Cabo Verde : nous voulons un président de gauche, pas un président « neutre » et « au-dessus »
Le Cabo Verde, archipel atlantique, est dans une situation politique inédite qui nous appelle à méditer.
I. Qui y donc est le Souverain ?
« Le peuple », au sens de Cabral, veut et préfèrera toujours un Président de gauche. Pourquoi ? Pour deux raisons essentielles et pour un motif pratique et de bon sens. La première raison, essentielle, est le principe de cohérence : un « peuple » qui vient de voter à gauche, lors des dernières Législatives, n’a nullement besoin d’un Président (soi-disant) « neutre » et « au-dessus » de tout, deux catégories dont se prévaut l’un des candidats. En effet, neutre par rapport à quoi ou, bien plus inquiétant, « au-dessus », mais au-dessus de qui ?
Cabral, référence ultime, était-il au-dessus du peuple ou même de ses camarades de combat ? A-t-il une seule fois imaginé être « au-dessus » du PAIGC, qui est la matrice historique de toutes les institutions publiques caboverdiennes ? Cabral est-il resté « neutre » entre la droite et la gauche, entre l’ultra-libéralisme et le socialisme ? Mais d’où vient et surgit cette double idée, tout à fait ridicule, selon laquelle un candidat prétexte et répète avec grande assurance qu’il serait « neutre » et « au-dessus » des familles, de la société civile et de l’État ? Un candidat qui, de surcroît, durant tout son premier mandat n’a rien montré d’exceptionnel ou une qualité particulière qui le distinguerait ?
Il est même très étonnant que ce double argument (neutralité et être au-dessus de tout) n’ait pas frappé l’attention ni soulevé de questionnement. Plus grave, certains y ont même vu un excellent raisonnement de campagne électorale. Or il est d’une telle gravité politique que nous devons rappeler un fait élémentaire : en Démocratie, seul le peuple est au-dessus de lui-même ; aucune institution ne peut être par-dessus le peuple et bien moins encore un individu. C’est pourquoi, en démocratie, l’autre nom du peuple est « le Souverain », notion élaborée à juste titre par les philosophes des Lumières (J.-J. Rousseau , Mably , etc.), et les principaux protagonistes de la Révolution française qui reprirent les thèses grecques sur la démocratie pour les étendre.
Précision notionnelle : un peuple est dit « constitué », lorsqu’il s’est doté d’une constitution. Deux contre-exemples. Le Royaume-Uni n’a pas de constitution (texte unique) mais s’applique un vieux droit coutumier (Carta Magna, Low of Bill, actes du Parlement). Israël non plus n’a pas de constitution. C’est un État, sans texte fondamental. Rappelons qu’au Royaume-Uni le Roi ou la Reine n’est pas « au-dessus » de l’État de droit et du royaume. Leurs pouvoirs sont dits « illusoires ». C’est le Parlement qui contrôle l’essence et l’essentiel du pouvoir. En Cabo Verde, un candidat, par ignorance et « manias de ser… », se veut désormais à la fois « Lord Chancellor » britannique, Président de la République et Premier ministre (fonction qu’il a exercée durant quinze ans et dont il peine visiblement à se débarrasser). C’est ce que dissimule mal la doctrine de la double argumentation sur la prétendue « neutralité » et l’idée saugrenue d’être « au-dessus de tout. Nous devons prendre garde à ce qui frémit et s’annonce comme une lente dérive institutionnelle.
Dans Les Politiques, ouvrage majeur après lequel rien n’a été écrit de mieux sur la politique, Aristote a défini la démocratie selon son principe, son but et sa forme. Il y fait de même pour la République. Nous avons souvent écrit sur cette problématique. En tous les cas, pour ceux qui ne le savent pas, la République, c’est « la vertu », c’est-à-dire « l’égalité » (Aristote, H. Arendt, etc.). Montesquieu a condensé l’idée : « Lorsque la vertu cesse, écrit-il, la République est une dépouille ».
En vérité, c’est dans la démocratie que la République trouve sa forme la plus adéquate. Or, dans un tel système, nul n’est « en haut », par conséquent nul n’est en bas ; aucun individu n’est situé « plus haut » ni donc plus bas ; personne n’est « au sommet » et aucun citoyen n’est « supérieur ». Seule la répartition des fonctions, qui est toujours provisoire, distingue les citoyens ou les sujets (monarchie constitutionnelle) entre eux mais qui ont tous les mêmes droits et des devoirs identiques. L’autre différence est d’ordre éthique, puisqu’il est demandé aux gouvernants d’être exemplaires dans la gestion des affaires publiques.
II. Publicola, un des modèles anciens de Francisco Carvalho
Deuxième raison essentielle. « Le peuple » a bien compris que Francisco Carvalho est à son image, qu’il lui ressemble : il ne vit pas dans les meilleurs quartiers de Praia, la capitale. Il ne réside pas dans une villa cossue ou un luxueux appartement. Il est « simple », « modeste » et vit en bon père de famille Il voue respect aux adolescentes, aux demoiselles et aux dames. Il ne montre aucun signe de surestimation de soi. Il ne s’est pas enrichi. Il sait sourire à quiconque. Son langage est construit et poli. Sa vie n’est pas débridée. Il est d’abord exigeant avec lui-même, avant de l’être avec les autres. Comment peut-il ne pas nous rappeler Publius Valérius alias Publicola , dont Plutarque cite l’exemplarité démocratique et républicaine ?
Il est des modèles anciens qui sont de grande modernité.
La comparaison de Publicola et de Francisco Carvalho n’est nullement exagérée, sauf pour ceux qui n’ont pas lu la vie de Publicola : ainsi, après avoir rappelé les principales qualités éthiques et politiques de Publius Valérius, en particulier celles d’avoir détruit son magnifique palais pour habiter une modeste demeure, d’avoir une garde personnelle restreinte et dévouée au peuple, fait des réformes sociales, Plutarque écrit : « La foule ne comprenait pas que, loin de s’humilier lui-même, comme on le pensait, c’était l’envie qu’il détruisait et brisait en se montrant si modeste : ce qu’il avait l’air de s’ôter en prérogatives, il le gagnait en prestige personnel, car le peuple se soumettait à lui avec plaisir et le supportait de bon gré. 9. Aussi le surnomma-t-on Publicola : ce mot signifie « Qui honore le peuple » ; ce surnom prévalu sur tous les noms qu’il portait auparavant, et nous l’emploierons, nous aussi, pour raconter la suite de sa vie » .
Francisco Carvalho est honoré par cela qu’il honore : le peuple. Tous deux s’honorent réciproquement. Et, dans cette dialectique, c’est le peuple, le dêmos (δῆμος) qui confère le pouvoir, le (kratein, kratos), se laissant porter par son bon sens. Le dêmos reste le maître.
III. Le corps électoral caboverdien est guidé par un motif : le bon sens
Après dix ans de destruction sociale et d’anesthésie politique sous le gouvernement MpD, le peuple est entrain de reconstruire la cohérence de l’Exécutif. Ce n’est que du bon sens. Alors voudra-t-il plutôt renforcer la position politique du Premier ministre, en affaiblissant quelque peu l’institution présidentielle. Aussi veut-il une présidence « faible », c’est-à-dire « non invasive », « non intrusive » et une primature forte et sociale. Le peuple fixera les limites de l’institution présidentielle. Cette orientation est l’un des enjeux essentiels du scrutin présidentiel du 15 novembre prochain.
En tous les cas, par un spectaculaire retournement, il est désormais évident que c’est le Premier ministre qui déterminera le niveau de force politique du prochain président de la République, dans le strict respect de la Constitution. Sous ce rapport, le Cabo Verde est dans une situation inédite.
En effet, le vainqueur de la prochaine présidentielle dépend quasi exclusivement des consignes de vote du Premier ministre et du degré de mobilisation des militants du PAICV qu’il dirige, de manière fort habile, avec Janira Hopffer Almada, Présidente de l’Assemblée nationale. C’est pourquoi, à regarder de près, en Cabo Verde, par leurs qualités personnelles et leur popularité respective, ce duo politique semble mieux représenter l’État, la Nation et la Souveraineté (« peuple Souverain » : ensemble des citoyens détenteurs de l’autorité suprême) et même garantir l’unité nationale (à ne pas confondre avec l’union nationale), et mieux, en effet, que le Président de la République qui, depuis le 17 mai 2026, paraît relégué à un rôle décoratif et n’a exercé qu’une fonction subalterne. À moins qu’il décide, enfin, d’être un Président de gauche.
IV. Un aveu de faiblesse
Au vrai et au total, le président sortant, candidat à sa propre succession, reconnaît lui-même la position délicate dans laquelle il s’est lui-même placé ; car, de façon implicite et quasi involontaire, il exprime son état de faiblesse par un aveu public d’impuissance qu’il ‘’théorise’’ en affirmant être « neutre » et « au-dessus » de toutes les institutions, de la société civile et des partis politiques. Mais qui donc a pu lui suggérer un tel conseil de faiblesse ? Le PAICV doit l’aider à devenir un Président de gauche. Il n’y a plus de crainte à avoir : le MpD n’est plus le maître du jeu politique. Le peuple lui a donné congé.
Texte disponible en format pdf ici avec les notes de bas de page notamment
Traduction en portugais
O Cabo Verde, arquipélago atlântico, encontra-se numa situação política inédita que nos convida à reflexão.
I. Quem é, afinal, o Soberano ?
« O povo », no sentido de Cabral, quererá e preferirá sempre um Presidente de esquerda. Porquê ? Por duas razões essenciais e por um motivo prático e de bom senso.
A primeira razão, essencial, é o princípio da coerência: um « povo » que votou à esquerda nas últimas eleições legislativas não precisa, de modo algum, de um Presidente (supostamente) « neutro » e « acima » de tudo, duas categorias de que se reivindica um dos candidatos. Com efeito, neutro em relação a quê ou, o que é ainda mais preocupante, « acima », mas acima de quem ?
Cabral, referência última, estava acima do povo ou mesmo dos seus camaradas de luta ? Terá ele alguma vez imaginado estar « acima » do PAIGC, que constitui a matriz histórica de todas as instituições públicas cabo-verdianas ? Terá Cabral permanecido « neutro » entre a direita e a esquerda, entre o ultraliberalismo e o socialismo ?
Mas de onde vem e de onde surge esta dupla ideia, absolutamente ridícula, segundo a qual um candidato afirma e repete, com grande segurança, que seria « neutro » e « acima » das famílias, da sociedade civil e do Estado ? Um candidato que, além disso, durante todo o seu primeiro mandato, nada mostrou de excecional nem qualquer qualidade particular que o distinguisse ?
É mesmo muito surpreendente que este duplo argumento (neutralidade e estar acima de tudo) não tenha despertado a atenção nem suscitado questionamentos. Mais grave ainda, alguns chegaram a considerá-lo um excelente argumento de campanha eleitoral. Ora, trata-se de uma questão de tal gravidade política que devemos recordar um facto elementar : numa Democracia, só o povo está acima de si próprio ; nenhuma instituição pode estar acima do povo e, muito menos, um indivíduo. É por isso que, em democracia, o outro nome do povo é «o Soberano», noção justamente elaborada pelos filósofos do Iluminismo (J.-J. Rousseau¹, Mably², etc.) e pelos principais protagonistas da Revolução Francesa, que retomaram as teses gregas sobre a democracia para as ampliar.
Precisão conceptual: um povo diz-se « constituído » quando se dotou de uma Constituição.
Dois contraexemplos. O Reino Unido não possui uma Constituição (num texto único), mas aplica um antigo direito consuetudinário (Carta Magna, Bill of Rights, atos do Parlamento). Israel também não possui uma Constituição. É um Estado sem um texto fundamental. Recordemos que, no Reino Unido, o Rei ou a Rainha não está « acima » do Estado de direito nem do reino. Os seus poderes são considerados « ilusórios ». É o Parlamento que controla a essência e o essencial do poder.
No Cabo Verde, um candidato, por ignorância e « manias de ser…», quer ser simultaneamente Lord Chancellor britânico, Presidente da República e Primeiro-Ministro (função que exerceu durante quinze anos e da qual visivelmente tem dificuldade em se libertar).
É isso que a doutrina da dupla argumentação sobre a pretensa « neutralidade » e a ideia absurda de estar « acima de tudo » dissimula mal.
Devemos estar atentos ao que se agita e se anuncia como uma lenta deriva institucional.
Nas Políticas
Em As Políticas³, obra fundamental depois da qual nada de melhor foi escrito sobre a política, Aristóteles definiu a democracia segundo o seu princípio, o seu objetivo e a sua forma. Fez o mesmo relativamente à República. Temos escrito frequentemente sobre esta problemática. Em todo o caso, para aqueles que não o sabem, a República é « a virtude», isto é, « a igualdade » (Aristóteles, H. Arendt, etc.). Montesquieu resumiu a ideia : « Quando a virtude deixa de existir, escreve ele, a República é um cadaver ».
Na verdade, é na democracia que a República encontra a sua forma mais adequada. Ora, num tal sistema, ninguém está « em cima » e, consequentemente, ninguém está em baixo ; nenhum indivíduo se encontra « mais acima » nem, portanto, mais abaixo ; ninguém está « no topo » e nenhum cidadão é « superior ».
É apenas a distribuição das funções, que é sempre provisória, que distingue os cidadãos ou os súditos (monarquia constitucional) entre si, mas todos têm os mesmos direitos e os mesmos deveres.
A outra diferença é de ordem ética, uma vez que se exige aos governantes que sejam exemplares na gestão dos assuntos públicos.
II. Publicola, um dos modelos antigos de Francisco Carvalho
Segunda razão essencial. « O povo » compreendeu bem que Francisco Carvalho é à sua imagem, que se parece com ele : não vive nos melhores bairros da Praia, a capital. Não reside numa vila luxuosa nem num apartamento de luxo. É « simples », « modesto » e vive como um bom pai de família. Demonstra respeito pelas adolescentes, pelas jovens e pelas senhoras. Não manifesta qualquer sinal de sobrestimação de si próprio. Não enriqueceu. Sabe sorrir para qualquer pessoa. A sua linguagem é cuidada e educada. A sua vida não é desregrada. É, antes de mais, exigente consigo próprio, antes de o ser com os outros.
Como não nos há de recordar Publius Valerius, também conhecido por Publicola⁴, cuja exemplaridade democrática e republicana Plutarco cita ? Existem modelos antigos que são de uma grande modernidade.
A comparação entre Publicola e Francisco Carvalho não é de modo algum exagerada, salvo para aqueles que não leram a vida de Publicola.
Assim, depois de recordar as principais qualidades éticas e políticas de Publius Valerius, nomeadamente o facto de ter destruído o seu magnífico palácio para habitar numa casa modesta, de ter uma guarda pessoal reduzida e dedicada ao povo e de ter realizado reformas sociais, Plutarco escreve :
« A multidão não compreendia que, longe de se humilhar a si próprio, como se pensava, era a inveja que ele destruía e quebrava ao mostrar-se tão modesto: aquilo que parecia retirar-lhe em prerrogativas, ganhava-o em prestígio pessoal, pois o povo submetia-se a ele com prazer e apoiava-o de bom grado. Por isso deram-lhe o sobrenome Publicola: esta palavra significa “Aquele que honra o povo” ; este sobrenome prevaleceu sobre todos os nomes que anteriormente possuía, e nós também o empregaremos para contar o resto da sua vida. »⁵.
Francisco Carvalho é honrado por aquilo que honra : o povo. Ambos se honram reciprocamente. E, nesta dialética, é o povo, o dêmos (δῆμος), que confere o poder, (o kratein, kratos) deixando-se conduzir pelo seu bom senso. O dêmos continua a ser o mestre.
III. O corpo eleitoral cabo-verdiano é guiado por um motivo: o bom senso
Depois de dez anos de destruição social e de anestesia política sob o governo do MpD, o povo está a reconstruir a coerência do Executivo. É apenas uma questão de bom senso. Então, quererá ele antes reforçar a posição política do Primeiro-Ministro, enfraquecendo um pouco a instituição presidencial?
É por isso que quer uma presidência « fraca », isto é, « não invasive », « não intrusive », e uma chefia do Governo forte e social. O povo estabelecerá os limites da instituição presidencial.
Esta orientação é um dos dois desafios essenciais das eleições presidenciais de 15 de novembro próximo.
Em todo o caso, através de uma reviravolta espetacular, tornou-se agora evidente que será
o Primeiro-Ministro a determinar o nível de força política do próximo Presidente da República, no estrito respeito pela Constituição.
Neste aspeto, o Cabo Verde encontra-se numa situação inédita.
Com efeito, o vencedor das próximas eleições presidenciais depende quase exclusivamente das orientações de voto do Primeiro-Ministro e do grau de mobilização dos militantes do PAICV que ele dirige, de forma muito hábil, juntamente com a Presidente da Assembleia Nacional, Janira Hopffer Almada.
É por isso que, olhando atentamente, no Cabo Verde, pelas suas qualidades pessoais e pela respetiva popularidade, este duo político parece representar melhor o Estado, a Nação e a Soberania (« povo Soberano » : conjunto dos cidadãos detentores da autoridade suprema) e até garantir melhor a unidade nacional (que não deve ser confundida com união nacional) do que o Presidente da República que, desde 17 de maio de 2026, parece ter sido relegado para um papel decorativo e exercer apenas uma função subalterna.
A menos que decida, finalmente, ser um Presidente de esquerda.
IV. Uma confissão de fraqueza
Na realidade e, no total, o Presidente cessante, candidato à sua própria sucessão, reconhece ele próprio a posição delicada em que se colocou ; pois, de forma implícita e quase involuntária, exprime o seu estado de fraqueza através de uma confissão pública de impotência que « teoriza », afirmando ser « neutro » e « acima » de todas as instituições, da sociedade civil e dos partidos políticos.
Mas quem terá podido sugerir-lhe um tal conselho de fraqueza ? O PAICV deve ajudá-lo a tornar-se um Presidente de esquerda. Já não há razão para receios: o MpD já não é o senhor do jogo político. O povo deu-lhe licença para partir. Ninguém sabe por quanto tempo.