Les tontons flingueurs, Le professionnel… Des films spinassiens !

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mercredi 

27 novembre 2013 à 07:54

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Georges Lautner (D.R.)

La disparition de Georges Lautner (1926-2013) est une grande perte pour le cinéma français, et pour tous les amateurs du septième art.

Rentré dans le monde du cinéma par la petite porte, comme décorateur, projectionniste, il devient assistant-réalisateur de Sacha Guitry pour Le Trésor de Cantenac en 1949, mais sa carrière de réalisateur décolle vraiment pour le grand public dans les années 1960 avec Le monocle noir (1961), Les tontons flingueurs (1963), et d’autres comédies à succès comme Les barbouzes (1964) et Ne nous fâchons pas (1966), la plupart du temps en collaboration avec Michel Audiard pour les dialogues.

Affiche du Professionnel (1981) (D.R.)

Affiche du Professionnel (1981) (D.R.)

Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Gabin, Mireille Darc, Jean Yanne, Coluche, Alain Delon, Pierre Richard, Miou-Miou, Jean-Pierre Marielle… La liste des acteurs qui auront tourné sous la direction de Georges Lautner a des allures de Panthéon. Mais la dernière partie de la carrière du réalisateur fut surtout celle de la collaboration avec Jean-Paul Belmondo, depuis les immenses succès du Guignolo (1980) et Le professionnel (1981) jusqu’à son dernier film, L’inconnu dans la maison, sorti en 1992, en passant par Joyeuses Pâques (1984).

La mort de Lautner attriste aussi toute la ville d’Épinay-sur-Seine, capitale française du cinéma, dont les studios avaient accueilli le tournage de nombreux de ses films, notamment ses plus grands succès Les tontons flingueurs et Le professionnel. Georges Lautner mérite un hommage spinassien, lui qui a su démontrer qu’il est possible de faire un cinéma d’auteur, exigeant, et qui n’en reste pas moins, par essence, un cinéma populaire, qu’on ne se lasse jamais de revoir.

Georges Lautner sur le tournage des Tontons flingueurs (1963). (Source Maurice Fellous / AFCinéma)

La municipalité d’Épinay abandonne le cinéma

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mercredi 

23 octobre 2013 à 10:01

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Studios TSF, rue du Mont à Épinay-sur-Seine (PFT, oct 2013)

Après rénovation, la réouverture du Pôle musical d’Orgemont (PMO) a été l’occasion, pour le maire sortant, de se féliciter de l’installation d’équipements de projection cinématographique dans la grande salle. Ceux-ci doivent en particulier permettre l’accueil d’écoliers pour des projections dans le cadre éducatif.

Cet équipement (financé par la Région Île-de-France, rappelons-le) ne doit pas faire oublier l’état de déchéance dans lequel la municipalité de droite a laissé tomber l’industrie et la diffusion cinématographiques dans notre commune.  En bientôt 13 ans, le bilan de l’équipe sortante est calamiteux et laisse sombrer plus d’un siècle d’histoire du cinéma à Épinay !

  • Les studios face aux difficultés

Le plan social vécu par Éclair en 2009 a été suivi de la revente des studios au groupe TSF, désormais confronté à l’ouverture fin 2012 de la Cité du cinéma portée par Luc Besson à Saint-Denis. Un contexte tendu qui nourrit des inquiétudes légitimes. Au sein des instances de Plaine Commune, les élus d’Épinay n’ont rien fait pour défendre une coordination de ce nouvel équipement avec les studios historiques de notre ville, favorisant le transfert de cette activité sur le territoire dionysien.

  • Ni dialogue, ni aide

L’industrie du cinéma à Épinay navigue à vue. Aucune structure de concertation et de soutien n’existe pour cette activité essentielle économiquement et qui constitue notre patrimoine.

  • La disparition de l’Espace ciné

Le projet de l’Îlo a entraîné la fermeture et démolition de l’Espace ciné, dont l’emprise a été bradée pour laisser un peu plus de place à ce projet de centre commercial. L’ensemble des équipements de ce cinéma qui a marqué des générations de Spinassiens a été, rappelons-le, dilapidé aux enchères en 2009, pour quelques milliers d’euros. L’utilisation ponctuelle du PMO pour des projections ne saurait masquer cette disparition : l’Espace ciné comprenait 3 salles entièrement dédiées au septième art, et classées Art et essai !

  • L’absence de mise en valeur

La place du cinéma dans les activités de la ville et dans les projets éducatifs n’a cessé de se réduire. Si le centenaire d’Éclair avait été fêté en 2007, le centenaire des grands studios de la rue du Mont, fondés en 1913 par Joseph Menchen, a été tout bonnement passé sous silence, aucune manifestation, aucune célébration n’ayant été proposée à l’occasion. Un véritable abandon, alors que 80 % des films et séries télévisées en France étaient encore tournés à Épinay il y a quelques années !

Sans une réaction rapide et courageuse, notre ville pourrait devoir dire adieu à plus d’un siècle de succès grâce au cinéma. Il est grand temps qu’Épinay retrouve une ambition, visant au soutien de la culture, à la recréation des structures et des manifestations qui permettraient d’associer les Spinassiens à leurs studios.

Épinay est la capitale française du cinéma : défendons-le haut et fort !

Pour rendre hommage à Patrice Chéreau

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mercredi 

9 octobre 2013 à 11:08

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Patrice Chéreau et Isabelle Adjani sur le tournage de La Reine Margot (D.R.)

La disparition de Patrice Chéreau (1944-2013), victime d’un cancer à l’âge de 68 ans, attriste tous les amoureux du théâtre, de l’opéra, du cinéma, et endeuille Épinay et ses studios.

Outre ses mises en scène engagées et novatrices de classiques (Ibsen, Marivaux) comme de contemporains (Koltès, Müller) ou l’entreprise de réinvention qu’il appliqua à de nombreux opéras (à commencer par le Ring de Wagner et la mythique production de Bayreuth en 1976 avec Pierre Boulez, qui dirigea aussi le Lulu de Berg restitué à Paris en 1979), Patrice Chéreau fut un réalisateur de cinéma rare, aussi brillant qu’imprévisible.

La Reine Margot et les studios d’Épinay

Les studios d’Épinay-sur-Seine avaient vu naître certains de ses films, à commencer par celui qui demeurera sans doute comme son chef-d’œuvre, du moins comme la plus regardée et la plus diffusée de ses réalisations. La Reine Margot avait ainsi été tourné en grande partie sur les plateaux des studios Éclair (désormais TSF), en 1993.

Patrice Chéreau et Daniel Auteuil sur le tournage de La Reine Margot (D.R.)

Nul mieux que Chéreau n’aura représenté la violence et ses multiples variations, du bain de sang de la Saint-Barthélémy à la cruauté glaçante de Catherine de Médicis. Dans ce film saisissant par ses atmosphères et son propos, l’ambition de Chéreau était ouvertement inspirée de celle du Visconti des Damnés : « Raconter l’histoire d’une famille monstrueuse à l’intérieur de laquelle tous les crimes restent impunis ».

L’engagement d’un artiste

Artiste engagé, authentique homme de gauche depuis la manifestation de Charonne en 1962 jusqu’à la campagne de Ségolène Royal en 2007, Patrice Chéreau nous laisse une œuvre exemplaire, un patrimoine à transmettre et représenter.

Il demeurera l’un de ces grands noms que nous honorerons, dans la capitale du cinéma français que se doit d’être Épinay-sur-Seine.

 

La Reine Margot, chef-d’œuvre de Patrice Chéreau (1994) (D.R.)

Culture : quelle ambition pour Épinay ?

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lundi 

8 juillet 2013 à 07:45

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L'orchestre du Concertgebouw à Épinay en 1931 (capture d'écran)

L’orchestre du Concertgebouw à Épinay en 1931 (capture d’écran)

Les amoureux d’Épinay connaissent l’histoire. En 1931, la ville accueillait l’un des plus grands orchestres du monde, celui du Concertgebouw d’Amsterdam, et son chef le grand Willem Mengelberg. À la pointe de la modernité, les studios sonores d’Épinay livraient ainsi l’un des premiers films musicaux de l’histoire, témoignage essentiel de l’interprétation musicale au XXe siècle.

Cette passion pour l’excellence artistique a fait l’histoire d’Épinay. On peine hélas à en retrouver la trace aujourd’hui. La santé des studios inquiète, et la vie culturelle de notre commune est exsangue. La saison organisée par la municipalité est affligeante : des chansonniers y côtoient des humoristes de seconde zone, et quelques compagnies au bord de l’amateurisme. À Épinay, l’expression « sortir » prend tout son sens : on ne reste pas dans la ville quand on veut se divertir et se cultiver.

Dernièrement, la mairie organisait des concerts en plein air à l’occasion de la Fête de la musique. On pouvait y entendre la chanteuse Leslie, le groupe The Rabeats et le rappeur Sinik. Encore une fois, un savant mélange de vedettes de second rang, courant désespérément après une célébrité que seul le maire d’Épinay paraît vouloir leur offrir. De véritables artistes, musiciens, orchestres, troupes de théâtre ou d’opéra, il n’est jamais question rue Quétigny, et dans les dépendances de la mairie, à l’espace Lumière, ou à la Maison du théâtre et de la danse.

Le cinéma, que l’on fait à Épinay, quand le célébrera-t-on ? Les musiciens, quand les entendra-t-on ? À quelle ambition culturelle les Spinassiens ont-ils vraiment droit selon leurs élus ?

Quel avenir pour les studios d’Épinay ?

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jeudi 

27 juin 2013 à 18:59

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Studios Épinay-sur-Seine en 1931 (D.R)

Studios Épinay-sur-Seine en 1931 (D.R)

Alors qu’en 2007 le centenaire d’Éclair avait fait l’objet d’importantes célébrations, celui des studios du 10, rue du Mont, créés en juin 1913 par le producteur Joseph Menchen, puis repris en 1914 par Charles Jourjon, est étrangement passé sous silence.

Il faut dire que depuis quelques années, la situation de l’industrie cinématographique à Épinay s’est singulièrement fragilisée. Après un plan social chez Éclair en 2009, puis la revente des studios au groupe TSF, c’est l’ouverture fin 2012 de la Cité du cinéma portée par Luc Besson à Saint-Denis qui inquiète. Site moderne, plus proche de Paris, et regroupant diverses activités dont deux écoles de cinéma, la cité de Saint-Denis est un concurrent direct pour Épinay.

Haneke recevant l'Oscar du meilleur film étranger en 2013

Haneke recevant l’Oscar du meilleur film étranger en 2013 (D.R)

Face à cela, le silence de la mairie ressemble à un abandon. C’est pourtant la fonction première des élus que de tout faire pour préserver l’activité économique de la ville, surtout s’agissant d’une activité si symbolique, au rayonnement international ! Il y a peu encore, 80 % des films et séries télévisées en France étaient tournés à Épinay. Parmi les derniers-nés des studios de la rue du Mont, on compte ainsi Amour de Michael Haneke (récent Oscar du film étranger en février dernier) ou encore L’écume des jours de Michel Gondry.

Qu’en sera-t-il demain ? Quels projets, quelles évolutions, quels investissements, quelles synergies nouvelles viendront garantir la pérennité de studios qui font la fierté des Spinassiens ? Épinay mérite des élus plus imaginatifs, et surtout plus impliqués sur ces enjeux cruciaux !

© 2013 Pierre F. Tavares / Crédits