Épinay : du désastre à l’espoir

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lundi 

30 mars 2015 à 15:14

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Le conseil départemental de Seine-Saint-Denis reste à gauche, par un sauvetage in extremis et au milieu d’une déroute nationale. Des cantons emblématiques sont passés à droite : la Corrèze, fief du Président de la République, l’Essonne citadelle du Premier ministre, le Nord bastion de Martine Aubry, l’Allier traditionnellement communiste.

Le parti socialiste local ne peut gagner seul

Dans le canton de Saint-Ouen, Karim Bouamrane et Dina Diffairi ont été battus par le maire d’Épinay qui, une nouvelle fois, a bénéficié des reports massifs de l’ensemble de la droite et de l’extrême-droite. Le retard de 1 400 voix constaté au premier tour aurait pu être beaucoup moins important, s’il y avait eu une franche concertation entre toutes les composantes de la gauche spinassienne. C’est que certains acteurs locaux de la gauche, en dépit des échecs répétés des dernières années, ont pris la mauvaise habitude de décider seuls, et d’ignorer leurs alliés naturels. Ce n’est pas seulement une erreur d’appréciation des rapports de force entre les composantes de gauche dont aucune n’a aujourd’hui seule de majorité, mais ce fut aussi et surtout une lourde faute politique et une grave méprise stratégique.

Le retard de 1 400 voix du premier tour en est la conséquence. Au reste, Karim Bouamrane s’en est vite aperçu et, mi-février, a dû venir nouer contact avec les autres composantes pour tenter de rectifier le tir et de donner un axe nouveau à sa campagne. Il n’a cependant pu rattraper le trop important retard et la défaite redoutée s’est matérialisée, à seulement 550 voix de distance. Les erreurs du début de campagne ont couté cher. En effet, le candidat unique de la droite (UMP – UDI – MODEM) et de l’extrême-droite (Front National) aurait pu être facilement battu.

La section locale du parti socialiste est coupée des quartiers populaires

Une nouvelle fois, jusque dans les bureaux de vote d’Orgemont, quartier populaire et soumis à un clientélisme politique hors du commun, la droite a rassemblé une majorité de suffrages. C’est ainsi que, majoritaire à Saint-Ouen et à L’Île-Saint-Denis avec plus de 1 000 voix d’avance, le tandem soutenu par la gauche se trouve battu sur l’ensemble du canton en raison du déséquilibre constaté sur la fraction spinassienne. En effet, pas un seul bureau à Épinay n’a échappé à la domination de la droite. Et ce déséquilibre aurait pu également coûter cher dans le canton n° 9, sans la force du vote de gauche à Pierrefitte et à Villetaneuse.

Un très net avertissement pour les futures élections

Ce constat est désolant, mais c’est aussi, pour l’avenir, un avertissement et une indication sur le travail à accomplir. Un avertissement en ce que, à Épinay comme ailleurs, la démobilisation de l’électorat de gauche lorsque la droite maximise son score aboutit à faire gagner celle-ci dans des situations où personne n’aurait pu l’imaginer il y a encore peu. Alors que l’intégration d’Orgemont dans le canton 18 devait permettre à la gauche de s’assurer une victoire certaine, ce redécoupage a finalement joué en faveur de la droite, par l’alliance formée entre les deux maires de droite de Saint-Ouen et d’Épinay au soir du premier tour. Légitimement, les inquiétudes vérifiées à la fois lors des municipales de 2014 et lors de ce scrutin départemental peuvent désormais être formulées à propos des prochaines échéances, en particulier pour les élections législatives de 2017 sur la première circonscription (Épinay/Saint-Denis-Sud/Saint-Ouen).
À cet avertissement correspond une indication, une injonction qu’il importe de suivre aujourd’hui plus encore que l’année passée, au niveau local. La droite gagne du terrain grâce à plusieurs facteurs, mais surtout deux raisons majeures. La première, on le sait, est le contexte national défavorable, conséquence d’un travail gouvernemental qui joue contre les intérêts des Français en même temps que contre le potentiel électoral de la gauche locale. Malgré les résultats électoraux, ce gouvernement est décidé à poursuivre une politique dont il croit encore qu’elle ne serait pas aimée parce que ses résultats tarderaient à se faire sentir, et non parce qu’elle est simplement mauvaise, inadaptée à la situation de crise que nous connaissons et issue d’une erreur de diagnostic sur les raisons de cette crise. Cela ne changera donc pas : cette gauche dévoyée de sa vocation poursuivra une politique d’inspiration thatchérienne, quitte à s’enferrer dans l’échec économique, social, et par suite électoral.

Mais ce n’est pas tout. Même en faisant abstraction d’un gouvernement qui, d’évidence, fera tôt ou tard long feu, la gauche a trop longtemps cru que les votes populaires lui étaient acquis. Il est temps pour elle de réaliser qu’ils ont été majoritairement perdus, au profit de la droite ou de l’extrême-droite et, surtout, de l’abstention. C’est particulièrement le cas en Seine-Saint-Denis, et plus encore dans la commune d’Épinay et ses zones les plus marquées par la crise et la paupérisation. Il est temps aujourd’hui de partir à la reconquête de ces électeurs par un véritable travail de terrain, par une restructuration des équipes locales, par l’établissement d’un nouveau dialogue avec les citoyens, par la formation d’une nouvelle génération de militants. Il en va de l’avenir de la gauche dans le 93, pour que les prochaines élections municipales, départementales et législatives ne soient pas des désillusions plus cruelles encore que celles vécues ces derniers mois. Et il en va, aussi, de l’avenir de la gauche dans notre pays. C’est des quartiers populaires, de l’électorat certes le plus déçu aujourd’hui mais néanmoins le plus concerné par l’urgence sociale dans notre pays, que doit venir un renouveau.

Vers le renouveau de la gauche à Épinay

« Pour une ville juste envers tous » reprendra ses activités dès le retour de Pierre Tavares du Moyen Orient, en vue des échéances électorales régionales et législatives notamment. Mais dès aujourd’hui, notre organisation propose à l’ensemble des forces de gauche concernées par les échéances actuelles et à venir, à Épinay-sur-Seine et dans les villes voisines, d’entamer un dialogue constructif et respectueuse des identités de chaque composante, en vue de se rassembler pour aborder d’une façon coordonnée et organisée le travail programmatique et militant pour les années futures. Au-delà des différends passés, des désaccords ponctuels, les formations de la gauche locale doivent aller au-devant du devoir moral qu’elle porte, du fait même de leur engagement. Aucun espoir en faveur des forces du progrès et de l’égalité, ici comme dans toute la France, ne sera permis sans nos efforts et notre travail. Et c’est à nous tous, militants de gauche, ancrés dans les territoires populaires du nord parisien, qu’il revient d’assumer cette responsabilité, devant deux siècles et demi d’histoire de la gauche française.

Lecture et lutte contre l’illettrisme, une urgence pour Épinay

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mercredi 

19 mars 2014 à 12:35

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Contrairement à une opinion fortement répandue, le fait d’habiter dans les villes ne protège pas forcément de l’illettrisme. C’est d’ailleurs le cas particulièrement en Île-de-France : en 2011, 13 % des Franciliens âgés de 18 à 65 ans rencontrent des difficultés importantes dans les trois domaines fondamentaux de l’écrit : la lecture, l’écriture de mots et la compréhension d’un texte simple, selon l’Insee. C’est plus que la moyenne des autres régions métropolitaines (11 %) et cela signifie que plus d’un million de Franciliens sont en difficulté face à l’écrit.

Jusqu’à 11 000 Spinassiens directement concernés

Les inégalités au sein de la région sont importantes et la Seine-Saint-Denis est au premier rang des zones touchées. Les tests de lecture pratiquées lors de la Journée d’appel à la préparation à la défense demeurent une base intéressante. Ainsi en 2008, dans le département, 18 % des jeunes avaient des difficultés de lecture, et 8,3 % de graves difficultés. Ce dernier chiffre place le 93 au deuxième rang des départements métropolitains. Un constat d’autant plus catastrophique que l’on sait que ces difficultés augmentent en proportion avec l’âge.

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Cela tient à plusieurs facteurs, notamment la corrélation soulignée par l’Insee entre illettrisme et chômage (un chômeur de la région sur sept est touché), ou le fait de n’avoir pas suivi de scolarité, ou d’avoir été scolarisé à l’étranger. La proportion de personnes illettrées est également plus importante dans les Zones urbaines sensibles, comme le précise l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme : dans les ZUS (et Épinay en comprend deux), le pourcentage de personnes en situation d’illettrisme est deux fois plus élevé que dans le reste de la population selon les chiffres parus en 2013.

Même s’il n’existe pas de données localisées au niveau de la commune, il ne fait donc aucun doute que de nombreux habitants de la ville sont concernés par ce mal, à hauteur de 15 à 20% de la population environ, soit entre 8 400 et 11 000 Spinassiens environ, de tous les âges.

Un enjeu oublié par la municipalité sortante

Des dispositifs de lutte contre l’illettrisme existent heureusement, dotés de moyens, notamment au sein du GIP Défi Métiers (ex-CARIF), abondé par la région et par l’État. Une mission régionale de lutte contre l’illettrisme existe ainsi en son sein, pour une meilleure prise en compte de cet enjeu dans les politiques régionales de formation et d’emploi.

Cela ne peut cependant pas suffire, et les enjeux localisés au niveau d’une commune comme Épinay doivent mobiliser des acteurs locaux, à commencer par la municipalité elle-même. L’inaction de l’équipe sortante est ainsi en la matière inquiétante, comme si l’enjeu lui échappait totalement. Aucune action spécifique, aucune ressource municipale sur le sujet n’est ainsi accessible. C’est une omission déplorable.

Ainsi, l’essentiel de la politique du livre et de la lecture à Épinay a été à vrai dire abandonné à Plaine Commune, qui a notamment permis la construction de la Médiathèque Colette dans le Centre-Ville. Mais le manque d’exigence de la ville se ressent dans le fonctionnement de la médiathèque, comme des deux autres (petites) médiathèques de la ville. Ces problèmes avaient été relayés il y a plusieurs mois ici-même, ainsi que la dégradation quantitative et qualitative des collections depuis le transfert, nombreux étant les lecteurs à regretter la médiathèque Mendès-France beaucoup plus fournie en ouvrages. Sans parler de choix qui ne peuvent être qualifiés autrement que de démagogiques. Le seul intérêt des médiathèques d’Épinay est finalement de pouvoir accéder aux ouvrages des communes voisines, et la conclusion que nous en tirions ne peut être que répétée : « les trois bibliothèques ne sont ainsi guère autre chose que des guichets de prêt, afin d’accéder aux livres appartenant à des communes mieux dotées ».

Le problèmes des amplitudes horaires

Il faudrait encore citer le problème des horaires d’ouverture. La médiathèque Colette est ainsi ouverte cinq jours sur sept, de 15h à 19h30 les mardi et jeudi, et de 10h à 18h les mercredi, vendredi et samedi. Soit 33 heures par semaine en tout et pour tout, et encore moins à Albert-Camus (23h30 par semaine)  et à Jules-Vallès (16 heures). Quand les bibliothèques parisiennes et d’autres grandes villes atteignent les 40 heures d’ouverture, et que les pays européens ouvrent leurs bibliothèques au public près de 100 heures par semaine, y compris le dimanche, et en nocturne jusqu’à 22 heures !

Comme le dénonce l’association Bibliothèques sans Frontières, de telles amplitudes horaires sont nettement insuffisantes et « dignes de celles d’un pays en voie de développement ».  Une pétition soutenue par de nombreux écrivains a ainsi été lancée il y a deux mois pour étendre les horaires des bibliothèques notamment en soirée et le dimanche et réunit à l’heure actuelle plus de 12 000 signataires, et l’importance de cet enjeu a été depuis soulignée par le gouvernement.

Une étape majeure avec Yannick Trigance : le plan lecture du nouvel Épinay

Le programme présenté la liste Tous unis pour un nouvel Épinay conduite par Yannick Trigance a tenu compte de la problématique de l’illettrisme, et plus généralement de l’accès à la lecture et au livre. Les propositions y sont claires, fermes et courageuses :

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  • L’élaboration d’un plan lecture pour lutter contre l’illettrisme et fixer les priorités à ce niveau ;
  • Au sein de ce plan lecture, l’enrichissement des collections municipales, pour des médiathèques qui soient avant tout des bibliothèques, avec un fonds bibliographique suffisamment fourni et abondé en permanence ;
  • La question des horaires d’ouverture, y compris le week end et en soirée, sera également prise en compte, à travers la proposition effectuée d’adapter les horaires de tous les services publics à l’emploi du temps des habitants ;
  • Le plan comprend aussi la création d’un salon du livre annuel, et d’un prix littéraire mettant à l’honneur un grand auteur ;
  • Enfin une proposition est formulée pour accueillir des entreprises culturelles, notamment dans le domaine de l’édition, en partenariat avec les pôles universitaires voisins.

Si la liste « Tous unis pour un nouvel Épinay » conduite par Yannick Trigance est élue, elle saura faire de la lutte contre l’illettrisme une réalité, et du livre et de la lecture une ambition concrète pour Épinay. Ville populaire, elle peut cependant prétendre à être intégrée dans le tissu culturel et littéraire francilien, et bénéficier au titre de cette politique des retombées de Plaine Commune, labellisé « territoire de la culture et de la création » au sein du Grand Paris.

Ces engagements ne sont pas seulement les meilleurs de tous les candidats sur ces questions, à Épinay. Ce sont aussi les seuls.

Fiscalité : non, Hervé Chevreau n’est pas un bon élève

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lundi 

17 mars 2014 à 07:29

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À travers sa propagande, dans ses documents de campagne aussi bien que dans les publications théoriquement de la municipalité (qui ne devraient pas être utilisées à de telles fins), le maire sortant tente de nous répondre sur les critiques formulées ici-même sur la fiscalité municipale. Le magazine Capital a même (involontairement ?) prêté main-forte à la campagne du candidat de droite, soutenu par l’UMP et UDI, en affirmant qu’il aurait fait diminuer les impôts locaux. De ce magazine marqué à droite, et qui est à l’économie ce que Voici et Gala (autres publications du groupe Prisma) sont à l’information, on ne pouvait attendre autre chose.

Problème : ces affirmations ne sont que faux-semblants, chiffres tronqués, biaisés, mensonges même, au service d’une municipalité qui a bel et bien pratiqué une augmentation constante de la fiscalité locale, pesant sur les Spinassiens, d’une façon qui plus est totalement déconnectée des compétences et des nécessités de la commune.

Vérité n° 1 : Une augmentation de plus de 40% sur 13 ans

Les Spinassiens de longue date pourront vérifier leur feuille d’impôts : les taux des impôts locaux ont bel et bien augmenté entre 2001 et 2003. Puis, malgré la stabilité des taux, les montants de la fiscalité municipale ont bel et bien augmenté également au rythme de l’évolution des bases fiscales, de son côté très dynamique. Et alors même que la crise sévissait à partir de 2007, la municipalité n’a rien fait pour soulager les Spinassiens et enrayer cette hausse.

C’est d’ailleurs le même magazine Capital qui, sur son site internet, rétablit la vérité : le montant moyen de l’impôt local a bel et bien augmenté de 41,9 % entre 2001 et 2012. Le montant moyen de l’impôt en 2012 est de 2 098 € par foyer, ce qui reste beaucoup plus élevé qu’à Saint-Denis (1 463 €) ou encore à Saint-Ouen (1 310 €).

Seule la prise en compte des abattements sociaux permet de matérialiser une très légère baisse du montant des impôts locaux, mais c’est là la conséquence de la crise et de l’appauvrissement des Spinassiens, et pas du tout d’une décision de la municipalité !

Vérité n° 2 : Les compétences de la ville diminuent, pas les impôts !

Dans le même temps, rappelons que depuis 2001 de nombreuses compétences de la commune sont passées sous la responsabilité de Plaine Commune : voirie, parcs et jardins, gestion des déchets, transports. La liste complète est longue, elle a déchargé la commune de nombreuses responsabilités. Dans le même temps, la communauté de communes bénéficie de ressources fiscales propres.

L’augmentation des ressources fiscales de la commune a donc eu lieu alors même que les compétences de la ville diminuaient : c’est une seconde iniquité de l’équipe municipale sortante sur le plan fiscal. Aujourd’hui, avec la même fiscalité départementale et intercommunale, Épinay est la deuxième ville la plus chère de Plaine commune, pour les contribuables.

Vérité n° 3 : L’afflux de moyens extérieurs ne bénéficie pas au contribuable spinassien…

epinay impots 2La ville d’Épinay-sur-Seine bénéficie de ressources budgétaires majeures, hors fiscalité. Outre la dotation de fonctionnement (DGF) comme pour toutes les communes, Épinay bénéficie aussi d’une Dotation de solidarité urbaine et de cohésion sociale (DSUCS) et d’une Dotation de développement urbain (DDU), dispositifs spécifiques pour les communes comprenant des quartiers défavorisés et fortement augmentés par le gouvernement de gauche depuis 2012. À cela, il faut encore ajouter les financements extérieurs pour la rénovation urbaine et les projets locaux, abondés par l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) et l’État de façon générale, par la région et par le département.

En 2012, le budget de la commune, fonctionnement et investissements cumulés, s’élevait ainsi à 103 millions d’euros. Ramené au nombre d’habitants, cela signifie un budget de 1 909 euros par habitant. C’est plus que dans de grandes villes françaises comme Nantes (1 790 €/hab.) ou Lyon (1754 €/hab.).

La municipalité est donc dotée de moyens important, et aurait pu soulager la population d’une partie du poids de la fiscalité locale. Elle n’en a rien fait, concluant au contraire ses récents exercices avec un net excédent (capacité d’autofinancement), à hauteur de 9,58 millions d’euros de cagnotte en 2012 ! N’aurait-il pas fallu restituer ces sommes aux Spinassiens, par des réductions d’impôt, et en les consacrant à de véritables projets structurants ?

Un engagement à diminuer les impôts affiché… depuis 1995 !

Alors qu’il a favorisé une augmentation continue et injustifiée de la fiscalité locale depuis 2001, le maire sortant ose aujourd’hui affirmer qu’il baissera les impôts. Une promesse assortie de plusieurs problèmes cependant.

  • D’abord, il ne dit pas de combien il diminuera les taxes locales. Quel taux souhaiterait-il appliquer d’ici 2020 ? Nul ne le sait, probablement pas lui-même.
  • Ensuite, le maire n’explique pas de quelle façon il équilibrera les comptes. Quels postes de dépense seraient supprimés ?
  • Enfin, le maire sortant a beau jeu de faire une telle promesse. Les électeurs y sont habitués puisqu’ils l’entendent dans sa bouche depuis 1995 ! Pourquoi le croirait-on cette fois-ci ?

Avec Yannick Trigance, c’est clair.

Yannick Trigance formule des propositions précises.

Il s’engage à diminuer le taux des impôts locaux au niveau de la moyenne de Plaine Commune, soit 14,13 % pour la taxe d’habitation (au lieu de 16,71 % actuellement) et 23,88 % pour la taxe foncière (au lieu de 24,06 % actuellement).

Il mettra en œuvre un plan de rationalisation et de réduction des dépenses superflues, notamment grâce aux économies d’énergie (isolation des bâtiments publics, panneaux photovoltaïques), à la réduction des dépenses somptuaires (réceptions, véhicules de fonction) et à un audit des subventions municipales.

Enfin, la transparence deviendra la règle grâce à la publication annuelle de documents clairs sur les dépenses municipales, accessibles en ligne et déclinés par programme et par mission.

Pour le sérieux budgétaire et l’allègement de la fiscalité, il n’y a qu’un choix le 23 mars : Yannick Trigance et la liste « Tous unis pour un nouvel Épinay » !

2001-2014 : le désastreux bilan

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mardi 

11 mars 2014 à 07:55

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Pour un hommage à Alain Resnais

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mercredi 

5 mars 2014 à 11:58

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Alain Resnais s’est éteint il y a quelques jours, à 91 ans. Le cinéaste, dont le dernier film, Aimer, boire et chanter sortira le 26 mars, et qui travaillait encore à un autre long-métrage, aura marqué son temps aussi bien par sa période Nouvelle Vague, avec Nuit et brouillard et Hiroshima mon amour, que plus tard dans ses jeux sur la forme narrative et dans sa recherche à l’écran d’un esprit de troupe avec ses quelques comédiens fétiches – Sabine Azéma, Pierre Arditi, André Dussolier, Lambert Wilson…

S’il avait un attachement particulier aux plateaux d’Arpajon – fermés en 2012, victime collatérale de la Cité du cinéma de Luc Besson – les studios d’Épinay accueillirent aussi le tournage des intérieurs de certains de films de Resnais. Ainsi Muriel (1963), tourné pour ses extérieurs à Boulogne-sur-Mer, et deux fois primé à la Mostra de Venise, ou encore le méconnu Stavisky (1974), avec Jean-Paul Belmondo.

C’est peut-être surtout La vie est un roman (1983) dont Épinay cultive le souvenir avec fierté dans son passé cinématographique. Premier film à réellement imbriquer les récits – ce qui aboutira à la virtuosité du diptyque Smoking / No Smoking (1993) – La vie est un roman fait aussi intervenir des parties chantées, selon le procédé qui connaîtra tant de succès avec On connaît la chanson (1997).

L’imagination inépuisable d’Alain Resnais aura marqué le cinéma, et les studios de la rue du Mont furent l’un des théâtres de son talent. Pour cela, il mérite un hommage tout particulier de la part de la ville d’Épinay-sur-Seine.

Alain Resnais et Jean-Paul Belmondo sur le tournage de Stavisky (1973)

Alain Resnais et Jean-Paul Belmondo sur le tournage de Stavisky (1973)

Logement : la grande tromperie des opérations de démolition-reconstruction à Épinay

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vendredi 

7 février 2014 à 07:51

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Récemment encore sur demain.tv ainsi que dans ses diverses déclarations de campagne, le maire sortant se targue – sans craindre le ridicule – d’un « remarquable bilan » et se plait à discourir sur la rénovation urbaine. Au cœur de cette logique figure la démolition et la reconstruction de logements. Pourtant, sur le terrain, cette entreprise est à la fois une catastrophe pour les habitants, un immense gâchis pour la commune et une forme de détournement des politiques publiques au profit d’intérêts privés.

Sur le papier, un triomphe

Centre ville Épinay-sur-Seine (PFT, 2014)

L’ANRU (Agence nationale de rénovation urbaine) est l’agence chargée de mettre en œuvre le Programme national de rénovation urbaine (PNRU) défini par la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er août 2003, dite « loi Borloo ». La ville d’Épinay-sur-Seine et la communauté d’agglomération Plaine Commune ont signé en 2006 avec l’ANRU, une « convention de mise en œuvre du renouvellement urbain d’Épinay-sur-Seine », pour une enveloppe globale de 242 millions d’euros, dont 79 millions d’euros financés par l’Agence et le reste (soit 163 millions d’euros) par les différentes collectivités territoriales (commune, intercommunalité, mais aussi département et région).

Sur le papier, le plan était ambitieux : le projet concernait ainsi « 65 % de la population de la ville » et prévoyait « la réhabilitation de 693 logements et la construction de 817 logements sociaux neufs », ainsi que la réalisation de plusieurs équipements : « des centres socioculturels, une médiathèque ou encore une résidence pour personnes âgées ». Le bilan, quoiqu’un peu inférieur aux réalisations annoncées, reste flatteur, mais là également uniquement sur le papier. C’est ce dont se targue le maire sortant à coup d’infographies déconnectées de la réalité : 683 logements démolis et 995 reconstruits d’après l’équipe de campagne sortante, 2 écoles construites, 10 copropriétés aidées…

Sur le terrain, les problèmes subsistent

Les premiers signaux d’alarme sont venus dès les premières semaines après l’inauguration de logements. Infiltrations, malfaçons, insécurité, les habitants de logements pourtant parfois situés en Centre ville, à deux pas de la mairie, ont rapidement fait part des problèmes qu’ils rencontraient. Beaucoup de ces résidents à qui l’on avait présenté le relogement dans ces constructions neuves comme une chance ne pouvaient pas ignorer, par ailleurs, qu’ils perdaient bien souvent en surface pour un prix plus élevé, alors même que les prix de l’immobilier à Épinay n’ont pas évolué sensiblement ces dernières années, ni surtout les ressources de chacun.

Sans réelle amélioration de leurs conditions de vie, et confrontés à des loyers plus élevés, les habitants des nouveaux immeubles sont en réalité plus souvent en difficulté, et déplorent le manque d’écoute de la mairie. Pendant ce temps, les vrais problèmes, qui existaient auparavant, persistent. L’insécurité en premier lieu : rue Dumas, malgré les démolitions et les reconstructions, le trafic demeure une réalité permanente, l’espace public est quadrillé par les guetteurs, l’économie souterraine ne l’est plus depuis longtemps.

Un plan qui bénéficie aux promoteurs, pas aux Spinassiens

Les opérations de démolition-reconstruction furent la réponse principale apportée par la droite « chiraco-sarkozyste » à la « crise des banlieues ». Là où le constat était avant tout social et éducatif, la droite a décidé de faire de l’immobilier. Or ces opérations n’ont fait évoluer ni la population, ni ses difficultés. Le comité de suivi et d’évaluation de l’ANRU a lui-même remarqué dans ses rapports annuels que ces opérations n’ont agi sur le niveau social de la population qu’à la marge et n’ont absolument pas atteint les objectifs initiaux de mixité sociale. En n’agissant que sur les murs, il était difficile d’espérer mieux. Le dernier rapport du CES de l’ANRU, en 2013, souligne ainsi de façon inquiète qu’au-delà de la pure opération de BTP, « les autres objectifs du PNRU (banalisation des quartiers, mixité sociale, réduction des écarts) ne seront que partiellement atteints et ne permettront pas de changer radicalement la donne dans la majorité des quartiers.

Le géographe Christophe Guilluy décrit parfaitement le déficit conceptuel qui fonde la grande erreur de l’ANRU :

« Les opérations de démolitions-reconstructions, qui entretiennent l’illusion de faire disparaître les difficultés, n’ont qu’un impact social limité. Elles donnent parfois l’opportunité à certains maires de disperser quelques familles immigrées, souvent africaines, dans des communes ou quartiers mitoyens, mais ne traitent aucune question de fond. […] Ces opérations, souvent contestées par les habitants, représentent une forme d’apogée de la réponse politico-médiatique. Il s’agit de démontrer à l’opinion (surtout celle qui vit à l’extérieur des quartiers) que « les choses bougent » par la volonté politique. Quoi de plus médiatique qu’une démolition d’immeuble ? »

De fait, sur les 242 millions d’euros investis dans la convention, l’immense majorité a bénéficié aux firmes du bâtiment et des travaux publics qui ont accompli les travaux. La rénovation urbaine à Épinay bénéficie aux promoteurs. La vie des Spinassiens, elle, n’a pas changé. Même les équipements créés sont soit en nombre trop faible, soit non réalisés, soit sans véritable valeur ajoutée (beaucoup d’habitants, initialement séduits par l’inauguration d’une nouvelle médiathèque, regrettent pourtant aujourd’hui les collections bien plus riches de la médiathèque Mendès-France).

Un nouvel élan pour la rénovation urbaine

Pourtant, le maire d’Épinay continue de faire la promotion de cette vision dépassée, que le CES de l’ANRU lui-même invite à faire évoluer. Dans sa récente interview pour demain.tv, il remercie ainsi les Spinassiens qui selon ses propres mots « subissent » les travaux, et promet encore « 6 ans de travaux », jusqu’à la fin du prochain mandat, en 2020.

Heureusement, un autre choix est possible. Car il est possible de suivre les recommandations du CES de l’ANRU et d’adopter de nouveaux principes directeurs de l’action publique dans les quartiers. Comme le résume le site du CES :

« Plutôt que de « casser les ghettos » et de les adapter à une norme hypothétique, il faudrait miser sur les potentialités des quartiers et les atouts de leurs habitants. Il s’agit de faire en sorte que les habitants vivent mieux dans leur quartier, dont les potentialités seraient affirmées, et que ceux-ci soient mieux intégrés dans leur environnement. »

C’est là le cœur de la prochaine étape de la rénovation urbaine, que le gouvernement travaille à concevoir aujourd’hui. Et la gauche unie, à Épinay, dispose à la fois des outils d’analyse et de la connaissance du terrain nécessaires pour ne pas reproduire les graves erreurs de l’équipe sortante, et concevoir, avec les Spinassiens, un nouveau projet de ville, plus humain, apte à prendre en compte les problèmes réels des habitants, à changer la vie des Spinassiens en leur donnant l’accès à de meilleurs conditions de vie et en faisant progresser la ville dans les faits.

Le désir de vivre ensemble : Épinay au cœur de la nation France

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lundi 

20 janvier 2014 à 09:55

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On l’entend un peu partout, et comme en d’autres domaines ce ne sont pas forcément ceux qui en parlent le plus qui le comprennent et le défendent le mieux. Le concept du « vivre ensemble » envahit les discours politiques dans de nombreuses villes françaises à l’occasion de ces municipales, et en la matière Épinay ne fait pas exception.

Ernest Renan (D.R)

Il est toujours bon de rappeler que la paternité de ce concept appartient à Ernest Renan, dans le fameux discours Qu’est-ce qu’une nation ? donné en Sorbonne le 11 mars 1882, et devenu l’une des références théoriques majeures pour la définition de la nation France, alors que la IIIe République construisait sur les ruines de l’échec de 1870 les bases de la France d’aujourd’hui. Et voici le passage qui, en conclusion du discours (publié en 1887) a tant influencé les messages politiques ultérieurs :

« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

L’héritage d’Ernest Renan est le reflet de la pensée de son temps, il a en d’autres points ses limites, mais le succès de cette formule a ses explications. Plutôt que « vivre ensemble » il faut bien parler de « désir de vivre ensemble » : voilà en effet la clé. Et la conception française de la nation ne nie pas le caractère essentiel de l’héritage du passé, bien au contraire elle le préserve et l’accroît. La langue (le français), l’histoire (de France), sont un patrimoine indispensable que tous les Français ont en partage, quelle que soit leur histoire personnelle, quels que soient leurs parcours individuels.  Car :

« La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. »

Le vouloir vivre ensemble est ainsi non seulement au centre de la conception française – républicaine, démocratique, laïque – de la nation, mais reflète cet héritage national qui plus que tout autre élément constitue la richesse du peuple français. Ainsi la nation France :

« […] est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. »

Voilà pourquoi – et dans une ville populaire comme l’est Épinay plus encore qu’ailleurs – l’idée nationale doit être cultivée, le consentement réciproque du vouloir vivre ensemble doit être prolongé et ravivé.

Ces dernières années, la municipalité sortante a quant à elle fragmenté, divisé, opposé, faisant croire à la possibilité d’un fonctionnement communautaire, satisfaisant les particularismes, rejetant chacun dans une « culture de la différence » profondément anti-laïque et anti-nationale. Et c’est une faute.

Car la France n’est pas la culture des différences, elle est tout au contraire la défense et l’enrichissement d’un héritage commun qui ne nie pas les différences mais les harmonise et trouve toujours, au cœur de l’identité de chacun, l’élément universel d’une identité et d’une culture communes. Et cet héritage commun n’est pas que théorique, il est aussi la garantie pour tous de trouver au sein de la communauté des citoyens la place qui lui revient.

Cela implique, tout particulièrement, que chacun connaisse la langue française, à la fois pour en connaître la beauté et pour en maîtriser les subtilités, ce qui permet à tout citoyen d’être compris et entendu par ses interlocuteurs et par l’administration. Voilà l’une des missions essentielles d’une municipalité, pour aider ses administrés les plus fragiles et les moins socialement insérés.

Cela requiert, également, que le goût de l’histoire soit cultivé, que la commémoration des grandes dates de l’histoire de France soit respectée et que le maire en soit le premier garant. Cela suppose aussi que le souvenir des personnalités de l’histoire locale, depuis le salon de Madame d’Épinay jusqu’à la Résistance spinassienne, en passant par la gloire des studios de cinéma et des talents qui les ont traversés, soit entretenu. La municipalité a pour mission de faire connaître l’histoire de France et d’Épinay, et de faire que chaque Spinassien sache qu’il la possède en partage.

Épinay-sur-Seine (PFT)

Épinay-sur-Seine est une ville populaire, elle est l’essence de la nation France. La solidarité entre ses habitants, le goût, non seulement du dialogue, mais du partage, non seulement de la vie « ensemble » mais de la volonté de vivre avec chacun de ceux qui composent avec lui le corps citoyen, voilà les principes dont dépend l’avenir de la ville. Épinay n’est pas qu’un mot : c’est la maison que les Spinassiens aiment ensemble, et qu’ils s’engagent à défendre et à construire pour tous, quels que soient les efforts demandés à chacun. Car, pour laisser le dernier mot à Renan :

« On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet. »

Épinay : graves irrégularités sur la bourse au permis

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lundi 

6 janvier 2014 à 09:15

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Le dispositif de la « bourse au permis » est le résultat d’une Charte signée entre l’Association des maires de France (AMF) et le secrétariat aux transports le 20 décembre 2007, suite à des initiatives concluantes dans les villes de Suresnes et de Carcassonne. Cet accord a mené à une mise en œuvre dans de nombreuses communes depuis 2008, en suivant la plupart du temps les éléments fournis par l’AMF. Épinay-sur-Seine fait partie de ces communes bénéficiaires depuis 2010, mais l’application par la municipalité actuelle est l’occasion d’un certain nombre d’irrégularités qu’il convient de souligner et que la prochaine municipalité devra corriger.

Une gestion opaque

La première irrégularité est grave, et correspond à une tendance inquiétante de la municipalité sortante dans tous les domaines. Le fonctionnement de la bourse au permis est accaparé par l’entourage du maire, sans aucune transparence.

Ainsi la gestion des candidatures est-elle confiée au Service prévention de la mairie. La bourse au permis de conduire est pourtant un dispositif visant principalement à faciliter la formation et l’insertion professionnelle des jeunes, bien loin des compétences du Service prévention, dont les compétences d’ailleurs très floues sont principalement liées à la problématique de la sécurité.

Plus grave encore, selon le site de la mairie, les justificatifs de la candidature à la bourse doivent être envoyés « à l’attention de Monsieur le Maire », ce qui atteste d’un processus de sélection capté par le maire et son entourage, sur des critères de toute évidence très personnels.

Même les délais et les éléments budgétaires de ce dispositif sont tenus dans une opacité épaisse. Initiée en 2010, la bourse ne fonctionne pas à un rythme annuel. Quant au coût et au bilan de ce dispositif, aucun élément n’est communiqué par la municipalité. Même le nombre précis de bénéficiaires et leurs situations sont tenus confidentiels.

D’autres municipalités, plus sérieuses et honnêtes dans leur gestion, ont mis en place des procédures strictes. C’est le cas de la ville de Suresnes qui avait préfiguré ce dispositif, opère une double sélection, d’abord par un comité technique indépendant composé d’acteurs associatifs et de services municipaux dédiés à la jeunesse, ensuite par un comité de suivi et de décision composé d’élus de la majorité et de l’opposition, et de représentants de la municipalité et des polices nationale et municipale.

Le détournement d’un dispositif social

L’attribution selon le bon plaisir du maire est véritable trahison des principes édictés par la charte de l’AMF et du ministère des transports en 2007, puisque la bourse doit s’adresser aux jeunes « qui ne disposent pas de ressources personnelles ou familiales suffisantes pour passer le permis de conduire ». Les communes ayant adopté la bourse au permis en ont ainsi clairement placé l’obtention sous conditions de ressources.

Or cette difficulté de financement n’est absolument pas mentionnée parmi les conditions à l’obtention de la bourse à Épinay-sur-Seine, la mairie insistant au contraire sur la communication de justificatifs de situation scolaire ou professionnelle. En d’autres termes, les personnes qui ont le plus besoin de ce dispositif, les jeunes à la recherche d’un emploi notamment, en sont tacitement exclus.

À moins peut-être de connaître Monsieur le Maire… Ainsi peut-on lire dans le dernier Épinay en scène, sous la plume même du maire sortant : « les trente Spinassiens les plus motivés en bénéficieront ». Absolument aucune référence n’est faite à une quelconque visée sociale, et à la lutte contre les inégalités d’accès au permis. La motivation comme seul critère, ou le meilleur paravent à l’arbitraire et au clientélisme.

Les visées clientélistes de cette mise en œuvre sont d’autant plus évidentes en cette année d’élections. La bourse au permis est en effet organisée en 2014 pour la quatrième fois, et alors qu’elle n’avait pas eu lieu en 2013. Elle est surtout organisée juste avant les élections municipales, puisque les dossiers doivent être déposés à la mairie le 19 février, un mois avant la tenue du scrutin. Les personnes non admises en seront-elles informées avant le 23 mars ?

Les nouveaux résidents exclus du dispositif

Un autre critère encore est à souligner pour l’injustice qu’il entraîne. En effet, le fait de résider « depuis au moins deux ans » à Épinay fait partie des conditions pour l’obtention d’une bourse au permis, excluant de fait tous les nouveaux résidents.

Rappelons que, légalement, aucune condition d’ancienneté de résidence dans une commune n’existe pour l’accès à un quelconque droit, si ce n’est le droit de vote, une résidence de six mois seulement étant exigée pour l’inscription sur les listes électorales dans une commune. En créant une condition de deux ans de résidence pour accéder à un dispositif social aussi crucial pour la réussite des jeunes, la municipalité d’Épinay méconnaît de toute évidence le principe fondamental d’égalité, et s’expose d’ailleurs à des recours juridictionnels de la part des demandeurs dont le dossier serait rejeté sur ce principe. Une injustice envers les nouveaux Spinassiens, doublée sur ce dossier comme sur d’autres d’une nouvelle preuve de l’amateurisme de la municipalité de droite.

Cette condition est d’ailleurs elle aussi l’occasion d’un nouvel abus. Pour vérifier cette ancienneté de résidence, parmi les justificatifs demandés par « Monsieur le Maire » figure ainsi une photocopie « lisible » de la taxe d’habitation des deux années précédentes. C’est là une nouvelle irrégularité, puisque la municipalité fait le lien entre l’obtention éventuelle de la bourse et la contribution fiscale des candidats ou de leur famille au budget de la municipalité. Une nouvelle fois, ce dispositif visant à faciliter l’insertion professionnelle des jeunes dans la nécessité est apparemment détourné dans un but clientéliste, et voit le maire actuel s’attribuer un droit de regard personnel sur des éléments tels que les impôts payés par chaque famille, ce qui frise l’abus de pouvoir.

Les activités bénévoles transformées en travaux d’intérêt général

Le dernier point est une autre trahison des principes de la bourse au permis rendue possible par la charte de 2007. Il était en effet prévu que les bénéficiaires de la bourse s’engagent « à réaliser une activité à caractère humanitaire ou social », ce qui devait leur permettre de s’ impliquer dans la vie de leur ville, dans des associations ou des services publics. Cette promotion de l’engagement citoyen est une réussite dans la majorité des villes qui ont adopté la bourse au permis. En laissant aux jeunes la liberté de s’engager dans le domaine qui leur plaît le plus (dans une association culturelle ou sportive, dans le soutien éducatif, ou bien encore auprès des services des espaces verts) ces villes ont éveillé de nombreux jeunes au bénévolat et entraîné chez certains d’entre eux le désir de poursuivre cette contribution.

Rien de tel à Épinay, puisque les jeunes n’ont absolument pas le choix de l’activité qu’ils pourront offrir en contrepartie, et que les associations de la ville ne sont pas associées à ce dispositif, et ne peuvent en bénéficier malgré leurs besoins fréquents en bénévoles.

Ce manque d’intérêt du maire actuel pour la vie associative spinassienne se traduit ainsi par la transformation de la contribution bénévole à « une activité à caractère humanitaire ou social », en une véritable « condamnation à des travaux d’intérêt général ». Plutôt que d’éveiller l’esprit citoyen des bénéficiaires, ce qui est aussi un facteur crucial d’insertion, la mairie d’Épinay précise en effet que « les boursiers s’engagent à effectuer 35 heures de bénévolat dans le cadre d’une action de sensibilisation à la propreté et au respect du cadre de vie proposée par la Ville ». Rien ne dit si l’ensemble des bénéficiaires, notamment ceux cooptés par le maire, sont condamnés à ramasser les détritus dans les rues : l’absence de suivi ne permet pas de vérifier cette application.

Le dossier de la bourse au permis, à Épinay, reflète la conception très particulière d’un dispositif social par l’actuel maire, mais aussi sa façon, de considérer la jeunesse spinassienne, et de gérer la vie associative ou encore problèmes de propreté. Bricolage, amateurisme, opacité. Un résumé de la gestion municipale de l’équipe sortante.

Un enfant spinassien sur deux vit dans la pauvreté

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lundi 

16 décembre 2013 à 07:21

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En France, selon les derniers chiffres disponibles (2011), 14,3% de la population vit sous le seuil de pauvreté (fixé à 60% du revenu médian). En Seine-Saint-Denis, ce taux était de 24,8% en 2011.

(Reuters/Damir Sagolj)

(Reuters/Damir Sagolj)

Les enfants sont parmi les plus touchés par la pauvreté. En France, 20,3% des enfants de 0 à 17 ans vivaient dans un foyer pauvre en 2011. En Seine-Saint-Denis, ils étaient au moins 34% mais les estimations varient, jusqu’à 37,5% en croisant avec les estimations de la CAF. Ces chiffres se sont depuis aggravés sous l’effet de la crise, et faute d’estimation plus précise, l’estimation de 40% au moins (2 enfants sur 5) doit être retenue.

Épinay-sur-Seine est l’une des villes les plus touchées par la pauvreté en Seine-Saint-Denis. Rappelons que la ville est l’une des 11 communes sur les 40 du département où le moins de foyers sont soumis à l’imposition des revenus et que le taux de chômage et le taux d’activité d’Épinay en font l’une des villes du département où la plus grande part de la population est privée d’emploi.

Enfin, rappelons que la ville est l’une des plus dynamiques en termes de démographie, avec beaucoup de familles nombreuses. Près de 30% des familles avec enfants à Épinay (28,6% en 2010) comptent 3 enfants ou plus ! Nombre d’entre elles sont d’ailleurs en situation de suroccupation (nombre de personnes par surface réelle) de leur logement avec de lourdes conséquences sur les conditions de vie et la scolarité des enfants. Problème auquel le maire et son équipe municipale n’ont jamais su apporter de réponses.

En tenant compte de ces données statistiques et des disparités au sein du département, la pauvreté des enfants approche ou dépasse le taux de 50% sur le territoire d’Épinay. En clair, à Épinay-sur-Seine, un enfant sur deux vit dans un foyer pauvre, avec moins de 977 euros de ressources par personne et par an (revenus totaux y compris salaires, allocations, aides), soit moins de 2,67 euros par jour. En France, la moyenne est d’un enfant sur cinq.

Pour répondre à cette injustice, l’équipe municipale sortante a financé la construction d’un hypermarché Auchan axé sur le hard discount. Ce n’est pas seulement un mauvais bilan. C’est une faute morale. Une autre politique publique est nécessaire qui replace l’enfance pauvre au cœur de la politique municipale.

Gilbert Bonnemaison s’exprime au journal télévisé (1992)

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jeudi 

12 décembre 2013 à 16:06

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Lors du journal télévisé du 3 mars 1992, sur Antenne 2, le maire d’Épinay-sur-Seine, Gilbert Bonnemaison, réagit à la mort d’un adolescent de la ville, Kamel, poignardé alors qu’il s’interposait dans une bagarre. L’occasion d’entendre Gilbert Bonnemaison défendre une nouvelle fois sa conception de la politique de sécurité, et le caractère crucial et incontournable des moyens attribués à la prévention : « En 86, alors que je demandais des moyens pour la prévention de la délinquance juvénile, je n’ai pas été entendu. Je me souviens encore de certains ricanements. Aujourd’hui, on le paye avec des drames comme celui-ci. S’il y a échec, ce n’est pas celui de la prévention. En 10 ans, 400 millions ont été consacrés à la prévention contre 12 milliards à la répression. »

Force est de constater, plus de 20 ans plus tard, que les mêmes erreurs ont été commises, et que les mêmes lacunes se sont aggravées et perdurent à Épinay.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits