Euphémisme, et autres menteries en politique

Par Pierre Franklin Tavares|13 septembre 2026|Actualités

En politique, depuis fort longtemps, les pratiques de l’euphémisme sont devenues si courantes et l’usage du stratagème si répandu et banale, que le commun des mortels peine à imaginer que les ruses calculées et les dissimulations n’ont pas toujours existées ou qu’elles sont même parfois tout à fait inutiles. Les conseillers et les communicants font un usage abusif de l’euphémisme, souvent aussi désordonné que stupide. Et, comme leurs mandants n’ont pas toute la littérature pour discerner le vrai du vraisemblable, ils laissent convaincre que l’euphémisme est un « art » de la vérité au service du bien de la cité.

S’agissant de l’euphémisme, par exemple, Plutarque en fait remonter l’invention et le premier usage politique à Solon . Il nous livre à cet égard maintes indications sur la datation et les circonstances de la naissance de cette technique, du moins en Occident, et qui depuis a valeur de figure de style. En effet, après Solon, loin de s’atténuer, l’euphémisme a gagné en ampleur et est toujours en formidable expansion, au point que certains croient en être les inventeurs, comme le fit alors pour la musique le fameux clavecin dont parle Diderot qui, oubliant le claveciniste, finira par croire qu’il était lui-même l’auteur des sons émis.

L’étymologie du mot nous donne son premier aperçu. Sa racine « eu » signifie « bien ». Son suffixe « phémis » désigne une parole, un discours ou un dire, etc. Par conséquent, un eu-phémisme est une parole, une phrase, un discours dont la construction phrastique a pour intention d’atténuer ou d’inverser le poids d’un fait dont la réalité ne peut être immédiatement exposée, sinon au risque d’être inacceptable. Or, pour cela, il fait passer le vraisemblable pour le vrai. Le procédé consiste donc à suspendre le vrai et la réalité, et à leur substituer le vraisemblable et une irréalité. C’est un édulcorant. Mais il reste tout à fait frappant qu’une telle pratique où la langue devient un instrument au service de la politique et non plus de la vérité ait été imaginée et introduite par Solon, l’un des Sept Sages de la Grèce antique. Cependant, pour avoir été utilisée en toutes circonstances, la force initiale de l’euphémisme s’est asséchée jusqu’à s’abîmer en duperie, mystification, duplicité, feinte, tromperie. Aurait-il pu en être autrement, quand les profiteurs et abuseurs de cette technique (tèchné) ne sont guidés par aucune éthique, ni une quelconque idée de justice sociale, contrairement à Solon.

En République de Cabo Verde, en dix ans de pouvoir, le MpD est passé maître dans cet exercice. Et, plus son inéluctable défaite approchait, plus il excellait à suspendre la réalité sociale et économique par des chiffres macro-économiques décrivant un monde amélioré, contrairement à ce que tout le monde voyait ou vivait. Au vrai, cet usage abusif de l’eu-phémisme a même été l’une des grandes raisons de sa cinglante défaite aux dernières Législatives. Tout à l’opposé, malgré l’inouï harcèlement judiciaire dont il a fait l’objet, l’une des principales clés des victoires successives de Francisco Carvalho, président du PAICV, a résidé dans le fait de ne pas avoir eu recours à l’euphémisme « et autres menteries ». Sans doute sa formation de sociologue, qui oblige à partir des faits et des données, soutenue par une éducation personnelle adéquate ne le porte guère vers ces défauts-là.

Or, ces temps-ci, l’eu-phémisme a repris de forces. En effet, certains candidats qui, n’ayant pas ou ayant qu’un très faible « bilan » s’efforcent, à grands renforts d’oukases et de tambours, de construire « à tour de bras » des euphémismes pour faire valoir « leur » bilan qui n’en est pas. Ce sont des gonflages artificiels. Appelons donc Plutarque pour nous instruire d’une pratique, qui finit toujours par se retourner contre leurs auteurs : « […] comme on lui demandait s’il avait donné aux Athéniens les lois les meilleurs, il [Solon] répondit : « Les meilleures de celles qu’ils pouvaient accepter. » Selon certains auteurs récents, les Athéniens, pour voiler sous des noms honorables et généreux le caractère odieux de certaines pratiques, emploient des euphémismes polis : les prostituées sont qualifiées d’« amies », les impôts deviennent des « contributions », les garnisons les « forces de sécurité des cités », et la prison une « maison d’arrêt ». Or Solon fut le premier, semble-t-il, à inventer cet artifice, quand il donna le nom de « libération des charges » [seisachtheia] à l’abolition des dettes. Car telle fut la première de ses réformes politiques. Il décréta que les dettes existantes devaient être remises, et que nul désormais n’aurait le droit de prêter de l’argent en prenant pour gage la personne du débiteur. Pourtant, d’après certains écrivains, notamment Androtion, ce ne fut pas une abolition des dettes, mais les pauvres se contentèrent d’une réduction des intérêts qui les soulagea : on aurait donné le nom de « libération des charges » à cette décision humaine, ainsi que celles qui l’accompagnèrent : l’augmentation des mesures des capacités et la réévaluation des monnaies. La mine ne valait que soixante-treize drachmes, il la porta à cent ; les débiteurs payèrent donc une somme numériquement équivalente, mais inférieure en réalité, ce qui leur fit gagner beaucoup d’argent, sans que les créanciers fussent lésés en rien. Mais la plupart des auteurs s’accordent pour dire que la libération des charges était une abolition totale des dettes, ce qui correspondant davantage aux poèmes de Solon. » .

En République du Cabo Verde, parce qu’il n’use pas d’euphémismes, le Premier ministre apparaît comme le seul capable de porter le pays à un stade de développement plus avancé, notamment par la mise en œuvre de « la première révolution scientifique et industrielle » du Cap-Vert ; une révolution qui viendra de l’étranger et de sa Diaspora, comme cela s’est toujours passé dans tous les pays dans l’histoire universelle.

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Traduction en portugais 

Na política, há muito tempo que as práticas do eufemismo se tornaram tão correntes, e o uso do estratagema¹ tão disseminado e banal, que o comum dos mortais tem dificuldade em imaginar que os artifícios calculados e as dissimulações nem sempre existiram ou que, por vezes, são totalmente inúteis. Os conselheiros e os comunicadores fazem um uso abusivo do eufemismo, muitas vezes tão desordenado quanto estúpido. E, como os seus mandantes não possuem toda a cultura necessária para distinguir o verdadeiro do verosímil, deixam-se convencer de que o eufemismo é uma «arte» da verdade ao serviço do bem da cidade.

No que respeita ao eufemismo, por exemplo, Plutarco atribui a sua invenção e o seu primeiro uso político a Sólon². A este respeito, fornece-nos numerosas indicações sobre a datação e as circunstâncias do nascimento desta técnica, pelo menos no Ocidente, que desde então passou a ter valor de figura de estilo. Com efeito, depois de Sólon, longe de se atenuar, o eufemismo ganhou amplitude e continua em formidável expansão, a ponto de alguns julgarem ser os seus inventores, como aconteceu com o famoso cravo de que fala Diderot, que, esquecendo o cravista, acabaria por acreditar que ele próprio era o autor dos sons emitidos.

A etimologia da palavra dá-nos a primeira pista. A sua raiz «eu» significa «bem». O sufixo «phémis» designa uma palavra, um discurso ou uma forma de dizer, etc. Por conseguinte, um eu-femismo é uma palavra, uma frase ou um discurso cuja construção tem por intenção atenuar ou inverter o peso de um facto cuja realidade não pode ser imediatamente exposta, sob pena de se tornar inaceitável. Para isso, faz passar o verosímil por verdadeiro. O procedimento consiste, portanto, em suspender o verdadeiro e a realidade, substituindo-os pelo verosímil e por uma irrealidade. É um adoçante.
Mas continua a ser deveras marcante que uma prática em que a língua se torna instrumento ao serviço da política, e já não da verdade, tenha sido imaginada e introduzida por Sólon, um dos Sete Sábios da Grécia Antiga. Contudo, por ter sido usada em todas as circunstâncias, a força inicial do eufemismo secou até se degradar em logro, mistificação, duplicidade, fingimento e engano. Poderia ter sido de outro modo, quando os aproveitadores e abusadores desta técnica (téchnē) não são guiados por qualquer ética nem por alguma ideia de justiça social, ao contrário de Sólon?
Na República de Cabo Verde, em dez anos de poder, o MpD tornou-se mestre neste exercício. E, quanto mais se aproximava a sua derrota inevitável, mais se destacava em suspender a realidade social e económica com números macroeconómicos que descreviam um mundo melhorado, contrário ao que toda a gente via ou vivia. Na verdade, este uso abusivo do eu-femismo foi mesmo uma das grandes razões da sua estrondosa derrota nas últimas eleições legislativas. Em sentido oposto, apesar do inaudito assédio judicial de que foi alvo, uma das principais chaves das vitórias sucessivas de Francisco Carvalho, presidente do PAICV, residiu no facto de não ter recorrido ao eufemismo « e outras mentiras ». Sem dúvida que a sua formação de sociólogo, que obriga a partir dos factos e dos dados, apoiada numa educação pessoal adequada, pouco o inclina para tais defeitos.

Ora, nestes tempos, o eu-femismo voltou a ganhar força. Com efeito, certos candidatos que, não tendo ou tendo apenas um «balanço» muito fraco, se esforçam, a golpes de ordens e tambores, por construir «a torto e a direito» eufemismos para valorizar «o seu» balanço — que não o é. São inchaços artificiais.

Apelamos, pois, a Plutarco para nos instruir sobre uma prática que acaba sempre por se voltar contra os seus autores:
« 2. […] perguntando-lhe se tinha dado aos Atenienses as melhores leis, ele [Sólon] respondeu: “As melhores daquelas que eles podiam aceitar.” Segundo alguns autores recentes, os Atenienses, para velar sob nomes honrosos e generosos o carácter odioso de certas práticas, empregavam eufemismos polidos : as prostitutas eram qualificadas de “amigas”, os impostos tornavam-se “contribuições”, as guarnições, as “forças de segurança das cidades”, e a prisão, uma “casa de detenção”. Ora, Sólon foi, ao que parece, o primeiro a inventar este artifício, quando deu o nome de “libertação dos encargos” [seisachtheia] à abolição das dívidas. Pois tal foi a primeira das suas reformas políticas. Decretou que as dívidas existentes deviam ser perdoadas e que ninguém, doravante, teria o direito de emprestar dinheiro tomando como garantia a pessoa do devedor. 3. Todavia, segundo alguns escritores, nomeadamente Androtion, não se tratou de uma abolição das dívidas, mas os pobres contentaram-se com uma redução dos juros que os aliviou: teria sido dado o nome de “libertação dos encargos” a esta decisão humana, bem como às que a acompanharam: o aumento das medidas de capacidade e a reavaliação das moedas. 4. A mina valia apenas setenta e três dracmas; ele elevou-a a cem. Assim, os devedores pagaram uma soma numericamente equivalente, mas inferior na realidade, o que lhes permitiu ganhar muito dinheiro, sem que os credores fossem prejudicados em nada. 5. Mas a maioria dos autores concorda em dizer que a libertação dos encargos foi uma abolição total das dívidas, o que corresponde mais aos poemas de Sólon. »³.

Na República de Cabo Verde, por não usar eufemismos, o Primeiro-Ministro surge como o único capaz de conduzir o país a uma fase mais avançada de desenvolvimento, nomeadamente através da implementação da « primeira revolução científica e industrial » de Cabo Verde ; uma revolução que virá do estrangeiro e da sua Diáspora, tal como sempre aconteceu em todos os países ao longo da história universal.

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