Gilbert Bonnemaison s’exprime au journal télévisé (1992)

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jeudi 

12 décembre 2013 à 16:06

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Lors du journal télévisé du 3 mars 1992, sur Antenne 2, le maire d’Épinay-sur-Seine, Gilbert Bonnemaison, réagit à la mort d’un adolescent de la ville, Kamel, poignardé alors qu’il s’interposait dans une bagarre. L’occasion d’entendre Gilbert Bonnemaison défendre une nouvelle fois sa conception de la politique de sécurité, et le caractère crucial et incontournable des moyens attribués à la prévention : « En 86, alors que je demandais des moyens pour la prévention de la délinquance juvénile, je n’ai pas été entendu. Je me souviens encore de certains ricanements. Aujourd’hui, on le paye avec des drames comme celui-ci. S’il y a échec, ce n’est pas celui de la prévention. En 10 ans, 400 millions ont été consacrés à la prévention contre 12 milliards à la répression. »

Force est de constater, plus de 20 ans plus tard, que les mêmes erreurs ont été commises, et que les mêmes lacunes se sont aggravées et perdurent à Épinay.

L’héritage de Gilbert Bonnemaison : prévention, répression, solidarité

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jeudi 

12 décembre 2013 à 07:15

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Contre la volonté de la famille, et dans une visée électoraliste à l’approche des municipales, le maire actuel a décidé de dédier une petite rue à celui qui pendant 28 ans a présidé aux destinées de notre ville : Gilbert Bonnemaison. Pourtant, pendant des années, lorsque le maire actuel était dans l’opposition, il fit campagne parfois violemment contre Gilbert Bonnemaison, notamment sur le thème de l’insécurité.

Pourtant, au regard de la hausse continue et accélérée de l’insécurité sous le mandat du maire actuel, on ne peut que conclure à son incapacité à passer des discours aux actes. En matière de sécurité, les choix de ce maire de droite ont tous échoué : désorganisation de la police municipale, réorientation des moyens humains vers la verbalisation des automobilistes, et choix du tout-caméras, avec un matériel coûteux aux deux-tiers en panne et donc sans aucune efficacité.

En la matière, le maire sortant souffre d’un déficit d’ordre conceptuel et intellectuel. Lui qui a passé son temps à en appeler à moins de prévention et plus de répression, et à opposer ces deux concepts, se trouve dans une impasse. Car « prévention » et « répression » ne sont en fait en rien contraires. Si l’on cherche à « prévention » un antonyme, on tomberait sur « contagion » ou « sympathie ». Dès lors,  s’opposer à la prévention de la délinquance c’est en favoriser la « contagion ». Ne pas prévenir le crime, c’est l’autoriser, l’encourager.

C’est pourquoi le rapport de la commission des maires rendu en décembre 1982 par son président Gilbert Bonnemaison, figure majeure de la pensée de gauche et de la lutte pour un cadre de vie sûr et apaisé, avait associé prévention et répression comme deux priorités d’une même lutte contre l’insécurité. La répression, mission prioritairement dévolue à la justice et à la police, est un élément incontournable de toute politique de sécurité. Cependant, si on la prend isolément, elle souffre d’un manque crucial : elle suit les faits et, dans le cas d’une multiplication de ceux-ci, elle ne peut vraisemblablement pas les contrôler.

Or, la prévention ne contredit pas mais complète et facilite la répression en empêchant une hausse incontrôlée de la violence, comme en connaît aujourd’hui Épinay-sur-Seine. Gilbert Bonnemaison et la commission des maires avaient ciblé cette mission comme priorité pour les municipalités, mieux à même de régler les problèmes locaux, et d’investir dans les moyens humains et les infrastructures pour apaiser l’environnement urbain et protéger les habitants. Notons au passage que Gilbert Bonnemaison n’était pas du tout opposé à la présence de caméras de surveillance, dont il réclamait alors la généralisation dans les transports franciliens.

À ces deux volets, la commission Bonnemaison avait d’ailleurs ajouté un troisième. « Prévention, répression, solidarité » réclamait en titre le rapport de 1982. Améliorer le cadre de vie, rendre la ville moins anxiogène, lutter contre la misère, favoriser la réussite scolaire pour tous sont des ambitions essentielles en elles-mêmes, mais aussi parce que lutter contre l’échec des jeunes, donner l’espoir et les moyens de l’insertion sociale et de la réussite de chacun, c’est contribuer à éloigner la jeunesse des réseaux de délinquance, qui prospèrent sur l’exclusion et le désœuvrement.

Le rapport Bonnemaison avait entraîné la création des conseils de prévention de la délinquance à l’échelle nationale, départementale et communale, dispositifs depuis démolis par la droite sarkozyste dont le maire actuel se veut le chantre spinassien. En défaisant l’héritage de Gilbert Bonnemaison, la droite a favorisé la délinquance. Il serait temps qu’une politique municipale de sécurité s’appuie enfin sur le triptyque « prévention, répression, solidarité » pour rétablir la tranquillité urbaine et améliorer le quotidien des Spinassiens.

Inauguration et duperie : la « ruelle » Gilbert Bonnemaison

vendredi 

6 décembre 2013 à 07:50

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Gilbert Bonnemaison (D.R)

Si, à propos de l’inauguration de la « ruelle » Gilbert Bonnemaison, Marivaux pouvait écrire, il eût pu s’écrier : « ah, la belle duperie ! » organisée par le roi des étangs. Ce dernier habite aux abords du lac d’Enghien-les-Bains et, depuis quelques mois, s’est piqué d’organiser une duperie non loin de la Seine, en « République aquatique » ou, si l’on veut, à Épinay.

Faisons l’archéologie rapide de cette duperie.

Tout d’abord, l’intention d’attribuer le nom de Gilbert Bonnemaison à une « ruelle », que le maire actuel avait jadis tant fustigé et dénoncé l’action.

Ensuite, le choix. En effet, de manière générale, l’attribution d’un nom à des infrastructures publiques ou privées vise à honorer la vie et l’œuvre d’un homme ou d’une femme. Or, en quoi cette « ruelle » bordée par un Wok (restaurant asiatique), un parking et des entrées d’habitations évoque-t-elle ou rappelle-t-elle la vie, l’engagement et l’œuvre de Gilbert Bonnemaison ? Ce choix n’a pas de sens et est de nulle signification. Il s’apparente plutôt à une véritable provocation, puisqu’il y a comme la volonté de vexer la mémoire de Gilbert Bonnemaison, quand on se rappelle que le maire actuel a préféré attribuer le nom de Marlène Jobert à la nouvelle école maternelle. Marlène Jobert, une actrice, dont la biographie (hors cinéma) n’offre que bien peu d’intérêt pour Épinay. On voit ici éclater tout l’arbitraire et la moquerie que révèle cette inauguration du 7 décembre 2013.

Ainsi, au plan local, après avoir systématiquement démantelé l’œuvre de Gilbert Bonnemaison, le maire sortant entend à présent l’honorer. Quelle hypocrisie, quand on sait que, dans le même temps, il vient de reprendre les locaux de l’association « Épinay-sur-Seine Hier et Aujourd’hui » présidée par la veuve de Gilbert Bonnemaison. Il étouffe la veuve et salue la mémoire de l’époux.

Au reste, la famille de Gilbert Bonnemaison ne s’y est pas trompée. Laissons retentir ce qu’écrit Mme Claudine Bonnemaison le 18 novembre 2013 :

« Gilbert, note-t-elle, avait créé trois organismes qui fonctionnent encore parfaitement, auxquels la ville d’Épinay et bien d’autres avaient adhéré. Il s’agit du Forum Français pour la sécurité urbaine, du Forum Européen pour la sécurité urbaine et du CIPC (Centre international de prévention de la criminalité) basé à Montréal (Québec). Une des premières actions de votre édile [le maire actuel d’Épinay-sur-Seine] fut… de se désengager du Forum Français (lequel regroupe des villes de droite comme de gauche). Le problème c’est qu’en cette pré-campagne municipale, le petit aimerait bien se cacher derrière le grand… ».

La duperie : Hervé Chevreau voudrait « se cacher derrière » Gilbert Bonnemaison ? Mais, pour cela, une « ruelle » ne suffit pas. Mieux encore, face à son échec patent, Hervé Chevreau serait bien inspiré non seulement de reconnaitre qu’il s’est totalement fourvoyé dans sa prétendue lutte contre la délinquance, mais aussi que Gilbert Bonnemaison a fourni les clefs de toute lutte contre l’insécurité. Mais Hervé Chevreau le pourra-t-il ? Certainement pas. Car, nul ne peut rien contre ce qui est au-dessus de ses forces.

Au fond, Gilbert Bonnemaison mérite bien mieux qu’une « ruelle ». C’est toute son œuvre que nous devrons saluer, après le 23 mars 2014. Et comment !

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits