El Elyon, son dieu. Moïse fit sa rencontre, lors de son exil (fuite) à Madian, étape qui constitue la troisième séquence de sa vie. Et contrairement au tableau célèbre de la chapelle Sixtine réalisée par Sandro Botticelli, La jeunesse de Moïse (1481 – 1482), qui la représente blanche de peau, la Bible la décrit exactement comme noire et originaire ou du Soudan (Nubie), ou d’Égypte ou d’Éthiopie, selon les traductions et les controverses.

Elle est parfois assimilée (monogamie) ou alors distinguée (polygamie) de la fameuse Kouchite, épouse de Moïse, qui est désignée comme une Éthiopienne (Nombre, 12 – 1).

En tous les cas, dans la continuité du tableau de Sandro Botticelli, notons que dans le film Les Dix commandements (Cecil B. DeMille, 1956), le rôle de Tsippora (Séphora) de Madian est tenu par la belle actrice canado-américaine Yvonne de Carlo, blanche, avec une assez forte ressemblance de l’héroïne de Botticelli. Ce type de « blanchisation » n’est pas un phénomène nouveau. On en trouve une trace avec le Héraclès des Grecs, qui avait maints traits négroïdes (corps trapu, cheveux crépus, fesses noires, etc.) en raison de son ascendance noire par sa mère Andromède originaire d’Éthiopie. Puis, Héraclès sera successivement blanchi par les Romains (Hercule) jusqu’à Walt Disney. Tsippora, à l’origine, était une femme noire et connaitra la même « blanchisation » historique. Ésope, lui-même d’origine égyptienne, si l’on en croit l’abbé Grégoire, se demandait et s’étonnait dans sa Onzième fable  qu’on puisse blanchir une nègre. Avec Héraclès et Tsippora, nous tenons deux exemples que l’on pourrait multiplier.

Mais Tsippora n’a pas seulement été l’épouse noire de Moïse, elle est également celle qui pratiquera la circoncision salvatrice de Guershom (Exode, 2, 21), leur premier fils, pour toucher du prépuce tranché et ensanglanté les pieds de Moïse, geste qui épargnera son époux de la mort que Dieu voulut lui infliger (Exode 4, 24 – 26). Elle est donc le personnage central de la troisième grande séquence de la vie de Moïse (sauvetage des eaux (Nil), puis face-à-face du Buisson ardent (Horeb).

Sur la base des éléments patronymiques et biographiques fournis, revenons au phénotype d’Eduard Gans. Force est alors de constater que sa composition allélique (génotype), qui détermine son phénotype, est assez éloquente ou parlante. En effet, d’où tient-il ses cheveux fortement frisés et son teint basané ? Fort probablement de sa mère Zipporah. Cette hypothèse repose sur quelques minces indices, notamment le prénom Zipporah qui, dans l’histoire juive, renvoie à une ascendance prestigieuse et nègre. Était-ce pour cette raison que sa mère reçut ce prénom ? Et puisque nous ne disposons pas de portrait de son père, Abraham Isaak Gans, nous devons affirmer que c’est très probablement de sa mère qu’Eduard Gans a hérité de plusieurs allèles (versions variables d’un même gène) par lesquels s’identifient les populations noires.

En conclusion, que l’un de ses principaux collaborateurs, d’origine juive, ait indubitablement une ascendance noire, Hegel ne pouvait que le remarquer. Et cette indication renforce l’idée selon laquelle il n’a pas jamais été un raciste, comme cela arrange maints médiocres de le prétendre. En effet, et nous l’avons maintes fois écrit, dans La Phénoménologie de l’Esprit, Hegel n’a pas hésité à ridiculiser laconiquement toutes les grandes théories et doctrines racistes de son époque, en particulier la Phrénologie de Frantz Joseph Gall et la Physiognomonie de Johann Kaspar Lavater alors très en vogue ; si, dès son adolescence (12 ans), il n’a pas atermoyé pour écrire audacieusement dans son « journal intime » que Ménès l’Égyptien (Mény, Menas ou Narmer), 1er pharaon, fondateur de la dynastie thinite vers – 3150 avant J.-C., qui a unifié la Haute-Égypte et la Basse-Égypte, est un descendant de Cham (ancêtre biblique des Noirs) ; s’il a affirmé l’origine égyptienne de la civilisation grecque (Leçons sur la philosophie de l’histoire et notre article Hegel et l’Égypte antique) ; s’il a affirmé que la Haute-Égypte (Nubie) et l’Éthiopie (Carl Ritter) sont la source historique et civilisatrice de la Basse-Égypte (Leçons sur la philosophie de l’histoire), ce qui, loin de satisfaire les disciples de Cheikh Anta Diop, les horripilent ; si jeune précepteur à Berne, après la lecture de l’Histoire des Deux Indes de l’abbé Raynal et Diderot, premier ouvrage anti-esclavagiste, il n’a pas tergiversé et a fermement condamné l’esclavage et la compromission de l’Église ; s’il a médité et décrit la première victoire de l’esclave sur son maître (dialectique) dans Domination et servitude (La Phénoménologie de l’Esprit) en 1804, au moment même où Haïti proclame son indépendance ; s’il a emphatiquement salué la révolution des esclaves noirs d’Haïti et applaudi à la fondation chrétienne du premier État noir post-esclavagiste, comme nous l’avons montré dans notre article sur Hegel et Saint-Domingue ; et s’il a été, contre toute l’histoire officielle de la médecine tropicale, pratiquement le seul a attribuer la découverte de la quinine à un médecin noir, le Dr Kingera (La raison dans l’histoire) ; s’il a été le seul à voir dans le royaume du Dahomey (Afrique de l’ouest), et excusez du peu, la « réalisation partielle de la République de Platon » (La raison dans l’histoire), alors comment le considérer comme un raciste et l’ennemi des peuple noirs ?

Sa fréquentation et son choix porté sur Eduard Gans se fit au-delà ou contre toutes les conceptions racistes. C’est encore lui qui militera et le cautionnera pour son intégration comme Privat-Dozent, avant que celui-ci ne devienne professeur d’université.

C’est pourquoi, « il est grand temps » (Zarathoustra, Nietzsche) de préparer la publication de ma thèse de doctorat : Hegel, critique de l’Afrique ou Introduction aux études critiques de Hegel sur l’Afrique, soutenue en Sorbonne (Paris – 1), en 1990, il y a près de vingt-six ans et qui a marqué un tournant décisif dans la compréhension de l’itinéraire africain de Hegel, comme l’avait souligné mon vieil ami, penseur et économiste sénégalais Amady Ali Dieng, aujourd’hui disparu, et auquel cet article de combat et de pensée est dédié.

Les dialectiques subliminales de Manuel Valls

vendredi 

27 janvier 2017 à 15:55

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Un parti politique se meurt : le Parti socialiste français. La mort vient, lente, comme inexorable. Pour lors, rien ne semble y remédier. En effet, les prescriptions médicales successives aggravent le mal. Un exemple : la crise continue du premier secrétariat. Le 15 avril 2014, en grande pompe, Jean-Christophe Cambadélis remplaçait Harlem Désir. Nous devions alors voir ce que nous allions voir. Pschitt ! Rien. Ou plutôt pire. Car le mal s’est accru. Le remplaçant est aussi médiocre que le remplacé. Il n’y a qu’à ouvrir les yeux, pour voir.

Avec la crise des adhésions (désertion des militants, 2013), la fin du « socialisme municipal » (mars 2014), les défaites successives aux élections départementales (2014) et régionales (2015) ; avec une Présidence de la République sans boussole, l’inouï matraquage fiscal du gouvernement Valls et un groupe parlementaire sans repère ni cohésion, le Parti Socialiste a été relégué au rang de quatrième parti de France. Il est à présent menacé d’extinction par ses dissensions internes voire son éclatement.

Au reste, le triomphe de François Fillon à la Primaire de la droite et du centre (20 et 27 novembre 2016) a amplifié cette crise à laquelle est venu s’agréger le renoncement prévisible et attendu de François Hollande (1er décembre 2016) aux présidentielles de 2017.

En fallait-il plus ? Ce fut la Primaire de « La Belle alliance populaire ». La sincérité de cette consultation est gravement entachée de soupçons de fraude sur le taux de participation, par les votes multiples et répétées d’un électeur, le score bricolé des candidats et la disparition des résultats de près de 400 bureaux de vote. Ces accusations sont lourdes. Et, outre celles de Jean-Luc Mélenchon évoquant une « fraude de masse », Rémi Lefebvre rappelle que la « culture de la fraude » est typique des socialistes français, ce dont nombre de militants peuvent témoigner. L’électorat socialiste n’en demandait pas tant.

Désormais, ce parti politique ne repose que sur le vice de ses cadres dirigeants, sur du « bois pourri » aurait dit Mably, après qu’ils aient renoncé à la vertu. Les militants de base, d’abord déconcertés par le mandat présidentiel, sont à présent désemparés. Il en va toujours ainsi lorsque menteries et coups fourrés deviennent la règle d’une organisation politique. L’extinction du Parti Radical, qui fut le premier parti constitué en France, et celle du Parti Communiste bolchévique, aujourd’hui réduit à sa portion congrue, l’attestent. Ainsi, les éléphanteaux, ces piètres épigones des Éléphants socialistes, ont-ils dilapidé le capital éthique et programmatique patiemment constitué par le Congrès d’Épinay appelé le Congrès d’unification des socialistes (11 – 13 juin 1971).

C’est que ce parti a été capturé par les médiocres – qui en contrôlent les instances dirigeantes -, et en tête desquels est Manuel Valls, dont l’un des objectifs affichés est de liquider les bases historiques du Congrès d’unification des socialistes. Sans le rappel de ces faits, nul ne peut comprendre l’action de sape conduite par François Hollande et surtout Manuel Valls et leurs sous-fifres. Or tel est le schéma que Benoît Hamon vient d’enrayer, avec son coup de maître réalisé lors du premier tour de la Primaire de « La Belle alliance populaire ».

Ce succès de Benoît Hamon a déclenché l’ire de Margitès, le surnom que nous avons donné à Manuel Valls. Il est sorti de ses gonds. Cependant, ni la métrique sarkozienne de son langage portée par une « incontinence médiatique », ni sa brutalité politique et ses froncements de sourcils, moins encore son prétendu bonapartisme de « gauche », pas même sa faible « jactance gallique » n’impressionnent.
L’équation de Margitès est si simpliste qu’elle étale tout son ridicule politique et son insoutenable manque de modestie : « ou moi, ou rien ». Il y a bien longtemps que, sous la Cinquième République et dans un parti de gauche, un homme politique n’avait osé affirmer un tel paradigme. Il « fait son personnage » eut dit Bossuet. Pauvre Manuel !

« Mourir de rire » disent les Jeunes. Alors, laissez-le donc gagner, parce que sans lui la France ne peut s’en sortir. C’est lui le sauveur de la République. Pauvre Manuel, les dieux lui sont tombés sur la tête. Margitès confond tout et veut tout faire. Cette pathologie politique est connue et porte un nom.

Mieux encore, il est devenu le « Joselito » de la vie nationale. Cette comparaison n’est pas anodine et ne renvoie pas à ses origines. Mais la ressemblance est frappante. Qui ne se souvient, en effet, de la saga du petit José Jiménez Fernandez, l’enfant à la voix d’or, ce rossignol des montagnes espagnoles, qui enflammait les salles de cinéma à la fin des années 50 ? Et voilà que, malgré ou en raison de ses déconvenues, notre Josélito national chante qu’il serait le seul à pouvoir battre François Fillon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, etc., aux présidentielles de mai 2017. Rien que ça. La chanson est belle. Pauvre Josélito ! Chante encore : promets le contraire de ton bilan ! Nous sommes tous disposés à te croire. Nous sommes tous des niais ou alors des débonnaires. Mais auparavant, qu’il ne peste pas contre Emmanuel Macron qui l’a débordé sur sa droite et qu’il range également sa colère contre Benoît Hamon qui l’a doublé par la gauche. La chanson de Josélito n’est même pas le chant du Cygne, comme l’est, par exemple, « le revenu universel » de Benoît Hamon.

C’est que Manuel Valls a oublié ce grand avertissement d’Ernest Lavisse : « Le centre gauche n’a pas de sexe ». Et son entourage lui eut rendu service, s’il lui avait également rappelé que les grands mythes orientent également l’histoire, comme l’enseignent le controversé Georges Sorel qui note sa fonction mobilisatrice (grève générale), tout comme Amilcar Cabral, esprit puissant, qui confère au mythe (grand mensonge) un rôle déterminant dans l’histoire universelle. « Le revenu universel » proposé par Benoît Hamon est de cet ordre-là. C’est un mythe politique : une utopie qui projette un nouveau monde, une chose irréelle mais possible qui peut lever les masses. C’est ce que ne saisit pas et ne veut admettre Manuel Valls, qui ne mesure pas le désarroi des pauvres et des masses populaires qui voient dans le « revenu universel » une espérance ou un mieux-vivre.

Pauvre Manuel Valls. Il ne comprend rien à la France, au point qu’il ne parvient même plus à opposer des objections raisonnées aux belles fadaises de Benoît Hamon sur la laïcité et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, d’un Benoît Hamon qui scinde « l’esprit » de « la lettre » de ces deux textes majeurs.

En tous les cas, en observant et en écoutant les complaintes de notre Josélito national, il me vient à l’esprit les pages instructives d’une de mes lectures de jeunesse, L’idéologie allemande, dans laquelle Friedrich Engels et Karl Marx, posant les bases définitives de leur « matérialisme historique », réglaient leur compte avec les prétendus « socialistes vrais » d’Allemagne : Feuerbach, Bruno Bauer et Max Stirner.

J’ai mis en bonne mémoire ce passage pimenté où nos deux penseurs matérialistes raillent ceux-là qui croyaient pouvoir changer le monde par la seule force de leur esprit : « Naguère, écrivent-ils, un brave homme s’imaginait que, si les hommes se noyaient, c’est uniquement parce qu’ils étaient possédés par l’idée de la pesanteur. Qu’ils ôtent de la tête cette représentation, par exemple, en déclarant que c’était une représentation religieuse, superstitieuse, et les voilà désormais à l’abri de tout risque de noyade. Sa vie durant, il lutta contre cette illusion de la pesanteur dont toutes les statistiques lui montraient, par des preuves nombreuses et répétées, les conséquences pernicieuses… » . Ce brave homme, c’est notre Manuel Valls !

En effet, il lui a suffi de se débarrasser de l’idée de défaite et de la remplacer par celle de victoire, pour que ses déboires politiques personnels se transforment sponte sue en victoire collective pour la gauche. L’autosuggestion est même si grande que les débâcles sont célébrées comme une victoire et une fête inattendues. Par exemple, quand il perdra les élections régionales (2015) dans lesquelles il s’était engagé et que son parti deviendra le troisième parti de France, sans gêne aucune, Manuel Valls s’attribuera le fait que, grâce à lui, le Front National n’a pas remporté cette élection. Quelle chanson !

Engels et Marx se moquaient de ces « socialistes vrais » qui descendaient du ciel sur terre, au lieu de s’élever de la terre vers le ciel. Qui donc, des montagnes espagnoles, ramènera Manuel Valls en terre française ? Parce qu’il semble bien que même le Président de la République ne soit plus en mesure de le faire. À moins que, rusé comme un renard épuisé, s’il n’a jamais lu les considérations de Théophraste (successeur d’Aristote), François Hollande attende le moment favorable ou propice pour lui porter le « coup de Jarnac » ? Est-ce cela qu’il espère avec la carte Emmanuel Macron ? À moins que sur les ruines du Parti socialiste d’après le second tour de cette Primaire, il ne change d’avis et décide de redevenir candidat. Tout est possible, avec les socialistes français de notre époque, les « socialistes vrais » fustigés par Marx.
Pour lors, c’est en chantant à tue-tête que Manuel Valls fonce à vive allure droit dans le mur, et en klaxonnant pour que le mur (les difficultés des Français) s’écarte de son chemin. Tout est possible ! Avec lui, la gauche peut même être de droite, désormais. Il n’y a rien de « populaire », pas « alliance » et pas une idée qui soit « belle ».

Un parti politique se meurt. Si tout est possible, n’est pas Phoenix qui veut pour renaître de ses cendres.

France : trois questions politiques

samedi 

26 novembre 2016 à 12:59

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Première question : comment les Français peuvent-ils se débarrasser de François Hollande, tout en évitant le retour de Nicolas Sarkozy ?
Dans le prolongement des salves dévastatrices de Patrick Buisson et des enquêtes incendiaires de Médiapart (Libye), le premier tour de la Primaire de (la) droite vient d’éliminer Nicolas Sarkozy, avec la forte participation d’une partie de l’électorat de gauche : plus de six cents mille (600.000) électeurs sur les quatre millions deux cents mille (4.200.000), soit 15% des votants. C’est inédit. C’est une leçon. Peut-être aussi un nouvel apprentissage démocratique.

Leçon apprise ?

En effet, lors du premier tour de la Primaire socialiste, il n’est plus exclu qu’une partie de l’électorat de droite vienne éliminer François Hollande qui, à présent, veut être le David (unificateur) de la gauche, après en avoir été le Jéroboam (diviseur). Si tel n’est pas le cas, alors il sera emporté, comme Nicolas Sarkozy, sa figure inversée.

Les deux Primaires serviront à tourner la page, à écarter la paire infernale Sarkozy – Hollande.

Deuxième question : comment juguler la progression de l’Islam radical, contenir les flux migratoires et renforcer la cohésion nationale ?
Force est de constater que rien n’arrête la marche des migrants. Et les guerres étrangères, coûteuses, n’ont rien résolu : le Mali est ébréché et la menace djihadiste y persiste. En Centrafrique, il a fallu se retirer, au son du tambour des scandales. La possibilité des attentats dans l’Hexagone est grande.

La France redevient, au grand jour, « la fille aînée de l’Église ». Les Catholiques sont de retour, après avoir été évincés de l’espace public. Leur revanche : défaire les candidats des Primaires et faire le prochain Président de la République.

La famille Le Pen se tient en embuscade, pour offrir le pire à la France. La confrontation avec François Fillon se déroulera sur le terrain de la droite dure : 65% des suffrages à se partager.

Troisième question : comment réindustrialiser la France, résorber le chômage et préserver la protection sociale ?
Après les canonnades fiscales de François Hollande contre les couches moyennes, puis l’escamotage social (l’explosion de la pauvreté) et la fragilisation du travail (loi El Khomri) voulu et conduit par Manuel Valls, l’horizon proposé par François Fillon, le fils putatif de Mme Thatcher, est un nuage porteur d’un gros orage : tout démanteler, par le report de la pression fiscale sur les ménages (16 milliards d’euros), la réduction drastique des effectifs budgétaires (550.000 suppressions) et la bride de la sécurité sociale (limitation drastique des remboursements), et cætera, et cætera.

Le chômage, malgré les savants expédients de François Hollande (radiations systématiques et formations fictives des demandeurs d’emploi, arrêt récent des crédits de formation, etc.), ne cesse, en réalité, de croître.

Pour lors, les Français préfèrent l’austérité promise, affichée et claironnée de François Fillon aux mollesses libérales de François Hollande, voilà le plus dramatique des bilans pour le Président sortant.

Enfin, la République revient à sa partition initiale : une vraie Droite, avec un programme sévère. Sans doute faudra-t-il une vraie Gauche, c’est-à-dire qui ne soit en rien hollandaise et vallsiste.

Aux trois questions françaises, que des réponses de peu de force.

Hommage à António Monteiro Mascarenhas, ancien Président de Cabo Verde

vendredi 

7 octobre 2016 à 12:01

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Car il peut servir de modèle universel à ce que doit être tout Président d’une République digne ; d’une République, dis-je, dont le titre n’est ni usurpé et moins encore emprunté par commodité, comme le sont de nos jours maintes « républiques ». Aussi, par le vagabondage de mon imagination, j’incline même à croire que si Ambrogio Lorenzetti revenait et décidait de reprendre son célèbre tableau, Les Effets d’un bon gouvernement (1338), sans aucun doute eût-il inséré António Monteiro Mascarenhas parmi les personnages de l’emblématique République de Sienne.

L’homme était vertueux, au sens que Platon et Aristote – les deux grands maîtres de la philosophie politique – prêtent à cette notion. Puisqu’il resta simple tout le long de sa vie, modeste à souhait et exerça sa fonction avec la plus grande délicatesse et une haute exigence éthique, toujours soucieux du « bien public ».

La République de Cabo Verde, parlementaire en droit et semi-présidentiel dans son fonctionnement, lui doit bien plus que ce qui est généralement dit et admis. Ce n’est que justice, que de le rappeler.

1989 : le mur de Berlin vient de s’effondrer. Un vent puissant balaie alors la terre. Une averse démocratique (représentative) secoue le monde. Poreuse aux souffles du monde, les premiers effets se font très vite sentir dans l’archipel du Cap Vert : multipartisme, en 1990. António Monteiro Mascarenhas emporte, en mars 1991, les présidentielles, soutenu par le Mouvement Pour la Démocratie (MPD), parti de type libéral. Et élu Président de la République, il assurera la première alternance politique en Cabo Verde, sans y injecter la moindre secousse. Un exercice affiné de l’institution présidentielle et, cinq ans plus tard, le peuple caboverdien le lui rend bien et lui apporte 73% de ses suffrages. Un second mandat exemplaire, de bout en bout, jusqu’au 22 mars 2001.

À n’en pas douter, António Monteiro Mascarenhas aura été l’un des grands stabilisateurs des Institutions publiques caboverdiennes. Ses qualités personnelles y auront compté pour beaucoup : discrétion, modération, pondération, probité et courtoisie. Parce que ferme sur les principes républicains. Aussi apportait-il un soin particulier, une attention méticuleuse à maintenir les écarts entre vie privée et vie publique, entre morale personnelle et esprit public, intégrité personnelle et action politique. L’homme, dit Aristote, est l’être qui se tient droit.

Il était d’un naturel calme. D’une belle éducation et attentif aux autres. Un esprit bien formé au Droit, dans la prestigieuse université Catholique de Louvain (Belgique). Tout chez lui, comme chez Andromaque, respirait le Droit. Il eut pu dire avec elle :
Voici la règle que je loue et que je me prescris :
Ni dans ma cité ni dans mon ménage,
Nul pouvoir où ne soit le droit .

Il ne tient pas au hasard qu’il ait été Président de la Haute-cour de Justice de Cabo Verde de 1980 à 1990, avant d’être Président de la République.

Et que de souvenirs personnels. Il aimait mon père, Amarante Gonçalo Tavares, dont il était parenté au quatrième degré, par la branche Monteiro. Dès que cela lui était possible, il lui rendait visite. Et c’est avec une émotion sublime que nous relisons encore sa brève lettre de condoléances lors du décès de mon père.

António Monteiro Mascarenhas appréciait également le savoir (pas uniquement la connaissance) et il cultivait une bonne relation avec les intellectuels. Il me souvient bien, deux faits marquants. 1991. Juste après ma soutenance de doctorat de philosophie à Paris-1, sur Hegel et l‘Afrique, il me fit parvenir une lettre de félicitations, qu’il prit le soin étonnant de plastifier, comme s’il avait voulu qu’elle résistât aux épreuves du temps. Puis, à l’occasion de son premier passage officiel à Paris, il demanda au Protocole d’État caboverdien de lui organiser un tête-à-tête avec moi. En aparté, quel bel échange sur les grandes idées qui mènent le monde ! C’était un bonheur pour moi, un ravissement de l’esprit que celui de discuter avec un homme public si cultivé et éduqué.

L’Afrique, en dépit de ce que répandent les grands médias, offre au monde de beaux exemples de démocrates et de républicains. Incontestablement, António Monteiro Mascarenhas est à suivre. Puisse des biographies relater la vie de cet homme remarquable.

Le 16 septembre dernier, s’éteignit António Monteiro Mascarenhas.
Adieu, ami et cher Président ! Et encore merci pour tes leçons. Si tu fus si bon et si droit sur terre, alors comment ne pas préméditer que là-haut, au Ciel, tu continueras tes bonnes œuvres. Car les âmes bonnes ne changent pas de nature.

Hommage à Shimon Peres

vendredi 

30 septembre 2016 à 08:46

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Un homme est mort : Shimon Peres (Szymon Perski). Parmi les hommes, il fut un « grand homme », au sens que Hegel prête à ce mot. Un soldat de la Paix quitte ce monde inachevé, lourd d’un bel héritage : la naissance d’une nation, un vieux rêve. Vivre, dit René Char, c’est persister à accomplir un souvenir. Il a prôné et promu la Paix, avec les Palestiniens : les Accords d’Oslo et le Centre Peres pour la Paix. Mais il a également fait la guerre, contre eux, seulement lorsqu’il l’a cru utile et justifiée.

Hassan, son homme de confiance, le plus proche d’entre les proches, est un Palestinien. Deux amis. Pour Hassan commence les jours de peine et de tristesse.

J’ai rencontré Shimon Peres, la première fois, lors du centenaire de Charles de Gaulle, alors que j’étais membre du comité restreint d’organisation présidé par Bernard Tricot, sous l’autorité de Michel Rocard, Premier ministre. C’était en 1989. Nos échanges furent brefs et courtois.

Mémoire forte. Il s’en est souvenu, lors de notre deuxième rencontre, chez lui, à son domicile, à Tel Aviv, en 2003. Un esprit puissant et affable. Un bel échange d’idées. Le protocole était simple. Comme l’homme. Disponible et prompte à soutenir une idée qui lui paraissait nécessaire. Alors même que nous lui présentions un projet d’aide aux populations désolées d’Afrique centrale, il prit son téléphone, et en notre présence, saisit Mickaël Gorbatchev, pour l’y associer.

Il m’offrit une coupe de vin, du Merlot, excellent, l’un des meilleurs crus que j’aie bu.

Une photo, pour le souvenir.photo-avec-shimon-peres

Au mois de janvier dernier, nous avions programmé la troisième rencontre. Mais une alerte cardiaque en obéra le principe.

Somme toute, Shimon Peres a bien vécu, et toujours en homme digne. Puisse donc la terre lui être légère et que, là-haut, les propylées du Ciel s’ouvrent à son accueil.

Diverses sont les lignes de vie, comme sont les routes et les bornes des monts, dit Hölderlin. Ce que nous sommes, un Dieu l’achèvera là-haut, dans la grâce, la paix et les harmonies éternelles.

Manuel Valls ou le « Margitès » de la droite

vendredi 

26 février 2016 à 08:23

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(crédit photo : Reuteurs)

(crédit photo : Reuters)

Il est des personnages du théâtre et de la littérature comiques qui ont marqué la tradition. Margitès en fait partie. Son patronyme signifie « fou » (grec ancien) mais il désigne plutôt la sottise de ce personnage dont les aventures ont donné lieu à un ouvrage perdu, le Margitès, indument attribué à Homère.

Selon Aristote, le Margitès, est l’une des sources principales de la Comédie occidentale. Et Platon a brossé de ce héros comique un portrait ironique qui tient en une phrase célèbre : Margitès « savait faire beaucoup de choses, mais pas une comme il faut ». Et, des actions de Margitès, il résultait toujours des catastrophes. Alors, à plus de deux millénaires de distance, comment ne pas songer à Manuel Valls ?

Car il n’est rien que notre Premier ministre n’ait accompli sans susciter des catastrophes politiques, à gauche notamment, et qui l’ont toujours conduit, soit à se dédire ou à renier ses positions initiales, soit à abandonner ses actions comme si de rien n’était. De sorte que si Manuel Valls engage beaucoup d’actions il n’en a jamais conduite une seule à bonne fin. D’autant que, à chaque initiative, il engendre des confusions à gauche.

En somme, il agit tous azimuts sans parfaire ou parachever la moindre action. C’est même l’une des caractéristiques de sa gouvernance et sans doute le trait principal de sa personnalité. Au fond, son bilan politique est fort maigre et tient plus de la cacophonie que de l’action mûrement préméditée. C’est que tout, chez lui, est improvisé. Et une fois l’improvisation engagée, il n’est d’autre solution que l’entêtement ou le retournement. On comprend dès lors pourquoi entêtement et retournement alternent constamment.

Il a improvisé à coups de tambours la double réformette du programme scolaire portée par la ministre de l’Éducation nationale, Najate Vallaud-Belkacem, où l’un et l’autre se sont révélés être de véritables improvisteurs . Il en reste bien peu aujourd’hui.

Il a fait sonner les trompettes sur l’état d’urgence. Est-il si sûr que les Français soient mieux protégés hier qu’aujourd’hui ?

Il a engagé, verbe haut et sourcils froncés, l’équivoque débat sur la déchéance de la nationalité au cours duquel il n’a eu de cesse de changer de position jusqu’à la confusion la plus grande. Au plus vif du débat, personne n’était à même de préciser la position de Manuel Valls. Qui peut dire ce qu’il en restera, dans les semaines qui viennent, de cette malheureuse et inefficace initiative ? Le Front National s’en félicite et a trouvé un porte-voix. Comment pourrait-il en être autrement, quand Manuel Valls habitue l’électorat aux idées nauséabondes.

Il s’est évertué à flatter le Medef jusqu’à lui confectionner un inouï projet de Code de travail que sa ministre de l’emploi, Myriam El Khomri, porte comme une comédie. Mais qui peut tabler qu’il ne se reniera pas dans les jours qui viennent ? Pour lors, il est le champion du Medef.

Il désavoue, en Allemagne même, la Chancelière allemande sur la question des réfugiés qu’il confond avec la problématique de l’Immigration. Pegida (Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident) a trouvé un allié et applaudit !

Bref, Manuel Valls se croit iconoclaste, il se perçoit comme un novateur voire même « moderne », alors même que, en toute matière publique, il n’a jamais fait que ressortir les vieilles recettes de la droite et préfère combler l’extrême-droite.

Et lorsque la droite applaudit à ses « exploits », il ne comprend pas que la raison en est simple : il est le Margitès de la droite qui, alternant entêtement et retournement, noue le vœu secret de combler les attentes politiques de la droite dure et de l’extrême-droite.

Toute sa politique gouvernementale s’apparente à un poème comique : sottises et catastrophes. Est-il dès lors étonnant que ce soit l’humoriste Nicolas Canteloup qui l’ait le mieux saisi, dans ses caricatures radiophoniques ?

Le pire, dans cette comédie est que, d’une part, il soit parvenu à faire du Président de la République le Jéroboam de la gauche, et, d’autre part, qu’il ait réussi à saborder la gauche. Peut-être même sans le savoir, tant il paraît convaincu que son action est de gauche. Tel est notre Margitès, un personnage qui traverse les siècles !

Les trois « Europe » : entre Merkel et Tsipras

jeudi 

9 juillet 2015 à 08:05

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Alexis Tsipras devant le Parlement européen le 8 juillet 2015  (crédit photo : francetvinfo)

Alexis Tsipras devant le Parlement européen le 8 juillet 2015
(crédit photo : francetvinfo)

Il y a bien, désormais, trois « Europe » : l’Europe de la Commission européenne, qui est celle des marchés financiers ou du Traité de Maastricht. Elle est promue par Angela Merkel, François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, etc. Cette Europe-là est en crise de légitimité. Ensuite, l’Europe des nations prônée par Marine Le Pen et toutes les extrême-droites xénophobes du continent. Cette Europe réalise d’inquiétantes progressions. Enfin, l’Europe des peuples qui vient de prendre corps par la Grèce, avec les deux victoires successives du parti « Syriza » (législatives) et d’Aléxis Tsípras (référendum). Les victoires de Podemos et de Pablo Iglesias Turrión vont la consolider.

Une confrontation vient d’être engagée entre L’Europe de la Commission européenne et l’Europe des peuples, personnifiée par la chancelière Angela Merkel et le premier ministre Aléxis Tsípras.

« Selon que vous serez puissant ou misérable… »

Dans cette opposition, ce qui d’abord frappe, c’est de constater que, jusqu’ici, aucun des leaders de L’Europe de la Commission européenne n’a formulé la moindre critique des États-Unis qui ont été à l’origine des trois dernières grandes crises (subprimes, financière et des liquidités) entre 2008 et 2011. Alors même qu’ils sont tous si prompts à morigéner la Grèce, jusqu’à l’affront. Chacun de nous se souvient du mot si juste de Jean de la Fontaine : « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ». Et dans cette fable fameuse, parce que fort, le Lion, malgré tous ses crimes fut loué, quand l’Âne, faible et affamé, fut mis à mort pour avoir osé manger « l’herbe tendre » du pré.

C’est pourquoi, il y aura toujours une sorte d’injustice et quelque chose d’insupportable à voir et à entendre l’Europe de la Commission européenne humilier les Grecs et imposer son dictat à l’État grec.

Allemagne, un grave défaut de mémoire : Plan Marshall et Plan Morgenthau ?

L’Allemagne d’Angela Merkel est en défaut de mémoire. Elle semble oublier que, après avoir fait subir au monde deux grandes guerres et tant d’horreurs, l’Allemagne en ruines a vu sa dette effacée, rendue supportable au peuple allemand. Au vrai, qu’eût été aujourd’hui l’Allemagne, si elle n’avait bénéficié d’une aide massive (deux-tiers de sa dette annulée et prêts massifs : plan Marshall) ? Bienheureuse Allemagne, quand le président américain Harry Truman préféra le « plan Marshall » à l’humiliant « plan Morgenthau » qui non seulement prévoyait de diviser (en deux) l’Allemagne, de la dépecer (cession de territoires à la France, la Pologne, etc.), de la rendre entièrement pastorale (suppression de toute sa base industrielle) et entendait lui faire payer toutes les réparations.
Étrange ironie de l’histoire, mais qui n’est possible que par une lourde amnésie (défaut de mémoire), de voir Angela Merkel être vis-à-vis de la Grèce comme Henry Morgenthau (secrétaire au Trésor américain) voulut l’être face à l’Allemagne vaincue.

Pourquoi l’Allemagne de Merkel, qui heureusement n’est pas toute l’Allemagne, veut-elle aujourd’hui infliger à la Grèce la punition dont elle a été épargnée hier ?

Les dettes souveraines sont l’enfer des États

Haïti, alors la plus riche colonie du monde et qui contribuait au deux-tiers dans l’équilibre de la balance commerciale française, Haïti, le deuxième État du continent américain, ne s’est plus relever de la dette qu’elle dût payer à la France pour garantir son indépendance acquise par la force des armes. Son malheur actuel est un effet direct de son endettement sous Charles X.
On pourrait citer cent exemples de ce qui est avancé. En Afrique, les programmes d’Ajustement Structurel (P.A.S) imposés par la Banque mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI) n’ont pas fini de causer des dégâts. Le drame actuel de la Guinée-Bissau, qui fait 1% du PIB de l’Afrique de l’ouest, devrait être une leçon pour tous.

C’est pourquoi Aléxis Tsípras et Yánis Varoufákis n’ont pas eu tort de suggérer de sortir des sentiers battus. Car pourquoi le médecin se fâcherait-il avec le malade, lorsque c’est le traitement appliqué qui s’avère inefficace ?

La Grèce et le refus du crédit revolving

Car c’est bien de cela qu’il s’agit et non pas d’« aides » comme se plaisent à le faire croire les médias qui sont aux ordres et qui flattent l’orgueil des populations européennes, en leur faisant croire que ce sont elles qui devront payer l’insolvabilité grecque.

La Grèce de Tsipras a bien raison de refuser le « crédit révolving » qui lui est imposé. « Révolving », en effet, parce que les « prêts européens » consentis ne servent qu’à rembourser les prêts antérieurs et, ainsi, à augmenter l’endettement public qui, en cinq ans ont augmenté de 50%. Où est le bon sens ? D’autant que nos grands « spécialistes » en économie oublient de dire que tout prêt est assorti de « garanties souveraines » qui sont des produits financiers très rentables. Quand un État emprunte un montant, en contrepartie, il émet une garantie souveraine équivalente. Et de ce titre bancaire, les spéculateurs font grand bénéfice. Il ne faut rien connaître du monde de la finance, pour ne pas le savoir. Les garanties souveraines grecques ont beaucoup enrichi ceux qui les détiennent avant qu’elles ne perdent, par les mécanismes du marché des dettes souveraines, leurs valeurs initiales.

Le référendum de Tsípras et la signification du « Non » des Grecs

Il faut lire ou faire relire Les Suppliantes d’Eschyle, pour comprendre le recours de Tsípras au référendum. Ainsi, lorsque les cinquante Danaïdes, filles de Danaos, s’échappèrent d’Égypte après avoir refusé d’être mariées à leurs cinquante cousins, les Égyptiades, fils d’Egyptos, (excepté l’une d’entre elles : Hypermnestre), elles demandèrent asile au roi d’Argos et celui-ci fut confronté à un crucial dilemme : accorder l’exil aux Danaïdes et prendre le risque de guerre avec les poursuivants ou refuser l’hospitalité aux Danaïdes et manquer au premier des devoirs. C’est alors que, recherchant une « pensée qui sauve », il convoqua tout le peuple. Ainsi est née la démocratie, le pourvoir rendu par le peuple sur un enjeu majeur. C’est, au plan littéraire, la plus ancienne trace écrite de la démocratie.

Entre défaillance de mémoire et vaillance du souvenir

Alors que la chancelière Angela Merkel a perdu toute mémoire, Aléxis Tsípras se souvient d’Eschyle et du mode de surgissement de la démocratie. Là se tient la différence entre les deux leaders dont la confrontation renvoie à un enjeu essentiel : l’Europe de la Commission européenne ou l’Europe des peuples.

Manuel Valls et les « improvisteurs » : la nouvelle gouvernance

mercredi 

6 mai 2015 à 12:05

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Les « improvisteurs » sont dans les murs. Dans un entretien au magazine culturel, L’œil, Manuel Valls songe à « intégrer, dans nos écoles, l’art de l’improvisation que porte Jamel Debbouze». Rien que cela. Mais c’est une opinion saugrenue de plus.

Escole ! Le mot latin « schola », tiré du grec « skolê », a forgé le vocable « école » qui désigne les « murs ». Bien évidemment, ceux d’une enceinte d’enseignement.

Les « improvisteurs » y pénètrent en fanfare, chaque mois, en proposant leur opinion comme des projets gouvernementaux. Ils sont dans les murs et poursuivent leur œuvre de dévastation bruyante. En effet, alors même que l’actuel chaos des « rythmes scolaires » n’a pas rompu ses effets, voilà que nos « improvisteurs », avec une méthodique obstination, enfoncent l’École publique dans le burlesque.

Qui donc, à cette question, portera réponse : où vont la France et sa République, lorsqu’une ministre de l’Éducation nationale et son Premier ministre, à la Rhétorique préfèrent l’improvisation, et en lieu et place de l’Éloquence proposent comme nouveauté la jam session, le mot anglais pour dire « séance d’improvisation » ? Nouvelle trouvaille gouvernementale du mois d’avril : la jam !

Dans Foule sentimentale, à propos de la « vie en rose », Alain Souchon raillait « que l’on nous propose Claudia Schiffer » comme horizon. Manuel Valls fait mieux encore, pour nos élèves : il leur propose Jamel Debbouze, mais sans que celui-ci n’ait rien demandé et, autant que nous le sachions, surtout pas à devenir une source pédagogique dans la réforme des programmes scolaires. Madame le Ministre et son Premier ministre seraient bien inspirés de laisser le Jamel Comedy Club hors de murs de l’école publique.

Il y a un peu plus de deux siècles, Bossuet pensait l’improvisation comme une conséquence esthétique de l’Éloquence. Bien évidemment, L’Aigle de Meaux parlait de la haute, puissante et belle improvisation tirée de la connaissance. C’est tout le contraire du « rose qu’on nous propose ».

Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, eux, opinent sur l’improvisation à partir des cultures urbaines. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : par le dispositif ludique de la jam session, faire entrer, de façon officielle, les « cultures urbaines » dans l’école. Mais le paradoxe ici consiste en ce qu’elles y sont déjà et sont même un des ferments de la crise scolaire. En effet, les tenues vestimentaires, le parler (verlan, écriture phonétique, vocabulaire obscène, irrespect, déscolarisation, etc.), la gestuelle (démarche, signes de la main, allure de défi, etc.) adoptés par les « jeunes » s’entendent relativement aux « cultures urbaines », dont le rap, le hip-hop et le reggae sont des variantes d’expression. Aussi, l’opinion extravagante selon laquelle il faudrait « intégrer, dans nos écoles, l’art de l’improvisation que porte Jamel Debbouze » vise, en réalité, à la reconnaissance politique et la consécration pédagogique des « cultures urbaines », qui ne sont elles-mêmes que des « cultures » contre les « urbanités » plus communément appelées les  « civilités ».

En tout état de cause, si l’intention pédagogique de nos deux réformateurs est la pratique de l’improvisation, pourquoi n’ont-ils pas songé à Ferdinand Joseph Lamothe alias Jerry Roll Morton, l’inventeur du Jazz, maître de l’improvisation et Français d’origine antillaise ? C’eût été perçu bien autrement.

Une autre expérience révoque en doute l’introduction tapageuse des « cultures urbaines » en milieu scolaire. Elle eut lieu aux États-Unis, à la fin des années 1990. Pour les élèves en difficulté scolaire des quartiers défavorisés, il s’était alors agi de faire leur apprendre les leçons sur fond de musique Rap. L’échec fut retentissant. Depuis, plus personne n’en parle. Pourquoi reprendre ce qui, ailleurs, a échoué ? Là encore, si l’on veut forger la mémoire des élèves en difficulté, pourquoi ne pas songer à leur enseigner cette vieille technique qu’est le « bâtiment de mémoire », si efficace et qui a fait ses preuves mnémotechniques ? C’est que, dès lors qu’il s’agit des couches populaires et des élèves des quartiers sensibles, le réflexe des « nos » nouveaux bourgeois est d’adopter les préjugés de classes dites supérieures. Nos deux réformateurs ne font rien d’autre : niveler l’enseignement, par le bas. Et le plus tragique, en l’occurrence, est leur enthousiasme juvénile à faire de telles propositions.

Ainsi persistons-nous à penser que l’intention du Premier ministre et l’opinion du ministre de l’Éducation nationale s’inscrivent dans le vieux projet de destruction de l’École publique ou du moins de la « liquidation » de sa vocation initiale : la transmission rigoureuse des connaissances par l’enseignement académique, telle qu’elle fut d’abord pensée par Charlemagne (école obligatoire pour les aristocrates et gratuite pour les enfants pauvres), puis magnifiée par Robert Sorbon (l’université pour les étudiants pauvres) et finalement portée au pinacle par Victor Duruy et la IIIe République (universalité de l’instruction).

Le plus dramatique dans cette affaire est de voir que nos deux réformateurs ne mesurent ni le sens de leur propos ni la portée de leur proposition.

Au fond, on peut même les soupçonner d’improviser l’improvisation, tant ils paraissent ne pas savoir ce qu’est en propre l’improvisation ou la jam session. C’est pourquoi, selon l’évolution des débats publics et des résistances qu’ils rencontrent, on les voit adapter leur projet. L’improvisation banale, c’est-à-dire telle qu’ils l’entendent, repose sur du volubile.

Ceci est si vrai, qu’il est aisé de s’apercevoir qu’ils n’examinent que bien leur proposition. Sinon, par l’exercice rapide d’une analyse lacanienne ou même historique, ils auraient appris que le mot « jam » ou l’improvisation, typique du vocabulaire du jazz, du hip-hop et du reggae, est à forte connotation sexuelle ou libidinale, comme le suggère l’une de ses dimensions cachées. En effet, à l’origine, le mot anglais « jam », confiture, désigne « un gâteau roulé à la confiture » et, en musique, renvoie à des obscénités et à l’éjaculation. C’est cela l’improvisation. Car elle est essentiellement masculine. Ce qui est conforme à la dimension et la domination masculines des « cultures urbaines ».  Et comme ce dispositif n’échappera pas à la situation réelle des quartiers sensibles, chacun peut donc anticiper ce que sera l’introduction de la « jam » en milieu scolaire.

En tous les cas, l’école est devenue un fourre-tout voire une remise. Au fil des réformes, elle perd son statut pédagogique et voit sa fonction académique se dégrader pour devenir une institution d’accompagnement social chargée de la gestion des problématiques sociales (éducation familiale, sexualité, intégration, religion) et de la régulation des désordres sociaux. Au lieu d’être préservée comme doit l’être un sanctuaire, elle devient place publique. Entre les « murs » et la « place », il faudra choisir.

Qui donc, à cet étonnement, fournira réponse : où mène-t-on l’école publique quand, face à l’effondrement continu de la langue française, les « improvisteurs » préméditent la froide suppression des classes bilangues, celles-là mêmes qui enseignent les trois autres langues sur lesquelles repose toute la pensée occidentale : le Grec, le Latin et l’Allemand ? Est-ce un hasard ? Seul l’Anglais est pour lors épargné. Que recherchent les « improvisteurs », en saccageant de la sorte le français au pays de Molière et Hugo, et en érodant les bases linguistiques de la Métaphysique européenne ?

On s’en souvient bien, Christiane Taubira avait présenté le « mariage pour tous » comme une « réforme de civilisation ». Avec la réforme Valls – Vallaud-Belkacem est programmée l’extinction graduelle ou progressive de la culture occidentale. Car cette réforme s’en prend ouvertement à l’une de ses bases essentielles : les langues de la pensée.

Qui donc, à cette double provocation, apportera réponse : est-il utile, en cette époque de forte crise identitaire et de grand risque de décohésion nationale, de rendre obligatoire l’étude de l’Islam au collège et aléatoire celle du Christianisme ? Que recherche cet Exécutif ? S’étonnera-t-on encore qu’il reprenne à son compte cette vieille idée de droite qui, il y a une vingtaine d’années, avait songé à édulcorer l’enseignement de l’Histoire. En effet, vouloir supprimer la chronologie (mémoire, date et repère), au profit de grands thèmes historiques, n’est-ce pas frapper l’enseignement de l’Histoire dans son fondement même ?

Ce gouvernement d’« improvisteurs » a fait de l’improvisation sa propre marque de fabrique. C’est sa signature politique, désormais reconnaissable. En effet, constamment, à l’improviste, ce gouvernement improvise et donne corps à l’imprévu. L’imprévu (improvisus) est sa démarche. Et y a-t-il meilleur exemple que ce flagrant délit d’improvisation, quand la ministre de la Culture se réjouissait de déjeuner avec le Prix Nobel de littérature, Patrick Modiano, sans jamais avoir lu ? La trame de leur discussion était livrée à l’improvisation. C’est cela même l’improvisation d’un improvisteur. Improvisus !

Précision lexicale : « improvisteurs » et « improvisateurs » ont une racine identique et signifient la même chose. Il en fut ainsi, dans le passé récent de la langue française. Improvisus signifie imprévu. C’est pourquoi, pour qui médite en propre la langue française, les mots « imprévision », « imprévu » et « improvisation » sont le même.

En réalité, pour qui apprend à observer le gouvernement Valls, celui-là ne s’étonnera plus que l’improvisation soit à la fois son idéologie et sa pratique. Ce gouvernement, aussi difficile que cette vérité soit à dire, ce gouvernement-là n’a pas de projet. Comment ne pas voir que c’est à l’improviste que Manuel Valls improvise ? Continûment. Tout est organisé à la hâte et sur-le-champ.

Et, pour l’improvisation, quel meilleur champ d’application que les grands domaines de l’État ! On s’en est vite rendu compte avec la Loi Macron, un fourre-tout législatif. On s’en aperçoit avec la Loi Rebsamen : un débarras, un grenier pour les grandes questions sociales. On est saisi d’effroi par la Loi Vallaud-Belkacem sur l’école : un méli-mélo éducatif qui, chaque semaine, au gré d’improvisations faites d’imprévus, fissure un peu plus l’édifice scolaire. De cet état de fait, si la République n’y prend garde, l’édifice scolaire déjà ébréché pourrait s’écrouler.

Ainsi, après avoir prodigieusement « oublié » Jaurès et occulté le socialisme, après avoir divisé les familles avec le « mariage pour tous », ce gouvernement veut à présent éteindre Les Lumières !

Seul le capitalisme financier trouve pleine grâce aux yeux de ce gouvernement-là.

On l’aura compris, lorsque Manuel Valls affirme vouloir « intégrer » dans les écoles « l’art de l’improvisation que porte Jamel Debbouze», en fait, il ne fait qu’ériger sa méthode de gouvernement en enseignement scolaire. Manuel Valls voudrait que Jamel Debbouze soit à l’école publique ce que lui-même est à la politique gouvernementale. Ou alors inversement, il entend être à la politique gouvernementale ce que Jamel Debbouze est au sketch et au théâtre de rue. Pour peu donc, l’actuel gouvernement sera un « Valls Tragedy Club ».

Et c’est ce qui toujours advient, lorsqu’on abandonne les idées et que les opinions deviennent la matière des projets publics : de l’improvisation, encore de l’imprévu, toujours à l’improviste.

Épinay : du désastre à l’espoir

Par , le 

lundi 

30 mars 2015 à 15:14

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Le conseil départemental de Seine-Saint-Denis reste à gauche, par un sauvetage in extremis et au milieu d’une déroute nationale. Des cantons emblématiques sont passés à droite : la Corrèze, fief du Président de la République, l’Essonne citadelle du Premier ministre, le Nord bastion de Martine Aubry, l’Allier traditionnellement communiste.

Le parti socialiste local ne peut gagner seul

Dans le canton de Saint-Ouen, Karim Bouamrane et Dina Diffairi ont été battus par le maire d’Épinay qui, une nouvelle fois, a bénéficié des reports massifs de l’ensemble de la droite et de l’extrême-droite. Le retard de 1 400 voix constaté au premier tour aurait pu être beaucoup moins important, s’il y avait eu une franche concertation entre toutes les composantes de la gauche spinassienne. C’est que certains acteurs locaux de la gauche, en dépit des échecs répétés des dernières années, ont pris la mauvaise habitude de décider seuls, et d’ignorer leurs alliés naturels. Ce n’est pas seulement une erreur d’appréciation des rapports de force entre les composantes de gauche dont aucune n’a aujourd’hui seule de majorité, mais ce fut aussi et surtout une lourde faute politique et une grave méprise stratégique.

Le retard de 1 400 voix du premier tour en est la conséquence. Au reste, Karim Bouamrane s’en est vite aperçu et, mi-février, a dû venir nouer contact avec les autres composantes pour tenter de rectifier le tir et de donner un axe nouveau à sa campagne. Il n’a cependant pu rattraper le trop important retard et la défaite redoutée s’est matérialisée, à seulement 550 voix de distance. Les erreurs du début de campagne ont couté cher. En effet, le candidat unique de la droite (UMP – UDI – MODEM) et de l’extrême-droite (Front National) aurait pu être facilement battu.

La section locale du parti socialiste est coupée des quartiers populaires

Une nouvelle fois, jusque dans les bureaux de vote d’Orgemont, quartier populaire et soumis à un clientélisme politique hors du commun, la droite a rassemblé une majorité de suffrages. C’est ainsi que, majoritaire à Saint-Ouen et à L’Île-Saint-Denis avec plus de 1 000 voix d’avance, le tandem soutenu par la gauche se trouve battu sur l’ensemble du canton en raison du déséquilibre constaté sur la fraction spinassienne. En effet, pas un seul bureau à Épinay n’a échappé à la domination de la droite. Et ce déséquilibre aurait pu également coûter cher dans le canton n° 9, sans la force du vote de gauche à Pierrefitte et à Villetaneuse.

Un très net avertissement pour les futures élections

Ce constat est désolant, mais c’est aussi, pour l’avenir, un avertissement et une indication sur le travail à accomplir. Un avertissement en ce que, à Épinay comme ailleurs, la démobilisation de l’électorat de gauche lorsque la droite maximise son score aboutit à faire gagner celle-ci dans des situations où personne n’aurait pu l’imaginer il y a encore peu. Alors que l’intégration d’Orgemont dans le canton 18 devait permettre à la gauche de s’assurer une victoire certaine, ce redécoupage a finalement joué en faveur de la droite, par l’alliance formée entre les deux maires de droite de Saint-Ouen et d’Épinay au soir du premier tour. Légitimement, les inquiétudes vérifiées à la fois lors des municipales de 2014 et lors de ce scrutin départemental peuvent désormais être formulées à propos des prochaines échéances, en particulier pour les élections législatives de 2017 sur la première circonscription (Épinay/Saint-Denis-Sud/Saint-Ouen).
À cet avertissement correspond une indication, une injonction qu’il importe de suivre aujourd’hui plus encore que l’année passée, au niveau local. La droite gagne du terrain grâce à plusieurs facteurs, mais surtout deux raisons majeures. La première, on le sait, est le contexte national défavorable, conséquence d’un travail gouvernemental qui joue contre les intérêts des Français en même temps que contre le potentiel électoral de la gauche locale. Malgré les résultats électoraux, ce gouvernement est décidé à poursuivre une politique dont il croit encore qu’elle ne serait pas aimée parce que ses résultats tarderaient à se faire sentir, et non parce qu’elle est simplement mauvaise, inadaptée à la situation de crise que nous connaissons et issue d’une erreur de diagnostic sur les raisons de cette crise. Cela ne changera donc pas : cette gauche dévoyée de sa vocation poursuivra une politique d’inspiration thatchérienne, quitte à s’enferrer dans l’échec économique, social, et par suite électoral.

Mais ce n’est pas tout. Même en faisant abstraction d’un gouvernement qui, d’évidence, fera tôt ou tard long feu, la gauche a trop longtemps cru que les votes populaires lui étaient acquis. Il est temps pour elle de réaliser qu’ils ont été majoritairement perdus, au profit de la droite ou de l’extrême-droite et, surtout, de l’abstention. C’est particulièrement le cas en Seine-Saint-Denis, et plus encore dans la commune d’Épinay et ses zones les plus marquées par la crise et la paupérisation. Il est temps aujourd’hui de partir à la reconquête de ces électeurs par un véritable travail de terrain, par une restructuration des équipes locales, par l’établissement d’un nouveau dialogue avec les citoyens, par la formation d’une nouvelle génération de militants. Il en va de l’avenir de la gauche dans le 93, pour que les prochaines élections municipales, départementales et législatives ne soient pas des désillusions plus cruelles encore que celles vécues ces derniers mois. Et il en va, aussi, de l’avenir de la gauche dans notre pays. C’est des quartiers populaires, de l’électorat certes le plus déçu aujourd’hui mais néanmoins le plus concerné par l’urgence sociale dans notre pays, que doit venir un renouveau.

Vers le renouveau de la gauche à Épinay

« Pour une ville juste envers tous » reprendra ses activités dès le retour de Pierre Tavares du Moyen Orient, en vue des échéances électorales régionales et législatives notamment. Mais dès aujourd’hui, notre organisation propose à l’ensemble des forces de gauche concernées par les échéances actuelles et à venir, à Épinay-sur-Seine et dans les villes voisines, d’entamer un dialogue constructif et respectueuse des identités de chaque composante, en vue de se rassembler pour aborder d’une façon coordonnée et organisée le travail programmatique et militant pour les années futures. Au-delà des différends passés, des désaccords ponctuels, les formations de la gauche locale doivent aller au-devant du devoir moral qu’elle porte, du fait même de leur engagement. Aucun espoir en faveur des forces du progrès et de l’égalité, ici comme dans toute la France, ne sera permis sans nos efforts et notre travail. Et c’est à nous tous, militants de gauche, ancrés dans les territoires populaires du nord parisien, qu’il revient d’assumer cette responsabilité, devant deux siècles et demi d’histoire de la gauche française.

M. Valls et la « peur » du FN: entre citoyenneté désespérée et euthanasie républicaine

mardi 

10 mars 2015 à 08:03

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Vous ne savez pas ce que penser veut dire. Et, manifestement, vous ne souhaitez pas l’apprendre. C’est votre droit. Nul n’y est obligé. Mais, de grâce, tenez votre éducation. Est-ce bien trop, que de vous le demander ? Au moins cela. Dussè-je le répéter, vous n’avez jamais su ce qu’est un ton juste. Or, qui peut gouverner, s’il ne sait ce qu’est et comment parler ? La parole est un chemin. Ce n’est pas moi qui le dit, mais un grand penseur. La parole, ajouterai-je, n’est pas une pente abrupte. Instruisez-vous de François Mitterrand. Encore que, pour bien parler à ses concitoyens, il faut connaître l’histoire de France. Apprenez cela de François Mitterrand.

Vous ne savez pas « paroler » et vous vous déconstruisez tout seul. La semaine dernière, c’était sur l’Apartheid. Ce fut une véritable provocation, un rapprochement approximatif, une distorsion de l’histoire de France et de celle de l’Afrique du Sud. La semaine qui précédait cette lubie, vous donniez dans « l’esprit du 11 janvier » dont vous ne semblez pas avoir compris la signification historique. Vous en avez voulu faire un slogan. Vous eûtes une baudruche, qui vite dégonfla. Avant, c’était la Loi Macron, un tissu de non-sens et un drap d’équivoques, qui a failli emporter votre gouvernement. Tout ça pour ça ? Cette semaine, nouvelle illumination, c’est la grande « peur » du Front National qui n’effraie plus les citoyens et ceux-ci ne supportent plus le chantage au danger imminent. Il est une vérité médicale qui vaut en politique : trop d’antibiotiques ne prémunissent plus contre les pathologies.

Mais enfin, où menez-vous la France, avec ce rythme débridé d’une série de discours qui ont ni lien chronologique ni rapport logique entre eux ? De grâce, monsieur le Premier Ministre, faites donc une pause, après les élections départementales. Si l’on ne vous entend pas trois semaines durant, vous n’en resterez pas moins le premier des ministres.

Vous ne savez pas parler. Sachez donc prêter l’oreille. Toute sagesse commence par cette disposition d’esprit. Écoutez donc les Français. Car lorsqu’un peuple est disposé à risquer le pire, en l’occurrence le Front National selon vous, voyez-vous, ce n’est pas le peuple qu’il faut remettre en cause ou alarmer, mais ce sont les politiques publiques qu’il convient de changer.
Vous clamez, à grands renforts de batteries et d’oukases, qu’il y a un « endormissement généralisé » des Français, face au danger du Front National, dans votre discours de Boisseuil le 5 mars 2015, en Haute Vienne. Mais jamais un peuple ne dort. C’est vous qui dormez mais d’un sommeil agité et ne souhaitez pas vous réveiller. Au reste, vous manquez la cible, parce que vous ne visez pas la bonne. La vraie cible, maintenant, devrait être le Rassemblement Bleu Marine et non plus le Front National.

Au désespoir grandissant des Français épuisés fiscalement ces trois dernières années après l’espoir de 2012, vous affichez la  « peur » de voir tous leurs avantages disparaître. En effet, avez-vous jamais vu un cadavre craindre des coups de lames ?
Vous affirmez même que la France va se « fracasser ». Que vous sert-il de crier au feu, quand tous les jours vous alimentez d’huile l’incendie qui avance depuis deux décennies ? Le pire est que vos alertes n’affligent aucun citoyen. Vos alarmes successives ont perdu de leurs effets, si jamais elles en ont eus.

Au reste, crier au feu à la veille d’une élection ne fait qu’encourager tous ceux qui, déçus par l’amalgame éhonté entre la droite et le Parti socialiste, hésitent encore à voter Bleu Marine. Est-ce de votre part un calcul ? Si oui, vous avancez tête baissée vers un mur d’erreurs contre lequel vous allez vous fracasser. Pas la France. Si non, alors ravisez-vous. Car l’alarme est contre-productive et inutile.

La mise en garde de Montesquieu vaut encore : « Lorsque la vertu [l’égalité] cesse, la République est une dépouille ».
Vous proclamez, depuis peu, comme la fin imminente de la République. Mais, tous les jours, les citoyens sont les témoins directs, auditifs et oculaires, de sa mort lente. Et ils ne sont pas les premiers responsables de cette décomposition républicaine. Car c’est la classe politique classique qui, à petit feu, tue la République. Alors que voulez-vous que fissent les citoyens, sinon pratiquer l’euthanasie républicaine ? C’est un paradoxe et une vérité. « La contradiction, dit Hegel, est la règle du vrai ».

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits