Épinay relégué à la marge : de la banlieue parisienne à la banlieue dionysienne

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jeudi 

6 février 2014 à 08:01

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Il y a quelques semaines, l’actuel maire sortant d’Épinay-sur-Seine était reçu sur la chaîne locale demain.tv, pour évoquer la ville et son avenir dans le cadre du Grand Paris. Une interview riche en enseignements, mais aussi relativement inquiétante quant aux projets de cette municipalité de droite pour l’avenir d’Épinay.

La médiocrité du maire sortant

Le premier de ces enseignements, c’est l’incompétence, voire la médiocrité du maire, qui malgré 13 ans de mandat connaît visiblement toujours aussi mal Épinay et son histoire. La question – habituelle dans cette émission – sur le passé de la ville est ainsi l’occasion d’une réponse bien confuse du maire :

« Bah l’histoire d’Épinay-sur-Seine était euh… euh… il y a très très longtemps euh je dirais une ville euh… une ville euh agricole qui vivait essentiellement de la vigne, qui vivait de l’agriculture, et puis après au niveau du XVIe siècle est arrivé effectivement les transports en commun, quand je dis transports en commun l’arrivée du chemin de fer, et là on a effectivement industrialisé Épinay-sur-Seine. Des industries du cinéma bien sûr un peu plus tard, mais tout au début c’était essentiellement de la… de l’agro-alimentaire, mais aussi euh je dirais des métiers de… liés à la métallurgie. »

Si l’on passe sur l’incapacité de ce maire à parler un français à peu près correct, on reste toutefois surpris d’une telle inculture, qui voit le chemin de fer rejoindre Épinay trois siècles avant l’heure, et les industries alimentaires et métallurgiques se développer avant les studios, alors qu’elles se développèrent surtout à partir de l’entre-deux-guerres (les studios s’étant développés, eux, dans les années 1900). Hervé Chevreau aurait pu citer le passé de l’industrie du verre à Épinay, depuis la première fabrique en 1873 jusqu’à la verrerie Schneider fondée en 1913, mais il ne faut apparemment pas lui en demander tant.

Économie : le maire a capitulé  face à Saint-Denis

Mais l’interview ne s’arrête heureusement pas à l’étalage de la méconnaissance historique de Monsieur Chevreau. Celui-ci se voit en effet interrogé sur l’identité économique d’Épinay, et l’avenir de la ville. Problème : l’avenir économique d’Épinay selon le maire sortant se trouve apparemment… ailleurs !

« Aujourd’hui il faut se projeter dans la communauté d’agglomération Plaine Commune donc où là le développement se fait essentiellement euh sur euh sur le nord de Paris, sur la porte d’Aubervilliers et Saint-Denis essentiellement, avec le… avec tout… tout ce qui se travaille autour de Pleyel et au niveau de… de la porte de Paris. »

Le développement d’une activité économique à Épinay n’inquiète apparemment donc pas le maire sortant, alors même que la ville perd plus de 1 000 emplois par an ces dernières années et que le chômage y sévit sévèrement. Au contraire, il fait une nouvelle fois montre de son incapacité à se saisir d’une problématique majeure, et admet la transformation d’Épinay en cité-dortoir, sujette à toutes les fluctuations de l’économie et de l’emploi, sans aucune prise sur ces évolutions.

Ce désintérêt complet du maire d’Épinay se traduit aussi par un manque total de combativité au niveau de Plaine Commune. Alors que les industries spinassiennes – à commencer par celle du cinéma – se voient progressivement accaparées par les communes du cœur intercommunal, aucun projet économique n’est développé à Épinay.

Ainsi, alors que toutes autres les villes de Plaine Commune bénéficient de projets, quoique très inégalement, Épinay n’en comprend aucun. Dans le récent Contrat de développement territorial 2104-2030 , Épinay est carrément éliminé de la carte des projets de développement de Plaine Commune !

« La carte des projets de développement du CDT de Plaine Commune fait disparaître Épinay sous la légende… »

Épinay relégué à la marge : de la banlieue parisienne à la banlieue dionysienne

Hier dans la banlieue parisienne, Épinay se retrouve de plus en plus relégué à la marge de la banlieue, ou dans la banlieue dionysienne, et au profit de Saint-Denis et des communes plus centrales (Aubervilliers, Saint-Ouen).

Le développement du Tram’Y renforce cette évolution, puisqu’elle place les Spinassiens plus près de Saint-Denis : le maire d’Épinay se trompe ainsi une nouvelle fois, ou il ment, lorsqu’il affirme, toujours dans la même interview, que le tramway reliera Épinay à la porte de la Chapelle. Le prolongement au sud, d’abord, n’est qu’à l’étude, et rien ne garantit sa réalisation. Ensuite, il n’est prévu que jusqu’à la future gare Rosa-Parks du RER D, dans le XIXe arrondissement, à la limite d’Aubervilliers et très loin des quartiers parisiens pourvoyeurs d’emploi et des grandes lignes intérieures de la capitale. De fait ce prolongement du tramway viserait bien plus à joindre les quartiers résidentiels des XVIIIe et XIXe arrondissements parisiens à la Plaine Saint-Denis, que de rapprocher Épinay de Paris.

En revanche, les futures lignes du « Grand Paris Express » ne concerneront pas Épinay.  la ligne 14 ne sera prolongée de la gare Saint-Lazare que jusqu’à Saint-Denis, tandis que les lignes 15, 16 et 17 relieront également La Défense, Roissy et l’ensemble des pôles d’activité franciliens à Saint-Denis tout en évitant soigneusement Épinay et les communes limitrophes (Argenteuil notamment).

Démolitions-reconstructions : mensonge à grande échelle

Reste un chapitre sur lequel le maire sortant s’étend plus longuement et dont il se montre apparemment très fier : la « rénovation-requalification » de la ville, en coopération avec l’ANRU. Les conséquences actuelles pour la ville sont plus dramatiques encore. Elles feront l’objet d’un nouvel article dans quelques jours.

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits