Poème : São Vicente de Cabo Verde

lundi 

25 juin 2018 à 15:10

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D.R 

Je partage avec vous mon dernier poème intitulé São Vicente de Cabo Verde.

Vous pouvez aussi le consulter en cliquant sur ce lien.

 

Pour l’anniversaire de Philomène

lundi 

30 mai 2016 à 13:12

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Olphy,

Tu es mon matin de Carnaval
Comme je suis ton Chariot de feu

Ô ma bacchante
Et moi ton corybante

L’amour s’épuise à se renouveller entre nous et nos extases saluent le Ciel.

Ce qui dans la fuite du matin demeure
Cela est le secret du Soir, feuille verte.

Arbre et Temps

samedi 

13 juin 2015 à 09:25

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Poïétique du Souvenir et itinéraire

À Pustine, toujours !
J’irai à Beauregard admirer cet été,
L’arbre qui aveugle de tristesse,
Avant qu’il ne promette aux ailes du vent
Son éphémère de feuilles mortes
Et ne tende sur le sol mûrit au soleil
Son annuel linceul de soie jaune et pourpre.

Invoquant Abéona, d’un pas serein
Je traverserai le vert domanial de Saint-germain
Où filent paisiblement de poétiques chemins
Qui plongent le passant dans l’extase des Œuvres.

Ô Virgile, heureux Octavien,
Des Bucoliques, je n’oublie rien.
J’entends encore l’écho du Philomèle d’Andes
À ma joie profonde,
Et l’oiseau au chant d’horloge
Qui engloutit les espérances
Comme dans les arbres les Juifs humiliés
Et je me rappelle, ma peau estampée.
Ô Rilke, l’Être n’a que les douleurs qu’il peut !

Dans ma marche oculaire
Lieux de mémoire solaire
Mes yeux se souviennent bien
De l’arbre-veilleur, l’amandier de Jérémie,
Mais aussi du frêne inclinant sa fière chevelure
Au-dessus du jeune caroubier
Comme font alliance intense du Regard
Et des branches ceux qui s’aiment.
Tel Zarathoustra, je repense au généreux amour d’un cep de vigne
Étreignant, de toutes parts, un vieil arbre tordu et noueux.
Ce qui frappe toutefois c’est bien cela :
Dans un chêne ancien
Consolant un saule pleureur
Murmure encore Jupiter.

Là-bas, lorsque incline le regard
Une foule de platanes offre un couvert,
En rappel des amants de Gortyne.

Et le bois, consacré, étire sa verte paix
Qui orne la Terre,
Alors qu’un enivrant bouquet monte mêlé de terre.
Mais où donc se tiennent les antiques présences
Écho, Féronia, Pan et Bromius le frémissant ?
Leur silence agite l’athéisme des bois.

Plus loin, là où s’échouent ma grande armée d’arbres,
Là où, lourd d’un mûrissant albédo,
Et tel un lieu élu du dieu des Asiles,
Mais semblable à la paupière qui cueille le jour,
Une clairière, fermement, convoque le firmament
Dans un trait dense de lumière.

Et en suspend, mais lancé de haut,
Éclatant, signe céleste aux hommes,
Ô Ether joyeux !
Un sourire de couleurs,
Demi-cercle de gloire, courbe tracée par le regard du Très-Haut,
Ou son baiser d’arc au sol. L’écharpe d’Iris.

Mais également, le souvenir ailé d’un héros
À l’ombre remuante d’un figuier, le Ruminal.
Ô Romulus !
Me donnant force et pensée,
De leur saveur divine et généreuse,
Les fruits mûrs s’abandonnent à ma bouche
Si grande ouverte aux sueurs fines du ciel.
Et m’abreuvant, je médite :
Pourquoi jouent aux noix les écureuils furtifs ?
Quand bouleaux songeurs, hêtres pensifs et
Érables dormeurs s’enlacent et avancent
À l’appel de mes pas champêtres
Et que tous, me prêtant leur ombre, s’ordonnent en Forêt et Être.
Tous, riches de pudeur, se souviennent du récit de Yotam
Et aucun d’eux ne daigne régner sur les autres.

Mais quel est donc cet essor dense et sombre ?
Il m’est doux de savourer la promesse de miel,
Qu’un vol d’abeilles donne en guise de réponse.

Mais, par-delà la lisière,
Ô Euïos Lyéus Bacchus,
Sont mes prunus.
Leurs boucles aux teintes d’un vin suranné
À hauteur de front,
En un signe de bénédiction
M’accueillent en hôte.

Rien n’égale, pourtant, l’amour des Proches,
La fraternité triomphante des Dioscures,
Telle celle de Jean-Baptiste, Pustine et Pierre.

Derrière, élégants et majestueux,
Voyez donc leur noble salut !
Surgissent en file indienne
Les peupliers d’Italie
Ces préférés d’Hercule.
Ils accompagnent la route nonchalante
Où à grand pas s’enfuit le Destin,
Ce Fils aîné du Temps,
À la récade ultime tant redoutée.
Et sous sa course, que devienne
Les jours révolus ?

Ô Nature ! mon amie (ma mie)
Robe, couronne de fleurs et pampres.
Loin de ton ombre,
N’ai-je pas grandi
Pour y mieux reposer ?
Mais aussi mère des Parques
Appelle et fais venir le Temps.
Aux êtres et aux choses
Il doit ravir leur stance.
À tous, le Temps est fidèle !

La conscience,
Fille unique de l’Horizon,
Et qui mûrit telles les faveurs de la vigne
Au Destin est l’égal.
C’est pourquoi nous marchons
Et décidons de vivre en commun.
Car l’Épreuve nous fait Homme
Puis nous rend humain.
Aussi avons-nous les dieux
Que nous nous créons.
Même tard, cependant,
Peut encore exister l’Unique.

Le labour nous a fait don des dieux.
Mais où vont-ils
Quand d’abord parmi nous
Ils dé-existent ensuite ?
En vue, prenant cette faiblesse
Médite notre force.
Toutefois, plan des Moires,
Leur allié le plus sûr
L’Âge, l’allée vers la Mort,
Où aux portes ils s’impatientent.

Alors, poursuivant ma promenade solitaire
Je longerai le haut mur de vieilles pierres
Qui isole l’enclos des Absences étendues,
Et que domine un large deuil de hautes croix,
Parmi d’imposantes masses d’ifs architecturées
Là où, en face, du libre et du renaître
Poussent sauvagement des coquelicots
Dont la tisane détend et favorise le sommeil.
Je le longerai, oui, jusqu’au sommet où la pente se courbe
Vers l’Arbre qui depuis toujours m’attend.

Ô Tilleul de tristesse !
Ma tilia cordata, autrefois onctueux
Mais aujourd’hui, pareille à Cyparisse.
Comme un don du bien virginal de mon âme,
Au lourd nadir de ta peine,
Je t’apporterai le zénith de ma joie profonde,
Avant que ne s’épanche, lourde de pourpre,
Les flots de ta sève automnale.

Alors, criant grâce à Adéona,
Tes compagnons de Saint-germain poussant des cris de joie,
En une formidable clameur d’applaudissements,
Te ramèneront au lieu de leur séjour
Au sein de cette belle Société d’arbres.
Car, c’est dans la Nature seule
Que le Temps ressuscite.

 

Commentaires
Pour Emmanuel Kant, l’Espace et le Temps sont les deux conditions a priori de toute expérience. Rien de ce que font les hommes ne se déroule en dehors. Cependant, si nous daignons accorder au mot « expérience » le retentissement de sa signification originelle, il désigne alors le chemin d’un parcours où le marcheur laisse venir à lui ce qui se découvre. Sans brusquerie. Sans dévastation. Arbre et Temps, poème extrait du recueil Le Livre des Sodades, ne dit pas autre chose. Dès lors, autre chose se manifeste et que le Regard, ce re-gard, garde. C’est le Souvenir qui accorde tout Regard. Ainsi, par et dans la marche, dont Hölderlin a poétisé la puissance ontologique, tout chemin n’est possible que par le Souvenir. Le Souvenir est le pays natal.
Beauregard est un quartier de Poissy, une ville du département français des Yvelines (78). Là-bas, il y a quelques années déjà, il m’avait été donné d’exercer et d’étudier un quartier sensible.
L’Arbre, qui est réel, symbolise ici la société française malade de sa Ban-Lieue. Mais, bien plus encore, la maladie qui a affecté l’Arbre est une pathologie du Temps lui-même. Le Temps, notre grande affaire comme disait Ravaisson.
Le Temps, ce n’est pas la temporalité. Le temps, c’est le passage de l’espace au mouvement, pour reprendre le mot de Hegel qui déjà annonce la relativité restreinte. Saint Augustin a médité le début du Temps. Max Planck en a calculé mathématiquement le surgissement électromagnétique (Quanta).
Ici, nous restituons à l’Arbre sa relation au Temps, en souvenir de Pustine, le petit frère trop tôt parti. Tout, dans ce monde, n’est que revoir. Ainsi, Diderot le matérialiste pense-t-il que les atomes de ceux qui s’aiment se retrouvent après la mort, parce qu’ils s’attirent encore.
La vaillance du Souvenir devrait consister à repenser l’écologie, non pas comme un moyen d’accroître l’emprise de l’homme sur la Terre mais plutôt comme la libération de celle-ci. La poésie possède et offre l’avantage d’une anticipation.
L’itinéraire sur lequel se construit le poème Arbre et Temps débute à Épinay-sur-Seine et s’enracine à Poissy.

La Sodade a élu une patrie

lundi 

18 mai 2015 à 08:15

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À Marie-Françoise, ma petite sœur

Pareil au lent voilier du ciel, l’albatros à la large envergure,
Recherchant après maintes courses dans l’impassible Éther
La paix ventée des récifs ou l’ondulante joie des mers poissonneuses,
C’est léger et glissant sur les airs du violon et du cavaquigno
Que le Souvenir inclina son vol vers les Îles Doyennes
Pour y prendre patrie, à la fois sol, image et langage.

Là-bas, une couronne de souvenirs ceint les ruines volcaniques de l’Atlantide.
Et de cet infini plan azuré monte l’ode à l’éternel
Mouvement de lourds rouleaux de bonheur épicés de sanglots
Que la Sodade sème et moissonne aux flancs des cieux.
En une patrie. L’amour de loin et sa douleur y rassemblent
Dieux, héros et hommes.

Car, c’est organisé en nation que tout spicilège d’âmes
Élit une ultime patrie, pour s’établir. Ainsi croît la Sodade en un peuple
Et son habitation est une constellation marine.
Le chemin de loin, morsure de l’Absence
Qui apporte le lointain et soustrait le proche,
S’achève dans l’amnistie du retour dans l’Archipel des Hespérides.

Commentaires
Pour ceux qui, comme moi, aiment à méditer les poèmes sur un fond musical, il est loisible de lire et relire « La Sodade a élu une patrie », en écoutant une Morna célèbre, « Nho Donote », dont les paroles ont été (momentanément) perdues (oubliées) et leur reconstitution, pour lors, difficile.
En Cabo Verde, il est de pratique courante que le prénom d’une personne ou son sobriquet lui serve de surnom et prime son patronyme civil (prénom et nom) dans les relations sociales. Par exemple, mon père, Amarante Gonçalo Tavares, eut pour surnom « Nho Touti ». Il était le benjamin de sa fratrie, le « Kôdè » (en créole), d’où « Touti » extrait du wolof mais dont l’origine semble tenir de la contraction du français « tout petit ».
« Nho Donote », le titre de la chanson qui accompagne ici le poème, est le surnom d’une personne.
En créole caboverdien, le « Nho », mot masculin, dérive du portugais Senhor et se traduit par « Monsieur », qui souligne et renforce la respectabilité d’un homme. Mais, sous ce rapport, le vieux mot français, « Sieur », paraît plus exacte.
« Donote », lui, est tiré du prénom portugais « Donato » (selon Fatima Lima de Veiga). En français, il correspond à « Donat » ou « Donatien » qui sont deux variantes de « Deodatus » (don de Dieu), selon Jean-Louis Beaucarnot . Ainsi, « Donote » signifie « Donné », au sens de Dieudonné. Par conséquent, « Nho Donote » se rend en français par le Sieur Dieudonné. En tous les cas, dans l’attente de la redécouverte des paroles, il est fort probable que le titre « Nho Donote » relate l’expérience douloureuse vécue par ce personnage.
« Nho Donote » est l’une des merveilles du répertoire musical caboverdien, dans laquelle la guitare de Humbertona répond au piano de Chico Serra, dans un approfondissement inégalé de la Morna. Il est des interprétations instrumentales qui « augmentent » la Sodade et lèvent les sentiments, comme le levain « travaille » le pain. Ainsi, laisser cuire nos cœurs, à l’écoute de cette rivalité complémentaire de deux grands musiciens. Seul le silence de nos oreilles laisse apprécier l’interprétation.
Merci infiniment à Chico Serra et Humbertona qui rendent éternelle la Sodade. Telle est la puissance de la Morna qui, sur terre, rend meilleur hommes et femmes qui daignent la méditer.
Il n’est pas exact et moins encore vrai d’affirmer que la Sodade caboverdienne est postérieure à la Saudade portugaise qui lui aurait fourni ses matériaux (thèmes et notes musicales), comme le répète Jean-Yves Loude, spécialiste de Cabo Verde : « à la source de l’inspiration, coule la douleur de la séparation. Le Portugais l’a amenée avec armes et bagages d’Algarve ou d’Alentejo. L’Africain la traînait avec ses chaînes. Saudade, la mélancolie portugaise, s’est créolisée sous l’effet du jumelage des peines » . Cette thèse est une opinion établie, dominante même. Cependant, aussi répandue soit-elle, elle n’en demeure pas moins erronée.
Car, dussions-nous le répéter, la structure primordiale de la Sodade, qui est essentiellement psychologique, puisque le Souvenir y agence « la douleur de la douleur », cette charpente-là est antérieure à la Saudade portugaise, comme le laisse supposer les lectures attentives d’Homère, Apollonius de Rhodes et Camões. Et c’est ce dernier qui, dans Les Lusiades, lève un coin du voile à la strophe 8 de son chant V. Il eût suffit de lire ces auteurs, pour s’en apercevoir. Certes le mot Sodade est dérivé du portugais Saudade. Toutefois, la structure (Souvenir et Douleur) qu’elle exprime est bien antérieure à l’arrivée des Portugais sur l’archipel atlantique. Le Livre des Sodades, duquel est extrait le poème La Sodade a élu une patrie, s’efforce de mettre au jour cette vérité en posant ce nouveau paradigme anthropologique et historique, depuis les auteurs grecs cités, auxquels doivent s’ajouter Platon, Saint Augustin et Hölderlin, les trois grands penseurs du Souvenir.
Sans aller plus avant, qu’il nous suffise ici de faire remarquer que les auteurs (Eugénio Tavares, etc.) et les compositeurs (B. Leza, etc.) qui ont fixé les bases thématiques et musicales de la Morna ainsi que les poètes Hespéritains (Pedro Cardoso, José Lopes, etc.) qui ont posés les bases poétiques et littéraires de la Sodade ont-ils toujours confondu (amalgamé) Souvenir (en tant que fonction), « souvenir des sentiments » (états affectifs : tristesse, joie, Amour, tourment, etc.) et la Douleur. C’est sur cet assemblage que, jusqu’ici, la Sodade a été comprise et chantée. Et cela explique ou met en clarté le fait que la Sodade ait été réduite à la mélancolie portugaise, à la nostalgie. Or, en son fond propre, Sodade est Souvenir. Sodade est essentiellement activité du Souvenir. Elle est cette activité même.
Ainsi, « Le chemin de loin », ce caminho longe qu’Abilio Duarte a su si admirablement condenser dans son célèbre texte Caminho de São Tomé et que Bana a chanté de manière inégalée, tout comme « l’Amour de loin », vieux thème des immortels troubadours (Jaufré Rudel et Bernard de Ventadour), restitué dans « Longe di Bo Nha Cretcheu » si remarquablement interprété par Gardenia, ces deux chansons-là, disons-nous, confondent encore Souvenir, Douleur et « souvenirs des sentiments ». En arrière-fond historique et social était la Famine qui a tant ravagé le peuple caboverdien du 17ème au 20ème siècle et qui a laissé de profonds stigmates.
Si, aux plans de l’inspiration poétique et de la création musicale, on peut et on doit même laisser la Sodade dans cet état de confusion productrice, aux plans épistémologique et philosophique, il est temps de la concevoir comme Souvenir. C’est ce que dit le poème que vous êtes invité à lire.
Bibliographie des commentaires
Jean-Louis Beaucarnot, Les prénoms et leurs secrets, Éditions Denoël et France-Loisirs, Paris, 1990, p. 69.
Jean-Yves Loude, L’archipel des musiques, préface du livre de Vladimir Monteiro, Les musiques du Cap Vert, Chandeigne, Paris, 1998, p. 9.
Bana, « Caminho de São Tomé ».
Gardénia Benrós, « Longe di Bo Nha Cretcheu (Loin de Toi Ma Bien-Aimée) », album Silvestre Faria : Sua Vida, Sua Historia, Sua Obra, Compact Disk, Brazuca Publishings, (2014).

Que disent les mornas ?

dimanche 

12 avril 2015 à 13:25

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Poème à lire sur fond musical de « Rapsódia de Mornas » du guitariste capverdien Humbertona.

 

À Lucette, la sœur aînée

Que disent les Mornas,
Lorsque sur le bleu des sodades ondulées,
Comme pour épouser l’évanescente fiancée du Temps,
Vont solitaires les barques du Souvenir ?

Elles susurrent dans l’Ouvert souriant des sillons
Les mots longs et pénibles des pas lents de l’Absence
Que déchirent en silence les violons tristes de l’Étreinte,
Tandis que sur les grèves d’adieux se fouettent
Des au revoir de mouchoirs blancs
Ondulant d’éternels souvenirs.

Alors, pareilles aux lentes monodies des vents qui passent,
Les Mornas chantent le cruel Amour de Loin,
D’Oltramar, le Chemin de loin, destin qui sépare
Les Hespérides calcinées des ports du monde,
D’où les troubadours, aux ailes des Alizés fidèles,
Content et confient leurs promesses multiples de retour.

Et comme reviennent intactes les barques heureuses du souvenir,
Que ramènent les Mornas, quand, sur les vérandas de patience,
Les Mor-è-nas aux yeux surréellement épuisés
Scrutent leur Rivale au voile nuptial
De nuages tombant sur la ligne jamais déflorée ?

Les dames brunes voient, ô spectacle unique,
L’énigme poétique se résoudre dans la beauté,
Car le lointain s’est converti en proche
Dans la Sodade qui ramène les Mornas.

 

Sur le vocabulaire capverdien
En sa signification essentielle, Sodade est non pas nostalgie, « nostos-algos », retour-de-la-douleur, mais d’abord et essentiellement Souvenir. La Nostalgie, elle, est un des états affectifs de la Mémoire.
Et, contre toutes les affirmations admises jusqu’ici, la Sodade capverdienne précède historiquement la Saudade portugaise. L’inverse est une contre-vérité.
La Morna, en tant que Musique, c’est-à-dire comme « art-des-Muses », est la forme majeure d’expression poétique du Souvenir.
Les Morènas sont les jeunes filles au teint de bronze, parfois appelées « Moréninhas ».

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits